Pierre-Henri de Valenciennes

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Pierre-Henri de Valenciennes
Pierre-Henri de Valenciennes.jpg

Portrait de Pierre-Henri de Valenciennes, 1788, gravé d'après Jean-Michel Moreau.

Naissance

Toulouse
Décès
Nationalité
Activité
Peintre, enseignant
Formation
Maître
Élève
Lieu de travail
Distinction
Vue à Nemi, vers 1780, musée du Louvre, Paris.

Pierre-Henri de Valenciennes ou Pierre-Henri Valenciennes[a], né à Toulouse le , mort à Paris le , est un artiste peintre français néo-classique, qui s'est spécialisé dans la peinture de paysage.

Professeur à l’École polytechnique et à École impériale des Beaux- Arts, il publie en 1799 Éléments de perspective pratique: à l'usage des artistes, qui expose les principes de la perspective linéaire, déjà développés dans de nombreux ouvrages, et les prolonge par les procédés de la perspective chromatique et l'exposé de sa conception esthétique du paysage peint, d'où une méthode d'apprentissage de la peinture sur le motif, en extérieur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Cicéron découvrant le tombeau d'Archimède, tableau de réception à l'Académie en 1787 (Bellier), combinant paysage et thème historique (Musée des Augustins de Toulouse).

Pierre-Henri de Valenciennes étudie la peinture à l’Académie royale de Toulouse de 1770 à 1771, puis dans l'atelier de Gabriel-François Doyen. Il se rend en Italie une première fois en 1769, s’installe à Rome de 1777 à 1781, voyage au Proche-Orient en 1782-1784 et revient finalement, avec de nombreux carnets de dessins, s'établir à Paris où se déroulera la plus grande partie de sa carrière. Il est admis à l'Académie de peinture en 1787. À la Révolution, il figure parmi les artistes logés au Louvre.

En Italie, il a étudié la perspective, et exécuté des études en plein air qui témoignent d'une sensibilité nouvelle devant la nature. S'il insiste sur l'importance du travail sur le motif, en quoi on le considère comme un des précurseurs du paysage moderne, son intérêt principal reste le paysage historique, qu'il s'efforcera de faire triompher tout au long de sa carrière. De ce point de vue l'étude en plein air est essentielle, mais comme préalable à la réalisation, en atelier, d'une composition historique. C'est ainsi que son morceau de réception à l'Académie est « un paysage représentant Cicéron qui fait abattre les arbres qui cachaient le tombeau d'Archimède[1] », exposé au Salon de 1787. À l'exception de quelques vues, qui sont des paysages sans représentation d'une anecdote historique ou mythique, les tableaux qu'il présentera régulièrement aux Salons jusqu'en 1819 seront tous des paysages historiques.

Il ouvre son propre atelier où, entre 1795 et 1800, il forme entre autres Jean-Victor Bertin et Achille Etna Michallon, eux-mêmes futurs maîtres de Corot, ainsi que Louis Étienne Watelet, Louis-François Lejeune et le premier peintre de panoramas français Pierre Prévost, en s'appuyant sur ses études de plein air comme base de son enseignement.

Il donne des cours de perspective à l’École polytechnique, fondée en 1795, et fait paraître en 1799 ses Éléments de perspective pratique à l’usage des artistes, suivis de réflexions et Conseils à un Élève sur la Peinture et particulièrement sur le genre du Paysage. Il est nommé professeur de perspective le , à l’École impériale des Beaux- Arts, succédant à Pierre-Charles Dandrillon. Il aura lui-même pour successeur Jean-Thomas Thibault, en 1819[2].

Dans ce genre, il fut non seulement un artiste de grand talent, mais aussi un théoricien théoricien et un pédagogue. C'est à ce titre qu'il fait partie, en 1804, de la première promotion de la Légion d'honneur[3]. Il publia ses idées en 1799 dans un ouvrage écrit avec Simon-Célestin Croze-Magnan. Des historiens de l'art considèrent rétrospectivement ses Éléments de perspective pratique à l'usage des artistes, suivis de réflexions et conseils à un élève sur la peinture et particulièrement sur le genre du paysage comme un élaboration de la théorie du paysage du point de vue néo-classique[4]. Il y considère le « paysage historique[b] », composé en atelier, comme une variante de la peinture d'histoire, où l'environnement situe l'anecdote dans un contexte qui la rend plus crédible. La peinture de paysage atteint ainsi le statut supérieur dans la hiérarchie des genres. Par contraste, il reproche à ses grands prédécesseurs de n'offrir que « des paysages où l'on désirerait posséder une habitation ». Insuffisamment idéalisés, « les dieux, […] les héros même, sont étrangers à ces beaux sites[7] ». La fondation, en 1816, d’un prix du Paysage Historique à l’École royale des Beaux-Arts marque la reconnaissance officielle de cette théorie, à l'époque où le paysage pittoresque, qui représente le sentiment de l'artiste autant qu'une vue documentaire sur le lieu, acquiert un prestige indépendant, notamment sous l'influence de l'école anglaise et de William Gilpin[8]. La réforme de l'École des Beaux-arts en 1863 supprimera le prix[réf. nécessaire].

« il est bon de peindre la même vue à différentes heures du jour, pour observer les différences que produit la lumière sur les formes. Les changements sont si sensibles et si étonnants que l'on a peine à reconnaître les mêmes objets. »

— Élémens de perspective pratique à l'usage des artistes, An VIII[9]

Si sa théorie et les tableaux qu'il présente au Salon font de Valenciennes un défenseur des doctrines classiques, qui dominent alors la peinture française, ses études peintes en Italie rejoignent la sensibilité montante, et on voit en lui « un précurseur du Corot d'Italie[10] ».

Il meurt à Paris le , où il est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

Oublié quelques décennies après sa mort, Valenciennes exercera pourtant une profonde influence sur les générations suivantes, principalement en ce qui concerne l'art du paysage qui, de genre mineur qu'il était au XVIIIe siècle, deviendra, dans la première moitié du siècle suivant, l'objet d'une pratique de masse et d'un intérêt critique croissant[11] et à la fin du siècle, le lieu d'expériences esthétiques radicales[réf. souhaitée].

Salons[modifier | modifier le code]

Valenciennes obtient en 1805 une première médaille d'or au Salon[réf. nécessaire] où il expose de 1787 à 1810, puis à nouveau en 1814 et 1819. D'après Bellier de La Chavignerie :

Décorations[modifier | modifier le code]

Collections publiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Gabet, Dictionnaire des artistes de l'école française au XIXe siècle, Paris, 1831.
  • Encyclopedia Universalis
  • Dictionnaire Bénézit
  • Émile Bellier de La Chavignerie, Dictionnaire général des artistes de l’école française depuis l’origine des arts du dessin jusqu’à l’année 1868 inclusivement. Archives, peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes, vol. 2, Ve J. Renouard, , p. 509-510.
  • Michel Laclotte (dir.), Jean-Pierre Cuzin (dir.) et Arnauld Pierre, Dictionnaire de la peinture, Paris, Larousse, (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le de ne figure ni sur l'acte de naissance ni aucun autre du dossier de la Légion d'Honneur, ni dans Bellier de la Chavignerie, ni dans l'édition originale de son Éléments de perspective pratique. Cependant, la forme internationale de désignation de cet auteur est « Valenciennes, Pierre-Henri de (1750-1819) » notice d'autorité de la BNF
  2. Malgré le prestige du Lorrain, l'expression paysage historique n'est attestée en français, qu'en 1793, dans l'« Explication du Salon », à propos d'un tableau de Schall, n° 180, page 19 ; il semble qu'elle soit de Casimir Varon[5]. Mais Roger de Piles voyait déjà dans le paysage héroïque un genre supérieur de paysage. Poussin s'y était intéressé, ainsi que de nombreux classiques[6].
  1. Bellier, p. 609.
  2. Frédéric Chappey, Les Professeurs de l'École des Beaux-Arts, (1794-1873), dans Romantisme, 1996. N°93. pp. 95-101.
  3. Dossier consultable dans la base de données Léonore.
  4. Jeremy Strick, « Connaissance, classification et sympathie : les cours de paysage et la peinture du paysage au XIXe siècle », Littérature, no 61,‎ , p. 17-33 (lire en ligne) (p. 20
  5. « La Décade philosophique, 29 avril 1794 »
  6. Jacques Thuillier, « Le paysage dans la peinture française du XVIIe siècle : de l'imitation de la nature à la rhétorique des "Belles idées" », Cahiers de l'Association internationale des études francaises, vol. 29, no 1,‎ , p. 45-64 (lire en ligne).
  7. Valenciennes 1799, p. 377.
  8. Raffaele Milani, « L’idée du paysage dans les catégories esthétiques », Horizons philosophiques, vol. 11, no 1,‎ , p. 99–123 (lire en ligne).
  9. Pierre-Henri de Valenciennes, Elémens de perspective pratique : à l'usage des artistes, Paris, (lire en ligne), p. 409.
  10. Michel Laclotte (dir.), Jean-Pierre Cuzin (dir.) et Arnauld Pierre, Dictionnaire de la peinture, Paris, Larousse, (lire en ligne), p. 878.
  11. Pamela J. Warner, « La matérialisation du discours dans Le Salon de 1852 : les Goncourt face à la peinture de paysage », Cahiers Edmond et Jules de Goncourt, vol. 1, no 9,‎ , p. 7-27 (lire en ligne).
  12. « collections du musée des beaux-arts de dijon - Affichage d'une notice », sur mba-collections.dijon.fr (consulté le 3 décembre 2016)