Molosses (Épire)

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Épire dans l'Antiquité

Les Molosses[1] (en grec Μολοσσοί, Molossoi) étaient l’un des principaux ethnè (tribus/peuplades) grecs d’Épire, gouvernés par la dynastie des Éacides.

Olympias, la mère d’Alexandre le Grand, est une princesse molosse.

Le plus célèbre membre de la dynastie molosse est Pyrrhus Ier, un cousin d’Alexandre.

Les Molosses sont également réputés pour leurs chiens de combat que les bergers utilisaient pour garder leurs troupeaux, comme l’atteste Virgile dans ses Géorgiques. Le plus célèbre de ces chiens est celui d’Alexandre le Grand, qui se nommait Péritas. Ce nom de molosse a été utilisé de nos jours dans le langage courant pour qualifier un chien imposant.

Pausanias le Périégète, au chapitre XVIII de sa Description de Delphes, parle d'une bataille remportée sur les Molosses par les habitants d'Ambracie : « Un peu plus loin vous voyez un âne de bronze consacré par les Ambraciotes, au sujet d’une victoire qu’ils remportèrent sur les Molosses durant la nuit. »

Origines[modifier | modifier le code]

Les Molosses prétendaient descendre de Molossos, l’un des trois fils de Néoptolème (le fils d’Achille et de Déidamie) et d’Andromaque. Selon la mythologie grecque, après la chute de Troie, Néoptolème et ses armées s’établissent en Épire où ils se mêlent à la population dorienne locale et repoussent les tribus barbares vers le Nord. Molossos hérite du royaume d’Épire à la mort d’Hélénos, le fils de Priam et d’Hécube de Troie.

Géographie[modifier | modifier le code]

Situé dans le massif du Pinde[2], le territoire des Molosses, ou Molossie, était centré sur la plaine du lac Ioannina qui reliait deux lieux stratégiques : Passaron (en) et Dodone, sanctuaire panhellénique de Zeus.

La royauté des Molosses[3][modifier | modifier le code]

La royauté des Molosses est attestée dès 429 par Thucydide. Le roi était issu de la dynastie des Eacides, il avait des pouvoirs limités selon Aristote[4] : il aurait eu principalement un rôle d'observation de l'application des lois. A son avènement, comme l'atteste Plutarque dans la Vie de Pyrrhos, le roi faisait un sacrifice à Zeus Aréios et jurait de gouverner selon les lois, tandis que ses sujets lui juraient leur loyauté. Le non-respect de ce pacte pouvait entraîner la déposition du roi.

Si le roi possédait une forte personnalité, il pouvait gouverner sans entrave. Il était chargé du commandement de l'armée du koinon et possédait une autorité incontestée en temps de guerre.
Pyrrhus Ier, roi des Molosses de 306 à 302 avant J.-C., puis hêgemôn d'Epire de 306 à 302 avant J.-C., puis de 297 à 272 avant J.-C. était issu des Eacides[5].

Le koinon des Molosses[6][modifier | modifier le code]

Au IVe siècle, les Molosses s'organisaient autour d'un koinon, dirigé par le roi des Molosses, qui intervenait en Epire en tant qu'hégémon et stratège. Le koinon des Molosses connait une expansion considérable au IVe siècle avant J.-C. : il est considéré comme l'état le plus puissant de l'Epire entre 370 et 330, jusqu'à son remplacement par la Symmachie Epirote. Cet état des Molosses est le mieux connu des trois états d'Epire, les Molosses restant fidèles à la monarchie et aux Eacides contrairement aux autres peuples Epirotes.

Énormément de débats historiographiques entourent la date et la raison de sa mise en place : pour certains historiens, il se superposerait à la monarchie Eacide, puis serait remplacé par la symmachie épirote. C'est notamment le cas de M. P. Nilsson, qui date le koinon des Molosses comme étant antérieur à la symmachie épirote. D'autres, comme G. N. Cross, font l'inverse en datant le koinon plus tardivement ou encore en supposant leur existence simultanée et articulée à travers plusieurs échelles fédérales.

Contrairement aux lieux communs sur la barbarie et l'Epire, les institutions molosses sont particulièrement développées et complexes. Elles sont progressivement identifiées grâce à une documentation épigraphique très importante, notamment retrouvée à Dodone.

Institutions du koinon[modifier | modifier le code]

Les magistrats[modifier | modifier le code]

Le prostatès[modifier | modifier le code]

Magistrat éponyme du koinon des Molosses, le prostatès avait une charge annuelle. Il était choisi dans les différentes tribus du koinon. Il présidait probablement l'assemblée des Molosses (il la convoquait, dirigeait les travaux et présentait les propositions). La fonction semble également attribuée à des peuples nouvellement inclus dans le koinon. C'est une magistrature ancienne et la désignation du prostate était probablement exercée par l'assemblée des Molosses.

Le secrétaire[modifier | modifier le code]

Le secrétaire appartenait à la même tribu que le prostatès qu'il accompagne, tout comme le premier damiorgos, le premier synarchonte et le premier hiéromnamon. Il semblerait qu'il existait une rotation entre les ethnies (Ethnè) pour fournir les magistrats.

Les collèges de magistrats[modifier | modifier le code]

Le conseil[modifier | modifier le code]

Le conseil était certainement chargé de préparer le travail législatif de l'assemblée des Molosses. Il existe plusieurs interprétations des inscriptions du IVe siècle, qui attestent de l'existence de ce conseil. Il est tantôt désigné comme étant un synedrion ou bien chez Justin, comme un sénat.

Le collège de représentants des tribus[modifier | modifier le code]

Le collège de représentants des tribus était composé de magistrats, probablement élus par chaque sous-groupes ethniques, et présidé tour à tour par le représentant de chacune de ces tribus. Le président de ce collège assistait alors le roi et les deux principaux magistrats (prostate et secrétaire) dans la prise des décisions. Cependant, la multiplicité de la dénomination de ces magistrats qui composaient ce collège, rend leur identification compliquée : il semblerai qu'il comportait néanmoins dix damiorgoi, quinze synarchontes, et neuf ou dix hieromnamones.


L'assemblée des Molosses[modifier | modifier le code]

L'"ecclesia des Molosses", aussi indifféremment appelée "koinon des Molosses" ou plus simplement "les Molosses", votait les décisions qui pouvaient accorder une multitude de privilèges, comme le droit de cité ou encore la proxénie. Cette assemblée était certainement ouverte à tous les hommes en âge de combattre, Molosses ou non, tant qu'ils appartenaient à une tribu du koinon. Cependant, certains historiens, dont J. A. O. Larsen, pensent que seul les plus riches et les plus influents membres de ces tribus y étaient acceptés.[7] L'ecclesia des Molosses se tenait principalement à Passaron, le coeur de la Molossie, favorisant sûrement l'influence de ces derniers au sein de l'assemblée. On ignore la fréquence des réunions, mais on pense qu'elles pouvaient être à la fois régulières et extraordinaires.



Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Entrée « Molosses » [html], sur Encyclopédies Larousse (en ligne), Larousse (consulté le 14 mai 2016).
  2. « L'Épire sous le règne de Pyrrhos, fils d'Éacide (298-272) » dans Catherine Grandjean, Geneviève Hoffmann, Laurent Capdetrey et Jean-Yves Carrez-Maratray, Le Monde hellénistique (monographie), Paris, Armand Colin, coll. « U / Histoire », , 350 p., 16 × 24 cm (ISBN 2-200-35516-5 et 978-2-200-35516-6, OCLC 470829925, notice BnF no FRBNF41326333, présentation en ligne) [lire en ligne (page consultée le 14 mai 2016)].
  3. Pierre Cabanes, « Société et Institutions dans les monarchies de Grèce septentrionale au IVe siècle », Revue des Études Grecques, tome 93, fascicule 442-444,‎ , pp. 324-351 (lire en ligne)
  4. Aristote (trad. J. AUBONNET), Politique. Livre V et VI, Paris, Les Belles Lettres,
  5. Pierre Lévêque, Pyrrhos, Paris, E. De Boccard,
  6. Pierre Cabanes, L'Epire de la mort de Pyrrhos à la conquête romaine (272-167 av. J.-C.), Besançon, Université de Franche-Comté, (lire en ligne), p. 163 - 172
  7. (en) J. A. O. Larsen, Greek Federal States : Their Institutions and History, Oxford, Clarendon Press, , 537 p., p. 279

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]