Sémélé

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Tableau de Nicolas Bertin représentant Sémélé frappée par le foudre de Zeus (XVIIe. s.).

Dans la mythologie grecque, Sémélé (en grec ancien Σεμέλη / Semélê) est une héroïne divinisée. Elle est l'une des maîtresses de Zeus et, selon la tradition thébaine, la mère du dieu Dionysos[1]. Elle est également connue sous le nom de Thyoné qu'elle prit lorsqu'elle accéda à l'Olympe après avoir été délivrée des enfers par son fils.

Comme son nom l'indique, Sémélé Ζεμελώ / Zemelố « terre » est une ancienne déesse Terre[2].

Étymologie du nom[modifier | modifier le code]

L'origine du nom de Sémélé est encore incertaine. L'historien allemand Walter Burckert admet qu'il n'est pas d'origine grecque mais se montre indécis quant à son origine exacte[3].

Les travaux récents le rattachent au phrygien "ζεμελως" ("homme") lui-même descendant de la racine indo-européenne *dʰéǵʰōm désignant la terre. Le rapport entre le sens "terre" de la racine indo-européenne et le sens "homme" de la racine phrygienne trouve un équivalent dans le latin "homo" ("homme") et "humus" ("sol"), lesquels descendent de la même racine *dʰéǵʰōm. De cette racine descend également le proto-slave "*zemlja" ("terre"), ainsi que le nom lituanien de Zemyna, la déesse-terre lituanienne, dont la parenté étymologique avec le nom de Sémélé est particulièrement manifeste[4]. Sémélé serait ainsi un avatar de Ζεμελώ / Zemelố, la déesse phrygienne de la Terre, fêtée au printemps.

Mythe[modifier | modifier le code]

Sémélé est la fille d'Harmonie, fille d'Arès et d'Aphrodite, et de Cadmos, roi-fondateur légendaire de la cité de Thèbes. Elle est la sœur de Ino, Autonoé, Agavé et Polydore.

Alors que Zeus s'était épris d'elle, Héra, jalouse, emprunta les traits de Béroé, la nourrice de Sémélé, et conseilla à sa rivale de demander à Zeus de lui montrer son vrai visage. Épouvanté, mais n'osant refuser car il lui avait promis de lui accorder tout ce qu'elle désirerait, Zeus se présenta donc devant elle avec son foudre et ses éclairs : celle-ci, ne supportant pas la vue des éclairs, brûla. Le dieu eut cependant le temps de retirer, du ventre de Sémélé, Dionysos, le fils qu'elle avait conçu. Zeus l'aurait ensuite gardé dans sa cuisse jusqu'à ce qu'il grandisse, épisode qui donna naissance à l'expression « sortir de la cuisse de Jupiter » chez les Latins. Par la suite, Dionysos devait trouver à Lerne, guidé par le berger Prosymnos, une route vers les Enfers. Il arracha sa mère au royaume des Ombres, et la transporta dans l'Olympe, où elle devint immortelle sous le nom de Thyoné.

Ce récit découle d'un fond mythologique très ancien : Dionysos est présenté comme né de la foudre (Zeus) frappant la terre (Sémélé), faisant de lui une incarnation du feu provoqué par la foudre de Zeus, un "fils du Ciel". Les Grecs considéraient la foudre comme le principal géniteur du feu dont elle est à la fois le père et la mère, la terre n'ayant qu'un rôle passif et nourricier. C'est là ce qui explique le mythe de Dionysos sortant de la cuisse de Zeus. La réappropriation grecque du mythe de Sémélé, qui la rabaisse au rang de simple humaine, fait d'elle la seule mortelle à donner naissance à un dieu et non à un demi-dieu humain doté de qualités éminentes. Le fait que Dionysos naisse "cousu" de la cuisse de Zeus fait de lui une émanation directe de son père, justifiant ainsi sa divinité, de manière similaire à l'Athéna du mythe hésiodique, sortie de la tête de Zeus à sa naissance[4].

Selon les Spartiates, Sémélé et son fils auraient été jetés à la mer dans un coffre qui vint s'échouer sur les côtes de Laconie, où elle mourut et où son fils fut élevé[5].

Sources[modifier | modifier le code]

Ouvrages antiques :

Travaux historiques contemporains :

  • Henri Jeanmaire, Dionysos, histoire du culte de Bacchus, Paris, Payot, 1991 (première édition : 1951).
  • Charles Victor Daremberg et Edmond Saglio (dir), Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, Hachette, 1877-1919 (lire en ligne).
  • Jean Haudry, Le feu dans la tradition indo-européenne, Milan, Archè, .
  • Patrick Jean-Baptiste (dir), Dictionnaire universel des dieux, déesses et démons, Paris, Seuil, .
  • (en) Walter Burckert, Greek Religion, Cambridge, HUP, .
  • Jean Rudhardt, « Les deux mères de Dionysos, Perséphone et Sémélé, dans les Hymnes orphiques », Revue de l'Histoire des religions,‎ , p. 483-501 (lire en ligne)
  • Pierre Boyancé, « Le disque de Brindisi et l'apothéose de Sémélé », Revue des études anciennes,‎ , p. 191-216 (lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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