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Bataillon sacré

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Le Lion de Chéronée, probablement érigé par les Thébains pour commémorer les morts de la bataille de Chéronée qui a vu la destruction du Bataillon sacré.

Le Bataillon sacré (en grec ancien ἱερὸς λόχος / hiéros lokhos) est un corps d'élite de l'armée thébaine dans la Grèce antique. Il est réputé comme étant formé de 150 couples d'amants. Il joue un rôle crucial dans la victoire contre les Spartiates à la bataille de Leuctres en Il est détruit à la bataille de Chéronée en par l'armée macédonienne de Philippe II. Il constitue sans doute l'exemple le plus célèbre d'homosexualité dans les armées en Grèce antique.

L'historicité du Bataillon sacré est largement acceptée par les historiens.

Caractéristiques

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Le Bataillon sacré de Thèbes aurait été créé par Épaminondas ou par Gorgidas[1]. Il est évoqué dans son principe par Platon[2]et Xénophon, dans sa réalité historique par Dinarque. Il est aussi mentionné par Athénée[3], Hiéronymos de Rhodes, Polyen et Plutarque. Le Bataillon sacré se distingue par plusieurs caractéristiques :

  • Il aurait été formé de 150 couples d'amants d'érastes et éromènes[4]. Plutarque note que, « selon certains », le Bataillon sacré est composé de 150 couples de pédérastes, ce qui représenterait l'origine de la formation du binôme en matière de tactique de combat.
  • L'équipement des guerriers du Bataillon est celui d'un hoplite, c'est-à-dire pour l'armement offensif une lance et une épée, et pour l'armement défensif un large bouclier rond, un casque très enveloppant, une cuirasse de lin doublée et des jambières. Cet équipement est normalement financé par les hoplites eux-mêmes, ce qui représente à l'époque trois mois de salaire pour un artisan qualifié. Mais pour le Bataillon sacré c'est la cité de Thèbes qui prend en charge l'entraînement et l'entretien.
  • Le recrutement du Bataillon sacré se fait au mérite. À cause du prix de l'équipement, seuls les riches citoyens des différentes cités grecques peuvent prétendre au titre d'hoplite ; alors que pour le Bataillon sacré, la cité de Thèbes prenant en charge ce coût, ses membres, écrit Plutarque ne sont pas choisis « pour leur naissance mais seulement pour leurs qualités physiques et leurs mérites ».

Le Bataillon sacré est considéré comme une unité d'élite, tout en appliquant de façon partielle le modèle hoplitique de la guerre. Nicholas Ryan Rockwell, de l'université de Californie, le résume par « une unité professionnelle et permanente mais financée sur fonds publics. L'unité passe l'essentiel de son temps en entraînement militaire. Et elle a développé sans aucun doute un moral et un esprit de camaraderie qui ont renforcé sa cohésion »[réf. nécessaire].

Utilisation sur le champ de bataille

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À l'origine, le Bataillon sacré est disposé tout du long de la ligne de bataille thébaine afin de renforcer la résolution des autres combattants.

Le premier fait d'armes du Bataillon sacré date de la bataille de Tégyres en 375 av. J.-C. Cette bataille est née d'une rencontre fortuite entre les armées thébaines et spartiates. Pélopidas a en effet envoyé le Bataillon sacré et quelques cavaliers prendre Orchomène, dernière place forte sous contrôle spartiate en Béotie. En chemin les Thébains tombent sur les Spartiates, estimés à au moins une mora (soit 500 hommes) voire deux. Normalement la simple vue de ces guerriers, réputés invincibles, suffit à faire reculer l'adversaire. Mais ici, c'est l'inverse qui se produit : lors du premier impact entre les Thébains et les Spartiates, les premiers créent la surprise en tuant la majeure partie des officiers présents. Les Spartiates tentent de réagir mais sont de nouveau surpris par l'audace et la violence du Bataillon sacré. La victoire revient finalement au Bataillon qui fait fuir ce qui reste de l'armée spartiate. Après qu'il se soit distingué à Tégyres, Pélopidas l'utilise comme une sorte de garde personnelle.

Durant trois décennies, ce corps d'élite continue de jouer un rôle important. L'apogée du Bataillon sacré correspond à la bataille de Leuctres en 371. Le 6 juillet 371, une armée thébaine composée de 8 000 à 20 000 hommes est contrainte de se battre contre une armée spartiate forte de 12 000 à 28 000 (alliés compris). Afin de donner la victoire à son armée, le stratège thébain Épaminondas innove en renforçant l'aile gauche de sa phalange qu'il épaissit de 50 rangs (contre 8 à 12 habituellement). La phalange est donc flanquée par le Bataillon sacré. L'aile droite spartiate, où se trouvent traditionnellement ses meilleurs guerriers, ploie sous la poussée de la puissante aile gauche thébaine, puis est percutée par le Bataillon sacré. Ses chefs sont tués, la phalange spartiate fuit, laissant un millier de morts dont 300 hippeis, élites de l'élite dans l'armée spartiate. Leuctres coûte à Sparte un tiers de ses forces en quelques heures. Le génie militaire d'Épaminondas et la qualité militaire du Bataillon sacré font de Thèbes la première puissance grecque.

Mais cette hégémonie thébaine est de courte durée. Épaminondas tombe en 362 à Mantinée lors d'une ultime victoire contre Sparte. Le Bataillon participe, sous les ordres de Théagène — frère de Timoclée —, à la bataille de Chéronée contre l'armée macédonienne. Selon certaines sources, il est détruit par la cavalerie des Compagnons commandée par le jeune Alexandre le Grand en personne[réf. nécessaire]. Selon la tradition, Philippe II, s'arrêtant devant l'endroit où le Bataillon a péri, s'est écrié : « Maudits soient ceux qui soupçonnent ces hommes d'avoir pu faire ou subir quoi que ce soit de honteux. » Les soldats thébains tués sont enterrés dans une sépulture collective (ou polyandreion) surmontée d'un lion de pierre (découvert en 1818), dit Lion de Chéronée. La fouille de l'enceinte quadrangulaire a mis au jour 254 squelettes, disposés sur sept rangées.

Question de la pédérastie

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La « camaraderie » entre membres du Bataillon sacré sous-entend-elle un recrutement spécifiquement pédérastique ? Polybe explique les 150 paires de combattants par cette citation « dévoués l'un à l'autre » par des vœux sacrés, prononcés sur l'autel de Iolaos, héros thébain et amant d'Héraclès[réf. nécessaire]. En fait cela n'a rien d'extraordinaire : dans la civilisation grecque de l'époque hellénistique, certaines formes de relations qu'on qualifierait aujourd'hui d'homosexuelles, notamment entre hommes, sont socialement reconnues et parfois valorisées dans le cadre culturel précis et les limites normatives du système militaire grec fondé sur une relation initiatique entre le maître et l'élève : la pédérastie. Cette dernière est institutionnalisée et légitimée par les couples célèbres de la mythologie grecque : Héraclès et Iolaos, Zeus et Ganymède ou encore Achille et Patrocle.

À Sparte, cette relation est même régie par la loi pour devenir citoyen-hoplite. Nicholas Ryan Rockwell explique : « L'homosexualité des membres du Bataillon sacré n'est que la continuation de ces liens. D'autant plus que tous ces hommes vivent ensemble dans leur citadelle de Cadmée »[réf. nécessaire]. Il n'y aurait donc rien d'inhabituel dans les relations du Bataillon par rapport aux standards de l'époque. Sur les onze sources mentionnant le Bataille sacré, étudiées par David Decosta Leitão (professeur à l'université de San Francisco), cinq ne font aucune allusion à ce caractère homosexuel[réf. nécessaire]. Sur ces derniers, Plutarque, qui livre le plus de détails, utilise les marques d'un discours rapporté telles que « dit-on » ou « certains rapportent que… ». Le bataillon est cependant fameusement cité dans le cadre de la conversation sur l'amour dans le Banquet de Platon, avec l'argument que sa force et sa détermination viennent de l'amour qui unit les couples amant-aimé.

Postérité et influence

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À l'instar des us des élites de l'époque, les combattants du bataillon sont vraisemblablement des paires d'amants, tenant l’un à l'autre plus qu'à leur vie même, expliquant sa postérité.

Le Bataillon sacré est parfois appelé « légion thébaine »[5], bien que cette expression désigne plus couramment une légion mentionnée par le martyrologe chrétien.

Il existe dans l'histoire de la Grèce d'autres Bataillons sacrés :

  • la Légion sacrée carthaginoise, corps d'élite antique formé à l'origine de jeunes hommes issus des familles les plus riches de la ville ;
  • celui créé le par Alexandre Ypsilántis (1792-1828), un officier grec au service du Tsar de Russie qui combat pendant les campagnes napoléoniennes de 1812 à 1814. Ypsilántis lève une troupe composée de 500 étudiants grecs des principautés roumaines. Le 7 juin 1821, ce «  bataillon sacré de Jassy » est défait par les troupes turques près de Drăgășani en Valachie ;
  • un Ordre de Chéronée, petite société secrète d'homosexuels, a été fondée en Angleterre vers 1895 par G.C. Yves (1867-1950), par référence à ce bataillon, à sa défaite et à sa possible renaissance ;
  • le Bataillon sacré des Grecs de l'Épire du Nord formé le par Spyridon Melios pour gagner leur indépendance. Ils défont les Albanais à la bataille de Premet le 23 février 1914 ;
  • après l'occupation allemande de la Grèce en 1941, le gouvernement grec s’exile en Égypte, où réside une communauté de plus de 200 000 Grecs. Devant le nombre important d’officiers présents, il est créé le un bataillon de 200 hommes, composé uniquement d'officiers, sous les ordres du major Antonios Stephanakes et le commandement opérationnel sous ceux du colonel Christodoulos Gigantes. Ce bataillon prend le nom de Bataillon sacré. Rattaché aux Forces grecques libres, il est entraîné par le SAS de David Stirling et se place d'abord sous les ordres de Leclerc. Ce régiment est à l'origine des Forces spéciales grecques actuelles ;
  • les groupes de résistance à l'occupant nazi dans les Cyclades portaient le nom de « Bataillon sacré ».

Cette dénomination s'est appliquée par la suite à des corps d'élite, dans le cas de plusieurs nations modernes, surtout ceux qui se forment lors de retraites ou de déroutes. C'est ainsi que l'on parle de « bataillon sacré » au sujet du dernier carré à Waterloo[6] ou d'« escadron sacré ».

Notes et références

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  1. Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne], Pélopidas, 18, 1.
  2. Platon, Le Banquet [détail des éditions] [lire en ligne], 178e.
  3. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] (lire en ligne), XIII.
  4. Notes sur Le Banquet, Coll. « Folioplus », p. 18.
  5. Dominique Fernandez, L’Étoile rose, Grasset, 1978 : « la légion thébaine était réputée invincible dans toute la Grèce ».
  6. « Le bataillon sacré, seul devant une armée, S'arrête pour mourir. C'est en vain que, surpris d'une vertu si rare, Les vainqueurs dans leurs mains retiennent le trépas. Fier de le conquérir, il court, il s'en empare : La garde, avait-il dit, meurt et ne se rend pas. » (Casimir Delavigne, « La Bataille de Waterloo », Œuvres complètes, Adolph, 1838, p. 20, consultable sur Google livres.)

Bibliographie

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  • Luc Brisson (dir.) et Monique Canto-Sperber (trad. Monique Canto-Sperber), Ménon : Œuvres complètes, Paris, Éditions Flammarion, (1re éd. 2006), 2204 p. (ISBN 978-2-08-121810-9)
  • Bernard Sergent, Homosexualité et initiation chez les peuples indo-européens, Paris, Payot, coll. « Histoire », (ISBN 2-228-89052-9), p. 272-280.
  • Costa de Loverdo, Le Bataillon sacré (1942-1945)- Préface du Général Kœnig, Stock, 1968.
  • Jean Lopez (dir.), La guerre Antique, Paris, Perrin, 2021.
  • Pierre Carlier, Le IVe siècle grec jusqu'à la mort d'Alexandre, Paris, Seuil, 1995.
  • J-N. Corvisier, Guerre et société dans les mondes grecs (490-322 av JC), Paris, Armand Collin, 1999.
  • Victore David Hanson, Les guerres grecques, Paris, Autrement, 1999.

Liens externes

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