Île Sainte-Marie

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Île Sainte-Marie
Nosy Boraha (mg)
La plage de la Crique
La plage de la Crique
Géographie
Pays Drapeau de Madagascar Madagascar
Coordonnées 16° 50′ 00″ S, 49° 55′ 00″ E
Superficie 222 km2
Point culminant 112 m
Administration
Province Tamatave
Région Analanjirofo
District Nosy Boraha
Démographie
Population 26 547 hab. (2013)
Densité 119,58 hab./km2
Plus grande ville Ambodifotatra
Autres informations

Géolocalisation sur la carte : Madagascar

(Voir situation sur carte : Madagascar)
Île Sainte-Marie
Île Sainte-Marie
Îles à Madagascar

L'île Sainte-Marie, autrefois nommée Nosy-Ibrahim et devenue aujourd'hui en malgache Nosy Boraha (peu usité), est une île située au nord-est de Fenoarivo Atsinanana (région d'Analanjirofo) en face de Soanierana Ivongo dont elle est séparée par un chenal de 30 km (16 miles) de large.

Destination touristique, l'île Sainte-Marie est connue pour son caractère authentique et préservé, ses regroupements de baleines à bosse, son histoire romanesque et l'accueil de ses habitants.

Quelque 40 % de la population de l'île comprend ou parle le français, ce qui en fait la région la plus francophone de Madagascar. On trouve par ailleurs sur l'île Sainte-Marie de nombreux guides touristiques qui parlent anglais, ce qui attire des visiteurs étrangers.

Géographie[modifier | modifier le code]

Localisation[modifier | modifier le code]

Au nord de Soanierana Ivongo,une longue avancée,basse et sablonneuse,de la côte de Madagascar en direction de l'est se termine par la pointe Antsiraka:l'Ile Sainte Marie n'est plus qu'à une distance de 3 miles (5km) de la Grande Terre.

De forme très allongée, elle mesure 49 km de long sur 5 km de large, avec une orientation sud-sud-ouest/nord-nord-est. Au sud, l'île aux Nattes (2,5 km sur 1,5 km) est séparée de l'île Sainte-Marie par un bras de mer d'environ 200 m de large. Un lagon entoure ces deux îles.

L'île est relativement élevée : sur sa partie centrale se dresse un prolongement montagneux (altitude maximale 121 m). D'importantes plaines se regroupent sur les parties nord et sud ainsi que dans l'est. Les types de sol varient : ferrallitiques au centre et sablonneux sur les côtes, à faible fertilité, convenant au cocotier et à l'arbre à pain. Le sable blanc est d'origine marine : il provient du récif corallien frangeant débordant, étroit sur la côte ouest mais s'étendant jusqu'à près de 1,5 miles vers l'est et le sud sur la côte orientale.

Le village principal est Ambodifotatra, à environ 10 km du sud de l'île. L'Aérodrome de Sainte Marie est situé à la pointe sud de l'île. Il est desservi par Air Madagascar et Madagasikara Airways depuis les villes de Tananarive et Tamatave.

De nombreux hôtels parsèment l'île, essentiellement entre l'aéroport et Ambodifotatra.

L'île est au voisinage d'anses et de baies remarquables. Les célèbres baies d'Antongil et de Tintingue ont été des repaires de pirates des mers du Sud, l'activité des flibustiers et forbans y connaissant une croissance à l'époque classique entre 1620 et 1680.

Localisation de l'île Sainte-Marie.

Climat[modifier | modifier le code]

Aux latitudes de Sainte-Marie, le flux océanique de l'alizé rencontre presque perpendiculairement le relief escarpé de la côte est de Madagascar : il apporte une pluviométrie annuelle importante (plus de 3 500 mm). L'île a un climat tropical humide.

La distribution mensuelle des pluies est supérieure à 300 mm sauf pour les mois de septembre, octobre, novembre qui sont les plus ensoleillés. Les températures varient de décembre à mars entre 34° (le jour) et 25° (la nuit) et de mai à octobre, 28° (le jour) et 20° (la nuit). De janvier à mars, passent les dépressions dont certaines évolueront en Cyclone tropical. En dehors de cette période, au mois d'avril, le vent souffle du Sud Est et le régime d'alizé s'établit avec une intensité augmentant jusqu'au mois d'août (20-25 noeuds). À partir du mois d'octobre, le vent recule et souffle tantôt de l'ESE (affaiblissement de l'alizé) tantôt du NNE (établissement de la zone de convergence intertropicale) en restant modéré (10-15 n). Une Station météorologique automatique a été installée en 2014 à l'aéroport de Ravoraha (Sud de Sainte Marie). Elle est alimentée par une pile reliée à un panneau solaire.

Une histoire romanesque[modifier | modifier le code]

Vers 1506, des navigateurs portugais découvrirent l'île, le jour de l’Assomption, tout en échappant à un naufrage, et nommèrent l'endroit en l'honneur de la Vierge : « Santa-Maria ». À cette époque, de Constantin fait la description suivante de l’île :

« Les hommes avaient quatre javelines garnies de pointe d’argent, (...) n’avaient qu’un vêtement fort adroitement tissé de quelques herbes de diverses couleurs. Ils portaient chacun un roseau avec de l’eau salée. C’étaient de grands hommes, puissants, tels que sont communément tous ceux de cette île. Ils ont de grands boucliers de bois dont ils se couvrent tout entier lorsqu’ils se baissent, en sorte qu’on ne peut voir qu’une partie de leurs pieds. L'île a de longueur du nord au sud environ un degré. Le paysage est agréable. Elle est remplie de grands arbres très beaux et très verts. Le terrain est fort haut, mais en naviguant le long de la côte, on vit qu'elle était séparée en deux îles. »

Un ancien repaire de pirates (1685-1726)[modifier | modifier le code]

« La petite isle de Ste-Marie où l'on carène les vaisseaux » (dessin du XVIIe siècle).

Non loin des voies maritimes où transitaient des navires revenant des Indes les cales débordantes de richesses, pourvue de baies et de criques protégées des tempêtes et abondant en fruits et en eau douce, Sainte-Marie devint une base populaire pour les pirates au long cours du XVIIe au XVIIIe siècles.

Pendant deux siècles, l'île a été le repaire des brigands des mers. Au XVIIIe siècle, dit-on, plus de mille corsaires y résidaient. Les épaves de leurs navires gisent au large d'Ambodifotatra, la capitale de Sainte-Marie. Aujourd'hui, plus de corsaires : ici, on goûte à la paix, près du grand voisin, Madagascar.

L'île aux Forbans, située au cœur de la baie d'Ambodifotatra, verra séjourner des figures légendaires de la piraterie telles que : John Avery, Christophe Condent, Thomas Tew, William Kidd, et Olivier Le Vasseur. Beaucoup d'entre eux feront souche. De nombreux vestiges de cette histoire subsistent à Sainte-Marie. Par exemple, dans la baie des Forbans gisent encore d'authentiques vaisseaux pirates, à quelques mètres de fond.

Sainte-Marie est située sur deux importantes routes commerciales du XVIIe siècle : celle de la mer Rouge et celle de l’océan Indien. À l’époque déjà, la population y était accueillante, la nourriture abondante et aucune puissance européenne ne tenait l’île. La proche région devint au cours du siècle particulièrement prisée des pirates alors que les Caraïbes, jusqu'alors lieu de regroupement privilégié de la flibuste internationale, diminuait en popularité.

Les allées et venues des galions espagnols chargés de trésors se faisaient plus rares dans les Caraïbes. Sous le contrôle des Français, l’île de la Tortue devenait, peu à peu, un port tranquille et fréquentable. D’autre part, l’affluence des boucaniers à Port Royal, autrefois forte, ne se relevait pas du tremblement de terre jamaïcain de 1692. Plus généralement, les nations européennes ne tolérant plus la piraterie, encourageaient la chasse aux pirates par leur patrouilles navales dans les eaux caribéennes.

Cimetière de pirates.

Aux alentours de 1700, l’île Sainte-Marie devint ainsi le port d’attache d’une vingtaine de vaisseaux et le lieu d’habitation d’un millier de forbans.

La rumeur des fortunes faciles qui s’y firent envahit les mers. À l’image de la république démocratique de Libertalia, il semblait s’y concrétiser des idéaux d’égalité, de liberté et de fraternité. L’engouement pour ce havre était tel que les nations européennes commencèrent à se soucier de l’impact et du rôle commercial et géopolitique de cette zone qu’ils ne contrôlaient pas et offrirent l’amnistie aux pirates qui se repentiraient et retourneraient au pays. On trouve encore sur l'île de nombreux cimetières de forbans.

Présence française (1750-1960)[modifier | modifier le code]

À la suite du mariage entre la reine Betty — Bétia, la fille du Roi Ratsimilaho — et le caporal La Bigorne, l'île Sainte-Marie est cédée à la France. L'acte est signé le à bord du vaisseau de ligne Mars avec l'aval des chefs traditionnels.

L'île, pacifiée par la Marine royale et déjà occupée par des ressortissants français dès 1750, est devenue une colonie française vers 1820-1822. Sous l'impulsion d'Albrand qui installa de nombreux Français, l'exploitation du bois, la culture de la canne à sucre et du riz, l'élevage des bœufs à des fins d'exportation ont contribué à l'essor du petit chef-lieu, Port-Louis. À la fin des années 1860, l'île s'étend d'après un cadastre local sur 90 995 hectares et compte 5 900 habitants. Elle fait partie du Gouvernement de Mayotte et n'est rattachée à la grande île de Madagascar qu'à la fin du siècle. En 1896, la dualité de l'appareil judiciaire est instituée : les Saints Mariens relèvent du Code civil tandis que les originaires de Madagascar ont une juridiction fondée sur les coutumes locales et les anciennes lois de la monarchie Merina.

Un statut particulier (1960-1972)[modifier | modifier le code]

Lors de l'Indépendance, compte tenu des facteurs historiques, un accord particulier sur l'état des personnes originaires de l'ile Sainte-Marie a été signé. Ils deviennent des nationaux malgaches mais, par un privilège spécial, sont admis à exercer sur le territoire de la République Française les droits attachés à la qualité de citoyens français. Ce privilège prendra fin en 1972.

Durant cette période, les Saint-Mariens seront nombreux à servir sous le pavillon tricolore : Marine nationale française et Marine marchande.

Patrimoine[modifier | modifier le code]

Architecture[modifier | modifier le code]

À Ambodifotatra :

  • L'église de Sainte-Marie, située à la sortie sud, dont la construction s'achève en 1857, la plus ancienne église catholique de Madagascar[1].
  • L'ancien Fort de la Compagnie française des Indes orientales
  • La stèle funéraire de F.F.J. Albrand (1795-1826)
  • Le cimetière des pirates

Au nord de l'île :

  • Le phare d'atterrissage Albrand (tour de 18 m., construite en 1931)

Sur l'Îlot Madame :

  • La Résidence qui héberge le Musée de la Reine Betty ainsi que des objets traditionnels de la vie des Saints Mariens, des os de baleine, des pièces provenant des fouilles archéologiques effectuées en 2015 dans la baie des Forbans, etc.
  • Le monument ossuaire des commerçants franco-anglais assassinés, en 1845, à Tamatave

Cuisine[modifier | modifier le code]

La cuisine saint-marienne est principalement à base de poissons et fruits de mer. Le coco est roi de l'entrée au dessert : punch coco, fruits de mer et poissons sauce coco, gâteau et flanc au coco... Si le fumage des poissons "cher aux pirates" semble être oublié, le carpaccio de thon frais est maintenant servi en entrée.

Musique et danse[modifier | modifier le code]

Administration[modifier | modifier le code]

Sainte-Marie constitue une commune et un district.

Économie[modifier | modifier le code]

Agriculture[modifier | modifier le code]

Les productions agricoles de l'île sont faibles en quantité et surtout pour l'autosubsistance : riz, manioc, patate douce... La principale production est celle du girofle : en moyenne par an, 600 tonnes de clous (le clou est le bouton floral non épanoui et desséché).

Le giroflier a une dimension historique particulière pour les Saints Mariens. En 1824, de retour d'un voyage à Zanzibar où il préleva des plants, le prince Betsimisaraka Mandritsara les introduisit sur l'île à Maromandia Tafondro : de là, des boutures ont gagné la Grande Terre et les plants se sont multipliés sur la côte orientale, car le voisinage de la mer et un climat pluvieux et ensoleillé leur sont favorables. À Sainte Marie, le giroflier est cultivé en hauteur à flanc de collines ; sa récolte, d'octobre à décembre, s'effectue toujours d'une manière traditionnelle : cueillette des griffes (pédoncule floral) avec des échelles de bambou de 3 à 4 m, mises en soubiques (paniers tressés),transport à dos au village, égriffage en famille, séchage sur des nattes étalées sur le sol pendant 2 à 3 jours, vannage, triage et mise en sac. Malgré l'instabilité des cours, le girofle reste un produit de rente majoritaire : avec un meilleur encadrement technique des producteurs, le clou de girofle de Sainte Marie pourrait être bien placé pour prétendre à une indication géographique[2].

Pêche[modifier | modifier le code]

Pêcheur sur l'île Sainte-Marie.

Une grande variété de poissons de récif (merous, perroquets, vivaneaux, capitaines...) et pélagiques (thons, carangues, barracudas, dorade coryphène, espadon-voilier...) existe dans les eaux côtières de l'île. Langoustes (bleues et rouges) et cigales de mer (Scyllaridae) sont pêchées à la nasse, tandis que calamars et poulpes sont attrapés par la technique du lamparo. Une société de pêche industrielle sise à Ambodifotatra existe depuis vingt années : elle soutient une pêche (halieutique)responsable et conditionne les captures avant de les exporter congelées vers l'île de la Réunion (174 t en 2016).

Tourisme[modifier | modifier le code]

Parmi les activités de service, le tourisme arrive en première place et génère de nombreux emplois. On recense plus d'une quarantaine de sites d'hébergement qui sont pour la majorité de petites unités hôtelières de dix à vingt bungalows. La réalisation de la route bitumée du Nord au Sud de l'île, l'accroissement démographique et la raréfaction des matériaux végétaux locaux ont entraîné une modification de l'habitat. Le milieu naturel ne sera bientôt plus présent que sur les côtes sud-est et nord-est de l'île : y subsistent toujours, sur pilotis, avec des murs en "falafa" et un toit en "ravina-potsika", les hameaux traditionnels dans des enclos bordés de clôtures fleuries. Le développement d'un tourisme durable sur le long terme passera par une sensibilisation des Saints Mariens à la protection de l'environnement et une meilleure préservation des ressources naturelles de l'île : massifs forestiers, mangroves et fonds sous marins.

Des atouts touristiques[modifier | modifier le code]

  • Plages de sable corallien et cocotiers.
  • Mangroves avec palétuviers
  • Baies et lagons
  • Forêts sèches (nord est) et humide (centre ouest)
  • Forte interculturalité
  • Authentique, tourisme raisonné

Transports[modifier | modifier le code]

L'île dispose de son aérodrome. Elle est aussi accessible par voie maritime à partir de Soanierana Ivongo ou à partir de la plage de Mahambo-Ambany (89 km au nord de Toamasina) par le bâtiment El Condor.

Une végétation luxuriante[modifier | modifier le code]

L'île porte de nombreux surnoms dont celui de « l'île-jardin ». Du fait d'un micro-climat constant tout au long de l'année, Sainte-Marie possède une luxuriance végétale remarquable. Si les diverses cultures d'épices (girofle, cannelle, vanille, café, poivre) y prolifèrent, Sainte-Marie a su aussi conserver un large éventail des différentes sylves tropicales existant à Madagascar, dont une véritable forêt primaire.

Une faune et une flore endémiques[modifier | modifier le code]

Pyxis planicauda dans le parc Endemika.

Le caractère insulaire du lieu et les particularités du sol corallien ont favorisé diverses adaptations, tant sur le plan animal que végétal, entraînant des inter-relations uniques. Sainte-Marie est ainsi dotée d’une faune et une flore très riche, on y rencontre entre autres espèces plusieurs types de lémuriens ainsi qu’une multitude d’orchidées, dont la magnifique Reine de Madagascar — Eulophiella roempleriana — endémique de l'île aux Nattes : elle pousse dans le houppier des feuilles du Pandanus, l'inflorescence est érigée (hauteur 1 à 2 m), la floraison — 10 à 30 fleurs roses à violacées de 5 à 6 cm de diamètre — dure tout le mois de novembre.

Des fonds marins de qualité[modifier | modifier le code]

À l'abri des requins, le lagon de l'île de Sainte-Marie est doté d'importantes constructions coralliennes. Sa faune et sa flore sous-marines constituent un patrimoine naturel préservé et un site de plongée de premier ordre dans l'océan Indien.

Un sanctuaire de baleines[modifier | modifier le code]

L'île accueille chaque année pendant l'hiver austral un spectaculaire ballet. D'importants groupes de baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) migrent depuis l'Antarctique jusqu'au canal de Sainte-Marie, lieu de reproduction idéal. Ces paisibles géants trouvent ici des conditions favorables à la croissance des jeunes et à leurs jeux amoureux et acrobatiques avant le grand retour vers les mers froides.


Filmographie[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Île Sainte-Marie sur madagascarile.free.fr
  2. Source : Gloanec (2010)Valorisation des filières poivre et girofle à Madagascar et documentation du Centre technique horticole de Tamatave (CTHT))

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Elyane Tiana Rahonintsoa, L'Île Sainte-Marie (Nosy Boraha), Tananarive, Libr. de la Madagascar, 1980, 37 p.
  • Nicole Sztokman, « Perspectives de développement touristique à Madagascar : l'exemple de Nosy-Boraha (île Sainte-Marie) », in L'Information géographique, vol. 58 (1994), no 4, pp. 143-149.
  • Théophile Frappaz, L'île de Sainte-Marie juin 1819, souvenirs d'un jeune marin, éditions du Pichtogom, 2015.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Marie de Gentelles, À l'île Sainte-Marie, Lille, Desclée, de Brouwer et Cie, 1901, 182 p. [1] Texte intégral en ligne sur Gallica