Sarisse

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Phalange macédonienne

La Sarisse ou sarissa était une longue lance de 4,6 à 5,3 mètres à ses débuts (d'après Téophraste, Arrien de Nicomédie et Asclépiodote), puis allongée jusqu'à 7,6 mètres dès le premier quart du IIe siècle (Polybe et Tite-Live) avant Jésus-Christ. Cette arme, mise en usage sous le règne de Philippe II, était utilisée par les phalanges macédoniennes qui demeurèrent invaincues de leur création jusqu'à la bataille de Cynoscéphales 162 ans plus tard.

La longue taille de la sarisse permettait aux phalangistes de maintenir à distance l'infanterie adverse et stopper les charges de cavalerie, présentant à l'adversaire une impénétrable haie de piques pratiquement invincible de front. Grâce à cette arme, l'armure ne devenait plus réellement nécessaire, ou dans une bien moindre mesure, les opposants de la phalange étant inlassablement repoussés par cet infranchissable amas de fer et de bois avant même qu'ils ne puissent porter le moindre coup aux phalangistes. Les sarisses des cinq premiers rangs étaient portées à horizontale et celles des derniers rangs à la verticale, protégeant ainsi la formation des traits adverses. La sarisse permettait donc de lever une grande quantité de soldats à moindre coût, ceux-ci n'ayant besoin que de leur lance et d'une armure très légère.

Protégés des attaques au corps à corps et des missiles adverses par leur sarisses, les phalangistes pouvaient ainsi ne porter qu'une armure, un bouclier et une épée très légers qui leur permettait de faire de très longues marches à une vitesse que l'ennemi ne soupçonnait pas. Leur vitesse accrue permettait également aux phalanges macédoniennes de disposer d'une puissance de charge inégalée par quelconque autre forme d’infanterie. Sa vitesse de charge étant désormais bien supérieure à celle des hoplites, l'énergie cinétique de la phalange macédonienne en était grandement augmentée car celle-ci dépend du carré de la vitesse et seulement de la moitié de la masse de l'entité. De plus, dans leur formation très serrée, les sarissophores voyaient leurs masses se combiner lors de la charge, qui était alors susceptible d'enfoncer complètement le dispositif adverse.

La sarisse comportait une pointe à chaque extrémité, une en fer, l'autre en bronze. La courte pointe de bronze à sa base lui permettait d'être ancrée à la terre (sans rouiller) pour arrêter l'avancée des charges de fantassins, de cavalerie ennemies voire d'éléphants de guerre (à la bataille de l'Hydaspe et à la bataille d'Ipsos) avec une efficacité inégalée. Les sarissophores étaient donc à cet effet d'excellentes troupes défensives qui étaient pratiquement impossibles à déloger d'une position, car le mur de sarisses qu'ils présentaient à l'ennemi était beaucoup trop dense, long et compact pour que quiconque puisse le traverser.

Deux fois plus resserrée qu'une troupe de légionnaires par exemple, la phalange pouvait donc présenter plus d'une dizaine de sarisses à chaque ennemi, qui se trouvait donc confronté à deux colonnes de cinq rangées de lances. Ainsi, même si un soldat parvenait à passer entre les deux sarisses du premier rang qui lui faisaient face, celles du deuxième, troisième, quatrième et cinquième rang pouvaient alors lui asséner de violents coups, rendant aux ennemis la tâche pratiquement impossible qui se voyaient constamment repoussés par l'adversaire.

Le seul moyen efficace de contrer une phalange était donc d'attaquer ses flancs, très vulnérables, et d'éviter d'attaquer de face une telle formation hérissée de piques. Apparemment, jamais une phalange macédonienne n'aurait été vaincue lors d'un assaut frontal, ses défaites étant pour la plupart la conséquence d'un encerclement (bataille de Cynoscéphales, bataille des Thermopyles, bataille du Nil, bataille de Corinthe), ou d'une perte de cohésion de la phalange (bataille de Magnésie, bataille de Pydna)

Evolution durant les III puis IIe siècle avant Jésus-Christ[modifier | modifier le code]

La sarisse sera sujette à nombre de changements au cours du début du IIIe siècle avant Jésus-Christ. L’utilisation de phalanges macédoniennes ayant été généralisée de l'Inde jusqu'à la Sicile après les conquêtes d’Alexandre le Grand, les différents royaumes issus de la séparation de l'empire qu'avait bâti Alexandre se battirent donc entre eux, voyant les premiers combats entre phalanges macédoniennes. Ainsi, de 323 av JC et la mort d'Alexandre jusqu'à 200 avant JC et le début de l'intervention romaine en Grèce, les différents royaumes helléniques ne se battaient plus qu'entre eux. Cependant, les phalanges étaient devenue inefficace dans ces luttes fratricides, s'annihilant mutuellement lorsqu'elles s'affrontaient à cause de leur équipement exactement similaire et très léger. Un tel équipement n'était efficace que dans la mesure où les phalangistes pouvaient se maintenir hors de portée des coups de leurs adversaires grâce à leurs longues sarisses, mais celui-ci devint désuet quand deux systèmes similaires s'affrontaient.

Face à ce problème, les sarisses des phalanges des différents royaumes helléniques eurent tendance à s’allonger toujours davantage afin de dépasser celles de l’adversaire, et le maintenir en respect avec ses piques plus longues. Ainsi, dès -274 et le règne d'Antigonos Gonatas, les sarisses ne mesuraient plus 5 mètres, mais 7,5 mètres. Si les sarisses de cinq mètres paraissaient légères et maniables après un entraînement intensif, ce n'était pas le cas des sarisses tardives qui étaient devenues presque impossibles à manœuvrer : elles étaient lourdes et encombrantes . Leur utilisation sur le champs de bataille s'en ressentit, ces troupes devenant peu à peu des unités exclusivement défensives, car ayant sacrifié leur mobilité et flexibilité pour une plus grande efficacité contre d'autres phalanges. Mais aussi, dans la mesure où les phalangistes n'étaient plus à l'abris des coups portés par l'adversaire qui possédait désormais également des sarisses, le bouclier et l'armure sont grandement alourdis, de sorte qu'à la bataille de Pydna et même à Cynoscéphales, les phalangistes sont presque aussi lourdement équipés que les légionnaires romains (en plus de leur très longue pique).

Face à ces phalanges devenues bien trop lourdes et maladroites (en totale opposition avec les phalanges d'Alexandre), les forces romaines ont fini par prendre le dessus. Bien plus flexibles, les légions romaines pouvaient envelopper les phalanges et attaquer ses arrières. A Magnésie ou aux Thermopyles, les phalanges séleucides sont restées immobiles derrière leur palissade de pointes, dans un rôle très défensif. A Pydna les macédoniens se sont montrés incapables de réagir comme auparavant à un système militaire relativement souple, ce qui avait fait pourtant leur force face aux perses et aux hoplites grecs, car les fantassins se trouvaient gênés par leur propre masse désordonnée.

De telles difficultés semblent ne jamais avoir touché les phalanges d'Alexandre, qui parvinrent à traverser l'Orient et ses rudes conditions géographiques, à combattre en Macédoine couverte de forêts, à traverser des rivières en pleine bataille (Bataille du Granique, Bataille de l'Hydaspe) à faire face à un ennemi bien plus nombreux (Bataille d'Issos, bataille de Gaugamèles) et ce sans jamais rencontrer de problèmes de cohésion, restant invaincue durant les deux premiers siècles de son histoire. Tite-Live, certes peu fiable, estime même que les phalanges tardives, quant à elles, étaient "incapables de faire un demi-tour" .

Les souverains helléniques se sont lancés dans une perpétuelle surenchère technique, qui n'a fait que limiter l'endurance des phalangistes, leur mobilité et la résistance de la sarisse en elle même, quand les légions romaines, elles, ont eu l'intelligence de privilégier un simple pas de côté, à penser hors de leur cadre spatio-temporel.

Dès la fin du IIIe siècle la marche arrière semble impossible, les phalanges de Philippe telles qu'il les avait imaginées sont mortes et enterrées. Le combat à la sarisse perdure jusqu'à l'annexion du Royaume d'Egypte par Rome en -30 et même jusqu'à la liquidation du royaume de Commagène en 72 de notre ère.

Le combat à la sarisse va largement influencer les piquiers suisses lors du Moyen-Age. Ceux-ci vont contribuer à la fin de l'époque de la chevalerie, remportant des batailles éclatantes en infériorité numérique face aux meilleurs armées d'Europe. Considérés comme les meilleurs fantassins de la fin du Moyen-Age, les piquiers suisses obtiennent leur indépendance du Saint Empire Romain et lutteront à travers l'Europe en tant que mercenaires de luxe.

Bibliographie[modifier | modifier le code]