Apelle

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Apelle
Formella 18, apelle o la pittura, nino pisano, 1334-1336 dettaglio 01.JPG
Naissance
Décès
Activité
Maître
Pamphilus (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Apelle de Cos, qui s'écrit aussi Apeles ou Apèles ou Apelles, en grec ancien Απελλής, est un célèbre peintre grec qui a vécu au IVe siècle av. J.-C.

La vie et l'œuvre[modifier | modifier le code]

On pense, en se fondant sur les écrits d'Ovide et de Pline l'Ancien, qu'il serait né à Cos en 352 av. J.-C., mais selon la Souda, il serait né à Colophon. Paolo Moreno place sa date de naissance vers 380 av. J.-C.[1] La légende raconte que seul Apelle fut autorisé à faire le portrait d'Alexandre, dont il était le contemporain.

D'après Cicéron[2], personne n'osa terminer la Vénus qu'Apelle peignit pour les habitants de l'île de Cos, et qu'il avait laissée inachevée en mourant : « La beauté du visage en effet ôtait l'espoir d'y égaler le reste du corps. »

Aucune de ses œuvres ne nous est parvenue, mais elles nous sont connues grâce aux témoignages antiques. Parmi elles, on peut citer la Vénus anadyomène et La Calomnie.

La Calomnie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : La Calomnie d'Apelle.

La Calomnie est sans doute la plus célèbre de ses œuvres.

Antiphile, un peintre concurrent, avait calomnié Apelle en place publique, l'accusant de trahison envers Ptolémée Ier (ou Midas, selon les versions). Apelle partit pour la prison. Il fut ensuite reconnu innocent ; le roi réduisit en esclavage le calomniateur, et le remit à Apelle. Apelle peignit alors la première peinture allégorique, nommée La Calomnie, à partir de son vécu. Le thème de la Calomnie d'Apelle était né.

Ce thème (important) influença d'autres artistes pendant des siècles, comme Botticelli et Albrecht Dürer qui ont tenté, chacun de leur côté, de restituer cette allégorie à partir des descriptions de Lucien de Samosate.

Légendes[modifier | modifier le code]

Plusieurs légendes courent au sujet de ce peintre. Pline l'Ancien[3] raconte qu'Alexandre, en voyant un portrait de sa concubine préférée, Campaspe, comprit qu'Apelle en était amoureux. Au lieu de se fâcher - on sait le caractère impétueux d'Alexandre - le roi a offert sa compagne au peintre. Alexandre, qui se considérait comme un dieu, aimait tant Apelle et son art qu'il supporta d'autres vexations de la part de ce dernier. Apelle aurait par exemple fait comprendre à Alexandre qu'il parlait de peinture à tort et à travers en lui disant qu'il faisait rire jusqu'aux assistants qui préparaient ses couleurs.

D'après l'écrivain romain Pline l'Ancien[4], Apelle, lorsqu'il exposait ses peintures à l'étal, avait coutume de se tenir derrière les tableaux et d'écouter les commentaires des passants. Il arriva un jour qu'un cordonnier critique la manière dont Appelle avait peint une sandale : dans la nuit qui suivit, l'artiste retoucha l’œuvre. Le cordonnier, constatant le lendemain les changements apportés, et fier de ce que son jugement avait ému le peintre, se mit à redire du dessin de la jambe ; alors Appelle se détacha de derrière son tableau et lança au passant : Sutor, ne supra crepidam (« Cordonnier, pas plus haut que la sandale ») ou Ne sutor ultra crepidam (« que le cordonnier ne juge pas au-delà de la sandale »). Ce proverbe est à l'adresse de ceux qui veulent parler en connaisseurs de choses qui ne relèvent pas de leur compétence[5],[6].

Pline cite aussi le jugement qu'Apelle a porté sur Protogénès, à savoir qu'il savait terminer un tableau (quod manum de tabula scirat). C'est encore Pline qui évoque la pratique assidue qu'apportait le peintre à son art, ne laissant pas s'écouler un seul jour sans qu'il eût tracé fût-ce une ligne au pinceau : « Nulla dies sine linea »[7].

Peinture et scepticisme[modifier | modifier le code]

Sextus Empiricus rapporte une anecdote à propos d'Apelle : ne parvenant pas à peindre l'écume d'un cheval, il aurait jeté de colère son éponge à pinceaux sur le tableau, esquissant ainsi l'écume souhaitée[8]. Cette anecdote illustre le parcours intellectuel de l'apprenti sceptique, qui atteint la suspension du jugement (épochè) au moment où il ne s'y attend pas, c'est-à-dire après avoir examiné à fond les opinions divergentes sur un sujet, il en vient à admettre l'indécidabilité de ces opinions (« une chose n'est pas plus ceci que cela »[9]). On peut noter que Pyrrhon, fondateur du scepticisme, était lui aussi peintre[10].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paolo Moreno, Apelle, 2001, p. 97.
  2. De Officiis, III, II, 10.
  3. Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne], XXXV, 81-83.
  4. Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne], XXXV, chap. 10.
  5. Érasme a consacré un de ses Adages (Ire chiliade, n°516) à cette expression devenue proverbiale.
  6. Cf. également (en) Christiane J. Hessler, « Ne supra crepidam sutor », Fifteenth Century Studies, no 33,‎ , p. 133-150.
  7. Le poète Philippe Léotard a repris ironiquement cette phrase comme titre d'un de ses essais autobiographiques.
  8. Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, I, [28].
  9. Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, IX, 61-68.
  10. Ibid.