Tombeau d'Alexandre le Grand

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Reconstitution du catafalque d'Alexandre d'après la description de Diodore (milieu XIXe siècle).

Le tombeau d'Alexandre le Grand, appelé le Sôma « corps » ou Sèma « tombe », n'a toujours pas été retrouvé de nos jours malgré les nombreuses recherches et hypothèses d'historiens et d'archéologues pour déterminer son emplacement exact.

Les tribulations de la momie d'Alexandre le Grand[modifier | modifier le code]

À sa mort survenue en 323 av. J.-C. à Babylone, le corps momifié à la manière des Pharaons (et non incinéré, autre rite funéraire macédonien)[1],[2] d’Alexandre le Grand devient l'enjeu d'un conflit entre ses diadoques (« successeurs » parmi ses généraux). L'un d'eux, Perdiccas, fidèle à Roxane et à Alexandre IV, décide dans un premier temps de le rapatrier à Aigéai, l'ancienne capitale de Macédoine, là où reposent les ancêtres du conquérant. Le corps est ainsi placé dans un premier sarcophage anthropoïde en or, enfermé à son tour dans un deuxième cercueil doré, un drap pourpre recouvrant le tout. L'ensemble est disposé sur un char d'apparat surmonté d'un toit que soutient un péristyle ionique[3]. Cependant, selon Claude Élien, Ptolémée n'hésite pas à attaquer la procession funéraire pour s'approprier le sarcophage et l'exposer à la dévotion à Memphis[4] dans une salle annexe au temple de Nectanébo II. Ce détournement est à l'origine de la campagne de Perdiccas en Égypte durant laquelle il trouve la mort en 321.

Selon le pseudo-Callisthène, la dépouille d'Alexandre est ensuite transportée par Ptolémée II à Alexandrie vers 280 av. J.-C., dans un coffre de plomb. Ptolémée II le place à l'intérieur d'un temple dans un nouveau sarcophage recouvert d'or.

Ptolémée IV Philopator, enfin, fait construire un mausolée somptueux (le Sôma) dans lequel il expose la dépouille d'Alexandre. Lucain rapporte dans la Pharsale[5] que, si « les Ptolémées avaient choisi pour leurs sépultures le style des pyramides »[6], il ne saurait en être de même pour le père fondateur de la ville qui a dû être inhumé dans un tombeau de style macédonien, c'est-à-dire dans une chambre d'albâtre souterraine, surmontée d'un tumulus de pierres. Le tombeau devait être dans le même style[7] que le mausolée qui sera érigé bien plus tard pour Auguste à Rome, mais avec un temple à son sommet pourvu d'un toit pyramidal. Tout autour de celui-ci sont aménagées de petites chapelles destinées à recevoir les corps des rois lagides, l'ensemble étant protégé par une enceinte murée qui délimite le téménos. Il est presque certain que le Sôma se trouvait quelque part à l'intersection de la voie Canopique, qui traverse la ville selon un axe nord-est sud-ouest depuis la porte du Soleil jusqu'à la porte de la Lune, et de l'autre voie principale orientée nord-sud qui relie la presqu'île de Lochias au lac Mariout. Pour Strabon[8], le monument fait même partie de la basilique, dans le quartier royal que devait en partie englober le téménos. De nos jours, cette intersection se situe non loin de la tour Shallalat.

Ptolémée X, à court d'argent, fait remplacer en -89 le cercueil d'or par un cercueil de verre ou d'albâtre translucide[9]. Le cadavre embaumé y reste plusieurs centaines d'années et devient un objet de visite pour un grand nombre d'hommes politiques, de généraux tant grecs que romains. Jules César sera le premier à visiter le Sôma en -48, puis, selon Suétone[10], l'empereur Auguste : il visite le tombeau en -30 et retire un instant le corps du sarcophage pour lui mettre avec respect une couronne d'or sur la tête et le couvrir de fleurs. La manipulation aurait malheureusement abîmé le nez du cadavre. Quant au tombeau lui-même, selon Flavius Josèphe[11], il aurait déjà été pillé quelque temps auparavant par Cléopâtre qui manquait de ressources financières.

La dernière visite importante est celle de l'empereur Caracalla en 215. Ce dernier n'hésite pas à s'approprier la tunique, la bague et la ceinture du Macédonien, la cuirasse, quant à elle, ayant probablement déjà été volée par Caligula[12].

La période qui va de 215 à 365 n'est pas connue avec certitude, mais la ville d'Alexandrie commence à décliner du fait des importants massacres qu'ordonne Caracalla au cours de sa visite, d'épidémies, de tremblements de terre, et raz-de-marée, mais surtout, avec l'avènement du christianisme, les cultes changent, des monuments ou bâtiments dits « païens » sont détruits ou ne sont plus entretenus, et tombent en ruine : les pierres sont récupérées pour construire de nouveaux bâtiments ou structures.

Le 21 juillet 365[13], un très violent tremblement de terre, suivi d'un raz-de-marée dévastateur, ravage la ville. Les chroniqueurs du temps décrivent avec effroi les bateaux retrouvés juchés au sommet des édifices, les temples et les portiques écroulés sur le sol. La ville est jonchée de cadavres (les historiens parlent de quelque 50 000 morts). Une catastrophe de cette ampleur n'a pu que mettre à mal le tombeau d'Alexandre le Grand. De plus, en 391, « explose une violente émeute chrétienne et anti-païenne qui aboutit à la destruction du grand temple de Sérapis, et qui a peut-être atteint ce qui restait du Sôma : une allusion récemment décelée dans un discours du rhéteur Libanius montrerait que le corps fut alors sorti du tombeau pour être exposé une dernière fois publiquement »[14]. De toute manière, l'empereur chrétien Théodose interdit en 391 la vénération d'Alexandre le Grand. En 415, une nouvelle émeute chrétienne anti-païenne (au cours de laquelle est massacrée la philosophe Hypatie), ajoute ses destructions aux facteurs précédents. Depuis lors, l'emplacement du Sôma n'est plus connu avec exactitude.

Jusqu'en 565, qui marque la fin du règne de Justinien, d’autres séismes et raz-de-marée ravagèrent à nouveau la ville, ainsi que plusieurs épisodes d’épidémies de peste, mais les documents manquent, ainsi que les données historiques précises, comme pour la période située entre 215 et 365. Il est possible qu’après Constantin, avec la christianisation d’Alexandrie, la momie, si elle existait encore, ait été inhumée ou bien placée dans un sarcophage ou une crypte. En 605, puis vers 630 ou 631 enfin, deux autres séismes sont encore recensés, suivis de raz-de-marées destructeurs.

La ville d’Alexandrie ne s’était pas encore relevée de ces catastrophes à la veille de la conquête musulmane, vers 640 à 645, qui vit aussi de nombreuses déprédations et destructions. Pendant tout le Moyen Âge, et la Renaissance, Alexandrie sera ainsi supplantée par la ville et le port de Damiette, et surtout par la ville nouvelle du Caire, plus au sud.

Lors de l’intervention militaire française de 1798 à 1800, Alexandrie n’était plus qu’un grand village, son passé étant enfoui sous plusieurs mètres de terre ou de remblais.

Fouilles récentes[modifier | modifier le code]

Tombeau supposé d'Alexandre dans le cimetière de Terra Santa.

Dans le cimetière latin de Terra Santa à Alexandrie, à l'extérieur du téménos antique cependant, a été découvert en 1906 un tombeau d'albâtre, antichambre souterraine d'une tombe monumentale qu'Achille Adriani, le dernier directeur italien du musée gréco-romain, considéra comme le tombeau d'Alexandre le Grand. La porte monumentale de cette sépulture est tout particulièrement remarquable, car elle est la copie conforme au 1/36e[15] de celle de l'antique phare d'Alexandrie.

La zone a été à nouveau fouillée entre 1998 et 1999. Des prospections géophysiques réalisées par une équipe grecque puis une entreprise allemande ont montré une série d'anomalies dans les environs du tombeau. En 2001, le Centre d'études alexandrines a poursuivi ces travaux et a fouillé ce cimetière désaffecté, transformé en pépinière[16]. Par endroits, le rocher naturel, qui est taillé, a été atteint. Les mesures réalisées par les géophysiciens (par radar, mesures sismiques, électromagnétiques, etc.) décèlent des cavités dans le rocher, laissant supposer des passages, puits ou descenderies.

Malgré les fouilles, il n'y a aucune certitude qu'il s'agit bien du tombeau d'Alexandre.

La thèse d'Andrew Chugg[modifier | modifier le code]

Selon l'historien Andrew Chugg, auteur de quatre ouvrages sur Alexandre le Grand, le corps embaumé du célèbre Macédonien pourrait de nos jours se trouver à Venise[17].

La momie de saint Marc, dont le symbole est également un lion, apparaît subitement à Alexandrie à la fin du IVe siècle, alors que tous les auteurs anciens affirment que la dépouille de ce saint, qui passe pour avoir le premier évangélisé Alexandrie, a été brûlée vers la fin du Ier siècle. Il y aurait eu confusion (voulue ?)[18] à l'époque entre les deux tombeaux, la momie d'Alexandre le Grand étant désormais prise pour être celle de saint Marc, et vénérée comme telle. Puis, en 828, deux marchands vénitiens, peut-être pour la soustraire aux destructions de l'islam naissant, l'enlèvent avec la complicité du clergé local de la chapelle où elle reposait, et l'emmènent à Venise. Cette momie reposerait depuis 1811 dans un sarcophage de marbre sous l'autel majeur de la basilique Saint-Marc où l'on trouve également plusieurs symboles macédoniens en marbre incrustés dans les murs. Mais en l'absence d'expertises génétiques comparatives avec les ossements de la tombe de Philippe II de Macédoine, aucune preuve concrète ne vient étayer cette thèse.

En 2017, Ossama Al A'bd, président de l'université de théologie musulmane Al Azar, réfute l'accusation de destruction de la momie d'Alexandre le Grand lors de la conquête de l'Égypte par les Arabes. Il estime que, parce qu'il est cité dans le Coran, Iskander Al Kebir (Alexandre le Grand) ne peut qu'avoir été respecté par les dignitaires musulmans[réf. nécessaire]. De plus, Alexandre le Grand est cité, et évoqué à plusieurs reprises, et respectueusement, dans le Coran.

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Pour de nombreux historiens[Lesquels ?], Alexandre le Grand fut plutôt incinéré, comme le fut son père, Philippe II de Macédoine, et comme cette pratique était en usage dans la culture grecque et macédonienne. Les cendres devaient ensuite être transférées à Aigéai, ce qui n'empêche pas une substitution par Ptolémée, pour un transfert à Alexandrie, dans un but politique. Ensuite, même si de grandes personnalités visitèrent le tombeau, ceux qui décrivaient les visites n'étaient pas des témoins directs, et relataient des récits, qui pouvaient aller jusqu'à l'évocation d'une momie. Dans l'Antiquité, une urne funéraire, contenant des cendres, était tout aussi vénérée qu'un corps momifié. Dans l'Égypte lagide, les modes d'inhumations étaient la momification (surtout pour les personnes aisées), l'inhumation simple en pleine terre, ou l'incinération (pratiquée surtout par les Grecs, les Macédoniens, et d'autres étrangers).

Les habitants locaux (ou égyptiens) étaient attachés à la momification. Si les momies des plus riches étaient plutôt de bonne qualité, celles des plus pauvres étaient le plus souvent bâclées, la momification étant de mauvaise qualité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Pierre Briant, Alexander the Great. Man of Action, Man of Spirit, Harry N. Abrams, , p. 166
  2. La momification n'était pas une pratique macédonienne, mais elle a peut-être été voulue par les généraux d'Alexandre afin que le cadavre résistât au voyage.
  3. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], XVII, 17, 4 ; XVIII, 1, 4 ; XVIII, 26, 3.
  4. Élien, Histoires variées [lire en ligne], XII, 64.
  5. Lucain, La Pharsale, VIII, 694 : X, 19.
  6. Valerio Massimo Manfredi, « La Cité mythique d'Alexandrie sous les mers » in Historia, novembre 2010, p. 24.
  7. Valerio Massimo Manfredi, « La Cité mythique d'Alexandrie sous les mers » in Historia, novembre 2010, p. 22 : on distingue très bien sur une lampe à huile du Ier siècle une tour ronde qui se détache à l'arrière-plan d'une vue d'Alexandrie depuis le port.
  8. Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne], XVII, 793-794.
  9. Strabon (XVII, C.794) visita lui-même le tombeau au Ier siècle.
  10. Suétone, Vie des douze Césars, « Auguste », XVIII, 1.
  11. Contre Apion, II, 57.
  12. Suétone, Vie des douze Césars, « Caligula », LII, 3.
  13. Historia, Alexandre Grandazzi, juillet-août 2009, p. 49.
  14. Historia, Alexandre Grandazzi, juillet-août 2009, p. 50.
  15. Sciences et Avenir, hors série, janvier 2011, numéro 165, p. 58 (Isabelle Hairy, architecte-archéologue, responsable de l'étude « Phare » du CNRS/CEAlex.)
  16. La moitié appartient à la faculté d'agronomie de l'université d'Alexandrie, l'autre partie au Gouvernorat de la ville.
  17. Andrew Michael Chugg, Alexandre le Grand, le tombeau perdu, Richmond Editions, 2004, (ISBN 1-902699-63-7)
  18. History Today, 1er juillet 2004.

Bibliographie[modifier | modifier le code]