Tite-Live

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Tite-Live
Description de cette image, également commentée ci-après
Tite-Live, portrait fictif (1905).
Nom de naissance Titus Livius
Naissance 64 av. J.-C. ou 59 av. J.-C.
Padoue
Décès 17 ap. J.-C.
Padoue
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Latin
Genres

Œuvres principales

Ab Urbe condita libri (Histoire de Rome depuis sa fondation)

Tite-Live (en latin : Titus Livius), né en 59 av. J.-C. ou en 64 av. J.-C.(premier siècle av. J.-C.) et mort en 17 ap. J.-C. (premier siècle ap. J.-C.) dans sa ville natale de Padoue (Patavium en latin), est un historien de la Rome antique, auteur de la monumentale œuvre de l'Histoire romaine (Ab Vrbe condita libri (AVC)).

L'adjectif « livien », dérivé de son nomen (nom), est utilisé pour qualifier son œuvre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et vie[modifier | modifier le code]

Nous ignorons le nom complet (tria nomina) de Tite-Live. Son surnom (cognomen) ne nous est pas parvenu : nous ne connaissons que Titus, son prénom (praenomen), et Livius, son nom (nomen) ou gentilice (gentile nomen). Quant à Patavinus (c'est-à-dire le Patavin ou le Padouan), il s'agit d'un sobriquet (agnomen).

Tite-Live est né au Ier siècle av. J.-C. à Patavium (Padoue) en Vénétie[1]. Sa naissance dans la cité transpadane est attestée par son surnom Patavinus [« le Padouan »][2]. Son année de naissance est incertaine : il serait né en 59 av. J.-C. (695 AUC) si on croit la Chronique (en) de Jérôme de Stridon[3], ou en 64 av. J.-C. (690 AUC) si, comme le dit cet auteur[3], Tite-Live est né la même année que Marcus Valerius Messalla Corvinus, dont la carrière politique connue permet de préciser sa naissance en 64 av. J.-C.. Cette incertitude peut s'expliquer par la confusion de lecture entre les consuls définissant l'année 64 av. J.-C., Caesar et Figulus, et ceux de 59 av. J.-C., Caesar et Bibulus[4]. La date de naissance de 64 av. J.-C. a la préférence des historiens, car elle justifie mieux la fidélité de Tite-Live envers Pompée, mort en 48 av. J.-C., donc lorsque Tite-Live avait 16 ans[5].

Fils d’une famille riche et noble, Tite-Live reçoit son éducation en province, et ce sont ses études de rhétorique qui l’amènent à s’installer à Rome, peut-être plus tard qu'à l'âge habituel de seize ou dix-sept ans, en raison des troubles politiques[6]. Par ailleurs, il n'a jamais exercé de charge publique puisqu'il consacre toute sa vie à la littérature et à l'histoire.

De son propre aveu[7], il vécut dans l'intimité d'Auguste, qui respectait ses sympathies pour la République et qui, d'après les Annales de Tacite[8], le surnommait Pompeianus [« le Pompéien »] d'après le pluriel Pompeiani [« pompéiens »] par lequel sont désignés les partisans et les soldats de Pompée pendant la Guerre civile. Il va d’ailleurs aider l'empereur dans son entreprise de restauration de la grandeur de Rome. D'après la Vie des douze Césars de Suétone[9], Auguste le chargea aussi de l'éducation du futur empereur Claude.

Famille[modifier | modifier le code]

Deux épigraphes retrouvées à Padoue sont considérées comme le concernant. La première[10] est peut-être son épitaphe[11] : Tite-Live, fils de Gaius (Caius) ; sa première épouse : Cassia, fille de Sextus ; leurs deux fils : l'aîné, dit l'Ancien (Titus Livius Priscus), et le cadet, dit le Long (Titus Livius Longus). La seconde inscription[12] marque le lieu de sépulture d'un affranchi de Livia Quarta, fille de Titus Livius.

Une fille de Tite-Live épousa Lucius Magius, orateur médiocre de l'avis de Sénèque l'Ancien[13].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ab Vrbe condita libri.
Tite Live Ab Urbe Condita (XVe siècle).

Sénèque nous apprend que Tite-Live a écrit des traités de philosophie ainsi que des dialogues tenant autant de l'histoire que de la philosophie, et le classe en troisième place comme auteur, après Cicéron et son contemporain Asinius Pollion[14],[15]. Ces écrits ne nous sont pas parvenus[16].

L’œuvre principale de Tite-Live, intitulée Ab Vrbe condita libri (en français : Histoire de Rome depuis sa fondation), était à l’origine un recueil de 142 livres (sur 150 prévus) qui lui valut une célébrité immédiate. Cependant, seuls 35 livres sont parvenus jusqu’à nous. Les livres relatant l’histoire de Rome pendant les années 292 av. J.-C. à 218 av. J.-C., et ceux couvrant la période allant de 166 av. J.-C. à 6 av. J.-C., ont disparu. Ils ne nous sont connus que par des fragments et des abrégés (appelés periochae), sortes de tables des matières plus ou moins détaillées, à distinguer d'éventuels résumés ou epitomae (qui ont dû exister mais dont les periochae ne semblent pas issues)[17]. Histoire de Rome depuis sa fondation est paru en fascicules peu avant ou en 29 av. J.-C.. Auguste se servira de ces livres pour renforcer son pouvoir et l’unité nationale.

Tite-Live connut de son vivant un succès qui dépassait les limites de l'Italie, comme l'atteste l'anecdote de Pline le Jeune sur un habitant de Gadès (Cadix) qui entreprit de venir à Rome pour le voir[18].

Néanmoins, Tite-Live eut au moins un détracteur, Asinius Pollion qui, seul et par deux fois, lui reprocha sa « patavinité » (patavinitas). L'interprétation de ce terme a suscité une abondante littérature, on a proposé de le comprendre comme désignant la manière de parler et d'écrire le latin propre aux habitants de Padoue[19], une sorte de jargon provincial dont Tite-Live n'aurait pu se défaire. Jacques Heurgon se rallie à l'avis de Pierre Flobert[20], la patavinitas de Tite-Live serait un mot caricatural inventé par un concurrent jaloux, forgé sur le modèle de l'urbanitas, l'expression cultivée romaine[21].

D'après Jérôme de Stridon, Tite-Live meurt dans sa ville natale en apr. J.-C. (770 AUC), trois ans après Auguste[22].

Postérité[modifier | modifier le code]

Padoue[modifier | modifier le code]

Une inscription découverte à Padoue vers 1320[23] et placée dans l'église Santa Giustina fut interprétée d'une façon erronée comme l'épitaphe de Tite-Live, ce qui conduisit un siècle plus tard à l'exhumation de son prétendu cercueil. En 1451, le squelette qu'il contenait fut présenté à l'ambassadeur de Naples à Venise, et un fragment d'os d'avant-bras lui fut offert à l'intention d'Alphonse d'Aragon et de Naples comme une relique de l'historien[24].

Références littéraires à Tite-Live[modifier | modifier le code]

Dante cite de nombreux personnages historiques dont Tite-Live au Chant IV de l'Enfer, première partie de la Divine Comédie :

« […] Puis ayant levé un peu plus les yeux, je vis le maître de ceux qui savent, assis au milieu de la Camille philosophique. Tous l’admiraient, tous lui rendaient honneur. Là je vis Socrate et Platon, qui se tiennent plus près de lui que les autres ; Démocrite, qui soumet l’univers au hasard ; Diogène, Anaxagore et Thales ; Empédocle, Héraclite et Zénon ; et je vis celui qui si bien décrivit les vertus des plantes, je veux dire Dioscoride ; je vis Orphée, Tullius (Cicéron) et Livius (Tite-Live), et Sénèque le philosophe moral »

— Dante Alighieri, Commedia, Inf. IV, 141 (texte original) - Trad. Lamennais

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ab Urbe condita, 1714

Traductions commentées[modifier | modifier le code]

  • Tite-Live (trad. Gaston Baillet, préf. Jean Bayet, postface Raymond Bloch), Histoire romaine, Livre I, (1re éd. 1940), 269 p. (ISBN 978-2-251-01281-0)
  • Tite-Live (trad. Annette Flobert, préf. Jacques Heurgon), Histoire romaine, livres I à V : De la fondation de Rome à l'invasion gauloise, Flammarion, , 644 p. (ISBN 2-08-070840-6)

Études[modifier | modifier le code]

  • Hippolyte Taine, Essai sur Tite-Live, Paris, 1856 ;
  • Nicolas Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live
  • Othon Riemann, Études sur la langue et la grammaire de Tite-Live, Paris, , 2e éd.
  • Henri Bornecque, Tite-Live, Paris, Boivin,
  • Pierre Lardet, « Le retour des textes et la saisie de l'antique. Tite-Live et Quintilien à la Renaissance », Histoire Épistémologie Langage, t. 12, no 1,‎ , p. 21-36 (lire en ligne)
  • Bernard Mineo, Tite-Live et l'Histoire de Rome, Klincksieck, , 380 p. (ISBN 9782252035726)
  • (en) T.J. Luce, Livy. The Composition of His History, Princeton, 1977.
  • (en) G.B. Miles, Livy. Reconstructing Early Rome, Ithaca-Londres, 1995.
  • (en) P.G. Walsh, Livy. His Historical Aims and Methods, Cambridge, 1970.

Dictionnaires[modifier | modifier le code]

  • Jean Leclant (dir.), Marielle de Franchis, Dictionnaire de l'Antiquité, Paris, PUF, 2005.
  • Margaret C. Howatson (dir.), Dictionnaire de l'Antiquité: Mythologie, Littérature, Civilisation, Paris, Robert Laffont, 1993.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (la+fr) Entrée « Pǎtǎvǐum » [php], dans Félix Gaffiot, Dictionnaire illustré latin-français, Paris, Hachette, (réimpr. 1998), 1719 p., 25 cm (ISBN 2-01-000535-X, OCLC 319740495, notice BnF no FRBNF37005960), p. 1124 (consulté le 23 août 2015).
  2. (la+fr) Entrée « Pǎtǎvīnus » [php], dans Félix Gaffiot, Dictionnaire illustré latin-français, Paris, Hachette, (réimpr. 1998), 1719 p., 25 cm (ISBN 2-01-000535-X, OCLC 319740495, notice BnF no FRBNF37005960), p. 1124 (consulté le 23 août 2015).
  3. a et b Jérôme, Chronique, année 1958 (AUC) : « Messala Corvinus nascitur et T. Livius Patavinus scriptor historicus ».
  4. Jean Bayet, pp. VII-VIII
  5. Annette Flobert, p. 617
  6. Annette Flobert, p. 618
  7. Tite-Live, Histoire romaine, IV, 20, 7 : « Pour moi, j'ai entendu de la bouche même d'Auguste César, le fondateur ou le restaurateur de tous nos temples, que quand il entra dans celui de Jupiter Férétrien, qu'il releva, tombant de vétusté, il lut lui-même cette inscription sur la cuirasse de lin ; et j'aurais cru commettre une sorte de sacrilège en dérobant à Cossus le témoignage de César qui rétablit ce temple ».
  8. Tacite, Annales, IV, 34, 6 : « Tite-Live, signalé entre les auteurs par son éloquence et sa véracité, a donné tant de louanges à Pompée, qu'Auguste l'appelait le Pompéien ; et leur amitié n'en fut point affaiblie. Scipion, Afranius, Cassius lui-même et Brutus, n'ont jamais reçu de Tite-Live les noms de brigands et de parricides qu'on leur prodigue aujourd'hui. Souvent même il en parle comme de personnages illustres ».
  9. Suétone, Vie des douze Césars : Vie de Claude, 41, 1 : « Historiam in adulescentia hortante T. Livio, Sulpicio vero Flauo etiam adiuvante, scribere adgressus est ».
  10. CIL V, 2975 : « T(itus) Livius C(ai) f(ilius) sibi et / suis T(ito) Livio T(iti) f(ilio) Prisco f(ilio) / T(ito) Livio T(iti) f(ilio) Longo f(ilio) / Cassiae Sex(ti) f(iliae) Primae / uxori ».
  11. Jean Bayet, p. VIII
  12. CIL V, 2865 : « V(ivus) f(ecit) / T(itus) Livius / Liviae T(iti) f(iliae) / Quartae l(ibertus) / Halys / Concordialis / Patavi / sibi et suis / omnibus ».
  13. Sénèque l'Ancien, Controverses, X, 2 ; Annette Flobert, p. 620
  14. Sénèque, Lettres à Lucillius, 100, 9 : « Scripsit enim (Livius) et dialogos, quos magis philosophiae adnumerare possis quam historiae, et professo philosophiam continentes libros ».
  15. Annette Flobert, p. 619
  16. Jean Bayet, p. X
  17. Jacques Heurgon, pp. 8, 10
  18. Pline le Jeune, Lettres, II, 3, 8 : « Nunquamne legisti Gaditanum quemdam, Titi Livii nomine gloriaque commotum, ad visendum eum ab ultimo terrarum orbe venisse, statimque ut viderat, abiisse ? », « N'avez-vous jamais lu qu'un citoyen de Gadès, frappé de la réputation et de la gloire de Tite-Live, accourut des extrémités du monde pour le voir, et s'en retourna après l'avoir vu ? »
  19. Définitions lexicographiques et étymologiques de « patavinité » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales (consulté le 23 août 2015).
  20. Pierre Flobert, Revue des études latines, 1981, pp. 193-206
  21. Jacques Heurgon, p. 23
  22. Jérôme, Chronique, année 2033 (AUC) : « Livius historiographicus Patavi moritur ».
  23. Reprise dans les manuscrits transcrivant l'Histoire romaine, et répertoriée par Theodor Mommsen sur la référence CIL V, 2865
  24. Lardet 1990, p. 27

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]