Maladie auto-immune

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On parle de maladie auto-immune lorsque le système immunitaire de l'organisme déclenche une réaction inflammatoire avec immunisation caractérisée envers ses antigènes du soi non-modifié -- d'où la racine auto- pour parler de ce trouble de l'immunité.

Parmi ces maladies peuvent être cités la sclérose en plaques, le diabète de type 1 — jadis appelé « diabète juvénile » ou « diabète insulino-dépendant » —, le lupus, les thyroïdites auto-immunes, la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite ankylosante, le syndrome de Goujerot-Sjögren, la maladie de Crohnetc. Au début du XXIe siècle en occident, les maladies auto-immunes sont devenues la 3e cause de mortalité/morbidité après le cancer puis les maladies cardiovasculaires et à peu près dans les mêmes proportions[1].

Mécanismes[modifier | modifier le code]

Le système immunitaire est un ensemble de cellules et voies métaboliques conduisant à l'élimination d'une grande variété de pathogènes. Ce système repose sur la notion très centrale du soi opposé au non-soi ainsi qu'au soi modifié. Cette distinction s'effectue grâce à des marqueurs chimiques du soi (id est la reconnaissance de motifs antigéniques plus ou moins spécifiques) mais elle n'est pas véritablement innée : les cellules immunitaires naïves sont d'abord sensibilisées et sélectionnées en fonction de leur réactivité vis-à-vis de ces marqueurs du soi[2],[3]. Cela explique notamment le fait que les individus chimériques n'expriment pas forcément "plus" d'auto-immunité que des individus monozygotes.

Il existe donc chez tous les vertébrés une auto-immunité latente, laquelle est en temps normale inhibée par les mécanismes de régulation de la maturation des cellules immunitaires[4].

Causes des désordres pathologiques[modifier | modifier le code]

Lorsque l'auto-immunité n'est pas suffisamment/correctement régulée, les cellules immunitaires incriminées s'attaquent à l'organisme ; des troubles de santé peuvent survenir et évoluer jusqu'à un état pathologique : on parle alors de maladie auto-immune.

Les causes ne sont pas encore bien élucidée, certaines maladies étant considérées comme des maladies d'abondance : un lien est par exemple avéré entre l'arthrite et l'obésité, et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) déclare que l'arthrite est plus fréquente dans les pays développés. On suspecte aussi de possibles prédispositions génétiques, possiblement des séquelles infectieuses ou allergiques, éventuellement des facteurs environnementaux plus diffus (ex : manque d'exposition-immunisation à des entités du non-soi (flore, pathogènes, etc), dérégulation par des toxiques, etc).

Prévalence et vulnérabilité selon le sexe[modifier | modifier le code]

Dans les pays industrialisés, les maladies auto-immunes touchent environ 8 % de la population, dont 78 % de femmes. Une forte prévalence de maladies auto-immunes (lupus érythémateux disséminé (SLE pour les anglophones) est constatée[5], sclérose en plaques (SEP)[6],[7], cirrhose biliaire primitive, polyarthrite rhumatoïde (PR), et thyroïdite de Hashimoto notamment) chez les femmes. L'évolution de nombreuses maladies auto-immunes, leur gravité et leur pronostic varie aussi selon le sexe. Ceci n'est pas encore clairement expliqué, bien qu'il ait été prouvé que les taux d'hormones sont liés à la gravité de certaines maladies auto-immunes dont la sclérose en plaques[8].

Chez les humains, et dans le modèle animal, le système hormonal semble avoir une importance majeure dans plusieurs phénomènes liés à ces maladies ; par exemple, les maladies auto-immunes sont plus fréquentes chez les personnes ayant une dysthyroïdie que dans la population générale, ce qui peut laisser supposer des mécanismes physiopathologiques communs et « justifie une surveillance des patients ayant une dysthyroïdie auto-immune et la réalisation d'un bilan initial et d'un suivi thyroïdien régulier chez les patients ayant une maladie auto-immune »[9],[10].

En laboratoire chez le modèle murin, les femelles sont également plus touchées que les mâles par des maladies telles que le lupus érythémateux disséminé spontané (souris de souches (NZB×NZW)F1 et NZM.2328), l'encéphalomyélite allergique expérimentale (EAE, pour Experimental autoimmune encephalomyelitis) chez la souris SJL, la thyroïdite, le syndrome de Sjögren chez les souris de souche MRL/Mp-lpr/lpr, et pour le diabète chez les souris NOD[5]. Les hormones sexuelles et/ou le patrimoine génétique hérité lié au sexe semblent donc être responsables de la sensibilité accrue des femmes à ces maladies auto-immunes[5].
Chez l’animal, certains œstrogènes, la progestérone et les androgènes préviennent ou atténuent les signes cliniques des maladies auto-immunes[11] alors que la castration chez le mâle les aggravent[12].

Du fait de leurs propriétés immunologiques, promyélinisantes, neurotrophiques et neuroprotectrices des œstrogènes, progestatifs et androgènes, une régulation hormonale pourrait peut-être moduler l'évolution de maladies telles que la sclérose en plaques (qui est plus rare et plus tardive chez l'homme que chez la femme, mais plus grave)[12]. Chez les femmes, le rythme des poussées de cette maladie diminue en fin de grossesse, puis progresse après l'accouchement, alors que les sécrétions hormonales chutent[12]. D'autres maladies auto-immunes semblent pouvoir répondre à une médication de type hormonal[13]. L'influence de perturbateurs endocriniens pourrait possiblement être l'un des facteurs explicatifs de la récurrence croissante de certaines maladies auto-immunes.

D'autre part — de manière générale — les femmes ont une réponse immunitaire plus forte que celle des hommes (Whitacre et al. 1999)[réf. insuffisante] ; elles répondent notamment à l'infection, à une vaccination ou à des traumatismes avec une production plus importante d'anticorps et une production accrue de lymphocytes T auxiliaires Th2 (réponse immunitaire humorale prédominante), alors qu'une réponse par les lymphocytes T auxiliaires Th1 et l'inflammation sont généralement plus sévères chez les hommes. Cette différence d'intensité et de qualité de réponse immunitaire semble au moins en partie responsable de la plus grande vulnérabilité des femmes à un nombre important de maladies auto-immunes. À l'importance du sexe sur la réponse immunitaire s'ajoute parfois les additionnels de l'importance du sexe sur les organes cibles de ces maladies auto-immunes, telles que le CNS dans la MS (Cerghet et al. 2006 ; Spring et al. 2007)[5].

Chez les deux sexes, les maladies auto-immunes commençant par une phase aiguë associée à une réponse immunitaire inflammatoire pour évoluer vers une phase chronique associée à la fibrose, mais des différences marquées existent selon le sexe :

  • les maladies auto-immunes qui sont plus fréquentes chez les hommes se manifestent habituellement cliniquement avant cinquante ans. Et elles sont caractérisées par une inflammation aiguë, l'apparition d'autoanticorps, et une réponse immunitaire pro-inflammatoires de type Th1 ;
  • les maladies auto-immunes qui prédominent chez les femmes se manifestent avec une phase aiguë (ex. : maladie de Basedow, lupus érythémateux systémique, sont des maladies connues pour être des pathologies médiées par des anticorps. Et les maladies auto-immunes qui ont une incidence accrue chez les femmes semblent cliniquement actives après l'âge de 50 ans et associés à une maladie chronique, fibrosique et « Th2-médiée ». Les réponses Th17[Quoi ?] augmentent l'inflammation par les neutrophiles et la fibrose chronique.

Le sexe du sujet est donc un facteur à considérer comme particulièrement important dans les études sur l'auto-immunité, concernant les processus physiopathologiques du système immunitaire et des organes-cibles concernés[5].

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

Les auto-anticorps sont des anticorps (Ac) dirigés contre des éléments de l'organisme qui les a fabriqués ; leur nombre est élevé.

Certains de ces auto-anticorps sont plus fréquemment retrouvés dans certaines maladies appelées maladie auto-immune.
Ces maladies sont :

Affections suspectées[modifier | modifier le code]

Les maladies suspectées d'être des maladies auto-immunes sont :

Maladies étant pour tout ou partie de nature auto-immune[modifier | modifier le code]

  • L'hydradénite supuré ou Maladie de Verneuil

Thérapeutiques[modifier | modifier le code]

À ce jour, il n'existe pas de traitement curatif. Il existe plusieurs traitements « suspensifs », qui limitent l'expression des symptômes mais qui ont leurs limites en raison de leur toxicité pour le système immunitaire et certaines cellules


De nouveaux traitements sont envisagés pour bloquer l'effecteur même. Ce sont souvent les mêmes médicaments que ceux utilisés pour éviter les rejets de greffe d'organes[1].

Les principales molécules utilisées visent à supprimer l'activation de cellules à problème et/ou à les tuer ; ce sont ;

  • les glucocorticoïdes (traitement de 1re ligne, et le plus ancien). Il est peu ciblant : le médicament aussi dit anti-inflammatoire freine toute les réponses immunitaires, en affectant la prolifération des lymphocytes T ou B à dose normale et pouvant même les tuer à forte dose ; le médicament sert ici in fine à inhiber la production de cytokines. Les effets secondaires des corticoïdes sont nombreux, ce qui pousse les chercheurs à trouver de nouvelles molécules immunosuppressives[1], dont :
  • le cyclophosphamide (qui tue les cellules en train de se diviser, et qui agit sur les lympohcytes B et moindrement T) ;
  • l'Azathioprine[1] ;
  • l'acide mycophénolique[1] ;
  • des molécules agissant au stade de l'activation (plus précocement, en inhibant la calcineurine au moment de la reconnaissance des antigènes) ; elles sont utilisées depuis le début des années 1980 ; elles présentent l'avantage de ne pas tuer les cellules et d'avoir des effets plus réversibles, mais l'inconvénient d'être moins efficace sur des patients ayant déjà une maladie auto-immune avancée ; le traitement doit être précoce (ex : Tacrolimus...)[1] ;
  • Inhibiteurs de la voie M-Tor 1 (ex : Sirolimus) qui ont un effet antiprolifératif sur les lyphocytes T surtout.
  • Inhibiteurs du protéasome (ex : Bortésomib) ; uniquement actif contre les lymphocytes B et les plasmocytes (initialement créé pour traiter le cancer du plasmocyte)[1] ;
  • Anticorps (essentiellement monoclonaux, mais aussi polyclonaux), sous forme de « sérums anti-lymphocitaires », mais ils tuent tous les lymphocytes, y compris ceux qui ne sont pas impliqués dans l'autoimmunité [1] ;
  • Des Anticorps ; ce sont par exemple l'Alemtuzumab qui cible la molécule CD52 pour détruire des lymphocytes T. On utilise aussi des anticorps ciblant la molécule CD20 pour détruite des lymphocytes B, ou encore l'anti-IL2R contre les lymphocytes T activés (prévu pour traiter les greffes d'organes), ou des anticorps ciblant la cytokine TNF (utile pour certaines maladies de Krohn ou la polyarthrite rhumatoïde), des anticorps ciblant des cytokines telles que l'IL17 (interleukine 17), ou l'IL23, ou l'IL6R et/ou leur récepteur[1]. On utilise aussi un anticorps ciblant la CTLA4 Ig (limitent les molécule régulatrice CD80 eet CD 86 en cause dans certains phénomènes auto-immuns)[1] ;

La recherche vise à utiliser des anticorps ciblant mieux leurs cibles (lymphocytes T et/ou B), ce qui permettrait de traiter certaines maladies auto-immunes avec moins de toxicité pour le patient[1].

Les effets iatrogènes (secondaires) lié à la toxicité des médicaments sont un problèmes majeur du traitement des maladies autoimmunes, car ils sont par exemple source d'hypertention, de risque de cancer (si traitement au long-cours) ; l'immunosuppression facilite les infections virales, moindre production de cellules sanguines, neurotoxicité[1].

Voies de recherche, prospective[modifier | modifier le code]

4 approches se dessinent au début du XXIème siècle :

  1. La première vise à neutraliser des cellules effectrices telles que la TH17 (qui produit l'IL17) qui semblent impliquées et retrouvée dans les lésions de l'[arthrite rhumatoide]], du syndrome de Sjögren (ou syndrome de Gougerot-Sjögren), de la [sclérose en plaques]] ou de la maladie de Crohn. Encore mieux serait de convertir des cellules effectrices en cellules normales, ce qui semble possible d'après quelques données expérimentales sur le modèle animal [1] ;
  2. Une seconde approche consiste à tenter de moduler la présentation des antigènes [1];
  3. La troisième approche vise à inhiber les effets des interférons [1] ;
  4. la quatrième voie cherche à induire et amplifier (le nombre et/ou la fonction) des lymphocytes T régulateurs ; sur le modèle murin en laboratoire on a montré en 2015 que dans un même organisme malade (y compris au pic de la maladie), on peut trouver certaines TH17 sont des effectrices pathogènes et responsables de la maladie, alors que d'autres sont non-pathogènes et même régulatrices.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Alain Fischer (2016) Comment traiter les maladies autoimmunes ?, Cours/conférence du 31 mai 2016 15:00 16:30 Cours Amphithéâtre Guillaume Budé - Marcelin Berthelot
  2. « "Immune Tolerance" »(en)
  3. « "The Origins of Autoimmunity-Causing T Cells" »(en)
  4. « "Autoimmune Diseases" »(en)
  5. a, b, c, d et e (en) R. Voskuhla « Sex Differences in Autoimmune Diseases » Hormones, Brain and Behavior (seconde édition) volume 4, pages 2259-2290 DOI:10.1016/B978-008088783-8.00070-X mis en ligne le 6 juin 2009 (Résumé)
  6. (en) Birgit Reipert « Multiple sclerosis: a short review of the disease and its differences between men and women » The Journal of Men's Health & Gender 2004;1(4):334-340.
  7. (en) Judith M. Greer, Pamela A. McCombe « Role of gender in multiple sclerosis: Clinical effects and potential molecular mechanisms » Journal of Neuroimmunology 2011;234(1-2):7-18.
  8. [1]
  9. F Gaches, L Delaire, S Nadalon, V Loustaud-Ratti et E Vidal « Fréquence des maladies auto-immunes chez 218 patients atteints de pathologies thyroïdiennes auto-immunes [The frequency of autoimmune diseases in 218 patients suffering from autoimmune thyroid diseases] » La Revue de médecine interne 1998;19(3):173-179. DOI:10.1016/S0248-8663(97)80716-3 (résumé franco-anglais)
  10. J.P. Courrèges, É. Aboud, C. Coste, Ph. Decourt et R. Lamarca « Fréquence des maladies auto-immunes dans une population de diabétiques insulino-dépendants adultes » La Revue de médecine interne 1992;(13)7:S403. XXVIIe Congrès de la SNFMI, Société nationale française de médecine interne DOI:10.1016/S0248-8663(05)80982-8 (Résumé)
  11. (en) Karen M. Palaszynski, Kyi Kyi Loo, Judith F. Ashouri, Hong-biao Liu, Rhonda R. Voskuhl « Androgens are protective in experimental autoimmune encephalomyelitis: implications for multiple sclerosis », Journal of Neuroimmunology 2004;146(1-2):144-152. (Résumé)
  12. a, b et c M. El-Etr, S. Vukusic, C. Confavreux, E.-E. Baulieu et M. Schumacher « Revue générale Hormones sexuelles et sclérose en plaques [Sex steroids and multiple sclerosis] », Médecine & Longévité, Volume 1, Issue 1, September 2009, Pages 3-11 DOI:10.1016/j.mlong.2009.06.005 (Résumé, en français)
  13. (en) S.D. Miller, E.M. Shevach « Immunoregulation of experimental autoimmune encephalomyelitis: editorial overview » Original Research Article Research in Immunology Volume 149, Issue 9, November-December 1998, Pages 753-759
  14. N. H. Loukili, E. Noel, G. Blaison, B. Goichot, G. Kaltenbace, M. Rondeau and E. Andrès « Données actuelles sur la maladie de Biermer. À propos d'une étude rétrospective de 49 observations » La Revue de Médecine Interne Volume 25, Issue 8, août 2004, Pages 556-561 DOI:10.1016/j.revmed.2004.03.008 (Résumé)
  15. Maladie de l'homme raide sur Orphanet.
  16. [PDF] Patrick Cherin, Les polymyosites, http://www.orpha.net/data/patho/FR/fr-polymyos.pdf
  17. (en) L.H. Sigal, « Lyme borreliosis (Lyme disease): interactions of 'Borrelia burgdorferi sensu lato with human (and other mammalian) hosts », Bulletin de l'Institut Pasteur, vol. 96, no 3,‎ , p. 189-206 (ISSN 0020-2452, DOI 10.1016/S0020-2452(98)80013-4, lire en ligne)
  18. LBranger, N. Schleinitz, S. Gayet, V. Veit, G. Kaplanski, M. Badier, A. Magnan and J. -R. Harlé « Le syndrome des poumons rétractés et les maladies auto-immunes [Shrinking lung syndrom and systemic auto-immune disease] », La Revue de médecine interne, Volume 25, Issue 1, janvier 2004, pages 83-90 DOI:10.1016/j.revmed.2003.09.010 ([2], franco-anglais)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]