Époque classique

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L’époque classique est une période de l'histoire de la Grèce antique, située entre l'époque archaïque et l'époque hellénistique. Elle correspond à la majeure partie des Ve et IVe siècles av. J.-C., c'est-à-dire depuis la victoire grecque de Salamine contre les Perses en 480 av. J.-C. jusqu'à la mort d'Alexandre le Grand en 323 av. J.-C. On désigne ainsi aujourd'hui la période durant laquelle les valeurs et les institutions fondamentales du monde grec trouvent leur pleine expression et arrivent à maturité.

L'expression d'« époque classique » est une dénomination postérieure à la période chronologique à laquelle elle renvoie, même si les Grecs ont eu conscience que le monde qui existe avant l'épopée d'Alexandre le Grand et la dilatation du monde grec, peut être considéré comme un « âge d'or ». Par ailleurs, il n'y a pas de rupture nette entre les différentes « époques » de l'Antiquité grecque.

Le Ve siècle av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Le Ve siècle av. J.-C. est essentiellement étudié du point de vue athénien, Athènes étant la cité qui a laissé le plus d'œuvres écrites. Si l'on se concentre sur Athènes, source principale de l'histoire de la période, on considère généralement que ce Ve siècle grec débute en 510 par la chute de la tyrannie athénienne et les réformes clisthéniennes qui en résultent. Si l'on se concentre sur le monde grec, le début en est la révolte de l'Ionie en 500 qui entraîne l'invasion perse de 492 et la première guerre médique. Les Perses (confondus avec les Mèdes par les Grecs) sont finalement défaits en 490. Une seconde tentative perse échoue entre 481 et 479. S'organise alors la Ligue de Délos, sous l'hégémonie athénienne, qui est finalement l'instrument impérialiste d'Athènes. Les excès d'Athènes entraînent plusieurs révoltes parmi les cités alliées, révoltes qui sont réduites par la force. Mais le dynamisme athénien réveille finalement Sparte. La guerre du Péloponnèse éclate en 431 et, après l'épuisement des deux camps et une brève paix, la guerre reprend au bénéfice de Sparte. Athènes est définitivement défaite en 404, quelques agitations internes à Athènes terminant le Ve siècle.

Démocratie athénienne[modifier | modifier le code]

La réforme de la géographie civique d'Athènes par Clisthène.

En 510 av. J.-C., les troupes spartiates aident les Athéniens à renverser le tyran Hippias, fils de Pisistrate. Cléomène Ier, roi de Sparte, place ainsi au pouvoir une oligarchie amie menée par Isagoras. Mais Clisthène, son rival, s'adjoint le soutien de la « classe moyenne » et parvient avec l'aide des démocrates à renverser le pouvoir. Cléomène intervient en 508 et 506, mais rien n'y fait : les Athéniens soutiennent Clisthène et la démocratie.

Par les réformes dites de Clisthène[1], la cité se voit doter d'institutions isonomiques (égalité devant la loi) tandis que l'ostracisme aurait été instauré à cette époque. La démocratie isonomique et iségorique (iségoria : « même droit à la parole ») s'exprime d'abord dans le dème (environ 130 dèmes) qui devient l'élément civique de base, les 10 000 citoyens exerçant leur pouvoir par l'Assemblée (ou Ecclésia) qu'ils composent, encadrée par un Conseil de 500 citoyens tirés au sort, la boulè[2].

La géographie administrative de la cité est refondue. Le but est d'avoir des groupes politiques mélangés, non fédérés par des intérêts locaux liés à la mer, à la ville, ou à l'agriculture, et dont le jugement (vote des lois, déclaration de guerre, etc.) serait soumis à leur situation géographique. Aussi, le territoire de la cité est divisé en trente trittyes de la manière suivante :

  • dix trittyes dans la « Paralie » côtière ;
  • dix trittyes dans l'« Asty », le cœur urbain ;
  • dix trittyes dans la « Mésogée » rurale.

Prenant au hasard une trittye de chaque ensemble, on obtient trois trittyes formant ensemble une tribu. Il existe donc finalement dix tribus ayant chacune des intérêts dans chaque partie du territoire.

C'est cet ensemble de réformes qui permet finalement l'émergence d'une plus large démocratie dans les années 460-450.

Affrontements avec les Perses[modifier | modifier le code]

En 499 av. J.-C., les cités d'Ionie (en Anatolie) se révoltent contre la domination perse. Athènes les aide de son mieux, mais doit rapidement renoncer. En 494, les Grecs perdent la bataille de Ladé : l'Asie mineure retourne aux Perses.

En 492, les généraux perses Mardonios et Datis lancent un assaut naval sur les îles de l'Égée, les soumettent, puis tentent un débarquement à Marathon en 490 pour prendre Athènes. Mais 9 000 hoplites athéniens et 1 000 citoyens de Platées attaquent les 100 000 Perses lorsqu'ils rembarquent leurs chevaux, puis se dirigent immédiatement vers Athènes. Lorsque la flotte perse, qui a fait un long détour, arrive à Athènes, elle constate la présence des soldats et rebrousse simplement chemin.

En 483, un filon argentifère est découvert dans le mines du Laurion, près d'Athènes, et la centaine de talents d'argent extraits servent à la construction de 200 trières afin de combattre le piratage de la petite cité d'Égine.

En 480, Xerxès, roi des Perses, lance une nouvelle tentative d'invasion de la Grèce, avec 1 207 navires selon Hérodote, et environ 300 000 soldats selon les historiens modernes[réf. nécessaire]. Deux ponts de bateaux sont construits sur l'Hellespont, permettant aux hommes, bêtes, et chargements de passer le détroit en flux continu. L'armée perse prend possession de la Thrace puis descend vers la Thessalie et la Béotie tandis que la flotte perse longe les côtes et réapprovisionne les troupes terrestres. La flotte grecque tente de bloquer le cap Artémision tandis qu'un petit groupe de soldats, guidé par Léonidas, roi de Sparte, se sacrifie lors de la bataille des Thermopyles.

Les soldats perses arrivent en Attique par la voie terrestre et prennent la cité que les Athéniens ont déjà abandonnée. Mais la flotte grecque garde la baie d'Athènes. Lorsque la flotte perse arrive, elle est attirée dans l'étranglement de Salamine et les navires grecs gagnent la bataille de Salamine (480). L'année suivante, sur terre, la bataille de Platées est remportée par les Grecs coalisés, et sur mer, la bataille du cap Mycale achève la marine perse.

Ligue de Délos : vers l'impérialisme athénien[modifier | modifier le code]

L'empire athénien à la veille de la guerre du Péloponnèse.

Afin de faire face à la menace perse, les cités grecques restent associées dans une alliance militaire, surtout maritime, dont Athènes assume l'hégémonie à partir de 478 av. J.-C. ; c'est la Ligue de Délos. Les îles (dont Samos) sont libérées, la Thrace l'est par voie terrestre, puis la côte est remontée et libérée. Sestos, dans le détroit de l'Hellespont, est libérée et un pouvoir favorable à Athènes est instauré. Mais rapidement, alors que les Perses sont manifestement hors d'état de nuire, l'armée sert les seuls intérêts de l'Hégémon : Athènes. Naxos quitte alors la ligue en 470, mais est assiégée par Athènes ; soumise, elle doit désormais payer sa participation à l'alliance militaire par un impôt (phôros). Sur la côte faisant face à Chypre, la bataille de l'Eurymédon (vers 466) détruit la seule flotte perse des environs. Les Perses ne pouvant plus réunir suffisamment de bateaux pour envahir la Grèce, l'alliance militaire grecque devient inutile. Pourtant, grâce au prestige dû aux victoires sur les Perses, Athènes parvient à conserver unie la Ligue de Délos.

En 464, un tremblement de terre bouleverse le Péloponnèse. Les hilotes profitent de la catastrophe et du présage pour se révolter. Sparte a du mal à rétablir l'ordre et demande finalement l'aide d'Athènes. Cimon, chef des aristocrates athéniens et admirateur de Sparte, emmène 4 000 hoplites athéniens aider les Spartiates. Mais Éphialte, chef des démocrates, profite de l'absence de Cimon et de ses 4 000 compagnons pour faire passer des réformes démocratiques : le corps civique est élargi, l'Aréopage voit ses pouvoirs réduits. C'est cet évènement qui, selon Hérodote, déstabilise définitivement l'équilibre politique prévalant à Athènes. Le peuple est devenu clairement plus puissant que les conservateurs et la démocratie. Les « démagogues » y gagnent donc en importance. Cimon est finalement renvoyé par les Spartiates effrayés par la sympathie que les hoplites athéniens semblent accorder aux hilotes et rentre honteusement à Athènes sans avoir pu éviter les changements. Une hasardeuse intervention militaire en Égypte est votée en 460 et se solde par une défaite en 454.

En 458, la construction des Longs-Murs est lancée afin de pouvoir s'y enfermer si des troupes envahissent l'Attique. Le trésor de la Ligue est transféré de Délos à Athènes. Ce trésor est finalement bientôt confondu avec les caisses de la cité et permet le financement de bâtiments signant l'apogée d'Athènes tel le Parthénon.

Quelques tensions avec Sparte et l'attaque de son port en 455 mènent finalement à une paix jurée, en 451. La victoire de l'expédition de Chypre, à la bataille de Salamine de Chypre en 450, permet une sorte de gentlemen's agreement : Grecs et Perses cessent de se faire la guerre et respectent réciproquement leurs zones d'influence. À partir de là, la Ligue de Délos ne semble plus avoir de raison d'être mais Athènes maintient en bon ordre l'outil de sa force militaire. En 447, Thèbes inflige une lourde défaite à Athènes à la bataille de Coronée et crée pour se protéger la Confédération béotienne. L'Eubée y voit un signal d'affaiblissement d'Athènes et se révolte en 446. Mais la flotte de la ligue intervient, soumet les cités et leur impose des régimes démocratiques favorables à Athènes, ainsi que des contributions fiscales à l'alliance et même des directives judiciaires, comme à Chalcis.

Le dynamisme d'Athènes accroît les tensions avec Sparte. Après quelques accrochages, une nouvelle paix sparto-athénienne est proclamée en 446-445. Mais l'influence athénienne continue de s'étendre. Des colonies sont créées en Italie, en Thrace (Amphipolis en 437), au nord de la Mer Noire tandis que les îles entourant le Péloponnèse font désormais partie de la ligue.

Début de la guerre du Péloponnèse[modifier | modifier le code]

La guerre du Péloponnèse de 431 à 404 av. J.-C.

Thucydide, principale source sur le sujet, constate que les causes de cette guerre sont surtout le dynamisme athénien qui, en menaçant la cohésion de la Ligue du Péloponnèse, menaçait finalement l'existence même de Sparte et de sa domination sur les Hilotes.

Mais il note aussi des causes directes :

  • L'alliance avec Corcyre et contre Corinthe. Athènes grignotant davantage le territoire de Corinthe, celle-ci devait soit se battre, soit se laisser mourir. Corinthe vient demander l'aide de Sparte, son alliée ;
  • Le siège de Potidée, en révolte depuis qu'Athènes a exigé que ses citoyens abattent leurs murs ;
  • Le blocus commercial de Mégare, qui vient demander l'aide de Sparte, son alliée.

La Ligue du Péloponnèse se réunit et, malgré les propos pacificateurs d'Archidamos II, roi spartiate, la Ligue déclare la guerre à Athènes. La condition de la paix est l'autonomie des cités de la ligue de Délos, signifiant la dissolution de l'empire athénien. Athènes répond en demandant l'autonomie des cités du Péloponnèse, signifiant la dissolution de l'empire spartiate.

La guerre est donc lancée en 431 avec le siège de Platées par les Béotiens et Péloponnésiens, et l'invasion de l'Attique. Archidamos II mène les invasions lacédémoniennes tandis que les Athéniens restent fidèles à la stratégie dite de Périclès[3] : abandonner le territoire rural de l'Attique, refuser le combat en s'enfermant à l'abri des Longs-Murs protégeant la cité et le port, se faire approvisionner par l'empire maritime athénien en lançant des expéditions punitives sur les côtes du Péloponnèse. En 431 et 430 ont lieu ainsi de « classiques » invasions sparto-lacédémoniennes, Platées étant assiégée. En 430, amplifiée par l'entassement de 500 000 habitants à l'intérieur des Longs-Murs, une fièvre (dite peste, mais qui ne semble pas l'être) tue un tiers des citoyens, dont Périclès, affaiblissant grandement la cité. les années 428, 427 et 425 connaissent pareillement des invasions sparto-lacédémoniennes non concluantes. Platées est prise en 427 tandis que l'alliée d'Athènes, Mytilène, fait défection.

Le coup décisif est celui de l'îlot de Sphactérie: 120 homoioi (citoyens spartiates de plein droit) et 420 fantassins lacédémoniens sont assiégés. Sparte demande la paix à Athènes mais Cléon parvient à faire prisonniers, sans combat, les soldats assiégés, ruinant ainsi l'image d'invincibilité de Sparte. Cléon et une bonne partie des Athéniens, conscients de l'avantage de posséder des otages, veulent pousser l'avantage militaire plus loin. Du côté spartiate, Brasidas parvient à déstabiliser les positions athéniennes au nord, en Chalcidique et en Thrace. La mise au point s'effectue en 422, lors de la bataille d'Amphipolis : Sparte l'emporte, mais Brasidas et Cléon trouvent tous les deux la mort, ouvrant une voie vers la paix. La paix de Nicias est finalement jurée[4] en 421, surtout du fait de l'épuisement des deux cités : les cinq sixièmes du trésor athénien ont fondu, plus d'un tiers de la population est morte tandis que Sparte sort discréditée et militairement affaiblie.

Paix de Nicias[modifier | modifier le code]

Pour autant, la période de 421 à 413 av. J.-C. n'est pas innocente et pacifique. Athènes s'allie et arme Argos, Élis et Mantinée (nord du Péloponnèse) contre Sparte, afin de dissoudre la cohésion du Péloponnèse et d'occuper Sparte en se laissant le champ libre en Thrace et en Thessalie. Mais l'éclatante victoire spartiate de 418 indique que la confédération du Péloponnèse reste solide.

En 415, persévérant dans la stratégie de renforcement et d'encerclement, Alcibiade propose de lancer l'Expédition de Sicile. Les citoyens athéniens, attirés par la perspective d'un butin facile, votent une expédition massive alors que Nicias, rival d'Alcibiade favorable à la diplomatie, encourage plutôt a renforcer les acquis. À la suite d'une affaire de sacrilège (mutilation des Hermès), Alcibiade fait défection, rejoint Sparte et laisse l'expédition qu'il a initiée aux mains de Nicias qui ne l'a pas souhaitée. Finalement, l'aventure est un désastre. En 413, 90 % des Athéniens dépêchés en Sicile y meurent ou sont faits esclaves par les Syracusains.

Guerre d'Ionie et guerre de Décélie[modifier | modifier le code]

Profitant du marasme de Sicile et des conseils d'Alcibiade, Sparte relance la guerre en 414 av. J.-C. en envahissant l'Attique. Sparte cherche cette fois l'aide du satrape perse Tissapherne afin de disposer d'une flotte de guerre puissante et de défaire l'arrière-pays maritime d'Athènes ; Tissapherne et le royaume perse y gagneraient l'affaiblissement d'Athènes et la récupération des cités d'Asie mineure (côte turque actuelle). En 413, Agis II, roi de Sparte, prend possession de Décélie, une forteresse du territoire d'Athènes. Dès lors, Agis et les troupes spartiates saccagent méthodiquement l'Attique. En 411, un coup d'État agite Athènes et un régime oligarchique est restauré par les Quatre Cents. Les soldats en poste à Samos refusent ce régime des Quatre Cents, qui s'effondre rapidement de lui-même. Sparte parvient à saisir les détroits (Byzance et l'Eubée en 411) ; pour Athènes, c'est la déroute près d'Érétrie. Une victoire navale dans l'Hellespont permet de sauver l'essentiel : les approvisionnements en céréales. D'autres victoires athéniennes, des pillages locaux et l'instauration d'un péage dans le Bosphore rétablirent la situation au point que Sparte, fatiguée, demanda la paix. Les Athéniens refusèrent.

L'arrivée de Lysandre à la tête de la flotte spartiate et l'aide du Perse Cyrus le Jeune renversent la tendance. La flotte athénienne est défaite sous Alcibiade, puis sous Conon, mais la Bataille des Arginuses est une victoire éclatante des Athéniens. Lysandre revient et lorsque Sparte parvient à détruire la flotte athénienne à la bataille d'Aigos Potamos, en 405, l'approvisionnement en céréales d'Athènes est coupé.

Athènes se rend en 404. Thèbes et Corinthe demandent la destruction d'Athènes ; mais Sparte préfère finalement, à trois votes d'éphores contre deux, intégrer Athènes à son alliance.

Conséquences immédiates[modifier | modifier le code]

Les conséquences immédiates sont la dislocation de l'empire maritime athénien et l'instauration de la tyrannie des Trente. Lysandre apparaît comme l'homme fort de Sparte mais le roi Agis tient à réduire son influence ; lorsque Athènes revient à la démocratie, Agis n'intervient pas. Mais Sparte devient pesante et hégémonique, hésitant entre reconstruire l'empire athénien à son avantage (Lysandre) ou se cantonner à l'ancienne occupation du Péloponnèse (Agis II). Corinthe, et surtout Thèbes, sont les nouvelles puissances émergentes.

Le IVe siècle av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Sources historiques[modifier | modifier le code]

Nous connaissons le siècle grâce à l'apport essentiel de Xénophon qui a poursuivi l'œuvre de Thucydide dans ses Helléniques ; l'œuvre livre un récit presque continu de l'histoire grecque jusqu'en 362 av. J.-C., même si elle comporte quelques défauts. Xénophon a vécu, entre autres, auprès du roi de Sparte Agésilas. Nous avons également hérité des travaux de Plutarque, un Béotien qui, dans sa Vie de Pélopidas, donne une version thébaine des évènements du début du IVe siècle. On peut également consulter la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile.

Enfin, c'est également l'époque où l'épigraphie se développe. C'est une source de premier ordre pour l'étude du IVe siècle et pas seulement pour Athènes, mais pour un certain nombre de cités de Grèce continentale qui édictent de nombreux décrets.

Hégémonie, liberté et autonomie des cités grecques[modifier | modifier le code]

La guerre du Péloponnèse constitue un tournant majeur dans le monde grec. Avant 403 av. J.-C., les positions sont claires entre les cités. Ainsi, il y a d'un côté Athènes et ses alliés de la Ligue de Délos qui comprend des cités insulaires qui bénéficient de la protection maritime d'Athènes. De l'autre, la Ligue du Péloponnèse qui combat cette suprématie athénienne. Après 403, les choses deviennent plus complexes. On voit un certain nombre de cités tenter d'affirmer leur hégémonie, mais ces tentatives ne sont pas durables. Le premier de ces retournements est celui opéré par Athènes dès 390, qui lui permet de redevenir une puissance importante sans retrouver sa splendeur passée.

L'hégémonie spartiate : un empire impossible[modifier | modifier le code]

Cette hégémonie a été forte mais courte. En 405 av. J.-C., les Spartiates sont maîtres de tout : des alliés d'Athènes, d'Athènes même et leur pouvoir est sans partage. Par la suite, les Spartiates ne songent plus qu'à défendre leur propre cité.

L’empire spartiate[modifier | modifier le code]

À ce sujet, il y a eu un débat entre les citoyens spartiates de plein droit. Pour Lysandre, les Spartiates doivent reconstruire l'empire athénien à leur profit. Or, les lois de Sparte interdisent toute possession de métal précieux. Les transactions s'opèrent par lingots de fer. Les métaux précieux que la cité obtient deviennent la propriété de la cité. Les Spartiates reculent devant les innovations de Lysandre et le redoutent. Il a tiré trop de profit de sa victoire. Par exemple, à Samos, sont organisés des Lysandreia en l'honneur de ce dernier. Il est rappelé à Sparte et à partir de là, ne se charge d'aucune fonction de premier ordre. On refuse à Sparte de voir Lysandre ou l'un de ses successeurs dominer. Les Spartiates refusent le tribut et l'empire à l'athénienne. Ils décident après 403 de ne pas soutenir les directives qui avaient été mises en place. Les Spartiates ne veulent pas de l'hégémonie. Ce sont les autres cités qui souhaitent une hégémonie spartiate.

Agésilas arrive au pouvoir au tout début du IVe siècle. C'est un homme qui ne devait pas régner et qui arrive par accident à la royauté. Il a subi, contrairement aux autres rois de Sparte, l'éducation spartiate, ce qui lui donne un ascendant sur ces concitoyens. Les Spartiates découvrent une conspiration contre les lois de la cité menée par Cinadon. À l'issue de cette conjuration, ils se rendent compte qu'il y a trop d'éléments dangereux et trop de monde.

Agésilas mène une politique dynamique qui joue sur le sentiment panhellénique. Il lance une campagne contre l'empire perse, une campagne marquée par des succès. Mais l'empire perse réagit. Le roi Perse a recours à l'or. pour soutenir les Athéniens, qui, avec ces subsides, reconstituent leur flotte et remportent un certain nombre de victoires, notamment celle de Cnide. Ils peuvent également reconstruire leurs murailles détruites en 404.

En 394, les autorités de Sparte décident de faire revenir Agésilas en Grèce continentale. Pendant six ans, une guerre oppose les Spartiates aux Corinthiens, aidés partiellement par les Athéniens. Les Spartiates se rendent compte qu'ils ne peuvent pas lutter sur deux terrains. Ils font donc le choix de l'alliance perse.

La Paix du Roi[modifier | modifier le code]

En 386 av. J.-C., le roi achéménide Artaxerxès II conclut une paix avec Sparte, représentée par Antalcidas, afin de mettre fin à la guerre de Corinthe. Par cet édit, les Perses conservent la tutelle sur les cités grecques d'Asie Mineure et sur Chypre. Les cités grecques de la mer Égée doivent conserver leur indépendance, sauf Lemnos, Imbros et Skyros, laissée à Athènes. Cette paix oblige également à la dissolution des systèmes d'alliances et des systèmes confédéraux existants et en interdit la formation de nouvelles. C'est un ultimatum qui fait les affaires d'Athènes, car la cité conserve trois îles. C'est également une bonne affaire pour Sparte car elle est choisie comme garante de cette Paix du Roi.

En revanche, cette paix a des conséquences inattendues. En effet, conformément à son contenu, la Confédération béotienne est dissoute en 386. Cette confédération était dominée par Thèbes, une cité qui était hostile à la domination spartiate. Sparte mène des opérations de grandes envergures et mène des interventions périphériques en Épire et dans le nord de la Grèce ce qui se solde par la prise de la forteresse de Thèbes, la Cadmée thébaine, après une expédition en Chalcidique et la prise d'Olynthe. C'est un homme politique Thébain qui propose à Phébidas, un chef militaire Spartiate de s'emparer de Thèbes. Ce dernier s'empare donc de la Cadmée. Cet acte fut vivement condamné. Cependant, les Spartiates se sont empressés de ratifier cette initiative individuelle.

En 378, Sphodrias, un harmoste spartiate, tente un coup de main contre Le Pirée, dont les portes ne sont pas encore fortifiées. Il échoue à dix kilomètres mais il est acquitté par le tribunal spartiate. Une alliance est finalement conclue entre Athènes et Thèbes.

L'affrontement avec Thèbes[modifier | modifier le code]

Sparte va devoir lutter contre deux cités alliées. Athènes a dû se relever du désastre de 404 av. J.-C. Les Thébains s'efforcent de reconstituer l'ancienne confédération béotienne avec Épaminondas. Dans les années 370, Sparte est en lutte avec Thèbes. Athènes devient méfiante face à la puissance thébaine qui se développe. En 375, les Athéniens sont marqués par le fait que les Thébains ravagent la cité de Platées. Les Athéniens changent d'alliance et s'unissent aux Spartiates contre Thèbes en 375. En 371, Sparte perd la bataille de Leuctres, qui lui coûte une bonne partie de son armée, et 400 de ses 2 000 citoyens engagés. L'hégémonie spartiate est ainsi abattue ; la solution de rechange est alors l'hégémonie athénienne.

L'hégémonie athénienne[modifier | modifier le code]

Une tentative de fonder l'empire[modifier | modifier le code]

Les Athéniens s'interdisent tout retour à la position du Ve siècle. Dans le décret d'Aristotélès, le but affirmé est celui de faire contre-pied à l'hégémonie spartiate. Ces derniers y sont clairement dénoncés comme « fauteur de guerre ». Ce n'est plus un système centralisé mais une alliance où les alliés ont leur mot à dire. Les Athéniens ne siègent pas dans le conseil des alliés et ce dernier n'est pas dirigé par un athénien. Il se réunit de manière régulière et il sert de contrepoids politique et militaire à Athènes. Cette nouvelle ligue, très modérée, est une organisation très lâche.

Le financement de la ligue[modifier | modifier le code]

Il faut effacer les mauvais souvenirs de l'ancienne ligue qui n'est plus adaptée. Dans le nouveau système de financement, il n'y a pas de tribut, mais d'un financement irrégulier (syntaxeis) et qui doit servir à l'emploi des troupes envoyées ponctuellement par Athènes et ses alliés. Ces contributions ne sont pas versées à Athènes mais sont perçues par les stratèges athéniens eux-mêmes. À la différence de la ligue du Ve siècle, il n'y a pas de caisse fédérale. Les contributions ont un but précis et sont faites pour être rapidement dépensées. Les Athéniens doivent apporter leur propre contribution, l’eisphora. Ces derniers réforment le mode de versement de cet impôt et créent un système d'avance, la proseiphora, dans laquelle les plus riches doivent faire l'avance du montant de l'impôt et de se faire rembourser par les autres contribuables. Le système est rapidement assimilé à une liturgie. Cette ligue répond à un véritable besoin.

L'échec de l'hégémonie athénienne[modifier | modifier le code]

Dans les faits, la situation n'ont pas beaucoup changées par rapport au Ve siècle. Les stratèges se livrent à des extorsions. Les alliés manifestent leur mécontentement. L'alliance avec Athènes n'est plus aussi attractive. Il y a tout d'abord des raisons structurelles. Ce qui faisait la valeur de cette alliance, c'est la peur de Sparte, mais après la chute de Sparte en 371, il est manifeste que cette hégémonie perd une de ses raisons d'être. Les Athéniens n'ont plus les moyens de leurs ambitions. Ils ont du mal à financer leur propre marine. De ce fait, ils n'arrivent plus à défendre leurs alliés correctement. Ainsi, le tyran de Phérès détruit un certain nombre de cités sans être poursuivi. À partir de 360 av. J.-C., Athènes perd sa valeur d'invincibilité. Un certain nombre d'alliés décident de faire sécession. C'est le cas de Byzance et de Naxos en 364.

En 357, la révolte s'étend et jusqu'en 355, Athènes doit faire face à la guerre des alliés. L'issue de cette guerre est marquée par une intervention décisive du roi Perse qui soumet un ultimatum aux Athéniens. Il exige que ces derniers reconnaissent l'indépendance de ses alliés, sous peine de quoi il envoie 200 trières contre Athènes. Les Athéniens doivent renoncer à poursuivre la guerre et à laisser la confédération s'affaiblir de plus en plus. Les Athéniens ont perdu sur tous les plans et ont été incapables de proposer une alliance durable.

L'hégémonie thébaine, une tentative sans lendemain[modifier | modifier le code]

Les Thébains n'en sont pas à leur premier coup d'essai. Thèbes est la cité la plus importante de Béotie tandis que la Confédération béotienne existe déjà en 447 av. J.-C. et se reconstitue en 386.

La confédération béotienne au Ve siècle av. J.-C. (447-386)[modifier | modifier le code]

La Confédération béotienne nous est bien connue grâce à un papyrus qui nous fait connaître l'essentiel de la confédération béotienne. Il s'agit de l'Anonyme d'Oxyrhynque. Thèbes y occupe une position prépondérante et met en place un système où les charges sont réparties entre les différentes cités de la confédération. La citoyenneté y est définie en fonction de la richesse. On compte 11 000 citoyens actifs.

La confédération est divisée en onze districts, chacun fournissant un magistrat fédéral, un béotarque. Ils fournissent de plus un certain nombre de conseillers. Sur le plan militaire, ils fournissent 1 000 hoplites et 100 cavaliers. Dès le Ve siècle av. J.-C., les béotiens constituent une infanterie puissante de 11 000 hommes. Il existe également un corps d'élite et une infanterie légère ; on compte 10 000 soldats béotiens avec des armes légères. Leur puissance vient de la cavalerie, qui compte 1 100 cavaliers dirigés par un magistrat fédéral qu'il faut distinguer des commandants locaux. Ils possèdent une petite flotte qui a joué son rôle en fournissant 25 trières aux Spartiates pour la guerre du Péloponnèse. À la fin de ce conflit, leur flotte compte 50 trières et est dirigée par un avarque.

Tout cela constitue une force importante. C'est pourquoi les Spartiates avaient été très heureux de dissoudre cette confédération béotienne à l'occasion de la Paix du roi. Cette dissolution fut éphémère. Dans les années 370, les thébains n'ont de cesse de reformer cette confédération. En 382, ils perdent la Cadmée thébaine.

Le rétablissement thébain[modifier | modifier le code]

Pélopidas et Épaminondas dotent Thèbes d'institutions démocratiques assez proches de celles d'Athènes. Les Thébains reprennent à cette occasion le titre perdu depuis la paix du roi de béotarque. Pélopidas et Épaminondas affichent leur volonté de reconstituer la confédération béotienne. Cet objectif est accompli à la bataille de Leuctres en 371 av. J.-C. Ils peuvent dissoudre la puissance spartiate. Épaminondas débarrasse le Péloponnèse des oligarchies pro-Spartiates et y met des partisans de la démocratie. Il fait construire ou reconstruire un certain nombre de cités mises à mal par les Spartiates. Il pousse également à la reconstruction de la cité de Messène grâce à une invasion de la Laconie qui lui permet de libérer les hilotes, de reconstituer la Messénie et de lui donner Messène comme capitale. Il décide enfin de constituer un peu partout dans le Péloponnèse des confédérations. Ainsi, il constitue une Confédération arcadienne. La Paix du Roi met à mal la confédération arcadienne et les Spartiates laissent à Messène son autonomie.

L'affrontement entre Athènes et Thèbes[modifier | modifier le code]

Cela explique les problèmes rencontrés par les Athéniens avec leurs alliés de la seconde ligue. Épaminondas réussi à convaincre ses concitoyens de construire une flotte de 100 trières et pousse des cités à quitter l'alliance athénienne pour rejoindre la ligue maritime béotienne. Tout s'arrête en 362 av. J.-C. à l'issue de la bataille de Mantinée, bataille qui résulte de la difficulté des Thébains à mettre en place des confédérations.

Sparte reste une puissance importante et des cités continuent à se tourner vers elle. Le cadre confédéral est artificiel car une même confédération rassemble des cités qui n'ont jamais pu s'entendre. C'est le cas des cités de Tégée et de Mantinée qui se retrouvent ensemble dans la confédération arcadienne. Les Mantinéens reçoivent le soutien des Athéniens et les Tégéates reçoivent celui des Thébains. Les Thébains triomphent, mais c'est un triomphe sans lendemain car Épaminondas disparaît au cours du combat. Il dit d'ailleurs : « Je laisse à Thèbes deux filles, la victoire de Leuctres et celle de Mantinée ». Par la suite, les Thébains renoncent à intervenir dans le Péloponnèse.

Les cités grecques occidentales[modifier | modifier le code]

Localisation des cités de Grande Grèce.

Les cités de Grande Grèce connaissent un essor marqué durant l'époque classique, sous l'égide de tyrans ce régime s'étant imposé dans cette région à la différence de la Grèce. Cela génère des frictions avec des groupes non-Grecs, plus ou moins bien organisés au début, mais souvent de mieux en mieux avec leurs interactions et leur confrontation aux Grecs. Ainsi Tarente (dans les Pouilles actuelles) est implantée au contact des Messapiens avec lesquels ils sont à plusieurs reprises en guerre. Les Étrusques et les Phéniciens, dominés par Carthage, sont les entités les mieux organisés auxquelles font face les Grecs. La Sicile en particulier est un lien de confrontation entre Grecs et Phéniciens, au milieu duquel se trouve des peuples tels que les Élymiens. Ces derniers et les cités phéniciennes de Sicile s'allient ainsi en 510 pour détruire une colonie qu'un Spartiate venait de fonder près de Motyé. La piraterie grecque est également très active, et pose une sérieuse menace au commerce phénicien qui est sa principale cible. D'un autre côté, les Grecs s'opposent aux Grecs : le tyran Hippocrate de Géla annexe ainsi plusieurs cités voisines et domine la Sicile orientale, et le général qui lui succède, Gélon, s'implante à Syracuse, qu'il organise suivant des pratiques peu courantes dans le monde grec : il déporte des vaincus pour peupler sa capitale, contracte des alliances matrimoniales avec d'autres tyrans, en premier lieu Théron d'Agrigente, et les deux se partagent la partie grecque de la Sicile et commencent à bousculer les positions des Carthaginois, qui sont hégémoniques à l'ouest[5]. Le conflit qui éclate en 480 tourne d'abord en faveur des Carthaginois, qui assiègent les Grecs à Himère, mais Gélon parvient à remporter une victoire inespérée qui conforte la puissance syracusaine à l'ouest, de la même manière qu'Athènes triomphe au même moment à l'est face aux Perses[6].

Hiéron Ier, frère de Géla, lui succède à sa mort en 478, et consolide l’État syracusain, entité politique originale dans le monde grec puisqu'elle est constituée de plusieurs cités grecques sicilienne. Mais les conditions de la domination syracusaine avaient suscité de nombreuses jalousies et rancœurs. Un conflit éclate entre Syracuse et Agrigente, qui est vaincue, et une révolte y fonde une démocratie. De la même manière à la mort de Hiéron en 467 sa famille est chassée de la ville et une démocratie y est fondée. Cela dans un contexte chaotique, alors que les affrontements précédents ont donné naissance à plusieurs conflits locaux. La Résolution commune de 461 av. J.-C. prévoit la paix entre les cités siciliennes, redevenues indépendantes. Mais la discorde règne dans les cités, entre factions aristocratiques et démocratiques, tandis que les Élymiens, pour consolider leur position au milieu des Grecs, créent leur propre cité à Ségeste. Un autre peuple non grec, les Sicules, est organisé en ligue autour de son chef Doukétios. Mais Syracuse, qui reste la cité sicilienne la plus riche, s'est constituée une puissante flotte de guerre et restaure patiemment son hégémonie[7]. Comme vu précédemment les Athéniens attaquent Syracuse en 415-413 à l'appel des Élymiens, menacés par la cité de Sélinonte, ce qui se solde par un triomphe pour la cité sicilienne[8].

Les Élymiens reçoivent en 409 l'appui de Carthage, qui a des comptes à régler avec les cités grecques de Sicile, s'empare de Sélinonte et y massacre la population. Les Sicules se joignent aux Carthaginois, et les coalisés remportent une victoire contre Syracuse qui leur permet de s'emparer d'Himère. Les luttes entre les généraux syracusains Dioklès et Hermocrate ralentissent la réaction grecque. Carthage prend Agrigente en 406, suscitant une grande peut chez les Grecs. À Syracuse, Denys se fait nommer général unique, et organise la résistance face aux troupes carthaginoises qui assiègent la ville. Les assiégeants subissent une épidémie, et concluent la paix. Les cités grecques conquises précédemment reprennent leur indépendance et leurs anciens habitants peuvent y retourner, sans y ériger de murailles[9].

Denys devient tyran à Syracuse, mettant fin à la démocratie. Il réorganise son système défensif, se constitue une armée, et reprend à son tour la politique d'annexion des cités voisines et de déplacement forcé de leurs habitants vers sa ville. Il lance alors une campagne contre ses rivaux : la région de Ségeste est ravagée, et la cité phénicienne de Motyé est prise et détruite. La réplique carthaginoise se solde par une retraite des Syracusains, et le siège de leur cité. Mais une épidémie vient une nouvelle fois sauver la ville. Cela consolide la position de Denys, qui est alors à la tête de la plus vaste cité du monde grec, riche et cosmopolite. Il étend son influence vers l'Italie (prise de Rhégion en 388), mais ses nouvelles campagnes contre Carthage n'ont pas plus de succès que les précédentes. Son fils et successeur Denys II n'a pas plus de succès, les guerres s'avèrent coûteuses, puis il fait face en 357 à une révolte d'un de ses principaux serviteurs, Dion, qui plonge la Sicile dans l'anarchie. Les années suivantes sont marqués par des conflits entre Grecs et Carthaginois, entre Grecs et Grecs, entre citoyens de mêmes cités[10]. En 345 Syracuse demande de l'aide à sa cité-mère, Corinthe, pour qu'elle lui envoie des hommes. Celle-ci dépêche un de ses aristocrates, Timoléon, avec une modeste troupe de 700 hommes, ce qui ne l'empêche pas de trouver de l'argent sur place pour lever une force plus importante, de remporter un succès inespéré face aux Carthaginois, de déposer les tyrans des cités siciliennes, mais sa mort dès 337 empêche ses avancées d'être consolidées[11].

L'ascension de la Macédoine[modifier | modifier le code]

Le royaume de Macédoine se forme au nord du monde grec, qui le voit généralement comme barbare. Un temps soumis par les Perses, il s'en libère après les guerres médiques, pour passer sous influence athénienne, le bois qui pousse sur ses territoires étant convoités car il est essentiel pour la construction des bateaux sur lesquels repose la puissance de l'Attique (ce qui justifie la fondation de la colonie d'Amphipolis). Cet État est dirigé par une dynastie se succédant en principe de père en fils, mais les entorses à la règle sont courantes, et l'aristocratie puissante, le pouvoir royal n'étant pas très fort au départ. L'armée est faible, le royaume ne disposant pas d'une paysannerie aisée à l'image de celle garnissant les rangs des phalanges hoplitiques des cités. Mais les mines d'argent fournissent d'importants revenus à la couronne. Les rois macédoniens regardent du côté du monde perse pour leur affirmation culturelle, Archelaos fondant une nouvelle capitale, Pella, dans un style hellénique, et étend le royaume, mais son fils Amyntas tombe sous la coupe des Thessaliens unifiés par Jason de Phères, perd une partie de ses territoires du nord-ouest face aux Illyriens, et est en position d'infériorité face à Athènes et Thèbes qui convoitent son bois. Son fils Alexandre II lui succède en 369 av. J.-C., et envoie son jeune frère Philippe comme otage à Thèbes. Il y reste deux ans jusqu'à la mort du roi, alors que son autre frère Perdiccas III prend le pouvoir. Ce dernier meurt en 360 av. J.-C. en combattant face aux Illyriens. Philippe prend le pouvoir dans un bain de sang, en éliminant une partie de l'aristocratie qui lui est hostile, puis il forme une armée sur le modèle thébain organisée autour d'une phalange hoplitiques et une cavalerie, défait les Illyriens et parvient à obtenir la paix d'Athènes à laquelle il avait pris Amphipolis, mais celle-ci est finalement dominée par Olynthe, qui devient la plus puissante cité grecque du nord égéen. La conquête du mont Pangée en Thrace lui permet de mettre la main sur ses mines métallifères. Il est désormais à la tête de l'État le plus riche du monde grec[12].

Pendant ce temps la ligue fondée par Athènes pour dominer l'Égée se déchire durant la guerre sociale (357-355), marquée par la sécession de Rhodes, Cos et Chios, qui parviennent à obtenir par les armes la fin de la ligue. Thèbes et de son côté entraînée dans la troisième guerre sacrée face à la Phocide, autour de la domination du temple de Delphes (la ligue amphyctionique), qui par le jeu des alliances devient un conflit d'envergure dans lequel la Macédoine est entraînée, du côté thébain mais à la demande de la Thessalie. Après une défaite initiale en 353, Philippe II bat les Phocidiens en 352 en Thessalie, qu'il annexe dans la foulée. C'est alors que Philippe commence à proclamer son ambition d'attaquer la Perse, que d'autres avaient nourrie avant lui (Lycurgue, Jason de Phères), les conflits récentes entre hoplites et troupes perses ayant confirmé la supériorité des premiers, et les satrapies occidentales étant en révolte en 352. Ce mot d'ordre permettrait d'unifier les Grecs, qui commence à prendre conscience de la menace macédonienne. L'orateur athénien Démosthène, dans une série de discours fameux, les Philippiques, exhorte les Athéniens à résister à l'ascension de Philippe, et se déchire avec ses adversaires pro-macédoniens. Il s'agit notamment de savoir si Athènes va appuyer Olynthe, la dernière cité d'envergure à résister à la Macédoine : elle ne reçoit pas l'appui escompté, et tombe en 348, Philippe décidant sa destruction totale et la réduction en esclavage de ses habitants. En 346 il négocie la paix avec Athènes, qui règle par ailleurs le sort de la guerre sacrée, abandonnant les Phocidiens à la merci de Philippe qui l'annexe, mais laisse la ligue amphyctionique décider de leur punition, une amende considérable (à hauteur de ce qu'ils avaient pillé à Delphes. Aux jeux pythiques suivants qui ont lieu à Delphes, Philippe préside les festivités et donc la ligue, s'affirmant comme l'homme le plus puissant de Grèce[13].

Philippe consolide alors ses conquêtes en Grèce du nord en fondant des cités, et en renforçant son armée. Il cherche à prendre Périnthe et Byzance, qui contrôle l'Hellespont, afin de couper l'approvisionnement d'Athènes, où les anti-macédoniens ont repris de l'allant, tout en menaçant la Perse. Mais il échoue, ce qui le pousse à préparer la guerre contre Athènes, autour de la ligue amphyctionique. Thèbes se place du côté d'Athènes, mais leurs troupes sont écrasées à Chéronée en 338. Cette victoire marque traditionnellement la fin de la domination politique des cités en Grèce. Thèbes se voit imposer l'exécution des anti-macédoniens, et une garnison, en revanche il renonce à investir Athènes, qui garde un système défensif notable, et lui offre la paix. Il réunit une conférence à Corinthe, qui décide du principe de la conquête de la Perse (la « ligue de Corinthe »). Philippe a alors obtenu la soumission de Périnthe et Byzance qui ont renoncé à résister devant les exemples de Thèbes et d'Athènes. Il envoie des troupes en Asie, où ils ne rencontrent pas de résistance, l'empire perse étant secoué par des troubles successoraux. Les Ioniens en profitent pour se révolter. Alors qu'il s'apprête à mener son projet si longuement préparé, Philippe II est assassiné dans sa capitale, meurtre dont les causes sont très discutées[14].

Aspects économiques et sociaux[modifier | modifier le code]

Démographie[modifier | modifier le code]

La période classique se caractérise par une croissance démographique dans le monde grec, en particulier dans les régions de Grèce continentale et les îles des Cyclades, que certains estiment plus peuplées à la fin de l'époque archaïque qu'elles ne l'étaient au XIXe siècle[15]. Les prospections repèrent en tout cas un développement de l'habitat rural sur la longue période qui va de 600 à 200 av. J.-C., le phénomène de dispersion étant à son sommet durant l'époque classique. Il est cependant difficile de basculer de ces données de terrain à une estimation de la population, la dispersion de l'habitat étant non seulement liée à l'évolution quantitative de la population, mais aussi aux structures économiques et sociales : l'intensification de l'exploitation agricole conduisant à l'apparition de nouveaux sites, la constitution de grands domaine à leur diminution, la demande faite aux citoyens de certaines cités de s'équiper par leurs propres moyens les inciteraient à quitter la ville pour s'installer dans un domaine rural. On retient en général l'idée d'une croissance démographique dans la Grèce classique, qui connaît d'importantes concentrations humaines, en particulier là où le phénomène urbain est le plus développé. La majorité de la population des cités-États grecques vit en ville ; pour la Béotie, la proportion d'urbains dans le total de la population serait à situer aux environs de 70 %. Du point de vue des différences régionales, l'Attique est manifestement la région la plus peuplée, les densités sont plus élevées dans la Grèce des cités (Attique, Béotie, Corinthe, aussi Laconie, Messénie, Eubée), mais la Grèce du nord effectue un rattrapage au IVe siècle av. J.-C., ce qui explique l'essor de la Macédoine, de le Thessalie et de l'Épire[16],[17].

Structures et dynamiques économiques[modifier | modifier le code]

Gaulage des olives, amphore attique à figure noire d'Antiménès, VIe siècle av. J.-C. British Museum.

L'économie grecque antique fait l'objet de nombreux débats, portant sur ses éventuelles caractéristiques « modernes » (place des mécanismes de marché, importance des échanges à longue distance, monétisation des échanges, etc.). L'unité de base est la maisonnée, l’oikos, d'où dérive le terme oikonomia (promu notamment par Xénophon) qui a donné « économie », qui dans son acception antique concerne la gestion de cette maisonnée privée, généralement constituée d'une famille nucléaire, potentiellement des dépendants et esclaves. La plupart des maisonnées exercent une activité agricole, autour de quelques arpents de terre, partagées entre une céréaliculture dominante (blé et orge), des cultures arbustives (olivier, vigne, figuier et autres arbres fruitiers), quelques animaux (moutons et chèvres surtout). La pêche est certes courante sur les côtes, mais les eaux grecques ne sont pas particulièrement poissonneuses, à l'exception de la mer Noire, et le poisson ne semble pas avoir eu l'importance alimentaire et économique de la « trilogie méditerranéenne », constituée des céréales, de l'olivier et de la vigne[18].

L'idéal des théoriciens de la gestion de l’oikos est l'autarcie, mais en pratique cela relève de la gageure, car l'autoconsommation ne peut suffire à la plupart des maisonnées, même paysannes, aussi le recours à des systèmes d'échanges est crucial, que ce soit par le troc avec des voisins, ou par la monnaie sur un marché local[18].

Les aspects les plus « modernes », voire « capitalistes » ne sont pourtant pas absents, mais ils concernent avant tout le cas athénien, exceptionnel, qui repose sur les riches mines du Laurion, et aussi des terres relativement fertiles, consacrées notamment à la production d'huile d'olive, qui a permis le développement d'une économie urbaine, avec un artisanat dynamique, générant un commerce à longue distance très actif, autour du port du Pirée, et une société cosmopolite dans laquelle les étrangers (les « métèques ») ont une grande importance économique[18],[19]. Une situation similaire a pu aussi exister pour d'autres villes de Grèce continentale (Corinthe en particulier) et des îles égéennes (Chios par exemple), comme l'indiquent leur essor démographique et urbain. On suppose qu'Athènes et d'autres font de plus en plus reposer leur subsistance sur l'importation de grains venus de grandes régions agricoles de la Méditerranée (mer Noire, Sicile, Cyrénaïque, voire Égypte), incitant au développement d'activités bancaires, d'un commerce mobilisant des instruments juridiques et économiques plus complexes (associations, prêts à la grosse aventure), avec des échanges monétisés[20]. La monnaie athénienne (les « chouettes », d'après leur type) devient la référence dans toute la Méditerranée et se diffuse au-delà. Les céramiques attiques sont exportées en grande quantité vers d'autres régions méditerranéennes, dont l’Étrurie, au début de la période classique. Certaines régions ont pu se spécialiser dans certaines productions spéculatives afin de les exporter, comme Thasos ou des cités de la mer Noire dans le vin[21].

Maquette représentant le bateau de l'épave de Kyrénia (Chypre), ayant vogué sur la Méditerranée orientale au IVe siècle av. J.-C. Musée national maritime d'Israël.

Divers progrès techniques doivent aussi avoir un impact sur les activités économiques. Dans la construction navale, c'est le cas de l'introduction de la méthode de fabrication des coques par des tenons et mortaises, introduite depuis la Phénicie, qui supplante progressivement au cours de la période la méthode traditionnelle des coques « cousues » (qui cependant se maintient). D'autres instruments de navigation semblent aussi avoir été améliorés (barres, ancres)[22],[23].

Par suite certains supposent une croissance économique du monde grec antique, qui serait de mise à partir de l'époque classique, et se prolongerait durant l'époque hellénistique, voyant l'élaboration d'une économie « proto-capitaliste », ce qui est très discuté[24],[25]. Cela se repèrerait dans le développement démographique, aussi l'essor de l'architecture publique dans les cités qui est un témoignage d'enrichissement global. Les inégalités de condition seraient moins prononcées que dans les pays orientaux, la cité garantissant un certain de niveau de protection aux plus démunis, notamment face aux famines. Les habitants de Grèce continentale et des îles égéennes auraient alors bénéficié de conditions de vie sans équivalent dans le monde antique, et qui n'auraient été atteintes à nouveau en Occident que durant l'époque de la première modernité en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas de l'ère proto-industrielle[26]. Les cités siciliennes semblent aussi avoir connu un essor économique marqué durant cette période, en premier lieu Syracuse qui devient dans les premières décennies du IVe siècle av. J.-C. la plus grande cité du monde grec[27].

D'autres nuancent ce tableau en mettant en avant la diversité des économies grecques, et l'exceptionnalité du cas athénien. Ainsi sa rivale spartiate présente un tout autre profil économique : les citoyens se consacrent surtout aux activités militaires, la production repose sur les populations soumises par les citoyens spartiates, les Périèques libres et les Hilotes non-libres, les échanges s'effectuent surtout à l'intérieur du (vaste) territoire dominé par la cité, la société est moins ouverte aux étrangers, l'économie n'est pas monétarisée, les seules frappes officielles étant une monnaie de fer non convertible à l'extérieur[28].

Monnaie[modifier | modifier le code]

Tétradrachme d'argent frappé par Athènes, v. milieu Ve siècle av. J.-C. Ici le revers où figure la chouette symbolisant la déesse Athéna.

La monnaie devient de plus en plus employée durant l'époque classique, mais elle est surtout émise lorsque les États doivent réaliser d'importantes dépenses, pour des finalités militaires ou des constructions, et les frappes sont généralement sporadiques, certaines cités s'en passant à l'exemple de Sparte. Il y a bien des cas comme Thasos où un monnayage de bronze semble émis pour servir dans les échanges intérieurs, mais les transactions courantes dans le monde grec ne sont pas en majorité monétisées, loin de là[29].

Condition féminine[modifier | modifier le code]

Dans le cadre domestique, la place de la femme est subordonnée au chef de famille, dont la supervision se doit d'être constante. C'est d'abord le père, puis l'époux pour la femme libre, son maître pour les servantes, esclaves et concubines. Les textes de l'époque cherchent à définir une relation plus précise des rôles masculins et féminins, avec notamment une séparation public/privé, réflexions qui impliquent qu'il y a lieu pour ces gens de justifier ce clivage fondamental de la société civique. Les relations des femmes avec l'extérieur de la maisonnée sont en principe limitées, et elles se consacrent aux tâches domestiques, notamment la cuisine et le tissage ; les maîtresses des maisonnées plus riches ont un rôle d'intendance[30]. Néanmoins il est probable que ce modèle ne s'applique qu'aux familles les plus aisées : les femmes des milieux populaires ont un travail en dehors de leur foyer, qu'elles soient nourrices, vendeuses sur le marché voire ouvrières agricoles[31].

Dans le cadre politique, les Grecques sont exclues de la citoyenneté, donc des responsabilités, et sont là aussi placées sous la tutelle des hommes. Si on trouve des figures féminines fortes dans le contexte aristocratique qui ressort notamment des poèmes homériques, où la femme, maîtresse de la maisonnée, a un rôle important bien qu'elle ne participe pas aux activités guerrières qui sont le fondement de l'autorité, en revanche dans la cité démocratique où la politique joue un rôle cardinal, sa mise à l'écart est plus forte. Le rôle de la citoyenne est avant tout dans la reproduction du corps des citoyens, et aussi dans sa participation aux cultes civiques qui marque son appartenance à la communauté[31].

Esclavage[modifier | modifier le code]

L'importance de l'esclavage dans le monde classique, en particulier à Athènes, est incontestable même si elle ne peut être quantifiée précisément : peu de sociétés antiques ont connu un tel esclavage de masse, Rome étant le seul cas bien connu où l'esclavage a occupé une telle importance. L'essor du commerce des esclaves à cette période s'explique par un manque de main d’œuvre, l'accès à diverses sources d'être humains réduits en esclaves (surtout par la guerre), qui sont exclusivement des non-Grecs, et le développement de moyens financiers permettant de développer un esclavage de masse, surtout visible dans les mines du Laurion, aux conditions de travail probablement épouvantables. Mais les esclaves se retrouvent dans tout type d'activités, sont généralement employés dans un cadre domestique où ils devaient généralement avoir de meilleure conditions de vie, certains esclaves très qualifiés dans un domaine d'activité pouvant disposer d'une position économique confortable[32],[33].

Culture et vie intellectuelle[modifier | modifier le code]

La Grèce des Ve – IVe siècle av. J.-C. est désignée comme une période « classique », parce que sa culture a très souvent été considérée par les civilisations « occidentales » postérieures comme un modèle supérieur à la plupart des autres, une source d'inspiration vers laquelle on se tournait pour des motivations très diverses. Cela renvoie essentiellement aux réalisations ayant eu lieu à cette période à Athènes, qu'elles soient le fait de savants et d'artistes d'extraction locale, ou d'étrangers attirés par la richesse et la vie culturelle athéniennes, qui en font selon le mot de Périclès « l'école de la Grèce » (Thucydide 2.41.1).

Religion[modifier | modifier le code]

Ruines du temple de Zeus d'Olympie.

La vie religieuse des cités grecques se poursuit selon les bases posées durant l'époque archaïque. Dans le panthéon divin, le groupe des douze grandes divinités « olympiennes » a achevé de se constituer au IVe siècle av. J.-C., mais chaque cité a son propre panthéon, souvent également dominé par un groupe de douze divinités, qui accueille de temps en temps des divinités venues de l'extérieur (par exemple le dieu arcadien Pan à Athènes au Ve siècle av. J.-C., puis Asclépios), les cultes héroïques sont toujours en vogue. Les cités ont également leurs propres mythes, et à la suite d'Hésiode ces récits continuent à être couchés par écrit, deviennent des sujets théâtraux, et connaissent diverses évolutions qui peuvent en modifier le sens, selon l’orientation qu'on souhaite leur donner, au-delà du plaisir que la déclamation de ces histoires souvent très vivantes peut susciter chez l'auditoire[34].

Les rites religieux sont partagés entre le cadre domestique et le cadre civique, parfois aussi au niveau du village (les dèmes athéniens ont leur propre calendrier cultuel). Les festivités majeures comme les Panathénées athéniennes sont marquées par le rassemblement de la communauté civique (panégyrie), les riches citoyens étant incités à contribuer à leur financement (liturgie), ce dont ils peuvent tirer un grand prestige. Les rites religieux marquent par ailleurs les grands moments de la vie politique, comme lors de la prestation de serment marquant le début de l'éphébie à Athènes (un service militaire)[35].

Les concours panhelléniques sont au nombre de quatre à l'époque classique avec l'émergence de ceux de Némée, aux côtés de ceux d'Olympie, Delphes et Corinthe[36].

La période est aussi marquée par le développement des cultes aux dieux guérisseurs, en premier lieu Asclépios, vénéré à Cos et Épidaure, et celui des cultes à mystères, les mieux connus étant ceux du sanctuaire de Perséphone et Déméter d’Éleusis (à Athènes)[37].

Architecture et urbanisme[modifier | modifier le code]

La reconstruction de l'Acropole d'Athènes après sa destruction par les Perses, qui débute vers 450 av. J.-C., est la manifestation la plus éclatante du « siècle de Périclès », l'expression du prestige, de la puissance et de la richesse acquis par la démocratie athénienne. Elle réunit des maîtres d’œuvres et artistes parmi les plus renommés de l'époque, réunie par Périclès autour de son ami le sculpteur Phidias. La pièce maîtresse est le Parthénon, temple d'Athéna, avec ses reliefs sculptés représentant des scènes épiques (combat d'Amazones, cycle troyen, etc.) et rituelles (frise des Panathénées), et la statue chryséléphantine de la déesse sculptée par Phidias en personne. Le reste du projet de constructions se déroule après la mort de ses initiateurs : les Propylées, entrée monumentale, l'Érechthéion avec ses cariatides, le temple d'Athéna Nikè[38].

La période classique est marquée par la construction de nombreux temples dans tout le monde grec, dans les villes mais aussi dans des lieux reculés. La Grande Grèce compte des exemples qui ont le mieux survécu aux injures du temps, dont celui de style purement classique construit à Ségeste à l'initiative d'un peuple non-Grec, les Élymes[39].

Le IVe siècle av. J.-C. voit l'essor de l'usage des chapiteaux corinthiens ornés de feuilles d'acanthe, et de nouvelles audaces architecturales conduisant en Asie Mineure à la construction du temple à ciel ouvert de Didyme, du gigantesque Artemision d'Éphèse, l'une des « merveilles du monde », ou encore du mausolée d'Halicarnasse, autre « merveille », servant de lieu de sépulture pour le satrape de Carie qui avait fait fondé cette cité, s'appropriant les traditions architecturales des temples grecs pour un tombeau monumental de monarque[40].

Ruines d'Olynthe, laissant apparaître le plan hippodamien.

C'est plus largement tout l'espace public qui devient l'objet de grands travaux. Hippodamos de Milet développe au Ve siècle av. J.-C. le plan régulier en grille auquel il a donné son nom, censé organiser harmonieusement l'espace de la cité, qu'il met en pratique dans sa ville natale et au Pirée. Les murailles, les rues, les agoras, les ports, théâtres sont les différents éléments de l'espace public qui font l'objet de grands travaux. L'agora est un lieu central dans la vie civique, souvent doté de lieux de culte (destinés à des divinités poliades), d'édifices aux fonctions politiques (prytanées et autres bureaux et lieux de réunion de magistrats et assemblées) et d'autres bâtiments publics, où des réalisations artistiques (statues, frises, monuments) et inscriptions glorifiant la cité et affirmant son identité sont présentés au plus grand nombre[41].

Sculpture[modifier | modifier le code]

Les sculpteurs classiques exercent leur art sur des blocs de marbre, ou avec du bronze suivant la technique de la cire perdue, mais les statues en métal ont généralement été fondues dans l'Antiquité, aussi peu sont parvenues jusqu'à nous, même si de belles pièces sont connues tel le Zeus du cap Artémision mis au jour dans une épave. Les copies de sculptures d'artistes majeurs sont également importantes malgré leur statut de témoin indirect ne reflétant pas forcément l'original avec exactitude. Là encore les principaux commanditaires sont à Athènes et à Syracuse. Le style des sculpteurs évolue rapidement. Le premier classicisme est marqué par le style sévère qui doit son nom aux visages calmes et sereins de leurs sujets. Le classicisme au sens strict, à partir du milieu du Ve siècle av. J.-C., est le plus renommé, marqué par le travail de Phidias, et les différentes sculptures du chantier de l'Acropole[42]. Les réalisations de la phase suivante sont plus versatiles, puisant parfois leur inspiration dans l'art de l'archaïsme final, puis le second classicisme, en plein IVe siècle av. J.-C., durant lequel exerce Praxitèle, voit notamment le développement d'un style plus fluide, aussi du nu féminin (statue d'Aphrodite), développement qui semble avoir choqué à l'époque, avant de s'imposer. La transition entre l'art classique et l'art hellénistique est notamment marquée par les réalisations de Lysippe, qui servit Alexandre le Grand[43].

Céramiques[modifier | modifier le code]

Éducation[modifier | modifier le code]

Un système scolaire (privé) est attesté à Athènes au moins à partir du Ve siècle av. J.-C., avant tout réservé aux fils de l'élite, même s'il semble s'élargir à d'autres groupes. Il permet d'acquérir une éducation, paideia, terme polysémique qui désigner aussi au sens large la culture qu'il convient d'acquérir pour être quelqu'un d'accompli. Au niveau élémentaire, l'enseignement combine gymnastique (au palestre), musique (dont poésie) et écriture, mathématiques et littérature. Une éducation supérieure est attestée au début du IVe siècle av. J.-C., permettant de poursuivre l'enseignement autour d'un maître renommé, avec les Sophistes, l'école de rhétorique d'Isocrate, l'Académie de Platon, puis le Lycée d'Aristote, peut-être la médecine à Cos[44]. Athènes est du reste probablement une cité plus alphabétisée que la plupart des autres (jusqu'au charcutier des Cavaliers d'Aristophane qui sait lire, certes assez mal)[45].

Philosophie[modifier | modifier le code]

Buste de Socrate. Copie romaine du IIe siècle d'un original grec. Musée archéologique régional de Palerme.

La philosophie du Ve siècle av. J.-C., qui reste dans sa phase « présocratique », marquée par la recherche des principes à l'origine du monde, comprend encore des figures originaires de Ionie (Anaxagore), mais c'est surtout en Italie que cette discipline s'enracine, avec l'école d'Élée (Parménide, Zénon) et Empédocle, en plus de Démocrite d'Abdère et sa théorie des atomes[46].

Puis à compter du milieu du Ve siècle av. J.-C. une nouvelle génération s'interroge sur le rôle du philosophe et plus largement de l'homme dans la polis (c'est selon Aristote un « animal politique » qui vit mieux dans ce cadre qu'ailleurs) et à l'organisation intérieure de celle-ci. La façon dont la pensée peut aider à trouver sa place dans la société civique, par le développement de la « vertu » ou « excellence » (arété), est l'objet des interrogations des « Sophistes », qui sont des enseignants itinérants spécialisés dans l'art du discours et de la persuasion, actifs en particulier à Syracuse et à Athènes (Gorgias, Protagoras). Ils sont surtout connus par l'image péjorative qu'en a laissé Platon qui tance leur relativisme, sans doute une manière de remettre en cause les normes conformistes de la vie civique. Dans les textes de ce dernier, c'est son maître Socrate, qui n'a pas laissé d'écrits, qui est leur interlocuteur. Pour lui la vertu se trouve dans le savoir, et il cherche à l'obtenir en dialoguant, par l'« accouchement des esprits » (maïeutique), en usant du questionnement faussement naïf et de l'ironie, d'une méthode inductive. La maxime delphique qu'il a fait sienne, « connais-toi toi-même », enjoint à l'homme de prendre conscience de sa propre mesure, donc de sa place dans l'univers, la nature et aussi la cité. Il est généralement considéré que ce personnage marque un tournant dans l'histoire philosophique[47],[48].

Les philosophes poursuivant sa pensée sont désignés comme « socratiques ». Platon, celui par qui Socrate est essentiellement connu, fondateur de l'Académie, produit une œuvre imposante, à l'influence considérable, qui, du point de vue métaphysique, considère que la réalité réside dans un monde immatériel intelligible, formé par les Idées, accessibles par la réflexion philosophique, et aborde aussi l'éthique, la recherche de la perfection morale, l'éducation, la politique, décrivant sa cité idéale dans La République. Écrivain brillant, expliquant ses idées par des dialogues, il érige la dialectique en méthode incontournable dans le raisonnement philosophique. Son disciple Aristote, fondateur du Lycée, est l'autre philosophe athénien à l'influence de premier ordre, qui a abordé de nombreux sujets, et plus largement marqué la pensée scientifique par sa réflexion sur la logique, sur les manières d'accéder à la vérité (raisonnement, discussion dialectique, pratique, enquête). Sa Politique traite de la vie dans la cité et des différentes formes de gouvernement[49],[50].

Rhétorique[modifier | modifier le code]

L'art de la rhétorique, qui intéresse les Sophistes comme Aristote, prend une grande place dans la vie civique de la démocratie athénienne où l'éloquence et l'argumentation sont cruciales pour susciter l'adhésion. Les orateurs attiques sont des figures importantes à compter des dernières décennies du IVe siècle av. J.-C., avec Isocrate, professeur de rhétorique, qui cherche à concilier art de bien penser et art de bien parler, défenseur du panhellénisme contre les Perses[51]. La rhétorique de la fin de la période classique est marquée par les discours de Démosthène, qui cherche à susciter la résistance face à la Macédoine[52].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'Histoire prend forme, après les premiers travaux d'Hécatée, dans les Histoires (ou l’Enquête, Historiai) d'Hérodote (v. 485-425), originaire d'Halicarnasse mais qui a sans doute rédigé la majeure partie de son travail à Thourioi, fondation athénienne en Italie. Il s'intéresse avant tout aux guerres médiques qui viennent de s'achever, et aux rapports entre Grecs et Perses, mais aussi aux peuples et régions qui les entourent, donnant un aspect ethnographique et géographique à son œuvre. Son propos principal est de raconter le triomphe des Grecs et du régime civique sur la monarchie et le despotisme. Thucydide (v. 465-400), citoyen athénien, stratège malheureux durant les guerres contre Sparte, ce qui lui vaut l'exil, entreprend de raconter ces conflits dans La Guerre du Péloponnèse, en produisant un récit le plus véridique possible et en éclairant les faits de ses réflexions, ce qui donne une nouvelle dimension au travail de l'historien[53]. Xénophon (v. 430-350), qui cherche à prendre la suite de l’œuvre de Thucydide dans les Helléniques, est un ancien disciple de Socrate, à l’œuvre diverse, notamment des sortes de biographies exemplaires sans grand souci d'exactitude (Cyropédie, Anabase, Mémorables). Athénien mais mercenaire au service des Perses et des Spartiates, admirateur de ces derniers, ses différents écrits tirent parti de son expérience concrète[54].

Théâtre[modifier | modifier le code]

Le théâtre grec prend naissance durant l'époque classique, dans le cadre du culte religieux, puisque les pièces sont présentées lors de concours accompagnant des fêtes religieuses, les plus prestigieuses étant les Grandes Dionysies d'Athènes. Le financement en est assuré par des riches citoyens, qui jouent le rôle de chorège. Les théâtres sont en bois au début de la période, puis en pierre, et prennent parfois de très grandes dimensions (celui d'Athènes pouvait accueillir 17 000 spectateurs). Un concours théâtral est un moment d'affirmation de la puissance de la cité athénienne, plusieurs œuvres renvoyant à ses moments de gloire, mais aussi à des débats déchirant la communauté, suscitant des réactions passionnées chez leur auditoire. On distingue la tragédie, dont les principaux auteurs classiques sont Eschyle, Sophocle et Euripide, et la comédie, où excelle Aristophane[55].

Médecine[modifier | modifier le code]

Du point de vue médical, la grande figure de l'époque classique est Hippocrate (v. 460-377), en fait la figure de proue d'un groupe de médecins liés au sanctuaire d'Asclépios de Cos et à d'autres régions du monde grec (notamment en Grande Grèce), qui produit un ensemble de traités médicaux, le corpus « hippocratique », fixé à l'époque romaine. Il se caractérise, dans la lignée des réflexions philosophiques du temps, par une recherche de l'origine des maladies dans des phénomènes naturels, tout en cherchant précisément à définir l'art du médecin en le séparant de celui des autres formes de savoir s'intéressant à l'art de la guérison[56],[57].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La démocratie semble plutôt avoir lentement émergé entre 510 et 485 environ avec les réformes de Solon, l'histoire n'ayant retenu que les « réformes de Clisthène ».
  2. Claire Girre, Xavier Girre, L'indispensable des notions politiques, 2005, p.52.
  3. Stratégie dite péricléenne, car l'idée serait de Thémistocle et peut-être plus ancienne encore. Les Longs-Murs ayant été construits en -458, à la suite de l'augmentation des tensions sparto-athéniennes.
  4. « Jurée », car les paix du monde grec se jurent et ne se signent pas.
  5. Morris et Powell 2014, p. 266-269.
  6. Morris et Powell 2014, p. 270-272.
  7. Morris et Powell 2014, p. 287-289.
  8. Morris et Powell 2014, p. 360-367.
  9. Morris et Powell 2014, p. 368-370.
  10. Morris et Powell 2014, p. 391-396.
  11. Morris et Powell 2014, p. 430-431.
  12. Morris et Powell 2014, p. 423-426.
  13. Morris et Powell 2014, p. 427-430.
  14. Morris et Powell 2014, p. 430-434.
  15. Bresson 2014, p. 49-50.
  16. N. Corvisier, « Démographie et population », dans Leclant 2005, p. 653.
  17. Étienne, Müller et Prost 2014, p. 105-108.
  18. a b et c (en) Paul Cartledge, « Economy, Greek », dans OCD 2012, p. 484.
  19. Morris et Powell 2014, p. 297-296.
  20. Bresson 2014, p. 53-58.
  21. Étienne, Müller et Prost 2014, p. 187-198.
  22. Bresson 2014, p. 63-65.
  23. Étienne, Müller et Prost 2014, p. 181.
  24. (en) Paul Cartledge, « Capitalism », dans OCD 2012, p. 276-277.
  25. Pour cette approche : (en) Alain Bresson, « Capitalism and the ancient Greek economy », dans Larry Neal et Jeffrey G. Williamson (dir.), The Cambridge History of Capitalism, Cambridge, Cambridge University Press, , p. 43-74.
  26. Bresson 2014, p. 48-50 et 68-69.
  27. Morris et Powell 2014, p. 289-290 et 395.
  28. (en) Paul Cartledge, « Economy, Greek », dans OCD 2012, p. 484-485.
  29. Étienne, Müller et Prost 2014, p. 203-211.
  30. Orrieux et Schmitt-Pantel 2013, p. 248-252.
  31. a et b Mossé 1992, p. 222.
  32. Bresson 2014, p. 59-63.
  33. (en) Paul Cartledge, « Slavery, Greek », dans OCD 2012, p. 1374-1375.
  34. Orrieux et Schmitt-Pantel 2013, p. 272-277.
  35. Orrieux et Schmitt-Pantel 2013, p. 277-287.
  36. Orrieux et Schmitt-Pantel 2013, p. 287-289.
  37. Orrieux et Schmitt-Pantel 2013, p. 291-292.
  38. Morris et Powell 2014, p. 317-323.
  39. Morris et Powell 2014, p. 323-324.
  40. Morris et Powell 2014, p. 404-405.
  41. Étienne, Müller et Prost 2014, p. 109-124.
  42. Morris et Powell 2014, p. 311-316.
  43. Morris et Powell 2014, p. 400-404.
  44. (en) F. A. G. Beck et R. Thomas, « Education », dans OCD 2012, p. 487-488.
  45. (en) R. Thomas, « Literacy », dans OCD 2012, p. 843-844.
  46. Morris et Powell 2014, p. 307-309.
  47. Orrieux et Schmitt-Pantel 2013, p. 232-233.
  48. Morris et Powell 2014, p. 309-311.
  49. Orrieux et Schmitt-Pantel 2013, p. 321-322 et 326-328.
  50. Morris et Powell 2014, p. 409-417.
  51. Orrieux et Schmitt-Pantel 2013, p. 325-326.
  52. Orrieux et Schmitt-Pantel 2013, p. 332-333.
  53. Orrieux et Schmitt-Pantel 2013, p. 221-225.
  54. Orrieux et Schmitt-Pantel 2013, p. 322-324.
  55. Orrieux et Schmitt-Pantel 2013, p. 225-230.
  56. (en) J. T. Vallance, « Medicine », dans OCD 2012, p. 920-921.
  57. Orrieux et Schmitt-Pantel 2013, p. 230-231.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Claire Amouretti et Françoise Ruzé, Le Monde grec antique, Hachette, coll. « U », (ISBN 2-01-145541-3).
  • Anne-Marie Buttin, La Grèce classique, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Guide des civilisations », (EAN 9782251410128)
  • Pierre Cabanes, Le monde grec, Paris, Armand Colin, coll. « 128 », , 2e éd.
  • Roland Étienne, Christel Müller et Francis Prost, Archéologie historique de la Grèce antique, Paris, Ellipses, , 3e éd.
  • Claude Mossé, Dictionnaire de la civilisation grecque, Paris, Complexe,
  • Claude Orrieux et Pauline Schmitt-Pantel, Histoire grecque, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige »,
  • Maurice Sartre, Anne Sartre-Fauriat et Patrice Brun (dir.), Dictionnaire du monde grec antique, Paris, Larousse, coll. « In extenso », (ISBN 978-2-03-584834-5)
  • (en) Simon Hornblower, Antony Spawforth et Esther Eidinow (dir.), The Oxford Classical Dictionary, Oxford, Oxford University Press, , 4e éd.
  • (en) Ian Morris et Barry B. Powell, The Greeks : History, Culture, and Society, Harlow, Pearson, , 2e éd..
  • (en) Konrad H. Kinzl (dir.), A companion to the classical Greek world, Malden et Oxford, Blackwell,

Articles connexes[modifier | modifier le code]