Lycurgue (orateur)

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Lycurgue est un orateur et homme politique anti-macédonien (vers 390 - Athènes - 324 ).

Notice biographique[modifier | modifier le code]

Issu d’une vieille famille aristocratique athénienne, les Etéboutades, Lycurgue suit dans sa jeunesse les leçons de Platon, puis d’Isocrate. Bouleute, il ne prend pas part à la Bataille de Chéronée, ne joue un rôle dans la politique de la cité athénienne après la défaite de Chéronée en 338 face aux troupes de Philippe II de Macédoine[1]. Il est élu en 338 avant notre ère à un poste nouvellement créé de contrôleur des finances - il reste à cette fonction pendant douze ans. Il meurt vers 324 à Athènes.

Carrière[modifier | modifier le code]

Le trait particulier de la « période lycurguéenne » - de la bataille de Chéronée en 338 à sa mort - est la diversité et le fort contingent des actions politiques attestées dans la vie politique de la cité ; un grand nombre de réformes, de constructions publiques, de mesures de consolidations des finances et de l’économie athénienne. Si l’on voit dans Lycurgue l’instigateur de tout ce mouvement, d’autres citoyens athéniens ont œuvré dans ce même sens.

Les finances[modifier | modifier le code]

Pour ce qui est des finances, dont Lycurgue avait la charge, on tient ce dernier pour avoir porté le montant annuel des revenus de l’État à 1200 talents. C’est une somme considérable qui représente plus de deux fois et demi le montant annuel que recevait la cité au Ve siècle par les États membres de l’empire athénien. . Ces années virent l’ouverture de nouvelles mines et la remise en fonction d’anciennes galeries abandonnées qui ont apportés beaucoup à l’accroissement des revenus. La hausse des revenus se comprend grâce aux fermages supplémentaires venant du territoire récemment conquis d’Oropos, ainsi qu’à la confiscation des biens des citoyens condamnés (notamment lors des procès intentés par Lycurgue) ou encore grâce à l’augmentation de certaines taxes commerciales comme celles qui taxaient les biens à l’importation et à l’exportation de 2% de la valeur de la marchandise. Si les citoyens athéniens ne payaient pas d’impôt direct, les métèques payaient eux globalement 10 talents par an finançant ainsi les arsenaux et les chantiers navals. Lycurgue faisait également beaucoup appel aux souscriptions publiques ; l’accroissement des recettes correspond également à une diminution des dépenses publiques avec notamment la suppression des théôrika (allocations permettant aux plus pauvres d’assister aux fêtes officielles et aux représentations théâtrales).

Les constructions[modifier | modifier le code]

Depuis Périclès, Athènes n'avait jamais connu une activité aussi étendue dans le domaine de la construction. C'est également la dernière fois qu'Athènes peut poursuivre des travaux de grande envergure seule. La muraille est alors consolidée, le port élargi, un arsenal édifié. En 330 av. J.-C., on inaugure le nouveau stade construit par Lycurgue. Celui ci pourvoit également le théâtre de Dionysos d'un nouveau dispositif de gradin en pierre. Le lieu de réunion de l'assemblée, sur la Pnyx, voit ses travaux terminés sous Lycurgue en 325 avant J.-C. Un temple en l'honneur d'Apollon Patrôos est érigé sur l'agora. Enfin on peut noter la construction d'un portique de 50m de long ornant le sanctuaire d'Asclépias ou encore le monument de Lysicrate.

L'armée[modifier | modifier le code]

La bonne gestion des finances par Lycurgue permet également à la cité de remettre sur pieds son armée et sa marine. Le nombre de navires de guerre croît alors d'année en année. La loi d'Epikratès concernant l'éphébie et permettant une meilleure préparation de la jeunesse athénienne à l'exercice militaire est également rendu possible par les finances saines de la cité. Enfin on peut noter la proposition en 335 de Lycurgue, de concert avec Aristonicos, d'envoyer une escadre combattre les pirates sous le commandement de Diotimos. Cette opération connu vraisemblablement un véritable succès puisque l'année suivante Lycurgue proposa d'honorer Diotimos. La remise sur pied des finances athéniennes par Lycurgue après la défaite de Chéronée a permis la construction de nouveaux édifices publiques, un embellissement de la cité et un redressement des forces terrestres et maritimes.

Rôle historique[modifier | modifier le code]

Certains historiens comme Patrice Brun remettent en cause cette vision de la période comme de celle d'une ère de Lycurgue ; si Lycurgue est pour beaucoup responsable du redressement financier d'Athènes après la défaite de Chéronée, il n'a dans ce sens pas agi seul : le fait que la figure de Lycurgue soit à ce point magnifiée peut s'expliquer, selon l'historien Patrice Brun, par le fait qu'il fallait mettre en avant une figure anti-macédonienne et patriote à la restauration de la démocratie en 307, après dix ans de domination macédonienne. Lycurgue convenait alors parfaitement et Stratoclès proposa alors un décret en faveur de Lycurgue. Le décret de Stratoclès de 307/306 avant J.-C. fait presque disparaître une autre figure de la politique athénienne, Démade. Le patriotisme de Lycurgue est alors préféré à la subtilité de la politique de Démade à l'égard d'Antipatros. Les mérites de Démade sont en fait occultés et rangés au crédit de Lycurgue si bien qu'aujourd'hui encore on peut entendre parler d'ère lycurguéenne. Pourtant sans réduire l'action de Lycurgue dans le domaine de la finance, "il est impératif de ne pas faire de Lycurgue une sorte de grand organisateur ayant seule autorité et ayant couvert de sa seule volonté Athènes de constructions prestigieuses" (P. Brun).

L'orateur[modifier | modifier le code]

On conserve des fragments de plusieurs plaidoyers de Lycurgue ainsi qu'un de ses plaidoyers dans son intégralité, le Contre Léocrate. Ce sont tous des plaidoyers prononcés dans des procès politiques, des graphés, dont un grand nombre d’isangélie, procédure de mise en accusation d'un magistrat devant l'assemblée, procédure exceptionnelle pour haute trahison, qui n'est normalement utilisée que lorsque l'on ne peut pas attendre la reddition de compte. On trouve en particulier :

  • Contre Lycophon. Il l’accuse d’adultère. Ce plaidoyer est perdu mais on a gardé sa défense, faite par Hypéride.
  • Contre Euxenippos : Après Chéronée, Philippe de Macédoine épargne Athènes et s’en prend essentiellement à Thèbes. Il propose de donner à Athènes un canton thébain qu’elle revendiquait. Athènes envoie Exenippos consulter l’oracle du Dieu. Mais cet oracle est très ambigu. Lycurgue l’attaque car selon lui il a rapporté une réponse volontairement ambiguë. On n’a pas conservé le plaidoyer de Lycurgue mais on a gardé sa défense par Hypéride.
  • Contre Aristogiton : Lycurgue s’est allié à Démosthène contre Aristogiton, sycophante qui attaque les hommes politiques en justice dans l’espoir de faire des bénéfices.
  • Contre Céphisodote : Céphisodote propose un décret donnant des honneurs à Démade : une statue honorifique et des repas au Prytanée. Démade, orateur politique pro-macédonien avait négocié une paix avantageuse pour Athènes et empêché les répercussions sur Athènes alors que la ville s’était agitée au moment de l’avènement d’Alexandre. Mais Lycurgue ne réussit pas à faire condamner Céphisodote.
  • Contre Lysiclès : Un des stratèges de Chéronée qui sera condamné à mort et exécuté après ce procès en eisangélie.
  • Contre Autolycos : membre du conseil de l’Aréopage qui a mis sa famille en sécurité loin d’Athènes au moment de la bataille de Chéronée. Il est condamné et exécuté.
  • Contre Léocrate : Ce citoyen athénien aisé, à la nouvelle du désastre de Chéronée, s'enfuit de nuit avec sa maîtresse et toutes ses richesses en s'embarquant sur un navire à destination de Rhodes. Quand il y parvient, il répand le bruit qu'Athènes est tombée aux mains des ennemis macédoniens et que seul, il a pu parvenir à s'échapper. Quelque temps après, il s'installe à Mégare, où il se lance dans le commerce de blé pendant cinq ans et liquide ses biens à Athènes par l'intermédiaire de son beau-frère qui lui fait même parvenir ses dieux domestiques. Un jour, il décide de rentrer à Athènes dans la pensée que sa fuite, qui remonte à sept ou huit ans, sera oubliée. Lycurgue lui intente alors un procès pour haute trahison. L'affaire passe devant les juges durant l'année 331 / 330. Il échappe à la condamnation à mort à une voix près. Ce plaidoyer est le seul dont l'on ait conservé l'intégralité.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

[réf. incomplète]

  • V. Azoulay et P. Ismard (dir.), Clisthène et Lycurgue d’Athènes : Autour du politique dans la cité classique, Paris, Publication de la Sorbonne, 2011.
  • Patrice Brun, L’orateur Démade : Essai d’histoire et d’historiographie, Bordeaux, Ausonius, 2000.
  • Pierre Sineux (dir.), Le législateur et la loi dans l’antiquité, Caen, 2005.
  • M-H. Hansen, La démocratie athénienne à l’époque de Démosthène, trad. S. Bardet, Paris, Les belles lettres, 1993.

Références[modifier | modifier le code]