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Mahomet

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Muḥammad

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Mahomet
Mcrop.JPG

Mahomet d'après une illustration ottomane datant du XVIIe siècle.

Biographie
Naissance
Vers 570 (selon la tradition musulmane)
La MecqueVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Vers 632 (selon la tradition musulmane)
MédineVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Père
Mère
Conjoints
Enfants
Parentèle
Ali ibn Abi Talib (gendre)
Halimah bint Abi Dhuayb (en) (parenté de lait (en))Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Religions
Hanifisme (jusqu'en ), islam (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Élèves
تخطيط إسم محمد.png

Mahomet (en arabe محمّد - Muḥammad), Muḥammad ou Mohammed, nom complet : Abū al-Qāsim Muḥammad ibn ʿAbd Allāh ibn ʿAbd al-Muṭṭalib ibn Hāshim, est un chef religieux, politique et militaire arabe de la tribu de Quraych. Fondateur de l'islam, il en est considéré comme le prophète majeur. Selon la tradition islamique, il serait né à La Mecque vers 570 et mort à Médine en 632.

Les musulmans le considèrent comme le dernier des prophètes du monothéisme, au sens où il termine et scelle le cycle de la révélation monothéique abrahamique. Ses biographies religieuses rapportent qu'il enseignait à ses premiers compagnons (sahabas) les versets du Coran, qu'il présentait comme la parole même de Dieu (Allah en arabe), transmise à lui par l'archange Gabriel. Le Coran aurait été compilé après la mort de Mahomet, à partir de transcriptions sur des supports divers, par ses disciples. Par ailleurs, ses actions et ses paroles forment la sunna, qui est la seconde source à la base du droit musulman.

La fondation de l'islam et l'importance de la culture islamique ont influencé différentes cultures et civilisations au cours de l'histoire, faisant de Mahomet une figure de premier plan de l'histoire. Néanmoins, son historicité fait débat. En raison de la rareté des sources historique et du biais religieux des sources traditionnelles, il n'est pas possible d'écrire une biographie historique du personnage devenu au fil du temps un chef religieux.

Sommaire

Approche historique

Sources historiques sur Mahomet

Le Coran

Le Coran n'apporte que peu d'éléments biographiques et contextuels concernant Mahomet[1],[2],[3]. Il n'est d'ailleurs cité que quatre fois dans ce texte alors qu'un personnage comme Jésus, appelé 'Īsā, l'est une douzaine de fois, et en utilisant des titres plus prestigieux que ceux de Mahomet, tels que celui de « Messie » et d' « Esprit de Dieu » (sourate 4 et 91)[4]. Même si Mahomet est peu mentionné dans ce texte sacré, les théologiens musulmans interprètent certains versets comme des références à sa vie[5].

Dans le Coran, Mahomet est qualifié d'« ummî », c'est-à-dire d'illettré ne sachant ni lire, ni écrire[Note 1]. Néanmoins, pour certains,[Qui ?] la qualité d'ummî n'exclut pas la maîtrise rudimentaire de la lecture et de l'écriture[6]. Dans une autre acception, le terme ummî peut aussi vouloir dire qu'il appartenait à un peuple ne sachant ni lire ni écrire ou encore un peuple sans Écritures saintes. Enfin, selon l'historien Mohamed Talbi, il maîtrisait parfaitement la lecture et l'écriture et était d'une grande culture[7].

Coran Bleu de Sanaa.

Biographies anciennes

Les sources premières de la vie de Mahomet résident principalement dans des textes d'hagiographes et d'historiens musulmans, de rédaction relativement tardive, aux IXe et Xe siècles. Il s'agit essentiellement d'Ibn Ishâm[8], d'Ibn S'ad[9] et de Tabari[10], qui proposent une histoire aspirant à répondre aux questionnements religieux, politiques, juridiques ou sociaux de leur époque, offrant par conséquent une image dogmatique et décalée[11] dont l'historicité est sujette à caution[1], sans toutefois affecter l'importance historique de cette façon de voir des débuts de l'islam.

Jusqu'à l'âge de 40 ans, on ne sait pas grand-chose de sa vie. Elle est reconstituée d'après la tradition orale, mise par écrit 140 ans après sa mort, grâce aux témoignages indirects de ceux qui avaient connu ses premiers compagnons. « C'est dire combien l'imagination a pu travailler pendant ce laps de temps », explique l'historien Maxime Rodinson[12].

Cependant, selon les sources écrites disponibles, des biographies de Mahomet auraient déjà été écrites par des descendants de compagnons de Mahomet. La première biographie écrite sur Mahomet aurait été celle d'Urwah ibn al-Zubayr (en) (mort en 713) petit-fils d'Abu Bakr, fils d'Asmaa bint Abu Bakr et de Zubayr ibn al-Awwam, deux compagnons de Mahomet. Il aurait rédigé cette biographie en se basant sur les témoignages de plusieurs autres compagnons de Mahomet. Son ouvrage, dont nous ne disposons plus, aurait inspiré les biographes tels que Tabari, Al-Waqidi et Ibn Ishaq[13]. De même, le fils du troisième calife, Abân ibn `Othmân (mort en 724) compterait parmi les premiers auteurs de sîra chez qui auraient puisé les biographes ultérieurs. Le manuscrit décrivant les batailles de Mahomet et qui se trouve à Heidelberg en Allemagne, écrit par Wahb ibn Munabbih (en) (mort en 728), fils d'un autre compagnon de Mahomet nommé Munabbih ibn Kamil (en), peut être évoqué comme autre source primitive en la matière. Il aurait encore existé des biographies selon Churahbîl ibn Sa`d (mort en 741), Âsim ibn Umar ibn Qatida (mort en 738) et Abdallah ibn abi Bakr ibn Hazm (mort en 753) aujourd'hui disparues, mais qui auraient toutes servi de sources écrites aux biographies rédigées après 758 et dont nous disposons encore[13].

Selon ces biographies, Mahomet est d'abord berger puis caravanier avant d'entrer au service de Khadija, une riche veuve à la tête d'un commerce caravanier. Au moment de leur mariage la tradition rapporte qu'il avait 25 ans et elle 40 ans (ou 28 selon ibn Habîb et al-Balâdhurî)[14]. Ils eurent deux fils (ou trois, selon les sources) qui mourront en bas âge : Al-Qâsim et `Abdullah, parfois appelé Al-Tayyib (le bon) ou At-Tâhir (le pur), ainsi que quatre filles, Zaynab, Ruqayyah, Oumm Koulthoum et Fatima, la future épouse d'Ali, un des fils d'Abu Talib.

Les hadiths

Articles détaillés : Sunna, Hadith et Grands recueils de Hadiths.

Pour le reste de sa vie, on dispose de quelques sources écrites. Des enseignements de Mahomet, ainsi que certains de ses faits et gestes, ses attitudes lors de telle ou telle bataille, furent mis par écrit très tôt. Néanmoins, plusieurs chercheurs - un des premiers étant I. Goldziher- ont démontré que certains hadiths sont composés d'éléments plus récents qui lui ont été attribués postérieurement[15]. Les hadiths ne sont donc pas une source historique fiable pour étudier la vie de Mahomet mais transmettent aussi des informations sur les deux premiers siècles de l'islam.[15]

Le jeune Mahomet et le moine Bahira[16]

Selon les traditions musulmanes, des ouvrages ont été rédigés du vivant de Mahomet ou par ses compagnons : Abu Bakr, premier calife, aurait compilé 500 hadiths qu’il aurait détruits par crainte d’insérer des fautes[17]. Amr bin Hazm, gouverneur du Yémen du temps de Mahomet, a compilé tout un opuscule qui nous est parvenu intégralement[Note 2]. Jabir ibn Abdullah al-Ansari a rédigé plusieurs ouvrages[18]. Samurah bin Jundab composa également un grand volume de hadiths[19]. Sa'd ibn Ubadah (en) rédigea également un important ouvrage de hadiths que sa descendance conserva[Note 3]. Abdullah ibn Abbas, fils de l’oncle de Mahomet, a laissé de nombreux livres de hadiths à sa mort. Abu Huraira rédigea la Sahifah as-Sahihah avec son disciple Hammam ibn Munabbih (en). Il avait mis par écrit de nombreux rouleaux remplissant un grand coffre en bois qu'il consultait fréquemment[Note 4]. Salmân al-Fârisî (Salman le Perse, mort en 644/32H) a rédigé des hadiths qu'il communiqua à Abu Darda[20]. Abu Ayyub al-Ansari (en) rédigea un manuscrit contenant 122 hadiths qu'il transmit à ses enfants[21].

Des ouvrages consacrés en entier à la collection des Hadiths ont été compilés des générations après sa mort par des individus notables tel Mouhammad al-Boukhârî, Muslim ibn al-Hajjaj, Muhammad ibn Isa Al-Tirmidhî, Abd ar-Rahman An-Nasa'i, Abou Dawoud, Ibn Majah, Mâlik ibn Anas, al-Daraqutni etc[22].

Historicité

Article détaillé : Historicité de Mahomet.

Si l'existence historique de Mahomet fait globalement consensus, le degré d'authenticité historique de ces récits est discuté par les historiens et exégètes contemporains, certains[Qui ?] considérant que les sources traditionnelles musulmanes sont trop contradictoires pour pouvoir être réconciliées dans une biographie satisfaisante[réf. nécessaire], d'autres allant jusqu'à les rejeter au profit de sources non musulmanes plus anciennes[11]. Cette représentation conditionne les élaborations doctrinales qui se développent notamment au sein des madhahib, les écoles juridiques[11].

Selon les termes d'Harald Motzki, traduisant la difficulté à atteindre l'historicité du fondateur de l'Islam[23] sous la forme d'une biographie classique, « d'un côté, il n'est pas possible d'écrire une biographie historique du Prophète sans être accusé de faire un usage non critique des sources ; tandis que, d'un autre côté, lorsqu'on fait un usage critique des sources, il est simplement impossible d'écrire une telle biographie. »[24]. Parmi d'autres biographes, Alfred-Louis de Prémare cite ces propos afin de souligner la difficulté à laquelle sont confrontés les historiens qui tentent d'établir la biographie de Mahomet : il existe à son sujet peu de sources fiables du point de vue de l'historien, ce qui fait, selon lui, que « toute biographie du prophète de l'islam n'a de valeur que celle d'un roman que l'on espère historique[25]. »

La biographie traditionnelle doit être, pour de nombreux chercheurs, nuancée. En effet, de nombreux éléments sont en contradiction avec certaines recherches actuelles. La Mecque n'est mentionnée dans aucun texte avant les textes islamiques, ce qui conduit certains critiques à douter de son existence à l'époque en l'absence de trace archéologiques[26][réf. incomplète]. Pour d'autres, l'islam est née en Arabie pétrée, actuelle Syrie[27].

Un ensemble de textes juifs, chrétiens et samaritains, indépendants et datant du VIIe siècle, indiquent que Mahomet est encore vivant lors de la conquête musulmane du Proche-Orient. Pour cette raison, Stephen J. Shoemaker propose de réviser sa date de mort plutôt vers 634 ou 635[28],[29]. Il est ainsi possible que la tradition musulmane ait fixé sa mort en 632 pour s'inspirer de celle de son modèle Moïse qui meurt avant d'entrer en Terre promise, laissant son successeur Josué mener la conquête du pays de Canaan, à l'instar du successeur de Mahomet Abou Bakr qui lance ses troupes à la conquête des pays du Cham (Syrie et Palestine)[28].

L'évolution qui aboutit à la Sîra (biographie sacrée du prophète) s'est en fait effectuée du matériau de base à l'élaboration littéraire fondée sur un certain nombre de critères, lesquels ne sont pas seulement littéraires, mais aussi doctrinaux et idéologiques. Pour Uri Rubin, la vie de Moïse décrite dans la Bible et qui se découpe en trois parties de quarante ans (valeurs mythiques, le nombre 120 étant symbole de perfection) aurait servi de modèle à la vie de Mahomet (vocation à 40 ans pour Mahomet, à 80 ans pour Moïse, durée de vie de 60 ans pour Mahomet, le double pour Moïse, toutes ces valeurs étant symboliques)[30].

Mise en place de la figure de Mahomet

Mahomet est une figure historique qui prend forme et acquiert ses caractéristiques actuelles entre le VIIe siècle et le XIe siècle. Sa vie, transmise par la sîra et les hadiths, est canonisée entre le IXe au XIe siècle par des écrivains vivant parfois plusieurs siècles après sa vie[31],[32]. dont certains ont reconstruit des chaînes de transmission fictives. La fiabilité de ces sources est donc réinterrogée par les historiens[33]. Ces vies de Mahomet présente une vision tardive de cette figure et participent donc à la mise en place d'une figure de prophètes qui s'inscrit dans la continuité de prophètes du judaïsme, comme Moïse[34][réf. obsolète].

La recherche sur les origines de l'Islam s'est penché sur la question de l'apparition du nom de Mahomet. Dans L'Islam en débats[35], Françoise Micheau précise qu'« Il faut attendre la fin du VIIe siècle pour trouver le nom de Muhammed ». Au début du XXIe siècle, des fouilles en Arabie Saoudite[36] ont mis au jour des graffitis islamiques — probablement contemporains de la révélation coranique — gravés sur des « murs du pardon », dans des sites de type sanctuaires oratoires ou sur des objets épigraphiques porteurs de professions de foi et de demandes de pardon ne mentionnant pas le nom de Mahomet. La plus ancienne mention du prophète en Arabie, dans un graffiti daté, remonte à 121/738-39 dans une prière où il apparaît en association avec Abraham[37]. En outre, si la réorganisation de ces graffitis, d'origine essentiellement religieuse, propose la première partie de la profession de foi coranique (« Il n'est de Dieu que Dieu »), elle ignore cependant la seconde partie qui mentionne Mahomet[38]. A contrario, la mention d'un proche de « Muḥammad » selon la tradition, Omar ibn al-Khattâb, figure à plusieurs reprises dans cette série de graffitis, associée à des dates plus anciennes mais sans titre particulier bien que la tradition en fasse un calife[38].

Hors-Arabie, les plus anciennes données matérielles qui mentionnent « Muḥammad » remontaient à une cinquantaine d'années après la mort de Mahomet[39] : en 685 (66 de l'hégire) sur une drachme arabo-sassanide, en 691 (71 h.), sur une pierre tombale égyptienne et en 692 (72 h.), sur une inscription figurant sur le Dôme du Rocher de Jérusalem. +Selon V. Popp, en comparaison d'autres pièces similaires portant ces lettres et des représentations chrétienne, le terme Mhmd de la pièce de monnaie arabo-sassanide ne désigne pas Mahomet mais se traduit par "le béni", terme utilisé pour désigner Jesus[40]. De même, certaines inscriptions du Dôme du rocher serait issues de la phrase biblique : "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur", le béni signifiant Jesus[41].
Des chercheurs ont daté le manuscrit M a VI 165 d'un Coran qui se trouve à l'université de Tübingen en Allemagne. La datation au carbone 14 du manuscrit donne une fourchette entre 649 et 675 ap. J.-C. avec une probabilité de 95,4 %, soit vingt à quarante ans après la mort du Prophète[42]. Cette datation ne concerne toutefois pas l'encre qui pourrait être ultérieure mais le manuscrit. Si l'écriture est contemporaine du manuscrit, cela en ferait la plus ancienne mention du prophète Mahomet sur un support matériel jamais trouvé à ce jour. En effet, dans ce manuscrit contient la sourate 17, verset 37 jusqu'à la sourate 36, verset 57[43]. On trouve dans ce manuscrit la sourate 33, verset 40 où il est écrit : « Muhammad n'a jamais été le père de l'un de vos hommes , mais le messager d'Allah et le dernier des prophètes. Allah est Omniscient. ».

L'extrême rareté de ces mentions pose question : certains chercheurs ont adopté une démarche de révisionnisme historique remettant largement en cause la vision historiographique classique, tels Yehuda Nevoqui parle d'un islam pré-muhammadien[39]. Pour ce chercheur israélien, qui exploite des centaines de graffitis du Néguev, le nom de Mahomet apparaît tardivement lorsque les autorités décidèrent à la fin du VIIe siècle de « créer un prophète arabe pour asseoir leur pouvoir »[44]. Cette thèse trouve deux recensions du même auteur, Mehdi Azaiez, dont l'une très critique[45] et l'autre plus descriptive[46]. Frédéric Imbert qui exploite les mêmes sources est plus réservé sur cette question ; il considère que cette apparition tardive témoigne d'une évolution dans l'expression de la foi[47]. Le nom de Mahomet commence à être utilisé seulement à partir du califat de l’umayyade ʿAbd al-Malik b. Marwân qui débute en 65 de l'hégire) et ne sera vraiment intégré que peu à peu[39].

Dans une interview intitulée "Mahomet, le prophète posthume", l'historienne Jacqueline Chabbi explique cette mise en place ainsi : "Parmi les convertis, dans les villes, la masse de la population veut un modèle pratique. La tradition prophétique s’invente à ce moment-là, à travers ce qu’on appelle les hadiths, c’est-à-dire les paroles et les actes prêtés au prophète sur lesquels on veut calquer sa conduite. Mais c’est une figure complètement reconstruite"[48].

Contexte de l'Arabie à l'avènement de Mahomet

La naissance de l'Islam est un fait historique encore mal connu. Si la tradition musulmane et certains chercheurs font naitre cette nouvelle religion et le personnage de Mahomet au centre de l'Arabie, d'autres chercheurs[Qui ?] prouveraient par des recherches récentes une naissance de l'Islam en Arabie pétrée, c'est-à-dire l'actuelle Syrie, et non dans les territoire de l’Arabie déserte[49]. Ces recherches s'appuient aussi bien sur les études textuelles et philologiques que sur l'archéologie[49].

Contexte historique

Article détaillé : Arabie préislamique.
Principales tribus avec leur localisation en Arabie à l'époque de Mahomet.

L'Arabie pétrée

Les régions plus au nord étaient influencées par la culture araméenne hellénisée. Les voies commerciales étaient établies. Les Nabatéens fondent leur royaume dont la ville de Pétra fut la capitale. Trajan concrétise une province romaine au nord de la Nabatène. De 244 à 249, Philippe l'Arabe dirigeait toute la province. Au sud, la Syrie était connue sous le nom de Palmyre, Odénat (Udhayna) était le premier souverain puis sa femme Zénobie (Zayneb) le remplaça. Aurélien prend la région puisque presque la totalité de la population était semi-nomade ou nomade. L’histoire demeure obscure au sujet des autres dynasties Lihyan et Thamud. Des inscriptions relèvent l'existence des deux pays. Le peuple de Thamud est cité de nombreuses fois dans le Coran, comme un peuple rebelle n’ayant pas voulu écouter son prophète Sâlih[Note 5], etc. En 384, le traité de paix entre les Sassanides et les Romains fait arrêter les guerres dans la région. Cette paix durera jusqu'en 502. Les Byzantins et les Perses pratiquaient les routes de la région qui étaient sûres[50].

L'Arabie désertique

Entre les IVe et VIe siècles, la région se dégrade par la suite. L'Arabie traverse à cette époque une période désastreuse et se trouve en grande partie dévastée et ruinée, en proie à une certaine anarchie[Note 6]. Les Byzantins et les Sassanides se sont désintéressés de cette région. La société arabe demeure tribale. À la veille de l'islam, La Mecque serait néanmoins un centre économique modeste au regard des grandes cités caravanières comme Palmyre et Pétra, ses ressources apparaissent limitées et on y souffre régulièrement de la faim[52]. L'élevage était important pour la survie, parfois les Bédouins attaquent les caravanes des arabes qui habitent les contrées sédentaires. Les tribus arabes avaient un chef élu et avaient un conseil formé de membre de la même famille (Ahl al-Bayt) (les gens de la maison). La religion des tribus était majoritairement polythéiste[50].

Développée autour de ses puits[53] et sous l'impulsion de la puissante tribu de Quraych qui impose des périodes de trêve et assure la sécurité des marchands[54], La Mecque, dont l'existence du temps de Mahomet fait débat[55], contrôlant notamment la route commerciale entre le Yémen et le Proche-Orient[53]. Son activité principale s'organise autour du commerce caravanier, dominé par le clan Umayya[56], et des services — finance, entrepôts, bureaux… — nécessaires à son développement[57],[54], aurait été la ville de grands marchands dont ceux de la tribu des Quraychites. Ces derniers concluaient des traités avec les Byzantins, les Éthiopiens, les Sassanides, etc. Les notables de la ville dirigeaient tout par l'intermédiaire d'un conseil (madjles)[50]. À la veille de l'islam, La Mecque est néanmoins un centre économique modeste au regard des grandes cités caravanières comme Palmyre et Pétra, ses ressources apparaissent limitées et on y souffre régulièrement de la faim[58].

Contexte religieux

Statues païennes de la déesse al-Uzza dans le temple Manatu de Pétra (Jordanie).

Le polythéisme arabe existait depuis longtemps. Il y avait plusieurs religions préislamiques chez les Arabes[59]. Les spécialistes soulignent trois groupes importants dans l'Arabie méridionale, centrale et septentrionale. Le Coran révèle plusieurs divinités de cette époque (Allat, Houbal, Manat, Nasr, Uzza, Wadd, Yaghoûth, Ya`ouq, etc.[59]). Le culte des morts existait chez les Arabes, mais il est mal connu. Le culte des anciens était assez répandu, davantage chez les Arabes sédentaires que les nomades. Les Arabes faisaient des visites aux tombeaux et accomplissaient des rites à leur intention[59]. Joseph Chelhod parle d'animisme arabe[60]. Dans ce contexte polythéiste, la Ka'ba faisait l'objet de visites et de rites sacrés chez les Arabes avant Mahomet[59] et La Mecque accueillait des pèlerinages donnant lieu à de grands rassemblements, notamment au cours des trêves, coïncidant avec la tenue d'importantes foires[61].. Les hommes de la tribu de Mahomet, les Quraychites avaient la réputation d'enterrer leurs filles vivantes avant l'apparition de l'islam[62].

Il existait des communautés d'Arabes chrétiens et des Arabes judaïsés étaient éparpillés dans la région, principalement dans les villes de Yathrib (Médine) et de Khaybar. La tradition les décrit comme étant des agriculteurs et des artisans[50].

Plusieurs groupes religieux d'origine judéo-chrétienne comme les Nazôréens-ébionites ou les sabéens-Elkasaïtes sont présents en Arabie et ont probablement été le terreau d'origine de l'islam. Édouard-Marie Gallez a inventé le concept de Judéo-nazaréisme pour décrire cette réalité[63]. Plusieurs critiques comme Oscar Cullmann ou Hans-Joachim Schoeps, soutiennent que les nazôréens ont contribué à l'élaboration de la théologie musulmane pour partie[64],[65], voire comme Robert Eisenman ou Édouard-Marie Gallez pour l'essentiel. Se joignent à eux des historiens comme Simon Claude Mimouni ou François Blanchetière pour constater que les pratiques religieuses de l'islam à son origine sont très proches et en tout cas compatibles avec celles de ces groupes.

Biographie selon les sources musulmanes

Naissance et enfance,

Tombe d'Amina bint Wahb, mère de Mahomet.
Article détaillé : Enfance de Mahomet.

Mahomet, selon la tradition musulmane, est né à fin du VIe siècle à La Mecque, cité caravanière vivant du commerce de marchandises transitant de l'Inde vers l'Occident via Aden puis la Syrie, en traversant le désert de la péninsule Arabique.

La tradition musulmane - à l'instar de Tabari - retient pour date de naissance de Mahomet 570[Note 7],[Note 8] . Il serait né précisément un lundi soir, le 12 du mois de Rabî`a al Awal[Note 9], troisième mois lunaire du calendrier arabe[66].

Il est issu du mariage de `Abdullâh ibn `Abd al-Muttalib et d'Amina bint Wahb. `Abdullah était le fils d'`Abd Al-Muttalib, lui-même fils de Hâchim, prince des Quraychites, gouverneur de La Mecque et intendant de la Ka`ba. La tribu de Quraych (ou Koreish) est une ancienne tribu arabe et descend de Ghâlib, fils de Fihr, surnommé Quraych, guerrier puissant et redouté. Amina était la fille de Whab ibn `Abd Al-Manaf, chef du clan médinois des Banu Zuhrah. La famille de Mahomet est hachémite par référence à son arrière-grand-père Hâchim ibn `Abd Manaf. Son clan a cependant perdu de sa splendeur et c'est la tribu des Banu Umayyah (« le clan d’ʾUmayyah ibn ʿAbd Šams », grand-oncle de Mahomet) qui contrôle La Mecque[67]. Les Quraychites se réclament de la descendance d'Ismaël, fils d'Abraham, et ont la garde de la Ka'ba, sanctuaire qu'auraient reconstruit Abraham et son fils Ismaël, selon la tradition musulmane, et désigné par le père des trois monothéismes comme un lieu de pèlerinage.

La mort de son père `Abdullâh survient avant la naissance de Mahomet à Yathrib (qui prendra plus tard le nom de Médine), en tombant gravement malade, alors qu'il revenait du Cham et voulait rendre visite à ses parents avant de retourner à La Mecque. D'après l'historien médiéval Tabari, c'est le grand-père de Mahomet, `Abd Al-Muttalib, qui lui donna ce nom qui était totalement inconnu à l'époque, après que la mère du Prophète lui a raconté un songe[68]. Amina accoucha à La Mecque dans la maison de son oncle paternel Abû Tâlib, du clan des Banû Hâchim et frère d'Abullah. Son accoucheuse fut Ach-Chifâ', la mère de `Abd Ar-Rahmân ibn `Awf[69].

La naissance de Mahomet, représentée dans une miniature du Siyar-I Nabi, Istanbul, vers 1595.

L'année de naissance de Mahomet est appelée traditionnellement « l'année de l’éléphant », en référence aux évènements qui s'y seraient déroulés[66]. Le général chrétien éthiopien et vice-roi du Yémen, Abraha, aurait attaqué en vain La Mecque avec une troupe d’éléphants pour démolir le sanctuaire vénéré par les Arabes (la Ka'ba). Le Coran rapporte ce récit (Coran 105 : 1-5), et il est dit que l'attaque fut repoussée par la riposte miraculeuse d'oiseaux jetant des pierres brûlantes. La tradition musulmane dit que des témoins oculaires de cette attaque étaient encore en vie lors de la révélation de cette sourate. D'après Ikrima ibn abî Jahl, un des compagnons de Mahomet, les oiseaux avaient la tête comme celles des oiseaux voraces, et personne n'aurait plus jamais observé d'oiseaux de cette espèce dans la région, ni avant ni après l'évènement. Toujours d'après le récit d'Ikrima, les chroniqueurs rapportent que ces oiseaux n'auraient occasionné aux soldats que des blessures superficielles mais auraient été achevés par la vérole[70].

Se trouvant dans une situation précaire[1], sa mère Amina le confie à une nourrice, d'abord à Thuwaybah, servante d'Abu Lahab, un autre de ses oncles, puis à Halimah bint Abi Dhuayb (en) as-Sa`diyyah[Note 10] (de la tribu des Sa`dites, Banû Sa`d), et dont le mari était Harith, fils d'Abd al-`Ouzza, fils de Rifa. Tous deux faisaient partie du clan des Banu Sa`d[71] et étaient pauvre[72]. À cette époque, la coutume des familles nobles de Quraych voulait que les enfants soient élevés à la campagne[72]. Celle-ci emporte le nourrisson dans le désert où son mari vit avec la tribu des Sa`dites à l'écart du reste de la population. La vie dans le désert, au milieu des Bédouins réputés pour la pureté de leur langue, était censée prodiguer aux enfants santé et force d'expression.

La tradition islamique raconte qu'alors que Mahomet et l'un de ses frères de lait avaient la garde de quelques bêtes à proximité des habitations, Halîma et son mari Abû Kabchah (surnom donné à son mari) furent alertés par leur fils de lait[Note 11] qu'il aurait vu deux hommes vêtus de blanc coucher Mahomet sur le sol et lui ouvrir la poitrine[Note 12]. Accourant sur les lieux, Halîma et son mari trouvèrent Mahomet debout mais tout pâle. Il leur aurait donné la même version que celle du fils de lait. Les deux hommes vêtus de blanc auraient été deux anges, envoyés pour purifier le cœur de l'enfant, destiné à être prophète de l'islam, et pour apposer le sceau de la prophétie entre ses épaules[Note 13].

Craignant pour la santé de l'enfant, Halîma se serait empressée de rendre l'enfant à sa mère Amina mais celle-ci meurt trois ans plus tard[73]. Mahomet n'a alors que six ans. Son grand-père paternel `Abd Al-Muttalib le prend alors dans sa maison. Deux ans après, sur son lit de mort, `Abd al-Muttalib charge Abû Tâlib, l'aîné de ses enfants, de prendre soin de Mahomet. Il l'élève comme ses propres enfants[74].

Jeunesse et vie adulte

Alors que Mahomet a douze ans, Abu Talib décide de tenter sa chance dans le commerce caravanier avec la Syrie, son neveu insiste pour l'accompagner. La tradition veut que, lors d'un voyage, un moine reconnaisse sur lui le signe de la vocation prophétique[56].

À La Mecque, d'après les deux biographies (Sîra Ibn Hichâm et Sîra Ibn Kathir), Mahomet se serait distingué des gens de son âge. Une tradition, avec ses exagérations selon l'historien Maxime Rodinson, « en fait dès cette époque un modèle de perfection physique, intellectuelle et morale »[75] : il aurait été fort, judicieux dans ses propos, énergique dans ses expressions, fidèle à ses amis et plus encore à ses promesses. Il aurait évité avec un soin extrême tout ce qui peut faire soupçonner en lui quelque goût pour le vice.

Vers 590, les Quraychites ayant déclaré la guerre (connue sous le nom d'al-Fijâr[Note 14]l'impie) aux Tribus de Kénan et de Hawazan[76], ils marchèrent contre elles commandés par Abu Talib. Mahomet, âgé de vingt ans (ou de quatorze ans[77]) se serait distingué par son intrépidité. Les deux Tribus sont battues et dispersées[78].

Quelque temps plus tard, les fondations de la Kaaba sont gravement touchées par des pluies torrentielles[78]. Menaçant de s'effondrer, le sanctuaire doit être démoli et reconstruit par les Quraychites. Quand il s'agit d'y reloger la Pierre noire, une météorite qui serait vénérée par les Arabes depuis le temps d'Abraham, les tribus ne s'accordent pas sur le choix de celui qui aura l'honneur de replacer la pierre sacrée. Elles conviennent qu'il reviendra au premier qui se présentera le lendemain à la porte du temple. Selon cette tradition, cela aurait été Mahomet. Pour ménager les susceptibilités, il aurait enlevé sa cape et y aurait placé la pierre noire, qu'il aurait fait élever ensuite par deux Arabes de chaque tribu et la prenant alors, il l'aurait placée lui-même, sous le regard approbateur de tous les habitants de La Mecque, enchantés de la noblesse de cette action, pour démêler l'orgueil qui en avait été le motif[79].

Il entre au service d'une riche veuve du nom de Khadîja qui lui confie ses affaires et qui l'épouse bientôt. Selon la tradition musulmane, cela le met à l’abri des soucis matériels et lui confère une certaine reconnaissance sociale à La Mecque mais il est raisonnable de penser que Mahomet, orphelin qui a contracté un mariage inégalitaire, a dû subir une certaine stigmatisation sociale, les individus isolés n'ayant à cette époque d'autre recours que la voie de l'affiliation à l'un des clans dominants[80]. De cette union, il a plusieurs enfants dont seules survivent quatre filles, Zeynab, Umm Kulthûm, Fâtima et Ruqayya[56]. s Les années suivantes de sa vie sont peu documentées et l'on ignore précisément les influences extérieures qui ont pu s'exercer sur lui durant cette période[1].

Naissance d'une nouvelle religion

Premiers pas de l'islam

Article détaillé : Origines de l'islam.
Mahomet recevant le Coran de Gabriel. Tiré du Jami' al-Tawarikh (Histoire du Monde) de Rashid al-Din, Tabriz, Perse, 1307.

Mahomet effectue de nombreuses retraites spirituelles, à l'instar de ce que font les hunafâ, des ascètes de tendance monothéiste qui annoncent la fin des temps[56] . il y vit alors une expérience spirituelle forte[1]. La tradition musulmane affirme que c'est en 610 que, pour la première fois, l'archange Gabriel (Jibril) lui serait apparu dans la grotte de Hira où il avait coutume de se recueillir et lui aurait transmis, selon les croyances musulmanes, la révélation, la parole de Dieu. Mahomet, qui a alors 40 ans, commence à transmettre des versets qu'il déclare être révélés par Allah et dictés en arabe par Gabriel, cette dictée aurait duré vingt-trois ans. Les révélations se seraient accomplies ponctuellement ou régulièrement selon les péripéties de sa vie et de la communauté musulmane. Selon le dogme musulman, c'est là l'origine du Coran, que Mahomet aurait pris soin d'enseigner oralement dès le début.

La tradition rapporte que, effrayé par la première visite de Gabriel, Mahomet se serait réfugié auprès de son épouse et lui aurait raconté cette vision. Khadija aurait recouvert d'un drap Mahomet, à sa demande (d'où l'intitulé de la sourate : Al-Muzzammil, « l'enveloppé ») et se serait enquise d'avertir son cousin, Waraqa ibn Nawfal, qui était un chrétien nestorien et à qui elle aurait annoncé la nature prophétique de son époux. Plus tard, Khadija serait retournée voir son cousin, en compagnie de Mahomet. Waraqa lui aurait affirmé qu'il était bien un prophète de Dieu et que l'apparition de la grotte de Hira aurait été l'archange Gabriel.

La caverne de Hira, l'endroit où Mahomet aurait reçu le premier verset du Coran.

Il aurait annoncé à Mahomet des difficultés dans l'accomplissement de sa mission, notamment un bannissement de sa tribu. D'emblée, Khadija aurait cru en son époux et lui aurait apporté un soutien inconditionnel ; elle est, de ce fait, considérée par les musulmans comme la première croyante. Mahomet aurait fait part secrètement de son message à ses proches, et avec eux il fonde, une sorte de « secte »[81], un groupe de croyants qui se feront appeler plus tard les musulmans : nommés ainsi en référence à Abraham (muslim, celui qui se donne, qui se soumet volontairement à Allah). Puis, la prédication devient publique et s'étend à l'ensemble de la population mecquoise.

La tradition place Mahomet au centre d'un noyau de fidèles. Mahomet craignant d'avoir perdu la raison, ne s'ouvre de son expérience qu'auprès de son épouse — qui l'engage à accomplir son destin prophétique — puis auprès d'un petit cercle comprenant son cousin 'Alî et son affranchi et fils adoptif Zayd[56]. Selon l'historien musulman médiéval Tabari, Khadija, aurait été la première à se convertir à l'islam et Waraqa serait donc la deuxième. Il aurait été le premier homme à suivre Mahomet parce qu'il savait que certains Juifs et certains judéo-chrétiens attendaient la naissance d'un prophète et de deux Messies[82],[83]. Après sa femme Khadija et Waraqa, les premiers convertis à l'islam seraient par ordre chronologique : Abou-Bakr; puis Zayd ibn Harithah (esclave de Khadija et donné à Mahomet pour l'affranchir et même le considérer comme son fils) Bilal ibn Rabah (esclave de Omayyah Ibn Khalaf. Ce dernier l'a torturé parce qu'il s'est converti à l'islam. Il a donc été acheté par le plus riche des compagnons de Mahomet Abou Bakr pour être affranchi). Par la suite, plusieurs se convertiront à l'islam[84]. Au départ, les compagnons de Mahomet auraient été au nombre de trente-sept qui gardaient secret leur confession[85]. Bien que ses contemporains acceptent difficilement d'abandonner leurs croyances et leurs pratiques ancestrales[86] et voient d'un mauvais œil le monothéisme prêché par Mahomet ainsi que ses attaques contre les divinités traditionnelles[1], il réussit à s'entourer en trois ans d'une petite cinquantaine de disciples qui croient en sa mission. Ils sont une centaine au bout de cinq ans. Protégé par sa femme et son oncle, Mahomet dérange les autorités établies car ses croyances risquent en effet de saper la prospérité économique de la cité, liée aux foires et aux pèlerinages, tandis que le rejet des cultes ancestraux risque de fragiliser le statut social des grandes familles[87].

La mort en 619 de son oncle Abû Ṭâlibet et de sa femme Khadîja lui fait perdre tous ses appuis. Il est exclu du clan par le nouveau chef, son oncle Abû Lahab, ce qui signifie que n'importe qui peut le tuer sans avoir à payer le prix du sang[88]. Il est contraint de chercher des soutiens hors d'une ville qui le rejette, non sans avoir converti quelques notables comme Abû Bakr et 'Umar[89]. Mahomet cherche vainement à toucher la population de la ville voisine de Tâ'if, avant de trouver un accord avec la ville plus septentrionale de Yathrib où, en 621, plusieurs de ses disciples se sont déjà installés[88]. Selon la sunna, les habitants lui demandent de trancher un conflit entre les deux tribus principales. Le succès de cette médiation gagne à sa cause une partie des habitants de la ville qui reconnaissent son autorité, renoncent aux idoles et lui promettent lors d'une rencontre à Aqaba de l'accueillir et de le protéger[87]. De retour à La Mecque, le chef du petit clan des Banu Nawfal (en), Mut'im ibn 'Âdî, finit par lui accorder une « protection temporaire »[90].622 marque traditionnellement la « migration » — hijra ou « hégire » — des partisans mecquois de Mahomet qui, au nombre d'une septantaine, abandonnent alors progressivement La Mecque pour Yathrib. Yathrib est également appelée Madînat al-nabî — la « ville du Prophète » — ou Médine[87]. Bannis de leur cité[91], Mahomet et Abû Bakr sont les derniers à partir, selon la tradition musulmane le , date que retient plus tard 'Umar pour marquer le début du calendrier musulman[87].

Selon René Marchand, Mahomet et ses disciples, privés de ressource, montent en secret plusieurs expéditions qui échouent contre les caravanes faisant le cabotage entre les oasis, jusqu'à l'attaque en mars 624 de la grande caravane à Badr, connue sous le nom de bataille de Badr où ils sont vainqueurs[92]. Le butin est considérable est fait de lui l'homme le plus riche et le plus puissant de Médine[88].

De nombreux miracles sont attribués à Mahomet par le Coran ou les hadiths. Ainsi, lorsque les gens de La Mecque auraient demandé à Mahomet de faire un miracle, la lune se seraient scindée en deux sous les yeux des mecquois[93]. Un verset du Coran rapporte cette tradition [Note 15]. De même, la pluie serait tombé par l'invocation du Prophète à plusieurs reprises[94].

L'hégire

Article détaillé : Hégire.
Carte des différents trajets de migration musulmans au début de l'hégire.

La croissance du groupe inquiète les Mecquois et les persécutions contre Mahomet[95] et les siens se font de plus en plus vives après la mort de Khadija et d'Abû Tâlib. Une première vague d'émigration emmène une partie des musulmans en Éthiopie où ils vivent quelque temps sous la protection du négus ou roi d'Éthiopie. Mahomet profite de la saison du pèlerinage qui voyait affluer vers La Mecque les Arabes de toutes les régions de la péninsule d'Arabie pour prêcher le message de l'islam. Il conclut un pacte avec un groupe de Médinois qui acceptent son message. L'année suivante, la communauté musulmane médinoise est plus nombreuse. 70 hommes se rendent en pèlerinage à La Mecque pour prêter allégeance à Mahomet et lui proposer leur protection s'il s'installait à Médine[96]. L'ordre est donné aux musulmans mecquois d'émigrer (hégire) à Yathrib (future Médine) en 622[97], an 0 du calendrier musulman.

Selon la tradition, Mahomet aurait été le dernier à partir, en compagnie de son fidèle ami et futur calife Abou Bakr. Ali, quant à lui, reste sur place avec pour mission de restituer les dépôts, dont Mahomet avait la garde, à leurs propriétaires.

Certains miracles ont permit de nourrir ou de désaltérer les compagnons de Mahomet. Pour boire et pour permettre les ablutions de ses compagnons, Mahomet fit jaillir comme des fontaines l'eau entre ses doigts. Il y en eut pour tous ses compagnons, nombreux de mille cinq cents hommes[98],[99],[98]. De même, de l'eau aurait jailli de la source de Tabuk ainsi que du puits d'al Hudhaybiyya grâce à l'invocation du Prophète[100]. À d'autres occasions, Mahomet aurait multiplié de la nourriture[101],[102].

D'autres miracles sont présentée par la tradition musulmane. Différents malades auraient été guéris[103],[104]. À plusieurs reprises, Mahomet aurait saisit une branche de l'arbre pour que celui-ci le suive aussi docilement qu'un chameau quand le maître le tire par une bride[105]. Il aurait parlé à une brebis [106] et à un rocher[107].

Un épisode célèbre relate le tissage d'une toile d'araignée et l'installation d'un nid de pigeon devant l'entrée de la caverne dans laquelle Mahomet et ses compagnons s'étaient cachés de la venue des troupes mecquoises. Ce récit a inspiré François Coppée pour L’Araignée du Prophète.

Chef de guerre et fondateur politique de l'oumma

Article détaillé : Batailles de Mahomet.

Fort de son nouveau pouvoir, Mahomet réorganise Yathrib, où il est en même temps chef religieux, politique et militaire. Il s'appuie à la fois sur les deux tribus arabes et les trois tribus juives qui y vivent (voir l'article Tribus musulmanes et juives de Yathrib).

Là, Mahomet se mue en chef unificateur d'un État théocratique monothéiste qui dépasse les divisions tribales traditionnelles, commençant par former une communauté unique entre les Muhâjirûn — les « Émigrants » mecquois — et les Ansâr — les Auxiliaires [du Prophète] convertis de Médine [1]. Cette communauté supra-tribale réunie sous l'autorité de Mahomet se concrétise à travers un ensemble de documents, connu sous le nom de « Constitution de Médine » en fait huit documents rédigés à des dates différentes, par les historiens modernes, qui précise les droits et devoirs des différents groupes médinois, musulmans, juifs et polythéistes. Cette nouvelle communauté de nature religieuse — l’Umma — est ouverte à chacun par la conversion, indépendamment de son origine tribale ou ethnique. L'Umma initiale devait ainsi probablement inclure les trois tribus juives médinoises qui devaient participer à la défense de la ville[108].

Quelques juifs, par conviction, reconnaissant en Mahomet le prophète tant attendu à l'instar du rabbin `Abdullah ibn Salam, ou par opportunisme, embrassent l'islam[109],[110]. Si Mahomet semble avoir voulu gagner la reconnaissance, voire l'adhésion des tribus juives de Yathrib par l'adoption ou l'adaptation de certaines de leurs pratiques — jeûne, prière de midi, institution de l'Achoura, à l'imitation du Yom Kippour… —, les réticences de ces dernières poussent le prophète à prendre ses distances avec le judaïsme[1]. La rupture se marque, selon la tradition, vers 623, à la suite d'une vision du prophète qui invite les fidèles à ne plus prier vers Jérusalem mais désormais tournés vers La Mecque, marquant l'« arabisation » de l'islam. Le sanctuaire mecquois dont la fondation est attribuée à Ibrahim devient le centre spirituel de la nouvelle religion[108] tandis que le Coran s'affirme comme la seule révélation authentique, le judaïsme et le christianisme n’ayant su conserver l'intégrité des Écritures[111].

L'arrivée de Mahomet à la Mecque - miniature persane du XVIe siècle.

Pour René Marchand, cette prise en main de la communauté médinoise se traduit par une discipline sévère, des rituels (prières, ramadan) que tous les membres doivent respecter. Deux poètes qui se sont moqués de ses partisans sont assassinés[88].

Ceux qui ne s'accordent pas avec les projets de Mahomet se retrouvent écartés et l'opposition interne à Médine, qui inquiète Mahomet, est matée : deux tribus juives sont chassées de la ville en 624 puis 625 et la troisième est décimée en avril 627[112].

Après la bataille de Badr, Mahomet définit une véritable doctrine de la guerre, du djihad. Il fixe notamment les règles pour la répartition du butin[88]. Le mois de jeûne, Ramadan, est par la suite fixé le mois anniversaire où aurait commencé la révélation du Coran ou, selon une autre version, pour commémorer la bataille de Badr.

Mahomet aurait participé à de nombreuses batailles après l'Hégire[113]. D'après le professeur musulman Hamidullah[79], toutes les batailles livrées par Mahomet étaient défensives. Les raisons de chacune sont systématiquement expliquées dans la biographies de Mahomet d'Ibn Ishaq connue par la version d'Ibn Hicham. Mahomet aurait dit sur le combat et les armes « Le vrai combat ne se livre pas au sabre, mais dans l'âme de l'homme »[114].

Mahomet à la bataille de Badr.

Selon Hichem Djaït, l'un des motifs essentiels du combat de Mahomet contre les Quraychites étaient qu'ils fermaient l'accès de la ville sainte aux musulmans [115]. Une des autres raisons avancée par l'historien est que pour faire triompher l'islam du vivant du Prophète il fallait user de la force guerrière, seule option valable pour réformer et convertir les arabes qui ne comprenaient que les rapports de force à l'époque[116]. En effet, la violence y était extrêmement forte à l'époque de la jâhilîya étant donné qu’il n’y avait pas du tout d’organisation étatique en Arabie, à l’exception du Yémen[117]. Par ailleurs seuls les Muhajirun (en émigrant à Médine ils avaient perdus tous leurs biens à la Mecque) participaient aux expéditions contre les caravanes avant Badr[118].

Les Mecquois prennent leur revanche lors de la bataille de Uhud, en l'an 625. Supportant mal la mainmise des musulmans sur Médine, certains notables juifs, à l'instar de Salam ibn Abi Al-Haqiq, auraient profité de cette défaite pour se rendre à la Mecque et inciter les Mecquois à revenir à la charge. Afin d'en finir avec la menace que constituait à leurs yeux ce nouvel état, les Mecquois forment une coalition regroupant plusieurs tribus arabes dont Gatafan, Banu Sulaym, Banu Asad, Fazarah et Ashja. En l'an 627, une armée de dix mille soldats marche sur Médine ; les défenseurs se retranchent derrière un fossé creusé sur la proposition du compagnon de Mahomet, le Persan Salman Al-Farisi. La ville ne doit son salut qu'à un fossé creusé pour défendre une partie non protégée de la cité, ouvrage qui donne son nom à l'épisode[111].Le siège de la ville s'installe dans la durée. Quelques escarmouches opposent les deux parties. Selon la tradition, la diplomatie mecquoise a tenté secrètement et a réussi à soudoyer la tribu juive des Banu Qurayza qui avait la charge d'une partie du front. Mahomet envoie quatre émissaires aux Banu Qurayza pour s'assurer de la réalité de leur soutien, mais les émissaires sont mal reçus et constatent la défection des Banu Qurayza. Exténués par le siège et les intempéries, les coalisés décident de lever le siège laissant les Banu Qurayza à leur sort. Après un siège de 25 jours, ces derniers sont soumis au jugement de leur allié de jadis, Sa'd ibn Mu'adh : Mahomet fait égorger et décapiter devant la population convoquée tous les mâles (entre 600 et 900 individus) de la tribu, leurs biens confisqués et leurs femmes et enfants sont vendus comme esclaves[88]. L'opposition des munâfiqun — « hypocrites » —, les convertis qui marquent une certaine distance critique avec Mahomet, est elle aussi momentanément jugulée[111]. Ce dernier peut alors se consacrer à la préparation de son retour à La Mecque.

En 628, Mahomet part en pèlerinage à La Mecque à la tête d'un convoi de 1 400 pèlerins et multiplie les signes de ses intentions pacifiques. Les Mecquois leur refusent l'accès au sanctuaire, mais concluent avec les musulmans la trêve dite d'Al-Hudaybiyya. Cette islamisation du rite païen garantit la perpétuation des pèlerinages et leurs retombées économiques à La Mecque, levant les préventions des élites mecquoises des Quraysh, dont plusieurs notables — comme Khâlid ibn al-Walîd ou ‘Amr ibn al-‘As — se rallient à Mahomet[119]. Prévue pour durer dix ans, elle permit dans les deux premières années de plus que doubler le nombre de musulmans[120]. En l'an 630 ( 8 de l'hégire), la trêve est rompue lorsqu’une tribu alliée de La Mecque agresse une tribu alliée de Médine. Mahomet marche secrètement sur La Mecque à la tête de dix mille soldats. Aux portes de la ville, il garantit la sécurité de toute personne non combattante et déclare une amnistie générale. La Mecque se rend alors sans opposition. La plupart des habitants se convertissent à l'islam et la Kaaba, débarrassée de ses idoles, conserve sa place éminente dans la culture arabe en voie d'islamisation[119]. Mahomet a accompli trois fois le rituel du pèlerinage. Deux fois avant sa fuite et une fois lorsqu'il était à Médine. Le dernier pèlerinage s'appelle Hadjetou el Wadâ (« le pèlerinage de l'adieu » ou « de la perfection »). Mahomet a fait quatre fois la visite de l'Accomplissement[113].

Ce dernier, établi à Médine, poursuit l'élaboration de son réseau d'influence : plusieurs expéditions assurent la domination au nord de la Péninsule, notamment à Khaybar, une riche cité juive. Il assure la « protection » des habitants exigeant de leur part une taxe au profit des musulmans. Ainsi naît la djizîa, l'impôt annuel collecté sur les hommes pubères non-musulmans (dhimmis)[88]. Les autres villes juives d'Arabie tombent rapidement et sont soumises au même statut[88]. Mahomet, qui domine alors une bonne partie de l'Arabie, semble s'engager dans des relations diplomatiques avec les souverains des empires voisins de l'Arabie mais également dans des entreprises à visées expansionnistes, ainsi que paraît en attester une expédition avortée contre la Syrie byzantine[121]. La raison donnée pour cette expédition était le meurtre d'un émissaire du Prophète par les Ghassanides[122].

À partir de l'hégire, il aura fallu neuf ans pour que toute l'Arabie embrasse l'islam. Mahomet ordonne l'arrêt des razzias entre tribus arabes déclarant lors de son Sermon d'Adieu, seul grand pèlerinage qu'il fit, en l'an 632 : « Le musulman est intégralement sacré pour le musulman, son sang est sacré, ses biens sont sacrés, son honneur est sacré. ». L'unification de la péninsule arabe sous la bannière de l'islam n'est pas de nature à laisser ses puissants voisins indifférents. Mahomet décide donc d'envoyer ses ambassadeurs en Égypte, en Perse et à Byzance, entre autres destinations, pour transmettre son message.

Prétendue lettre envoyée à Héraclius, l'empereur byzantin.

Selon la tradition transmise par les historiens musulmans, Mahomet aurait envoyé huit ambassadeurs vers huit rois ou gouverneurs, pour les appeler à l'islam[123]. Cette tradition est aujourd'hui remise en cause par des chercheurs [124]. Il s'agirait du gouverneur des Coptes en Égypte, Muqawqas[Note 16], du gouverneur de Syrie, Harith, du prince d’Oman, Djafar ben Djolonda, du prince du Yémen, Haudsa, du gouverneur de Bahreïn, Al Ala ben al Hadhrami, du Négus ou roi d'Abyssinie[Note 17], de l'empereur byzantin, Héraclius, du roi de Perse, Khosro II. La lettre aurait contenu : « Au nom d'Allah clément et miséricordieux. Dis : Ô humain, je suis l'apôtre d'Allah, envoyé vers vous tous, de celui qui possède les cieux et la terre. Il n'y a pas de dieu en dehors de Lui, qui donne la vie et fait mourir [..] »[125] La lettre finissait par « Salut à celui qui suit la droite voie. Mets-toi à l’abri du châtiment de Dieu si tu ne le fais pas, eh bien, moi je t'ai fait parvenir ce message ! »[123].

Le professeur Hamidullah fait à partir de la biographie de Mahomet selon ibn Hicham, également l'estimation que le nombre des ennemis tués doit tourner autour de 250[126]. Cette étude n'est probablement pas exhaustive, mais elle donne cependant une idée de l'ordre des pertes humaines lors des batailles à cette époque, pour les batailles où une confrontation directe a eu lieu. Il faut y ajouter les Juifs de la tribu de banu Qurayza, des hommes décapités au bord de grandes fosses creusées sur le marché de Médine, après la bataille du Fossé : entre 600 et 900 victimes[127].

Selon les traditions musulmanes médiévales, Mahomet aurait possédé sept épées[128]. La première aurait porté le nom d'Adhbâ. Il l'aurait eue avant la fuite de Médine (hégire), et aurait combattu avec cette épée lors de la bataille de Badr. La deuxième se serait appelée Dhû'l-fiqâr. Elle aurait appartenu à Monabbih, fils de Hadjâdj, et Mahomet l'aurait trouvée au cours de la bataille de Badr[128]. Le philologue Luxenberg voit dans cette épée une réminiscence de "l'épée à deux tranchants" de l'apocalypse[129]. Trois autres aurait été un butin de guerre contre les Béni Qainoqâ. Elles portent les noms suivants : Khaif, Battar et Qoaite. Enfin, Ali lui aurait offert deux autres épées qu'il aurait trouvées dans le temple des Bani Tayy. Les noms de ces épées sont Mikhdsam et Rosoub[128]. Mahomet aurait eu trois arcs, trois cuirasses, trois lances et un bouclier[128].

Mort de Mahomet

Mort de Mahomet, miniature du Siyar-I Nabi, Istanbul, 1595.

Après avoir réorganisé l'administration et assis l'influence de l'islam à La Mecque, il retourne à Médine, où il meurt le âgé de soixante-trois ans selon la tradition musulmane après une courte maladie[130]. Selon la tradition musulmane, il est enterré à Médine dans sa maison-mosquée qui devient un lieu de pèlerinage où sont enterrés ses deux successeurs Abû Bakr et 'Umar[121].Un agrandissement de la mosquée de Médine sous la dynastie omeyyade se fait autour de son tombeau, dorénavant à l'intérieur de la mosquée, isolé par un triple mur.

Avec la prise de Khaïbar en 628, le Prophète était devenu l'homme le plus riche du Hijaz[131] et pourtant à sa mort il ne laissa rien comme héritage[132] ; il ne possédait au moment de sa mort qu’une tunique, un pagne de tissu grossier[133] et avait gagé son armure contre un gallon d’orge chez un juif[134]. Il ne donna aucune instruction concernant sa succession[135].

Par la suite, ses disciples continueront de se transmettre oralement et sous forme d'écrits les sourates, avant qu'elles ne soient rassemblées définitivement en un seul livre, le Coran, par le troisième calife Uthman moins de vingt ans après la disparition de Mahomet[136].

Au départ de la péninsule arabique et en moins d'un siècle, l'action politique de Mahomet conjuguée à la mission prophétique dont il s'est senti investi va affecter une grande partie du monde connu, de l'Atlantique aux confins de l'Asie, et modifier durablement les équilibres religieux, culturels et politiques de l'humanité[137].

Vie maritale et familiale

Article détaillé : Épouses de Mahomet.

Selon ses biographes, Mahomet aurait eu en tout quinze épouses[138] tout au long de sa vie. Dans son « Histoire des prophètes et des rois », l'historien médiéval Tabari (839-923) signale que Mahomet aurait convoité cinq femmes et qu'il avait deux esclaves dont l'une « Maria fille de Siméon le Copte », épousée en 628[139], lui donna un fils, Ibrahîm (en), né en 630 et qui mourut à 16 ou 18 mois. « Il avait parfois en même temps onze femmes, parfois neuf et parfois dix. Quand il mourut, il laissa neuf veuves. »[138]. Un peu plus loin, Tabari signale que selon d'autres traditions, Mahomet aurait épousé vingt femmes et qu'« il y a en outre cinq femmes que le prophète a convoitées, mais qu'il n'a pas épousées »[140].

Peu de temps après la mort de Khadija (619), sa première épouse, il épouse Sawda bint Zama (555-644) déjà âgée de 65 ans et donc de quinze ans son aînée. Puis, pratique conforme aux normes et aux valeurs de l'Arabie de l'époque[141],[142], âgé d'environ 50 ans, il épouse la jeune Aïcha (605/610-678) fille d'Abu Bakr.

L'âge d'Aïcha lors de son mariage est depuis plusieurs années sujet à débat. Ainsi le consensus traditionnel indiquant l'âge du mariage d'Aïcha à 6 ans[143] suivi de sa consommation à 9 ans[144] est aujourd'hui controversé pour des raisons d'incohérences chronologiques multiples, sachant qu'aux VIe et VIIe siècles, les habitants de la péninsule arabique n'avaient pas l'usage d'un calendrier qui pût fournir des dates clairement référencées [145],[146]. Plusieurs hadiths, considérés authentiques par nombre d'oulémas et rapporté tant par Muslim que par Boukhari[147] appuient la thèse d'un mariage à 6 ans. L'historien Maxime Rodinson fait partie de ceux qui émettent une certaine réserve au sujet de ces hadiths[148]. Il en est de même des travaux de la chercheuse britannique Roqayyah Waris Maqsood (en) qui avance qu'Aïcha avait probablement 19 ans lorsqu'elle s'est mariée au prophète Mahomet[149].

À partir de 625 et conséquemment aux batailles menées contre les Mecquois, Mahomet conclut une série de mariages auprès de plusieurs femmes devenues veuves sinon proposées en gage d'alliance inter-tribale. Ainsi en est-il de Hafsa bint Omar (602-667) en 625, de Zaynab bint Khouzayma (597-627), de Hind bint Abi Umayya (580-680) en 627, de Rayhana bint Zayd (en) (?-632) issue de la tribu juive des Banu Nadir en 627, de Zaynab bint Jahsh (en) (597-641) en 627, de Juwayriyya bint al-Harith (en) (608-673) en 628, et de Safiyya bint Huyeiy Ibn Akhtab (610-670) à nouveau issue de la tribu juive des Banu Nadir, en 629.

Le traité de paix enfin contracté entre Mecquois et Médinois (628) contiendra encore une nouvelle promesse de mariage pour le Prophète en la personne de Ramla bint Abi Sufyan (589-666). Dans la même logique d'alliance politique, il acceptera d'épouser Maria bint Sham'ûn (?-637) en 629. Une chrétienne d'Égypte que le gouverneur byzantin Al-Muqawqis (en) lui présenta et que l'on surnommera plus tard Maria la Copte. La même année, il se lie à Safiya bint Houyay (610-670), également issue des Banu Nadir avant d'accepter la demande en mariage de Maymouna bint al-Harith (594-674), en dernière noce (630).

À la fin de sa vie, Mahomet aurait eu neuf femmes[Note 18], dont une esclave chrétienne copte qui lui avait été donnée par le roi d’Égypte. Selon le Coran[150],[151], ce statut spécial de Mahomet lui autorisant d'avoir plus de quatre épouses lui aurait été révélé par l'archange Gabriel :

« Ô prophète ! il t'est permis d'épouser les femmes que tu auras dotées, les captives que Dieu a fait tomber entre tes mains, les filles de tes oncles et de tes tantes maternels et paternels qui ont pris la fuite avec toi, et toute femme fidèle qui aura donné son âme au prophète, si le prophète veut l'épouser. C'est une prérogative que nous t'accordons sur les autres croyants ».
« Nous connaissons les lois du mariage que nous avons établies pour les croyants. Ne crains point de te rendre coupable en usant de tes droits. Dieu est indulgent et miséricordieux. » (sourate al Ahzab, versets 49-51)

La plupart de ses unions avaient un caractère politique et accompagnait le ralliement de tel notable ou tel clan[152]. Au Moyen Âge la polygamie est fréquente en Arabie, Mahomet la limite à quatre épouses[153]. À part Aycha, toutes les autres épouses de Mahomet étaient veuves, pour certaines plusieurs fois. L'une de ses épouses perdait continuellement du sang. Les mariages sont tous liés à un intérêt diplomatique comme le veut la tradition arabe de l'époque. Chaque mariage établissait un lien de sympathie avec la tribu de la mariée[154],[155].

Les épouses de Mahomet

Les épouses de Mahomet sont les onze ou treize femmes[156] épousées par Mahomet, le prophète de l'islam. Les musulmans les appellent les mères des croyants (en arabe : Ummahāt ul-Muʾminīn). Les musulmans utilisent ce qualificatif avant ou après leur nom en signe de respect, d'après le verset du Coran suivant (33:6) :Le Prophète a plus de droit sur les croyants qu’ils n’en ont sur eux-mêmes ; et ses épouses sont leurs mères[157]. Elles sont Khadija bint Khuwaylid. (555-595-620), Sawda bint Zama. (555-620-632), Aïcha bint Abi Bakr. (607-620-632), Hafsa bint Omar. (602-625-632-667), Zaynab bint Khouzayma. (597-627), Hind bint Abi Umayya (580-627-680), Zaynab bint Jahsh. (597-627-641), Juwayriyya bint al-Harith. (608-628-673), Rayhana bint Zayd. (?-627-632), Maria al-Qibtiyya. (?-629-637), Safiya bint Houyay. (610-629-632), Ramla bint Abi Sufyan. (589-629-666), Maymouna bint al-Harith. (594-630-674).[réf. nécessaire]

Ses descendants

Articles détaillés : Famille de Mahomet et Descendance mahométane.

Après la mort de Mahomet, de nombreux musulmans se réclament de sa descendance. Ils sont alors qualifiés de chérif, littéralement « noble » ou sayyid « seigneur ». Leur lignée remonterait à Mahomet par l'intermédiaire d'al-Hasan ou d'Al-Husayn, les enfants de Ali ibn Abi Talib et de Fatima Az-Zahra, la fille de Mahomet. Ces considérations généalogiques peuvent revêtir une dimension politique importante lorsque certaines familles régnantes la font valoir pour asseoir leur légitimité, à l'instar des Hachémites en Jordanie et de la famille royale du Maroc, les Alaouites. Néanmoins il n'y a rien à ce sujet dans le Coran ; le fait d'être descendant de Mahomet ne donne aucun privilège particulier[158]. En Occident, être ou se revendiquer de la descendance de Mahomet est plus anecdotique. Néanmoins, à la suite de la conquête de l'Espagne au VIIIe siècle, plusieurs dynasties espagnoles comptent Mahomet dans leur ascendance.[réf. nécessaire]

Ses noms

Inscription en style coufique Muḥammad messager d'Allah gravée sur le fût d'une colonne de la Grande Mosquée de Kairouan.
Muḥammad en calligraphie arabe.

En arabe

Article connexe : Nom arabe.

Origine

Mahomet porte le nom arabe : مُحَمَّد (Muḥammad), que l'on peut traduire par « digne de louanges[Note 19] ». Il est surnommé encore Abou l-Qâsim, soit « père de Qasim » (correspond toujours au fils aîné comme le veut la tradition arabe) et avec le lignage complet « Mohammed ibn `Abd Allâh ibn `Abd al-Mouttalib ibn Hâchim » (أَبُو القَاسِم مُحَمَّد بنِ عَبد الله بنِ عَبدِ المُطَّلِب بن هاشم) soit « Mohammed, fils de `Abdallah, fils de `Abd al-Mouttalib, fils de Hachim ».

Le nom arabe Muḥammad est inexistant avant la vie de Mahomet. Participe passif du verbe « louer », ce terme n'est pas un prénom et ne put être donné comme tel. Il s'agit probablement d'un surnom — peut-être posthume, à l'instar du « Bien aimé » donné à Jésus dans l'Épître aux Éphésiens ou l'Ascension d'Isaïe, qui est devenu un surnom[159][réf. insuffisante].

Selon l'islamologue Hichem Djaït, « les sources de l'islam, elles, ont occulté le premier nom du Prophète ». À partir de sources anciennes, l'auteur suppose que le nom original de Mahomet est Qutham. Selon la coutume en vigueur, il porte le nom de Qathem Ibn Al-Mutalib, son oncle décédé. L'apparition et le changement du nom en Muhammad, « le loué » seraient liés à la prédication[160].

De nombreux autres noms lui ont été attribués, soit de son vivant, soit par la tradition islamique. On en compte deux cent un, dont Al-Mustafâ et Al-Mukhtâr qui signifient « l'élu », Al-Amine qui signifie « le loyal », Ahmad et Mahmoud qui sont dérivés de la même racine que Mohammed.

Lorsque les musulmans pieux prononcent ou écrivent son nom, ils emploient la forme arabe et ajoutent généralement l'eulogie « prière et paix sur lui »[161] qui peuvent se dire de plusieurs façons dont les deux principales sont « ṣalloullāhou `alayhi wa sallam » (صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ) ou bien « `alayhi salātou wa salām » (عليه الصلاة والسلام). Pour chacun des autres prophètes cités dans le Coran ou encore lorsqu'ils parlent des anges, ils prononcent « sur lui la paix », « `alayhi salām » (عليه السلام).

Dans le Coran et les hadiths

Dans sa période mecquoise, le Coran qualifie Mahomet de contribule (ṣâḥibukum) des siens, c'est -à-dire appartenant à la même tribu que ses proches[162] . Puis, en période mecquoise tardive et en période médinoise, ainsi que dans les hadiths, de « messager de Dieu » (rasoul) (الرَّسول). Il est également désigné par l'expression (Nabi) (النَّبيّ, an-nabīy, traduit « le Prophète »). Ces deux appellations renvoient à une distinction faite en islam entre deux catégories de personnes investies d'une mission divine : d'une part les « messagers de Dieu » ou « envoyés de Dieu » — au nombre de trois cent treize — qui ont reçu la révélation de lois abrogeant les lois des messagers précédents, avec l'ordre de le transmettre aux hommes ; d'autre part les « prophètes » — au nombre de cent vingt-quatre mille — qui ont reçu une révélation par les mêmes voies et l'ordre de transmettre aux hommes un message du messager précédent[163], le premier d'entre eux étant Adam et le dernier, Mahomet, l'un comme l'autre étant considéré comme des prophètes-messagers[164].

Quatre passages coraniques, tous médinois, nomment Mahomet par son nom personnel Muḥammad, qualifié par rasûl, un cinquième sous le nom de même racine Aḥmad[165].

Le nom propre « Mahomet » dans la langue française

« Mahomet » est le nom propre français qui désigne habituellement le fondateur de l'islam. Il est aussi utilisé pour désigner certains personnages historiques de l'Islam comme les anciens califes, mais jamais pour les personnes ordinaires ou contemporaines[Note 20]. Cette forme, qui est attestée depuis le XIIIe siècle, est assez éloignée des prononciations musulmanes actuelles, par exemple de l'arabe (محمد, mʊˈħæmmæd cliquer ici).

Le nom du prophète de l'islam est connu depuis le VIIIe siècle dans le monde romanophone, au fil des contacts générés par l'expansion musulmane[166].

Portrait de Mahomet provenant de l'ouvrage d'Alexander Ross A View of all Religions in the World, (1683). On peut lire le nom MAHOMATUS en médaillon.

La forme française « Mahomet » serait, selon l'historienne Jaqueline Chabbi, la traduction de la forme latine « Mahometus »[167] que l'on retrouve déjà au XIIIe siècle dans un ouvrage en latin de Raymond Lulle[168] dont la première version — aujourd'hui perdue — était rédigée en arabe[169].

Le linguiste Michel Masson mentionne dans une note l'existence entre les VIIIe siècle et IXe siècle d'une forme grecque, « Maometos »[170]. Il émet, à l'aide de sources linguistiques et historiques européennes, l'hypothèse (qu'il reconnait incertaine) que le nom Mahomet » a une étymologie française possédant un aspect péjoratif ne provenant pas de la langue arabe[Note 21].

On trouve la forme brève « Mahum » dans La Chanson de Roland, dès le XIe siècle. Dans les chansons de geste qui popularisent son nom sous diverses formes (par exemple « Mahon » ou « Mahom »[171]) à la suite de la prise de Jérusalem par les Turcs Seldjoukides (1078) et la prédication des croisades en Occident, Mahomet est assimilé à une divinité faisant partie d'un panthéon idolâtre des Sarrasins, en compagnie de Tervagant, Apollin, Jupiter, Noiron, Cahu et d'autres[171]. Cette présentation adressée à un public laïque relève à l'époque soit de l'ignorance, soit d'une volonté de présenter l'adversaire sous un jour ridicule[171].

La graphie « Machumet » [172],[173]apparait dans la traduction du Coran faite en latin à la demande de l'abbé de Cluny Pierre le Vénérable en 1142[Note 22]. Ce dernier, contempteur des ennemis du christianisme[Note 23], présente Mahomet comme une créature satanique à mi-chemin entre Arius et l'Antéchrist[174] mais fait montre de respect envers les musulmans[Note 24]. Cette traduction latine servira pendant des siècles de matrice à toutes les autres en langue européenne[175][réf. incomplète]. Elle est publiée en 1543 puis 1550 à Bâle par le philologue protestant Theodor Bibliander[176], constituant le premier volume de son fameux « Machumetis Saracenorum principis, ejusque successorum vitae et doctrina, ipseque Alcoran »[Note 25], ouvrage à connotation polémique[Note 26] qui rencontre un grand succès[Note 27] et sert à la première version française considérablement révisée par André Du Ryer, publiée en 1647[177] sous le titre L'Alcoran de Mahomet[Note 28].

« Mahomet » est la forme la plus communément attestée en français dans les conversations courantes, ainsi que dans les œuvres littéraires, les récits historiques, dans les encyclopédies et dictionnaires du XVIIe siècle jusqu'à nos jours[178]. Elle ne présente a priori aucune connotation péjorative. Les formes du nom, Mohamed ou Mohammed ou Muhammad, ont parfois conduit à proposer l'adoption d'un nouveau terme en français. Cette question n'a toutefois pas été évoquée à l'Académie française.

On trouve que l'Encyclopædia Universalis fait en 1971 usage de la graphie Muhammad dans son article consacré au prophète de l'islam[179], rédigé par l'historien Maxime Rodinson[Note 29] et que le dictionnaire Larousse titre son article Mahomet ou Muhammad[180]. On trouve que Abdurrahmân Badawî, traducteur égyptien de la Sira d'Ibn Ishaq, écrit Muhammad, mais que Hermann Zotenberg, traducteur de Tabarî, utilise Mohammed[181], Vincent Monteil, traducteur d'Ibn Khaldoun, utilise Muhammad[182].

Nombre d'autres spécialistes de l'Islam n'utilisent plus la forme française « Mahomet », mais tantôt « Muhammad », tantôt « Mohammad » ou tantôt « Mohammed » dans leurs textes en français[Note 30] quand d'autres restent attachés à cette forme savante[167],[183],[184].

Il existe désormais une forme alternative qui est une romanisation plus récente de la forme arabe, qui, suivant la translittération scientifique plus moderne, s'orthographie en français Mohammed[réf. nécessaire][Note 31]. On rencontre également souvent la forme Muhammad, la plus courante en anglais contemporain (cf. infra).

Certains auteurs préfèrent par ailleurs user d'autres formes vernaculaires : Mohamed, Mouhammad ou encore Mamadou[178].

Variantes françaises du nom « Mahomet » dans d'autres pays

Il existe différentes variantes et usages du nom et de ses dérivés.

Mohamed est une forme française courante dans le Maghreb[185][réf. incomplète]. Elle est traditionnellement utilisée en français pour le prénom des personnes vivantes, la forme Mahomet étant réservée aux personnages historiques[Note 32]. On trouve Mohand en langue berbère.

Mouhammed est une version arabe qui s'écrit avec les quatre consonnes mîm, hâ', mîm et dâl.

En turc, on trouve Muhammet ou Mehmet (notamment pour les noms historiques comme Mehmet II le Conquérant).

On trouve encore Mamadou dans certains pays d'Afrique noire francophone, par déformation de la forme déclinée au nominatif : Mouhammadou.

Variantes du nom « Mahomet » prenant un caractère péjoratif

Mahound est une manière péjorative dont Mahomet a été désigné en anglo-normand pendant le Moyen Âge, par exemple au XIIe siècle dans La Chanson de Roland[186],[187], au point de devenir un nom commun[188]. Il a été utilisé pour présenter Mahomet comme une déité que les musulmans auraient adorée ou encore comme un démon ou un cardinal romain qui avait inspiré une fausse religion aux musulmans, et il a fini par simplement désigner le diable[189],[190].

En Andalousie orientale, dans la comédie baroque, le personnage d'un bouffon nommé el Mahoma, très libre dans la construction de son jeu de scène, représente avec humour « une altérité négative »[191].

Plus récemment, Salman Rushdie dans les Versets sataniques reprend ce terme péjoratif médiéval Mahound pour désigner Mahomet.

Aspects de la psychologie de Mahomet

Portrait de Mahomet, tiré de l'Histoire générale de la religion des Turcs de Michel Baudier. Paris (1625).

Des spécialistes de disciplines variées se sont penchés sur la psychologie de Mahomet. Deux éléments sont souvent retenus pour la caractériser. Des sources indiquent qu'il aurait été orphelin à six ans[192]. Par ailleurs, à 25 ans il épouse Khadidja sans avoir d’autre femme. Ce n'est que deux ans après la mort de Khadidja qu’il se remarie, cette fois en ayant plusieurs épouses.

L’historien Maxime Rodinson retient le profil d'un homme sage, équilibré[193]. Il constate que malgré cela Mahomet a un tempérament inquiet, nerveux, causé selon lui par son incapacité à obtenir une descendance mâle, source d’infamie à l'époque. Cette inquiétude est peut-être nourrie aussi par sa grande ambition. Il interprète l’épisode où, à 6 ans, Mahomet a selon la tradition le cœur ouvert par des anges, comme le signe d'une constitution pathologique qu’il rapproche des poètes arabes préislamiques, les kohânn, qui pouvaient avoir des visions et expliquaient les songes. Maxime Rodinson rapproche la figure de Mahomet de grands mystiques.

Malek Bennabi réfute la thèse de la schizophrénie[194]. Il compare le prophétisme de Mahomet à celui de Jonas ou de Jérémie, à l’aide de la phénoménologie. La description des moments où Mahomet recevait une révélation a amené de nombreux commentateurs à évoquer l’épilepsie. Cependant, Bennabi affirme que toutes les caractéristiques de l’épilepsie ne se retrouvent pas, et que par ailleurs, Mahomet conservait l’usage de sa mémoire, ce qui va à l’encontre de ce diagnostic.

Tradition et foi musulmanes

Article détaillé : Islam.

Mahomet est considéré par les musulmans comme le dernier des prophètes et des messagers dans le sens où il termine et scelle le cycle de révélation des religions abrahamiques[Note 33]. Il lui revient donc, dans la croyance islamique, de restaurer la loi ainsi que la foi incorruptible du monothéisme d'origine tel qu'il fut apporté par Dieu à Adam, Noé, Abraham, Moïse et Jésus, ainsi que tous les autres prophètes venus avant lui[195].

Les révélations (ou Ayat, lit. « signes de Dieu »), sont progressivement « descendues » sur Mahomet jusqu'à sa mort sous forme de versets qui seront compilés en un seul livre : le Coran, considéré par les musulmans comme la « Parole de Dieu » autour de laquelle la religion est fondée. Outre le Coran, la vie de Mahomet (Sira) et les traditions (Sunna) nourrissent également la foi musulmane. La vie et les actes du prophète ont été commentés et critiqués au cours des siècles aussi bien par ses partisans que par ses opposants[196].

Mahomet considéré comme intercesseur

Plusieurs hadiths donnent à Mahomet le rôle d'intercesseur[197], de même certains passages du Coran[Note 34].

« Il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu » correspond bien à l'idée selon laquelle Mahomet, qui est illettré, retransmet ce que lui dicte l'archange Gabriel.

Annonce de la venue de Mahomet

Article détaillé : Annonce de la venue de Mahomet.

Le Coran affirme que la venue de Mahomet comme prophète de l'islam pour toute l'humanité est annoncée dans la Torah et dans l'Évangile. Plusieurs passages de la Bible sont interprétés par les musulmans en ce sens[198].

« Et quand Jésus fils de Marie dit : “ô Enfants d’Israël, je suis vraiment le Messager d’Allah [envoyé] à vous, confirmateur de ce qui, dans la Thora, est antérieur à moi, et annonciateur d’un Messager à venir après moi, dont le nom sera “Ahmad”. Puis quand celui-ci vint à eux avec des preuves évidentes, ils dirent : “C’est là une magie manifeste”. »

— Sourate 61.6

« (Je prescrirai ma Miséricorde à)..., Ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré qu'ils trouvent écrit chez eux dans la Torah et l'Évangile. Il leur ordonne le convenable, leur défend le blâmable, leur rend licites les bonnes choses, leur interdit les mauvaises, et leur ôte le fardeau et les jougs qui étaient sur eux. Ceux qui croiront en lui, le soutiendront, lui porteront secours et suivront la lumière descendue avec lui ; ceux-là seront les gagnants. »

— Coran VII, Al-A'raf : 157[199],[Note 35]

Mahomet lors de l'épisode du Voyage nocturne, chevauchant le cheval Bouraq, est entouré d'anges, dont l'archange Gabriel, à gauche. Mahomet, comme il est de tradition dans la peinture persane, est auréolé de flammes et son visage est représenté couvert d'un voile. Peinture issue d'un Khamseh de Nizami, attribuée à Sultan Muhammad et datée 1539-43[200].

Reliques

D'une manière générale, l'islam reproduit en la matière les traditions antérieures du judaïsme ancien et du christianisme de son temps. La plus grande collection de reliques musulmanes est conservée au palais de Topkapi à Istanbul, et continue à sa manière la tradition antérieure byzantine.

De nombreuses reliques d'objets attribués au prophète de l'islam sont aujourd'hui conservées à Istanbul, ainsi qu'à Médine, entre autres. Une paire de chaussures de Mahomet, très sacrée pour les pèlerins musulmans, qui se trouvait à Lahore au Pakistan a été volée en 2002[201].

Des reliques corporelles sont aussi vénérées. Il peut s'agir de sueur, de cheveux ou de poils[202].

Description physique et représentations

Portrait

L'apparence et l'allure physique de Mahomet ont été précisément décrites dans les textes musulmans tardifs[203], certains manuscrits accumulant les détails[204]. Suivant les descriptions reprises par Tabari[Note 36] ou Bukhari[205], il n'était ni longiligne ni trapu, sa peau n'était ni d'une blancheur éclatante ni foncée, sa chevelure n'était ni crépue ni outrancièrement longue. Il avait les paumes et les pieds épais, sa tête était grosse et ses articulations imposantes. Les poils qui descendaient de sa poitrine à son nombril formaient une longue ligne. Quand il marchait, il s'inclinait vers le devant comme s'il descendait d'une pente. Sa barbe était ample et ne paraissait que la moitié de son âge[206].

Les images

Mahomet (voilé), Ali et ses fils, enluminure ottomane du XVIe siècle, Bagdad.

La tradition islamique a hérité de l’interdiction juive de la représentation de Dieu, elle-même issue du Décalogue[207], mais l'aniconisme n'a jamais explicitement été promulgué : l'interdit pesant sur la fabrication d’images cultuelles « d’êtres vivants ayant un souffle vital (rûh) » (autrement dit, les êtres humains et les animaux) n’est pas posé par le Coran, ni la Sunna[208], ni, a proprement parler, par aucun des hadiths[209] même s'il est incontestable que ces derniers véhiculent une conception fort négative — presque diabolisante — des images[210] : leurs créateurs sont soupçonnés, voire accusés, de se livrer au blasphème en prétendant rivaliser avec l'activité créatrice d'Allah[211].

Si interdit il y a, c'est davantage dans un sentiment largement partagé et un certain consensus théologique — un ijmâ — qui réprouvent ces représentations et qui, même dépourvus de justification théorique objective, suscitent une large adhésion chez les musulmans, à la suite du courant majoritaire sunnite[212].

Ainsi, l'interdit s'est étendu — « mais pas partout ni toujours » — à la figuration de Mahomet (jugé non digne d'être représenté afin d'assurer la primauté de la lecture et de l'iconographie du Coran ou ou contraire jugé trop digne ontologiquement pour être figuré, en-Nûr el-Muhammadî la « lumière mohammedienne » étant selon les soufis trop éclatante pour être regardée[213]), voire à celle de tous les prophètes, leurs familles et leur descendance[212].

Différentes approches

Principaux courants de l'islam.

Les différentes branches de l'islam ne partagent pas une vision strictement commune de la vie du message du prophète et ont développé des interprétations propres.

En matière iconographique et de manière générale, le sunnisme réprouve la représentation de tout être possédant une âme, d'autant plus s'il s'agit de Mahomet, ce qui s'apparente alors au blasphème. Au XVIIIe siècle, Ibn Abd al-Wahhâb, fondateur sunnite du wahabbisme, donne une interprétation innovante des hadiths défavorables aux images et prône un iconoclasme radical[214]. L'interdiction sunnite n'est cependant pas respectée de façon absolue et certains courants sunnites n'en tiennent pas compte[215].

Cet interdit est également moins saillant chez les chiites duodécimains qui ont développé un rituel et une dogmatique de l'image : l'affichage de grands portraits n'y est pas rare à la fin du XXe siècle et des artistes ont proposé des illustrations pieuses de Mahomet en majesté ou adolescent[216] qui ont encore connu une certaine diffusion après les années 1990 en Iran[217]. Même si ces images elles-mêmes ont fait l'objet de critiques sévères et tendent à se raréfier[218], les représentations iconiques des martyres Hussein et Ali, des imams sacrés et des grands ayatollahs restent très habituelles en Iran, ainsi que la production de caricatures de responsables politiques et religieux[214].

Représentations

Article détaillé : Représentation de Mahomet.
Illustration médiévale montrant Mahomet avec une auréole.

S'il faut constater que l'art de l'islam — qui est essentiellement un art du concept caractérisé par l'évitement de l'imitation des êtres vivants ainsi que par l'abstraction — évite d'une manière générale le portrait[219], Mahomet a néanmoins été régulièrement représenté en Perse, en Inde, en Afghanistan, en Turquie... avec différentes variantes[220]. Cependant, et malgré la nature iconique de bien des épisodes de sa vie, le prophète de l'islam a été peu représenté pour lui-même : il s'agit essentiellement de représentations — pas toujours figuratives — « en mouvement » ou « en action » pour l'illustration desdits épisodes[203].

Illustration du Siyer-i Nebi, XVIe siècle.

Al-Dinawari rapporte l'existence de portraits dès le IXe siècle mais il n'en existe plus de trace : il faut attendre la fin du XIIIe siècle pour trouver les premières représentations dans des enluminures en Perse ilkhanide. Le Prophète est alors représenté dans des chroniques à visage découvert — nimbé d'une auréole ou d'une flamme — mais le visage, ainsi que les mains, se trouvent voilés progressivement à partir du XVe siècle. La silhouette se voile ensuite entièrement avant de disparaitre complètement au profit de motifs ou de formules évocatrices de sa personne, quittant une réalité anthropomorphe à laquelle se substitue une flamme, une lumière ou encore une « absence perceptible »[221]. Mahomet est finalement remplacé par la calligraphie de son nom, par une hilya — « portrait-écrit » —, par un arbre généalogique, voire l'empreinte de ses pieds ou de ses sandales[221] dans une évolution spirituelle qui doit notamment au soufisme chiite qui considère les représentations anthropomorphes comme mondaines et non-musulmanes[221].

À la fin du XXe siècle des bandes dessinées, à vocation pédagogique, adaptant le Coran ont été publiées en pays sunnites[222] mais ont suscité le débat avant que la publication en soit stoppée[223] : en effet, au début du XXIe siècle, en dehors de l'espace chiite[216], l'interdit concernant les représentation de Mahomet — qui représente une réalité divine pour nombre de croyants — est devenu plus fort qu'il ne l'était auparavant, pour atteindre une grande rigueur et devenir un interdit majeur s'apparentant à un tabou[224]. Dans ce contexte, la publication de caricatures de Mahomet dans un journal danois en 2005, relayées dans des médias internationaux, a soulevé un tollé et provoqué des réactions violentes dans plusieurs pays de tradition et de culture islamiques et certaines communautés musulmanes des pays occidentaux.[réf. nécessaire]

Mahomet dans la littérature occidentale

Moyen Âge

Fresque de la Basilique San Petronio de Bologne en Italie, où Mahomet est tourmenté par un diable.

Mahomet apparaît tout d'abord dans la littérature populaire occidentale, sous le nom de Mahound (entre autres corruptions comme Mahowne, Mahon…) en tant que divinité païenne ou démon[225] : il est parfois identifié comme l'une des principales divinités des Sarrasins au sein d'un panthéon variant d'une œuvre à l'autre (par exemple, aux côtés d'Apollyon et Termagant dans La Chanson de Roland, voire comme une divinité païenne générique d'autres peuples « infidèles » : ainsi, dans les mystères du cycle de York, Pharaon à l'orée de la mort, appelle son armée à adresser ses prières à la divinité « Mahowe »[226].

Sous l'influence de sources espagnoles comme les chroniques d'Euloge de Cordoue ou de récits de pèlerins revenant de Terre sainte comme celui de Dithmar, le Mahomet de la littérature se rapproche aux XIIe et XIIIe siècles de celui de la tradition musulmane, sa vie est enrichie de nombreuses histoires fabuleuses et calomnieuses. Des biographies occidentales fleurissent, essentiellement en latin, telles la Vita Mahumeti de Embricon de Mayence, les Otia de Machomete de Gautier de Compiègne dont le Roman de Mahomet (1258) d'Alexandre du Pont est une adaptation qui constitue la première œuvre de littérature française à son sujet. Mahomet y est présenté comme un schismatique de la chrétienté, brutal et perfide, souvent comme un sorcier malfaisant[227].

Au XIIIe siècle, Dante, dans la Divine Comédie, présente Mahomet en compagnie de son cousin ʿAlī ibn Abī T̩ālib dans son neuvième cercle des enfers, celui qu'il réserve aux «schismatiques », les entrailles sortant de son ventre ouvert. Cette description sera utilisée par plusieurs artistes, comme récemment Salvador Dalí, pour représenter Mahomet les entrailles exposées ou encore Gustave Doré dans son illustration de la Divine Comédie. On rencontre aussi le Mahomet éventré de Dante dans certaines églises, telles la Basilique San Petronio de Bologne en Italie, où il est représenté tourmenté par un diable.[réf. nécessaire]

XVIIIe siècle

L'ouvrage de Voltaire.

Dans la littérature occidentale du XVIIIe siècle, Mahomet est souvent considéré comme l'auteur du Coran[Note 37].

Selon le critique littéraire François Busnel, parlant de la pièce de Voltaire Le Fanatisme ou Mahomet, « Le fanatisme ou Mahomet le prophète est une charge contre l'islam et, plus largement, contre toute religion monothéiste »[228]. Dans cette pièce, Voltaire fait dire à l'un de ses personnages que Mahomet est un « imposteur », un « faux prophète », un « fanatique » et un « hypocrite »[229],[230].

C'est pourtant « l'intolérance de l'Église catholique et les crimes commis au nom du Christ » qui étaient les premiers visés par le philosophe des Lumières[231]. C'est ce qu'écrit Voltaire dans une lettre de 1742 : « Ma pièce représente, sous le nom de Mahomet, le prieur des Jacobins mettant le poignard à la main de Jacques Clément »[232]. Ce double sens de la pièce est confirmé par le critique littéraire Julien Louis Geoffroy : « Mahomet est donc un mauvais charlatan, un caffard imprudent et téméraire : à travers son costume éblouissant, on reconnaît toujours le capuchon du révérend père Bourgoing »[233]. Les dévots qui n'ont pas été dupes l'ont attaqué immédiatement en justice pour impiété et scélératesse, et Voltaire a dû retirer sa pièce. Par ailleurs selon Emmanuel Leroy-Ladurie, « le philosophe tenant du Déisme attribue d’abord au Coran l’immense mérite d’avoir affirmé avec plus de rigueur et de raison que le christianisme l’unicité de Dieu. “Il a retiré toute l’Asie de l’Idolâtrie…” »[234]

Le Marquis de Sade fait émettre par son personnage du moribond des critiques violentes contre l'ensemble des chefs religieux, dont évidemment Mahomet : « Ton Jésus ne vaut pas mieux que Mahomet, Mahomet pas mieux que Moïse, et tous trois pas mieux que Confucius qui pourtant dicta quelques bons principes pendant que les trois autres déraisonnaient; mais en général tous ces gens-là ne sont que des imposteurs, dont le philosophe s'est moqué, que la canaille a crus et que la justice aurait dû faire pendre. »[235]

Au XVIIIe siècle, apparaît aussi sous le manteau, le Traité des trois imposteurs, un livre blasphématoire où sont accusés d’imposture délibérée Moïse, Mahomet et Jésus-Christ.[réf. nécessaire]

XIXe siècle

S'éloignant de la diabolisation de la figure de Mahomet, en raison d'une nouvelle approche historique des textes religieux, le XIXe siècle marque la naissance d'un intérêt pour le personnage de Mahomet et la naissance de l'Islam comme l'exprime E. Renan. dans son article « Mahomet et les origines de l'islamisme » (1851),

Alphonse de Lamartine écrit une Vie de Mahomet en 1854[236], dont on peut dire que c'est la première biographie écrite par un Occidental qui ne soit pas à charge. Il y dit :

« Jamais un homme ne se proposa, volontairement ou involontairement, un but plus sublime, puisque ce but était surhumain : Saper les superstitions interposées entre la créature et le Créateur, rendre Dieu à l'homme et l'homme à Dieu, restaurer l'idée rationnelle et sainte de la divinité dans ce chaos de dieux matériels et défigurés de l’idolâtrie… Jamais homme n'accomplit en moins de temps une si immense et durable révolution dans le monde, puisque moins de deux siècle après sa prédication, l'islamisme, prêché et armé, régnait sur les trois Arabies, conquérait à l'Unité de Dieu la Perse, le Khorassan, la Transoxiane, l'Inde occidentale, la Syrie, l'Égypte, l'Éthiopie, tout le continent connu de l'Afrique septentrionale, plusieurs iles de la Méditerranée, l'Espagne et une partie de la Gaule.

Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l'immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l'homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l'histoire moderne à Mahomet ? Les plus fameux n'ont remués que des armes, des lois, des empires; ils n'ont fondé, quand ils ont fondés quelque chose, que des puissances matérielles, écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d'hommes sur un tiers du globe habité ; mais il a remué, de plus, des idées, des croyances, des âmes. Il a fondé sur un Livre, dont chaque lettre est devenue une loi, une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toutes les langues et de toutes les races, et il a imprimé, pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane, la haine des faux dieux et la passion du Dieu un et immatériel…

Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur de dogmes, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet. À toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand[237] ? »

De même, Victor Hugo, dans un poème de La Légende des siècles (1858), L'an neuf de l'Hégire, présente de façon romantique la mort de Mahomet :

Et sa femme Aïscha se tenait en arrière ;
Il écoutait pendant qu’Aboubékre lisait,
Et souvent à voix basse achevait le verset ;
Et l’on pleurait pendant qu’il priait de la sorte.
Et l’Ange de la mort vers le soir à la porte
Apparut, demandant qu’on lui permît d’entrer.
«Qu’il entre.» On vit alors son regard s’éclairer
De la même clarté qu’au jour de sa naissance ;
Et l’Ange lui dit : «Dieu désire ta présence.»
«Bien», dit-il. Un frisson sur les tempes courut,
Un souffle ouvrit sa lèvre, et Mahomet mourut[238].

Mahomet est aussi une pièce théâtrale de Johann Wolfgang Von Goethe[239]. Johann Wolfgang Von Goethe a appris l'arabe et il est allé en Arabie pour comprendre le personnage principal de sa pièce théâtrale Mahomet[239]. Selon le spécialiste de la littérature allemande du XIXe siècle, Adolphe Bossert[240],

« Le Mahomet de Goethe n’est pas, comme celui de Voltaire, un imposteur ; c’est un croyant, possédé du besoin de répandre sa foi. Il commence par adorer les étoiles ; mais bientôt, au-dessus des étoiles, il découvre celui qui leur a donné l’existence et qui a formé l’univers. « Élève-toi, cœur aimant, vers l’auteur de toutes choses ! Sois mon seigneur et mon dieu, toi qui as créé le soleil, et la lune et les étoiles, et la terre et le ciel, et moi-même ! » La foi de Mahomet reste pure, aussi longtemps qu’elle est renfermée en lui-même, qu’elle demeure un colloque entre son dieu et lui ; elle se rabaisse et se corrompt, dès qu’il cherche à la faire pénétrer dans les âmes grossières. Il est obligé d’employer la force, même la ruse, pour fonder sa religion ; il suscite des inimitiés légitimes, et, à la fin, il meurt empoisonné[241]. »

Pour Ernest Renan, parlant de la pièce de Voltaire,

« Mahomet nous apparaît comme un homme doux, sensible, fidèle, exempt de haine. Ses affections étaient sincères; son caractère, en général, porté à la bienveillance… Rien de moins ressemblant à cet ambitieux machiavélique et sans cœur qui explique en inflexibles alexandrins ses projets à Zopyre [..] ses précautions dans les batailles étaient peu dignes d'un prophète[242]. »

Voltaire a souvent été hostile aux révélations religieuses qu'il considérait comme étant fallacieuses. Il évolue dans sa vision sur Mahomet en passant d'un « imposteur » à un « enthousiaste ». Ces évolutions s'inscrivent dans la découverte d'une tolérance dans le monde turc à partir des années 1740 [243]. À partir de 1763, sa « haine contre les dévots » augmente et s'exprime en élevant l'islam, quitte à modifier son histoire [243].

Pour lui, l'islam sans Mahomet est un théisme qu'il défend : « Croire un seul Dieu tout puissant était le seul dogme, si on n’y avait pas ajouté que Mahomet est son prophète, c’eût été une religion aussi pure, aussi belle que celle des lettrés chinois. »

Entre 1742 (publication de Mahomet ou le fanatisme religieux) et 1770, les positions de Voltaire ont changé. Voltaire retient que « sa [Mahomet] religion est sage, sévère, chaste et humaine » mais nomme toujours Mahomet de « sublime et hardi charlatan »[244] et donne raison à un homme qui aurait dit au Mufti de Constantinople : « Mahomet n'était qu'un imposteur hardi qui trompa les imbéciles [245]. »

XXe siècle

Le XXe siècle voit le développement des études historiques sur Mahomet. Celles-ci soulèvent la difficulté d'écrire une biographie non religieuse. Certains auteurs, qu'ils soient à charge ou non, ont tendance à mettre en avant l'aspect humain de Mahomet, comme le silence de Mahomet de Salim Bachi.

  • Annie Besant écrit « Quiconque ayant étudié la vie et la personnalité du grand prophète d'Arabie, connaissant son enseignement et sa manière de vivre, ne peut que ressentir de la vénération pour cet éminent prophète, l'un des grands messagers de Dieu. Quoique insignifiants que puissent être mes dires pour un lecteur familiarisé aux paroles du prophète chaque fois que je les relis, je ressens une admiration et une vénération nouvelles pour cet incommensurable maître arabe[246]. »
  • En 1988, Salman Rushdie évoque Mahomet dans les Versets sataniques qui provoquent une vaste polémique, assortie d'une fatwa du Chi'ite Rouhollah Khomeini réclamant l’exécution de l'auteur, en 1989[247]. D'après al-Tabari, Satan aurait tenté de dicter des enseignements hérétiques à Mahomet. Cet incident aurait eu lieu à La Mecque, huit ans avant l'hégire, alors que Mahomet récitait la sourate de l'Étoile, dans laquelle sont mentionnées trois déesses considérées par les Koraïchites païens, comme des « filles de Dieu ». D'après Maxime Rodinson, al-Lat, al-`Uzzâ, et Manât étaient, des déesses préislamiques appelées les « filles d'Allah ». Mahomet aurait, dans une première version, recommandé qu'on leur rendît un culte, ces versets prononcés puis abrogés, sont les fameux « versets sataniques » évoqués dans le roman de Rushdie.[réf. nécessaire] Cependant, un bon nombre de spécialiste de Hadiths, médiévales et contemporains, ont analysé les isnads de ces récits et sont unanimement d'accord que ces narrations sont des fabrications, avec aucune légitimité historique.[248]
    Article détaillé : Les Versets sataniques.

Plusieurs œuvres utilisent le personnage de Mahomet :

XXIe siècle

En 2005, la publication de douze caricatures de Mahomet par le journal danois Jyllands-Posten soulève la colère dans les pays musulmans. Des manifestations pour protester contre les dessins danois ont lieu dans plusieurs pays dont les manifestations violentes devant le consulat italien à Benghazi en Libye qui ont fait onze morts.

Si cette publication est un point marquant des publications du XXIe siècle traitant de Mahomet, d'autres ouvrages, romans et essais, sont écrits et visent une plus large diffusion.

  • René Marchand, Mahomet : Contre-enquête, Éd. de l'Échiquier, 2006, (ISBN 978-2-909904-31-3)
  • Plantu, Je ne dois pas dessiner Mahomet, Seuil, 2006 (ISBN 978-2-02-090284-7)
  • Sherry Jones, The Jewels of Medina, Random House, 2008.
  • Nedim Gürsel, Les filles d'Allah, traduit de l'allemand Allah Tochter, Cadre vert, 2009.

Filmographie de Mahomet

Plusieurs films, des films de fiction biographique ou des films documentaires, ont été consacrés à Mahomet.

Parmi les films de fiction, plusieurs sont réalisés dans une perspective musulmane et s'imposent de respecter l'interdiction de représenter Mahomet. Ils y parviennent en recourant à des plans en caméra subjective chaque fois qu'une scène implique Mahomet. C'est le cas du film biographique Le Message, coproduction multinationale réalisée par Moustapha Akkad et sortie en 1976. Plusieurs films d'animation américains produits par le studio Badr International adoptent la même technique : Muhammad : The Last Prophet de Richard Rich en 2002 et ses préquelles sorties au cours des années suivantes : Before the Light, Salman the Persian et Great Women of Islam.

Par ailleurs, plusieurs documentaires consacrés à Mahomet ou à l'histoire de l'islam en général relatent la vie du prophète. C'est le cas de la série documentaire Islam : Empire of Faith de Robert H. Gardner, distribuée par la compagnie américaine PBS en 2000. En 2002, la même chaîne produit un documentaire Muhammad : Legacy of a Prophet, réalisé par Michael Schwarz et Omar al-Qattan.

En 2011, du 21 au 25 juillet, la chaîne britannique BBC diffuse une mini-série documentaire en trois volets sur la vie de Mahomet, The Life of Muhammad, réalisée par Faris Kermani. Selon la BBC, il s'agit de la première série documentaire consacrée au prophète de l'islam à être diffusée sur une chaîne européenne[249]. La mini-série est purement documentaire et ne contient pas de scènes de reconstitution mettant en scène Mahomet[250].

En 2012, le film L'Innocence des musulmans mettant en scène des passages de la vie de Mahomet est invoqué comme raison principale des manifestations et attentats anti-américains de septembre 2012.

Notes et références

Notes éditoriales
  1. Comme le confirme le verset 48 de la sourate 29 : « Et avant cela (la révélation du Coran), tu ne récitais aucun livre et tu n'en écrivais aucun de ta main droite. Sinon, ceux qui nient la vérité auraient des doutes. » (Coran 29:48).
  2. Imprimé dans I’lâm as-Salihin d’ibn Tulun, en tant qu’appendice.
  3. Tirmidhi, cité d’après Manazir Ahsan Gilâmi.
  4. 1er éd. dans RAAD en 1953. Abu Hurayrah avait également écrit de nombreux livres de hadiths selon les sources diverses. Ibn ‘Abd al Barr, Jâm bayan al’ilm, I : 4 ; Fath’al Bari, I : 174.
  5. Voir l'histoire de Sâlih dans les sourates du Coran 7:73-79, 9:70, 11:61-68, 14:9, 17:59, 22:42, 25:38.
  6. Les causes de ces dévastations sont débattues par les chercheurs, pouvant combiner les conséquences des guerres, des massacres, des épidémies — comme la « Peste de Justinien » — mais aussi le dessèchement progressif du climat et peut-être une catastrophe naturelle de type volcanique[51].
  7. Cette tradition fixe la date de sa mort : le lundi 8 juin 632 (lundi 13 rabî`al-awwal 11 A.H.), mais Tabari indique qu’on n’est pas sûr de son âge au moment de son décès. Source : Tabari (trad. Herman Zotenberg), La Chronique, Histoire des prophètes et des rois, vol. II, Actes-Sud, coll. « Sindbad », (ISBN 978-2742-733187), « Mohamed, sceau des prophètes », p. 354.
  8. 570 est l'année conventionnelle, parfois 571. L'année de naissance de Mahomet est en fait incertaine. Le Coran ne la mentionne pas mais la tradition musulmane la situe l'année où La Mecque repousse l'attaque d'Abraha vice-roi du Yémen, appelée « année de l'éléphant (en) » : Abraha marche contre La Mecque, monté sur un éléphant nommé Mahmou afin de raser la Kaaba, mais à l'entrée de la ville, Abd al-Mottalib, le grand-père de Mahomet le prévient de la sentence entraînée par la profanation de la Kaaba. Comme il en approche, son animal, selon la légende, se prosterne à terre et refuse d'avancer. Abraha bat en retraite, et connaît une mort atroce ; cependant la recherche contemporaine s'accorde pour situer cette attaque plusieurs décennies plus tôt et envisage généralement la naissance du prophète de l'Islam après 570, peut-être entre 570 et 580 (cf. Alford T. Welch, « Muhammad » in The Encyclopaedia of Islam, vol. VII, éd. Brill, 1993, p. 360). Selon une autre tradition fixée par le récit hagiographique d'Ibn Hichâm, Mahomet raconte sa vocation lors d'une de ses retraites sur la colline de Hira : lors de la Nuit de la Révélation située en 610, à l'âge de 40 ans, l'ange Gabriel lui a révélé en songe qu'Allah l'a choisi comme prophète, ce qui ferait remonter sa naissance en 570. Là encore, cette tradition repose sur une source à manier avec précaution, le nombre choisi par Ibn Hichâm symbolisant le temps d'une génération comme dans la Bible (en) (cf. Maxime Rodinson, Mahomet, Le Seuil, , p. 43). Selon lui, Mahomet était alors âgé de 63 ans, ce qui rend possible la naissance en 570. Il rapporte que d'autres traditions lui donnent entre 60 et 65 ans, il n’est cependant pas précisé par Tabari s’il s’agit d’années solaires ou d’années de douze mois lunaires
  9. Rabî`al-awwal en arabe : rabīʿ al-ʾawwal, ربيع الأول, premier (mois) du printemps, nom du troisième mois sur douze de l’année lunaire. Ce nom n’a plus de sens puisque ce type d'année, sans le mois intercalaire, (Le Coran, « L’Immunité ou le Repentir », IX, 36 ou 37, (ar) التوبة) instituée par Mahomet se décale par rapport à l’année solaire et par conséquent par rapport aux saisons.
  10. Halîma as-Sa`diyya, en arabe : ḥalīma al-saʿdīya, حليمة السعدية.
  11. Il s'agissait probablement d'Abdullah, fils de Harith.
  12. cette tradition se base sur la sourate « N’avons-nous pas ouvert ? », XCIV, où l'expression «poitrine libérée d'aise», selon Jacqueline Chabbi, signifie «l'aisance de la vie».
  13. « Cependant, la poitrine de leur fils adoptif ne portait aucune trace et rien d'anormal n'altérait la perfection de son petit corps. Le seul trait insolite se trouvait au milieu de son dos, entre les épaules : une marque de forme ovale, petite mais très distincte, où la peau était légèrement gonflée, semblable à l'empreinte laissée par une ventouse, mais cette marque était là à la naissance de l'enfant » in Martin Lings, Le prophète Muhammad, éditions du Seuil, p. 49-50.
  14. Al-Fijar en arabe : ḥarb al-fijār, حرب الفجار, la guerre impie, ce nom viendrait du fait que les combats se sont déroulés pendant les mois sacrés. Voir Traduction d’Albin de Kazimirski Biberstein, Le Koran, Librairie Charpentier, ([Page:Le%20Koran%20(traduction%20de%20Kazimirski).djvu/546 lire en ligne]), « Notice biographique sur Mohammed », viii.
  15. Coran, sourate 54, versets 1 et 2.
  16. Personnage mal identifié, son nom arabe, al-muqawqis, المقوقس, serait l'arabisation d’un mot copte signifiant le caucasien.
  17. Négus ou nedjaschi (en arabe : an-najāšī, النجاشي) est le titre des rois d'Abyssinie.
  18. Femmes esclaves avec lesquelles une relation charnelle a lieu. Cela étant autorisé dans l'islam, mais pas appliqué forcément, ainsi un passage du Coran encourage à marier les esclaves femmes et hommes pour ne pas museler leurs besoins sexuels ; (ar) Jâmi'ul Ahkâm'il Qur'ân, Qurtubî ; (Cor. II, La Vache :221) ou Tafsir, ibn kathir (Cor. II, La Vache : 221.
  19. Selon le dictionnaire Larousse arabe-français : « comblé/digne d'éloges/de louanges ; loué ». Le nom dérive de la racine arabe : ح م د de même qu'Ahmed, M'Hamed, Mahmoud, Hamid, dont le sens est proche.
  20. Cette référence est obsolète : En 1869, dans l'introduction à la traduction du Koran par Albin de Kazimirski Biberstein intitulée Notice biographique sur Mahomet, on trouve la citation :

    « C'est Mohammad (le glorifié) qu'on devrait dire ; les Turcs prononcent Méhémet, quand il est question d'un personnage vivant du nom de Mohammed, c'est au contraire l'usage en français de se servir de la forme Mohamed, lorsqu'on parle des Arabes vivants qui portent ce même nom. »

    .
  21. Professeur émérite (linguistique de l'hébreu et linguistique sémitique) à l'université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle.
  22. Ce dernier sollicite les travaux de quatre traducteurs : principalement Robert de Ketton, ainsi que Hermann de Dalmatie, le juif converti Pierre de Tolède et un Sarrasin nommé Mohammed ; cf. Françoise Labalette, Pierre le Vénérable, le glorieux abbé de Cluny, in Historia, no 721, 01/01/2007, article en ligne. Le manuscrit original de Robert de Ketton se trouve à la Bibliothèque de l'Arsenal..
  23. Outre les hérétiques, Pierre le vénérable dénonce violemment les juifs dans son Adversus judaeos (Contre les juifs, vers 1143); cf. Françoise Labalette, Pierre le Vénérable…, op. cit.
  24. Dans son traité Contra sectam sive haeresium Sarracenorum, il entend convertir ces derniers au christianisme par « la parole, (…) la raison, (…) et l'amour ». cf. François Bérriot, Spiritualités, hétérodoxies et imaginaires : études sur le Moyen Âge et la Renaissance, éd. Université de Saint-Étienne, 1994, p. 133, 134 extrait en ligne.
  25. Ce premier volume est augmenté de la Doctrina Machumet constituée d'extraits de hadits rassemblés par Hermann de Dalmatie, et d'une biographie du prophète de l'islam, la De generatione et nutritura Machumet. Un deuxième volume présente une série de refutations de l'islam à l'attention des théologiens et un dernier présente de la documentation destinée aux princes chrétiens dans l'optique de vaincre les musulmans dans une prochaine croisade. Cf. François Bérriot, op. cit. p. 136-141.
  26. Ainsi qu'en atteste le titre complet de la première édition de l'ouvrage ; cf. Henri Lamarque, Le coran à la renaissance : plaidoyer pour une traduction, éd. Presses Universitaires du Mirail, 2007, p. 25, version intégrale latine et traduction française en ligne.
  27. Elle connaît de nombreuses contrefaçons à l'instar d'une Mehemetis Abdallae fillii theologia imprimée à Nurenberg dès 1543 ; cf François Bérriot, op. cit., p. 141.
  28. Après les versions en italien, Alcorano di Macometto, en 1547 par Andrea Arrivabene, puis en allemand en 1616, en hollandais en 1641 ; cf François Bérriot, op. cit., p. 141.
  29. Celui-ci utilise déjà le nom Mohammadau sein de son Mahomet (livre abondamment cité dans le paragraphe « Aspects de la psychologie de Mahomet », cf. infra).
  30. Maxime Rodinson, Dominique Chevallier, André Miquel, Mohamed El Aziz Ben Achour, Haïm Zafrani, Hichem Djaït, Dominique et Janine Sourdel, Robert Mantran, Marc Bergé, Pierre Lory, tout comme le philosophe Mohammed Arkoun. Il en est de même des penseurs Malek Bennabi et Martin Lings, du juriste théologien Muhammad Hamidullah.
  31. on trouve chez Daniel de Larroque, dans sa traduction du XVIIe siècle de la Vie de Mahomet d'Humphrey, le remarque et propose en index la graphie Mohammed, Biographie universelle, V° Mahomet (Mohammed)[réf. nécessaire].
  32. En 1869, dans l'introduction à la traduction du Koran par Albin de Kazimirski Biberstein intitulée Notice biographique sur Mahomet, on trouve la note suivante :

    « C'est au contraire l'usage en français de se servir de la forme Mohammed, lorsqu'on parle des Arabes vivants qui portent ce même nom. »

    .
  33. C'est pourquoi il est appelé « dernier des prophètes» ou encore « sceau des prophètes » dans le Coran et dans les hadiths : « Muhammad n’a jamais été le père de l’un de vos hommes, mais le messager d’Allah et le dernier des prophètes. Allah est Omniscient. » Coran 33:40.
  34. « Les Femmes », IV, 64 : « et si le Messager demandait le pardon pour eux, ils trouveraient, certes, Allah, très accueillant au repentir, miséricordieux. » Et le verset 43.86 qui précise qui peut intercéder auprès d'Allah.
  35. Lire également : Le Coran, « Ordre de bataille », LXI, 5, (ar) الصف, Le Coran, « La Famille d’Imran », III, 75, (ar) آل عمران, Le Coran, « La Vache », II, 75, (ar) البقرة.
  36. dans sa Chronique celui-ci fait une longue description de Mahomet d'après Ali : il était de taille moyenne. La couleur de la peau était blanc rosé. Les yeux étaient noirs et sa chevelure longue. Mahomet nouait quelquefois ses cheveux en deux ou quatre boucles. Et parfois, ses cheveux tombent sur sa tête (...) Son nez était droit et les dents écartées. La barbe était bien fournie ; cf. Chroniques, II, 336.
  37. « J’ai lu par ordre de Mgr le Chancelier l’ouvrage intitulé L'Alkoran, par le sieur Mahomet, et n’y ai rien trouvé de contraire à la religion, ni aux bonnes mœurs; signé Crébillon le fils, censeur royal, 1783. (privilèges royaux pour la traduction de Savary ».
Références
  1. a, b, c, d, e, f, g et h Déroche 2007, p. 512-516.
  2. (en) Clinton Bennett, In search of Muhammad, Continuum International Publishing Group, (ISBN 978-0-304-70401-9, présentation en ligne), p. 18–19.
  3. (en) Francis E. Peters, Muhammad and the origins of Islam, SUNY Press, (ISBN 978-0-7914-1876-5, présentation en ligne), p. 261.
  4. Henri Michaud, Jésus selon le Coran, Éditions Delachaux et Niestlé, , p. 22, 45 et 88.
  5. (en) Andrew Rippin, Muslims: their religious beliefs and practices, (ISBN 978-0-415-34888-1, présentation en ligne), p. 45.
  6. Asmaa Godin, Les sciences du Coran, Al Qalam, , p. 220.
  7. Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, Éd. Nirvana, , p. 73.
  8. Mort vers 823.
  9. Mort en 845.
  10. Mort en 923.
  11. a, b et c Tillier et Bianquis 2012, p. 79.
  12. Maxime Rodinson, Mahomet, Seuil, coll. « Essais », , p. 67.
  13. a et b (tr) Muhammed bin Sâlih ed-Dimeşkî (m. 1537) et Ocak Yayıncılık (éd.) (trad. Yusuf Özbek et Hüseyin Kaya), Peygamber Külliyâtı, t. I, İstanbul, (ISBN 978-975-97992-6-7), p. 4 — 12 tomes + index.
  14. (ar) ibn Habîb al-Baghdâdî (m.245), Muhabbar, p. 79. Haydarabad. / al-Balâdhurî (m.279), Ansâb'al achrâf tome I paragraphe 177 Caire 1959.
  15. a et b (en) J. Schacht, « A revaluation of Islamic Traditions », Journal of the Royal Asiatic Society of Great Britain & Ireland (New Series),‎ , p. 143 et sq.
  16. Illustration miniature sur vélin du livre Jami 'al-Tawarikh (littéralement « Résumé des Chroniques », mais souvent désigné comme l'Histoire universelle ou Histoire du monde), de Rashid al-Din, publié à Tabriz, en Perse, en 1307. Actuellement dans la collection de la bibliothèque de l'Université d'Édimbourg, en Écosse.
  17. (ar) Dhababi, Tadhkirat al-Huffaz, t. I, p. 5.
  18. Tarikh al Kabir de Bukhari, Tahdhib at-Tahdhib, IV, 215, no 369, ibn Hajar.
  19. Tahdhib at-Tahdhib, IV, 198, 236 ; ibn Hajar.
  20. Hadyu's-Sârî, Muqaddimatu Fathi'l-Bârî, 2 tomes, Caire (1964/1383H). Tome II, page 185.
  21. Al-Mousnad, Ahmad Ibn Hanbal, 6 tomes, Caire (1912/1313H), Tome V, pages 413, 423.
  22. (en) Jonathan A.C. Brown, The Canonization of al-Bukhārī and Muslim: The Formation and Function of the Sunnī Ḥadīth Canon, Brill Publishers, (ISBN 978-9004158399, lire en ligne), p. 9 :

    « We can discern three strata of the Sunni ḥadīth canon. The perennial core has been the Ṣaḥīḥayn. Beyond these two foundational classics, some fourth/tenth-century scholars refer to a four-book selection that adds the two Sunans of Abū Dāwūd (d. 275/889) and al-Nāsaʾī (d. 303/915). The Five Book canon, which is first noted in the sixth/twelfth century, incorporates the Jāmiʿ of al-Tirmidhī (d. 279/892). Finally the Six Book canon, which hails from the same period, adds either the Sunan of Ibn Mājah (d. 273/887), the Sunan of al-Dāraquṭnī (d. 385/995) or the Muwaṭṭaʾ of Mālik b. Anas (d. 179/796). Later ḥadīth compendia often included other collections as well. None of these books, however, has enjoyed the esteem of al-Bukhārīʼs and Muslimʼs works. »

    Traduction: "On peut discerner entre trois couches du canon de ḥadīth Sunnītes. Le cœur vivace demeure être les Ṣaḥīḥayn. Au-delà de ces deux classiques fondamentaux, quelques savants du quatrième/dixième-ciècle référent à une sélection de quatre-livres qui ajoute les deux Sunans d'Abū Dāwūd (d. 275/889) et d'al-Nāsaʾī (d. 303/915). Le canon composé de Cinq Livres, qui fut premièrement noté au sixième/douzième ciècle, incorpore le Jāmiʿ d'al-Tirmidhī (d. 279/892). Finalement le canon composé de Six Livres, qui émane de la même période, ajoute soit le Sunan d'Ibn Mājah (d. 273/887), le Sunan d'al-Dāraquṭnī (d. 385/995) ou le Muwaṭṭaʾ de Mālik b. Anas (d. 179/796). Plus tard d'autres compendiums de ḥadīths souvent incluent d'autres collections aussi. Aucun de ces livres, cependant, n'a apprécié l'estime des travaux d'al-Bukhārī et Muslim."
  23. (en) Maxime Rodinson, Muhammad : Prophet of Islam, Tauris Parke Paperbacks, (ISBN 9781860648274), p. IX.
  24. (en) Harald Motzki (dir.), The Biography of Muḥammad: the issue of the sources, Brill, , 330 p. (ISBN 978-9004115132), xiv
  25. Alfred-Louis de Prémare, Les fondations de l'Islam, Seuil, , 522 p. (ISBN 978-2020374941), p. 30.
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Voir aussi

Bibliographie

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Recherche contemporaine

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  • Martin Lings, Le Prophète Muhammad : sa vie basée sur les sources les plus anciennes, éd. Seuil, 2002, (ISBN 978-2-02-054979-0).
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  • (en) William Montgomery Watt, Mahomet à Médine, éd. Payot, 1989.
  • (en) William Montgomery Watt, Mahomet à La Mecque, éd. Payot, 1989.
  • Roger Arnaldez, Mahomet, éd. Seghers, 1975.
  • François Déroche, « Mahomet », dans Mohammed Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, , p. 512-516 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • François Déroche, « Vie de Muhammad », Religions et Histoire, no 36,‎ Document utilisé pour la rédaction de l’article.

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