Mardes

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Les monts Zagros dont les vallées sont, dans l'Antiquité, peuplées de tribus montagnardes vivant de l'élevage. Devenue désertique aujourd'hui, la région a été plus verdoyante par le passé.

Les Mardes sont un peuple montagnard d'origine perse[1] constitué d'éléments médo-perses à prédominance mède dont ils forment peut-être le noyau originel[2]. Leur territoire est difficile à définir avec précision, les tribus mardes semi-nomades ayant migré au cours de leur histoire. Originaire du sud des monts Zagros, région qui correspond au Fars actuel (anciennement Perside), une partie des Mardes remontent vers le nord et s'installent dans l'Azerbaïdjan iranien et en Arménie, dans la partie septentrionale des monts Zagros.

Localisation et mode de vie[modifier | modifier le code]

Les Mardes de Perside[modifier | modifier le code]

Avant le VIe siècle av. J.-C., les Mardes sont présents en Perside. Selon une légende orale concernant l'enfance du roi Cyrus le Grand (559 - 529 av. J.-C.) rapportée par Nicolas de Damas, les parents de Cyrus appartiennent à une tribu des Mardes de Perside, peuple alors méprisé[3].

Le climat de la chaîne du Zagros, de la Médie au golfe Persique, qui bénéficie notamment d'une pluviosité relativement importante, est adapté aux activités pastorales[4]. Les Mardes semblent faire partie des peuples pasteurs de la région, fortement peuplée, parmi lesquels les Cosséens, les Elyméens et les Ouxiens[3]. Ils pratiquent un élevage très important, surtout de moutons et de chèvres, et une agriculture de subsistance[3]. Les tribus mardes ne sont pas réellement nomades mais semi-nomades et se déplacent dans un rayon relativement faible, de vallées en vallées. Les Mardes vivent en villages situés au fond des vallées. Les pâturages occupent les pentes de moyenne montagne tandis que la haute montagne fournit les ressources complémentaires comme le bois, le gibier et la cueillette[3].

Les Mardes d'Atropatène[modifier | modifier le code]

Au cours du VIe siècle av. J.-C., les Mèdes conquièrent le territoire correspondant en partie à l'Azerbaïdjan iranien actuel, où ils soumettent, entre autres, les Mannéens. Le royaume de Manna est progressivement remplacé par le royaume d'Atropatène peuplé par les tribus des Mardes, des Kaspiens, des Cadusiens et des Matiens[m 1]. Selon une hypothèse, les Mardes d'Atropatène, ou Mardes de la Caspienne, pourraient être les descendants des Mannéens[m 2]. Pour Strabon, les Mardes nomades d'Atropatène[m 3] des bords méridionaux de la Caspienne sont les mêmes que ceux présents en Perside et en Arménie[5]. L'auteur antique décrit les Mardes comme un peuple montagnard belliqueux qui vit de rapines et de brigandages[m 4].

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Les Mardes tirent peut-être leur nom du fleuve Amardos (aujourd'hui Sefid Roud) sur les rives duquel ils sont installés à l'époque où les géographes grecs Strabon et Ptolémée publient leurs écrits[6]; les Mardes sont mentionnés mais demeurent largement inconnus par les sources antiques[7]. La région semble correspondre aux cantons arméniens du Mardastan[8] et de Mardati où l'Araxe prend sa source[m 3]. Pour Ptolémée, les Mardes sont voisins des Kyrtioi ou Kurtes[m 3].

Antiquité[modifier | modifier le code]

Période des Achéménides[modifier | modifier le code]

Les Mardes et autres tribus montagnardes voisines entretiennent des rapports spéciaux avec les rois perses qui préfèrent leur verser des tributs plutôt que de les soumettre. Les Mardes vivent alors dans une autonomie et une indépendance quasi totale[9]. Par exemple, le roi possède une résidence près des rives de la Caspienne mais doit payer un droit de passage aux Mardes pour traverser leur territoire afin de s'y rendre[10].

Cependant, en dépit de cette large autonomie, les territoires peuplés par les Mardes sont largement connus par les Achéménides[11].

Expédition d'Alexandre le Grand[modifier | modifier le code]

Alexandre le Grand, fragments d'une copie romaine d'un groupe statuaire de 338 av. J.-C.

Avec les Cadusiens, autres tribus des monts Zagros, les Mardes jouent un rôle non négligeable dans l'histoire militaire de la Perse[12]. Lors de la bataille de Gaugamèles en 331 av. J.-C. par exemple, opposant Alexandre le Grand à Darius III, les troupes qu'ils fournissent figurent en bonne place dans l'armée perse[12].

Après sa victoire sur les Perses à Gaugamèles, Alexandre le Grand poursuit sa route vers l'est et entame la conquête de la Perse. Il envahit alors l'Hyrcanie où se trouve le territoire des Mardes de Caspienne[13]. S'il veut poursuivre la conquête de la Perse, Alexandre doit prendre le contrôle du territoire montagneux de la satrapie hyrcanienne afin d'ouvrir des voies de communication avec les provinces récemment conquises[14]. Il parvient à soumettre les Cosséens et les Elyméens, puis les Ouxiens cèdent à leur tour[15]. Les Mardes constituent le dernier obstacle à la réalisation de son projet[6].

Alors que les Mardes se sentent à l'abri et pensent qu'Alexandre va poursuivre sa route vers la Bactriane, ce dernier laisse le gros de son armée sur les rives sud de la mer Caspienne et organise une expédition en suivant la côte vers l'ouest à la tête de ses hypaspistes, des phalanges des officiers Koinos et Amyntas (un noble perse) et de la moitié de la cavalerie. Les premiers villages montagnards sont pris sans difficulté et les habitants s'enfuient dans les montagnes. Mais la progression des troupes est de plus en plus difficile, gênée par les forêts denses qu'aucune route ne traverse et par la neige qui recouvre les hautes vallées[9]. De plus, les Mardes, qui connaissent bien le pays, harcèlent l'ennemi[6]. Cependant, Alexandre parvient à cerner la région et les Mardes finissent par envoyer une délégation pour offrir leur soumission. Alexandre réclame des otages mais leur laisse la libre disposition de leurs terres qui sont toutefois placées sous la surveillance d'Autophradatès, satrape de Tapurie[6]. À l'issue de cette expédition, des archers mardes sont intégrés dans l'armée d'Alexandre[16].

Période des Arsacides[modifier | modifier le code]

Selon Justin, les Mardes vivant le long des rives de la mer Caspienne entrent en conflit avec Phraatès Ier vers 175 av. J.-C. Ils sont finalement vaincus et soumis après des combats acharnés[m 5]. Phraatès les charge alors de garder le défilé des Portes Caspiennes pour le compte des Parthes, passage naturel permettant de passer du Khorassan en Médie[m 6]. Une fois soumis, les Mardes ne manifestent qu'épisodiquement la volonté de retrouver leur indépendance ou de s'opposer aux Perses[12].

Lors des campagnes de Trajan contre les Parthes, alors que l'empereur a envahi et pris le contrôle de l'Arménie, il envoie une colonne placée sous le commandement du légat Lusius Quietus au sud du lac de Van pour réprimer les troubles provoqués par les Mardes[m 7],[m 8].

Période des Sassanides[modifier | modifier le code]

Dans la deuxième moitié du IIIe siècle, les Mardes participent à la grande offensive menée par l'empereur sassanide Shapur Ier qui conduit à la capture de l'empereur romain Valérien[12].

Perception[modifier | modifier le code]

Nomades, les Mardes sont considérés par les auteurs antiques comme des fuyards et des lâches au combat[11].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

À l'époque de la conquête arabe, les termes « Mardes » ou « Mardaïtes (Mardaitai)[17] » désignent les populations d'origines diverses qui affluent en Syrie à partir de 675 et occupent la région entre le mont Lokam et Jérusalem. Elles sont baptisées ainsi par les Byzantins qui les pensent originaires de la région du Mardistan située au nord du lac de Van, en Arménie[m 9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Sources modernes :
  1. Briant 1982, p. 161.
  2. Ismāʻīl 1955, p. 184.
  3. a b c et d Briant 1982, p. 142.
  4. Briant 1982, p. 141.
  5. Dillemann 1962, p. 96.
  6. a b c et d Droysen 1991, p. 263.
  7. Digard 1976, p. 267.
  8. Dillemann 1962, p. 340.
  9. a et b Droysen 1991, p. 251.
  10. Peyrefitte 1981, p. 38.
  11. a et b Clavel-Lévêque 1976, p. 259.
  12. a b c et d Dillemann 1962, p. 97.
  13. Briant 1982, p. 255.
  14. Droysen 1991, p. 262.
  15. Peyrefitte 1981, p. 37.
  16. Droysen 1991, p. 229.
  17. Ismāʻīl 1955, p. 183.
  • Autres sources modernes :
  1. Fazil Zeynalov, Azerbaïdjan : au carrefour de l'Eurasie - Le destin tumultueux d'une Nation face aux rivalités des grandes puissances, Éditions L'Harmattan, 2013, p. 18
  2. Basile Nikitine et Vasiliĭ Petrovich Nikitin, Les Kurdes : étude sociologique et historique, Imprimerie Nationale, 1956, p. 15
  3. a b et c Collectif, Actes du XXe Congrès International des Orientalistes, Bruxelles, Bureaux du Muséon, 1940, p. 149
  4. Jean-Marie Bertrand, Cités et royaumes du monde grec, Hachette Éducation, 1992
  5. André Verstandig, Histoire de l'empire parthe (-250-227), Le Cri édition, 2001, p. 54
  6. Emmanuel Choisnel, Les Parthes et la route de la soie, Editions L'Harmattan, 2004, p. 41
  7. Maurice Sartre, Le Haut-Empire romain : les provinces de Méditerranée orientale d'Auguste aux Sévères, Paris, Seuil, 1997, p. 39
  8. Paul Petit, Histoire général de l'Empire romain : 1. Le Haut-Empire 27 av. J.-C. - 161 apr. J.-C., Éditions du Seuil, coll. « Points Histoire », 1974, p. 219
  9. Melchior marquis de Vogüé et Charles Henri Auguste Schefer, Revue de l'Orient Latin, Volume 9, E. Leroux., 1964, p. 561

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Briant, Rois, tributs et paysans : Études sur les formations tributaires du Moyen-Orient ancien, Volume 269, Presses Universitaires de Franche-Comté, , 539 p.
  • Monique Clavel-Lévêque, « À propos des brigands : discours, conduites et pratiques impérialistes », Dialogues d'histoire ancienne, vol. 2,‎ , p. 259-262 (DOI 10.3406/dha.1976.2742, lire en ligne). 
  • Jean-Pierre Digard, « Montagnards et nomades d'Iran : des «brigands» des Grecs aux «sauvages» d'aujourd'hui », Dialogues d'histoire ancienne, vol. 2,‎ , p. 263-273 (DOI 10.3406/dha.1976.2743, lire en ligne). 
  • Louis Dillemann, Haute Mésopotamie orientale et pays adjacents : contribution à la géographie historique de la région, du Ve siècle avant l'ère chrétienne au VIe siècle de cette ère, Librairie Orientaliste Paul Geuthner, , 358 p. 
  • Johann Gustav Droysen, Alexandre le Grand, Édition Complexe, , 490 p. 
  • Roger Peyrefitte, Alexandre le Grand, Albin Michel, , 548 p. 
  • ʻĀdil Ismāʻīl, Histoire du Liban du XVIIe siècle à nos jours, vol. 1, Librairie orientale et américaine,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]