Johann Chapoutot

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Johann Chapoutot
Johann Chapoutot 20100330 Salon du livre de Paris 3.jpg

Johann Chapoutot au Salon du livre de Paris le 14 mars 2009.

Biographie
Naissance
Nationalité
Activités

Johann Chapoutot, né en 1978, est un historien spécialiste d'histoire contemporaine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Pierre Mendès-France de Grenoble de 2008 à 2014, il est depuis 2014 professeur à l'université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 et depuis 2011 membre de l'Institut universitaire de France. Il est spécialiste de l'histoire de la culture nazie et d'histoire politique et culturelle de l'époque contemporaine, utilisant abondamment les documents cinématographiques dans ses recherches. Sa thèse, soutenue en 2006 à l'université Paris-I sous la direction de Robert Frank et d'Étienne François portait sur le national-socialisme et l'Antiquité. Il enseigne l'histoire contemporaine de l'Allemagne depuis 1806, les sociétés européennes au XIXe siècle (1815-1914), ainsi que l'histoire mise en regard avec le cinéma[1],[2],[3]. Il travaille également sur l'utilisation de l'Antiquité par les régimes fascistes.

En 2015, il conteste la pertinence de rééditer Mein Kampf d'Adolf Hitler[4].

Réception critique[modifier | modifier le code]

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Son ouvrage Le national-socialisme et l'Antiquité est très bien reçu en France. Maurice Sartre parle de « somme magistrale » qui retrace la « place de premier plan » que l'Antiquité grecque et romaine tenait dans l'imaginaire national-socialiste[5]. Claude Aziza le salue même comme « un livre appelé à devenir un classique »[6]. Perrine Simon-Nahum évoque « un travail érudit et captivant »[7]. Marilyne Dewavrin-Farry voit dans l'étude de Chapoutot « un ouvrage novateur » qui parvient à son but, celui de « faire comprendre comment les nazis ont réinventé l’Antiquité et s’en sont servi pour ancrer leur idéologie dans l’histoire. »[8] Thierry Feral est également séduit par un ouvrage qui, d'après lui, comble une lacune dans la recherche sur le national-socialisme. Il met néanmoins en garde contre « une survalorisation de l’antiquité grecque et latine dans l’idéologie nationale-socialiste alors qu’elle n’en a constitué qu’un des aspects. »[8]

Chez les historiens germanophones, la reception est beaucoup plus contrastée. Pour Matthias Willing, la monographie de Chapoutot mérite une « haute estime » du fait de la multiplicité des perspectives montrant la mobilisation totalitaire de l'antiquité par le régime hitlérien[9]. L'historien suisse, spécialiste de l'Antiquité, Beat Näf (de) salue « un livre passionnant sur la relation entre le nazisme et l'antiquité. »[10].

Uwe Walter (de) est plus sévère pour l'ouvrage. S'il reconnaît que les experts y trouveront divers enseignements, citations et liaisons transversales éclairantes, « le livre ne peut pas vraiment satisfaire »[11], des recherches importantes ne sont pas prises en compte. L'auteur juxtapose, selon lui, des textes d'Hitler et d'autres sommités nazis avec des manuels et des tracts de propagande les uns à côté des autres suggèrant un haut degré d'homogénéité, démentie immédiatement par les références montrant de nombreux courants concurrents. Mais, pour Walter, il manque essentiellement à Chapoutot l'intérêt que portait Volker Losemann (de) dans sa thèse pionnière intitulée Nationalsozialismus und Antike (1977) pour le cadre institutionnel et ses développements. Il lui manque également une connaissance approfondie des auteurs cités[11]. Si, selon Walter, il est possible d'excuser un certain nombre d'erreurs de détails, de noms mal orthographiés, des erreurs de dates ou des traductions erronées, il l'est moins de placer sur le même plan une édition spéciale du chapitre de l´Histoire romaine de Mommsen sur l'antiquité juive avec des tracts de propagande nazis[11],[8], en dépit du fait que l'éditeur comme la maison d'édition de cet ouvrage étaient juifs, laissant penser que Chapoutot n'a jamais tenu le livre dans sa main[11]. Walter conclut que en dépit de toute sa richesse - « méthodiquement et techniquement le livre est plutôt un pas en arrière »[11].

Martina Pesditschek, spécialiste de l'histoire des sciences et du national-socialisme trouve des défauts importants à l'ouvrage[12]. Elle s'exprime de manière critique concernant les connaissances réelles de Johann Chapoutot de l'historiographie parue en langue allemande sur le sujet et sur son utilisation des sources[12]. Celui-ci présente un Hitler qui serait un antisémite enragé lors de son époque viennoise, « mais une telle croyance depuis longtemps ne correspond plus à l'état actuel de la recherche. »[12] Pour ces raisons, les informations que livre Chapoutot sur Hitler « doivent donc, en principe, rester sous le soupçon général de manque de fiabilité et d'incomplétude. »[12] Elle remarque que Chapoutot, pour ce qui est de sa connaissance dans le domaine des études classiques ne maîtrise probablement même pas l'alphabet grec, ce qui induit un nombre important d'erreurs de sens qui se trouvent déjà dans l'original français[12]. Elle regrette qu'il ne soit probablement pas assez clair pour la plupart des lecteurs que les citations de l'ouvrage ne sont, que dans une minorité de cas, le fait d'auteurs qui ont travaillé en tant que professeurs dans une université allemande, la part du lion de celles-ci retombant à Hans F. K. Günther dont la présentation contient pour partie des « inexactitudes grossières »[12] et au natif de Linz Fritz Schachermeyr dont il méconnaît la place réelle dans l'université allemande[12]. De toutes les disciplines scientifiques, c'est la linguistique indo-européenne qui se trouve au centre des attaques de Chapoutot, linguistique indo-européenne qui aurait formé en Allemagne « une pseudoscience » alors que les fondements de cette science se sont formés très différement du cadre idéologique qu'il lui prête, comme l'illustre un Felix Solmsen (de)[12]. Pour Pesditschek, Chapoutot soulève ainsi de graves accusations sans s'être vraiment informé du contenu réel de l'enseignement de ces domaines à cette époque[12]. Elle estime de même « obscène » la présentation que fait Chapoutot d'une « fusion totale de la linguistique et des études raciales »[12], avec pour seule preuve la tenue d'un séminaire sur "La relation entre la race et la langue" à l'Université de Kiel dans le semestre d'été 1935[12]. Pesditschek récuse l'histoire des idées en Allemagne, telle que la présente Chapoutot d'une manière générale et en particulier ses affirmations concernant la genèse et le cheminement des recherches traitant du foyer originel des Indo-Européens[12]. Elle conclut en affirmant qu'« une telle incompétence et négligence à l'égard de l'objet du national-socialisme », ne peut que faire le jeu que des apologistes de la période[12].

Un jugement négatif que partage Stefan Rebenich (de). L'historien suisse, spécialiste de l'Antiquité, fait observer que contrairement à ce qu'avance le texte de présentation, le propos du livre était déjà connu dans ses grands traits comme dans maints de ses détails[13]. Il ajoute que « la joie des découvertes supposées aurait passé à l'auteur s'il avait été plus familier avec la littérature savante. Il n'aurait peut-être pas appliqué un aussi large pinceau »[13]. Il aurait alors pu distinguer de manière plus précise les discours scientifiques et les non-scientifiques[13]. Selon Rebenich, la vision unilatérale de Chapoutot ne lui permet pas de détecter de manière adéquate les continuités et les discontinuités dans la perception allemande de l'antiquité. Ainsi, la glorification de l'héroïsme spartiate est évoquée en quelques pages par des jugements expéditifs sans mentionner l'étude de référence d'Anuschka Albertz que Chapoutot semble également ignorer[13].

Publications[modifier | modifier le code]

Chapoutot aux Historikertag à Göttingen, en 2014.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Le national-socialisme et l'Antiquité, PUF, 2008.
  • L'âge des dictatures. Régimes autoritaires et totalitarismes en Europe (1919-1945), PUF, 2008.
  • Le meurtre de Weimar, PUF, 2010 (Prix Eugène-Colas 2011 de l'Académie française).
  • Le nazisme. Une idéologie en actes, La Documentation Française, 2012
  • Directeur de la collection Histoire de la France contemporaine en dix volumes (2012-2015)[14]
  • Histoire de l'Allemagne (1806 à nos jours), Puf, coll "Que-sais-je, 2014
  • La Loi du sang. Penser et agir en nazi, Gallimard, coll. Bibliothèque des Histoires, 2014 (Prix Emile Perreau-Saussine 2015[15])
  • avec Jean Vigreux, Des soldats noirs face au Reich, PUF, 2015

Articles[modifier | modifier le code]

  • « Le Nazisme. Une idéologie en actes », La Documentation photographique, no 8085, La documentation française, 2012.
  • « Existe-t-il une pensée nazie ? », Philosophie Magazine, Hors-Série no 13, Les philosophes face au nazisme, février-mars 2012.
  • « L'historicité nazie. Temps de la nature et abolition de l'histoire », in : Vingtième Siècle. Revue d'histoire, no 117, 2013/1, pages 43–55.
  • « Les nazis et la 'nature'. Protection ou prédation ? », in : Vingtième Siècle. Revue d'histoire, n°113, 2012/1, pages 29-39.
  • « Les juristes nazis face au traité de Versailles (1919-1945) », in : Relation internationales, n°149, 2012/1, pages 73-88.
  • « Hitler : l'homme providentiel qui ne croyait pas à la Providence », in : Parlement(s), Revue d'histoire politique, no 13, 2010/1, pages 63–71.
  • « Comment meurt un Empire : le nazisme, l'Antiquité et le mythe », in : Revue historique, no 647, 2008/3, pages 657-676.
  • « La charrue et l'épée. Paysan-soldat, esclavage et colonisation nazie à l'Est (1941-1945 », in : Hypothèses, 2006/1, pages 261-270.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Johann Chapoutot sur France Inter.
  2. « CV de Johann Chapoutot sur le site de l'Université Pierre-Mendès-France », sur upmf-grenoble.fr (consulté le 28 décembre 2012).
  3. « Joël Cornette et Johann Chapoutot : « La France est une invention » », sur lemonde.fr,‎ .
  4. « Johann Chapoutot : «Cette focalisation sur "Mein Kampf" a l’inconvénient d’encourager une lecture hitléro-centriste du nazisme» », sur liberation.fr,‎ .
  5. "Le National-Socialisme et l'Antiquité", de Johann Chapoutot : de Sparte à Nuremberg, lemonde.fr, 13.11.2008
  6. Le National-Socialisme et l'Antiquité, histoire.presse.fr, mensuel n°339, février 2009, p. 90
  7. Quand les nazis annexaient l’Antiquité, Perrine Simon-Nahum, laviedesidees.fr, 15 janvier 2009
  8. a, b et c Le livre Le nazisme et l’Antiquité de Johann Chapoutot - Deux opinions, comptes-rendus de Marilyne Dewavrin-Farry et Thierry Feral, quatrea.com
  9. Review of Chapoutot, Johann, Der Nationalsozialismus und die Antike, Matthias Willing, H-Soz-u-Kult, H-Net Reviews. October, 2014.
  10. Der Nationalsozialismus und die Antike, Beat Näf, DAMALS 11/2014
  11. a, b, c, d et e (de) Chapoutot, Johann: Der Nationalsozialismus und die Antike, Rezension, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 22.08.2014, p. 10
  12. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Der Nationalsozialismus und die Antike / Johann Chapoutot. Aus dem Französischen von Walther Fekl. - Darmstadt : von Zabern, 2014, academia.edu, Informationsmittel (IFB )
  13. a, b, c et d Totalitäre Vergangenheitspolitik, Stefan Rebenich, nzz.ch, 19.11.2014
  14. Emmanuel Hecht, « Histoire de France : quatre contrevérités dévoilées », sur lexpress.fr,‎ .
  15. « Prix Emile Perreau-Saussine », sur livreshebdo.fr (consulté le 2 avril 2015).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]