Histoire du thé

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Cueillette du thé à Ceylan en 1880

Cet article relate l'histoire du thé.

Origines asiatiques[modifier | modifier le code]

Mythes et légendes[modifier | modifier le code]

Selon la légende chinoise évoquée dans le traité de phytothérapie Shennong bencao jing, l'utilisation du thé comme boisson serait apparue en l'an 2737 avant notre ère, quand des feuilles se seraient détachées d'un arbre pour tomber dans l'eau chaude que l'Empereur Shennong avait fait bouillir dans une jarre pour se désaltérer. Il est en effet répandu de faire bouillir l'eau avant de la boire[1],[2]. Ce dernier aurait alors apprécié le breuvage dont la consommation se serait généralisée. Une variante de cette légende veut que l'empereur, ayant testé toutes les plantes de l'univers, aurait ingéré par une erreur une plante soporifère ou toxique alors qu'il se reposait sous un théier. Une feuille de thé s'étant détachée de cet arbre, il l'aurait mâché et découvert ses vertus (stimulante ou antidote)[1].

Une autre légende originaire d'Inde attribue l'invention du thé à Bodhidharma, fondateur en Chine de l'école Chan : ce moine bouddhiste se serait endormi après avoir médité pendant neuf ans devant un mur. À son réveil, il se sentit si coupable qu'il se serait coupé les paupières pour éviter de se rendormir et les aurait jeté au sol, donnant naissance au théier[3].

Une autre légende veut que pendant la dynastie Tsin, une vieille femme aille au marché tous les jours à l’aube avec une seule tasse de thé. Les gens achètent son thé jusqu’au coucher du soleil, et il n’est jamais épuisé. Elle redistribue l’argent reçu aux orphelins et aux mendiants[2].

Débuts de la consommation de thé en Chine[modifier | modifier le code]

De façon plus vérifiable, le thé serait apparu en Chine, sous la dynastie des Han de l'Ouest (-206 av. - 24) : des récipients à thé datant de cette époque ont été découverts (texte de Wang Bao en 59 av. J.-C. mentionnant des serviteurs allant chercher des caisses de thé)[1]. Le Er ya, dictionnaire chinois ancien, cite l’emploi des feuilles de l’arbre à thé en infusion[2]. À l'origine, on s'en sert pour parfumer l'eau que l'on fait bouillir avant de la boire. Il est d'emblée apprécié pour ses vertus thérapeutiques, comme soulageant les fatigues, fortifiant la volonté et ranimant la vue. Il devient une boisson quotidienne en Chine sous la dynastie des Han de l'Est (25 - 220) et à l'époque des Trois Royaumes (220-280). Les plus anciennes graines de thé ont été découvertes dans la Tombe du marquis Yi de Zeng et les plus anciennes feuilles dans la tombe de la marquise de Dai[1].

Sous Confucius, une herbe nommée « tu » est utilisée dans les offrandes aux ancêtres et est mentionnée dans le Classique des vers. Plus tard, Kwunyin, disciple de Lao-Tseu, a l’habitude d’offrir le thé à ses hôtes[2].

Au premier millénaire[modifier | modifier le code]

Bu à l’origine pour ses vertus médicinales, le thé devient une boisson à la mode sous la dynastie Tang (618-907). L’État taxe trois grands produits : le sel, l’alcool, et le thé. Le commerce du thé se développe énormément au cours du 8e siècle, alors que le thé devient la boisson courante du peuple chinois. En 879, un voyageur arabe estime que les principales sources de revenu de la ville de Canton sont les impôts sur le sel et sur le thé[2].

Le tout premier ouvrage au monde traitant du thé, écrit par Lu Yu entre les années 760 et 780 de notre ère, est Le Classique du Thé. Dans cet ouvrage, il traite de la plante elle-même, mais aussi des outils à employer pour la récolte, de la qualité des feuilles, des accessoires nécessaires à la préparation, de l’histoire des plantation et de quelques buveurs de thé célèbres[2]. À la même époque, dans le Nord de la Chine, vit Lu Tung, connu comme le « Fou du thé ». Poète et philosophe, il écrit : « Je ne m’intéresse nullement à l’immortalité, mais seulement au goût du thé ». Il écrit le Chant du Thé[2].

À l’époque de la dynastie Tang, le thé se consomme sous forme de brique, comme c’est toujours le cas au Tibet. Quand il est amolli par la chaleur, on le fait rôtir jusqu’à ce qu’il devienne tendre, puis il est pulvérisé. Lorsque l’eau commence à frémir, on y ajoute du sel : quand elle bout, on y verse le thé. La consommation de thé dépend cependant d’une certaine hiérarchie sociale. Les gens du peuple peuvent le trouver brut, en feuilles, en poudre ou en brique, ce dernier format étant le favori des amateurs. On utilise souvent le terme « soupe » pour le désigner, en raison des ingrédients au goût prononcé (oignon, gingembre, orange, menthe) qui y sont infusés. Le thé est servi dans des bols en bois[2].

On considère à l’époque que le meilleur thé vient de Yang Hsien, dans le bas Yangzi Jiang. À la fin du VIIIe siècle, la Cour exige une fourniture annuelle de thé, qui s’élève rapidement à plusieurs tonnes par an. À la fin du siècle, on estime que 30 000 personnes sont employés à la cueillette et à la torréfaction du thé du tribut de la Cour, un mois par an. Vers le mois d’avril, les fonctionnaires du thé se réunissent pour afire des offrandes à la divinité de la montagne. Ensuite, des cueilleuse, souvent très jeunes, partent sur les pentes de la montagne à l’aube, et elles arrêtent à midi. Le reste de la journée, les feuilles sont torréfiées, séchées dans un four spécial puis mises en poudre et comprimées sous la forme de briques. L’opération doit être terminée le soir même[2].

Les briques de thé servaient notamment de monnaie d'échange pour se procurer des chevaux auprès des peuples du Nord[2]. C'est ainsi que le thé s'est introduit en Mongolie où de nos jours il est toujours préparé bouilli, salé, additionné de lait de yack ou de vache[réf. nécessaire].

Sous la dynastie Song[modifier | modifier le code]

Sous la dynastie des Song du Nord (960-1279) on prépare le thé battu. Les feuilles sont broyées sous une meule afin d'obtenir une poudre très fine, que l'on fouette ensuite dans l'eau chaude pour obtenir une mousse substantielle. Ce thé est aussi servi dans un grand bol commun à plusieurs convives. En 1012, Tsai Hsiang compose le Ch’a lu, l’art du thé impérial. Le thé est introduit au Japon au début du XIIe siècle par le prêtre Eisai, et ce mode de préparation y est encore pratiqué lors de la cérémonie du thé (chanoyu)[2].

Au début du XIIe siècle, l’empereur Hui Zong est surnommé « l’empereur du thé ». Il écrit lui-même une dissertation sur les vingt espèces de thé, dont le thé blanc, qu’il considère comme le plus rare et le plus désirable. Lorsque les nomades envahissent la Chine du nord et le prennent prisonnier, les Song se replient vers le Sud de l’empire et versent un tribut de thé aux Mandchous pour éviter une nouvelle invasion[2].

Les jardins de thé impériaux sont au nombre de 46, le plus connu et le meilleur étant le Pei Yuan. Chacun des jardins a ses propres installations de traitement du thé. Le thé est cueilli début mars, tôt le matin : les cueilleuses travaillent avant l’aube. Elles doivent récolter les feuilles avec les ongles pour ne pas les salir avec la transpiration et la chaleur de leurs doigts. Elles portent des cruches d’eau pour se laver les ongles souvent, d’autres ont des seaux d’eau pour rafraîchir les feuilles déjà cueillies. Après l’aube, le thé est classé en cinq grades de qualité : petits bourgeons, bourgeons moyens (une feuille par tige), bourgeons pourpres (deux feuilles sur la tige), deux feuilles avec bourgeons et sommets de tige. Les deux premières catégories deviennent le thé du tribut, le reste est vendu sur les marchés[2].

Les bols à thé en bois des Tang sont remplacés par des récipients larges et peu profonds en céramique, les chien ou soucoupes. Les connaisseurs préfèrent le thé blanchâtre et le boivent avec des ustensiles noirs pour mettre en valeur la couleur du thé. Les concours de thé sont à la mode chez les hauts fonctionnaires : chacun prépare un thé de son choix avec l’eau de sa source préférée[2].

Sous la dynastie Ming[modifier | modifier le code]

À partir du début de la dynastie des Ming, en 1368, la Chine se concentre sur le reboisement et inclut le théier, installé dans plusieurs nouvelles provinces chinoises. Un effort est fait pour ramener le tribut du thé à un taux modéré, soit environ 1% des récoltes comme sous l’époque Tang. Les petits propriétaires recommencent en conséquence à cultiver le théier[2].

Feuilles de thé oolong infusant dans un zhong.

En 1391, Hongwu, le premier empereur de la dynastie Ming décrète que les tributs en thé livrés à la Cour doivent l'être non plus sous forme de briques, mais de feuilles entières[réf. nécessaire].

Les fours à porcelaine se développent et accompagnent un nouveau service du thé. La porcelaine est de plus en plus utilisée pour fabriquer les ustensiles[2].

Le service du thé subit de profonds bouleversements. Il est désormais conservé dans des boîtes réservées à cet usage et préparé dans un ustensile d'un nouveau genre : une théière. On le sert dans de petites tasses individuelles destinées à en exhaler l'odeur et la saveur. Cette nouvelle vaisselle de théières, de bouilloires, de soucoupes, de tasses devient rapidement objet d'un artisanat raffiné à destination de riches collectionneurs, le service à thé[2]. Au début de la dynastie des Qing (1664 - 1911) un ustensile particulier apparaît : le zhōng 盅 (on parle aussi de gàiwǎn 蓋碗 ou de gàibēi 蓋杯) - une sorte de tasse sans anse, à couvercle, dans laquelle on met directement les feuilles à infuser[réf. nécessaire].

Dans Le livre du thé, Okakura Kakuzo déplore que « la poésie des cérémonies Tang et Song a déserté sa tasse » avec ce nouveau mode d’infusion facile des feuilles dans l'eau chaude[2]. Le façonnage devient également un objet d'attention, car les feuilles de thé peuvent être roulées en boules, en « aiguilles », savamment pliées et liées entre elles pour former des motifs complexes comme des fleurs ou des têtes de dragons[réf. nécessaire].

C’est ce type de thé qui commence à être exporté vers l’Europe par l’intermédiaire des Hollandais[2].

En Corée[modifier | modifier le code]

En Corée, le thé entre dans la vie quotidienne dans la période Silla Unifié (668-935). Kim Taeryom, un envoyé coréen, obtient les premières récoltes sur les pentes du mont Chiri, dans le Sud de la péninsule. Des offrandes de thé sont souvent déposées devant les statues de Bouddha et les plaques commémoratives des esprits des ancêtres. Le thé en briques est utilisé pour ses propriétés médicinales[2].

Au cours de la période Goryeo, la Corée découvre un nouvel art du thé. Le thé est raclé sur une brique de thé et mis en poudre juste avant l'utilisation, puis bu dans des grands bol. Son usage reste réservé à l'aristocratie. Chaque matin, le Roi en boit au cours d'une cérémonie. Le rituel du thé devient solennel, accompagné de musique et accompli aux grandes dates de la vie du pays. Les aristocrates achètent du céladon pour leurs ustensiles[2].

Pendant la période Joseon (1392-1910), les feuilles remplacent le thé en poudre, mais le vin de riz remplace le thé pendant les cérémonies. Les moines continuent à boire du thé, s'abstenant d'alcool. Un lourd impôt sur le thé est mis en place lors de la disgrâce du bouddhisme, et les plantations ne survivent que dans le Sud. De nos jours, le thé n'est pas une boisson très courante pendant les repas quotidiens en Corée, et est plutôt remplacé par une infusion de céréales[2].

Au Japon[modifier | modifier le code]

L'empereur Shomu offre du thé à des moines dans son palais dès 729. Ses feuilles sont importées par un ambassadeur à la cour Tang. À l'époque de Nara, le Japon entame une politique d'imitation délibérée et systématique de la culture chinoise, incluant le thé. Des prêtres bouddhistes diffusent les textes sacrés au Japon, et des moines japonais ramènent du thé sur l'archipel. Le moine Saicho, compagnon de voyage de Kukai, ramène des plants de thé et en plante à Sakamoto[2].

Vers 1200, le Japon s'initie au thé de l'école Song : la mousse composée de poudre de thé et battue dans l'eau chaude fournit la base de la cérémonie du thé. En 1202, Eisai plante cinq plants de thé dans une poterie à Uji, près de Kyoto. Ce thé donne le matcha, un thé en poudre d'abord apprécié pour ses vertus médicales décrites dans Kissa-yojo-ki (Mémoire sur le thé et la conservation de la santé)[2].

Au quinzième siècle, les Japonais organisent des concours de dégustations de thé accompagnés de grands festins. On parie des sommes énormes sur le meilleur goûteur au cours de ce tacho, un jeu-concours importé de Chine. Dans ce divertissement, des invités doivent discerner le thé produit dans la meilleure région[2].

Takeno Joo (1502-1555) développe un nouvel art du thé, le Wabi. La cérémonie se déroule dans un petit pavillon, avec des ustensiles modestes et discrets, s'opposant complètement au tacho. Le disciple de Takeno Joo est Sen Rikyu (1522-1591), qui crée sa méthode propre en mélangeant les différents styles de thé pratiqués jusqu'à son époque. Cette méthode est connue aujourd'hui sous le nom de Voie du thé[2]. Rikyu identifie l’esprit de la Voie du thé aux quatre principes fondamentaux d’harmonie, de respect, de pureté et de sérénité. L’harmonie naît de la rencontre entre l’hôte et son invité, de la nourriture servie et des ustensiles utilisés. Avant de servir le thé, l’hôte offre une friandise ou un léger repas à l’invité, et ce qui est servi doit correspondre à la saison.  La pureté est exprimée par le geste de nettoyer pendant les préparatifs du service, et après le départ des invités en rangeant les ustensiles et en fermant la salle de thé. Rikyu invente des bols Raku rouge et noir pour la cérémonie, qui font ressortir le vert de la poudre de jade ajoutée à la mousse du thé. Il introduit aussi l'usage du vase de bambou comme réceptacle du bouquet de fleurs indispensable à toute cérémonie : c'est une base de l'ikebana, l'art de l'arrangement floral au Japon[2].

Introduction du thé en Europe[modifier | modifier le code]

Premiers contacts[modifier | modifier le code]

Portrait de famille en Russie vers 1840 avec un samovar pour le thé

L'Europe de la Renaissance entend parler du thé à travers les écrits des premiers missionnaires occidentaux et des voyageurs portugais, à commencer par Marco Polo[4].

C’est depuis le Japon dès 1543 et le comptoir de Macao dès 1556 que les Portugais importent le thé en Europe. Ils perdent rapidement leur monopole en faveur des Hollandais. Le thé arrive aussi par la route de la soie par la Chine en Russie et dans les pays limitrophes[réf. nécessaire].

Le premier transport de thé par les Hollandais de la Compagnie des Indes orientales est fait vers 1606, mais la consommation du thé en Hollande est mentionnée pour la première fois en 1637. « Comme le thé commence à entrer en usage chez certaines personnes, nous en attendons quelques jarres de Chine ou du Japon sur chaque vaisseau », écrivent les directeurs de la Compagnie des Indes orientales. Le thé est consommé avec beaucoup de sucre dès son arrivée en Europe[5].

Il devient rapidement populaire en Hollande, en particulier parce qu'il est prescrit par les médecins pour combattre la migraine, les aigreurs d'estomac et les problèmes de digestion. Nicolaes Tulp est accusé de prescrire le produit pour soutenir le commerce de la Compagnie des Indes orientales. De plus, le thé est une alternative intéressante à l'eau, présentée comme ayant très mauvais goût par les voyageurs français, et au tabac, déjà utilisé comme excitant[5].

Expansion européenne[modifier | modifier le code]

La première référence connue au commerce du thé en Angleterre se trouve dans le post-scriptum d'une lettre d'un commerçant anglais à son agent à Macao, datée du 27 juin 1615[6]. En 1657, on trouve le thé jusqu'en Saxe, les droguistes de Nordhausen le mettent sur les listes de prix. Au milieu du siècle, en France et en Angleterre, le thé rencontre des détracteurs mais séduit les hommes d'état, les courtisans et les médecins[5].

Le thé semble avoir commencé à apparaître vers 1636 à Paris, mais gagne en popularité seulement sous Mazarin. Lui-même en prend pour se prémunir de la goutte. En 1684, Madame de Sévigné affirme en prendre tous les matins comme tonique, mais le prix du thé reste trop élevé pour le peuple. Elle critique l'habitude de Madame de la Sablière, qui ajoute du lait à son thé[5].

La première vente publique de thé en Angleterre est effectuée en 1657 par Thomas Garraway, qui insiste sur ses vertus médicales mais s'attache aussi à populariser un régime alimentaire sain en remplaçant l'alcool par le thé. À partir de 1662, date qui correspond au mariage du roi d'Angleterre Charles II et de la princesse portugaise Catherine de Bragance, l'habitude de prendre le thé devient populaire. En 1663, la Compagnie britannique des Indes orientales s'intéresse à son tour à l'importation du thé, et en août de la même année, le roi Charles II en reçoit en cadeau. Le fournisseur majoritaire de thé de l'époque reste la Hollande : les navires hollandais le récupèrent au Japon, à Nagasaki, et les Anglais profitent des liaisons hollandaises sans avoir de relations directes avec la Chine[5].

En 1706, Thomas Twining, commis d'un marchand de thé, fonde la coffee-house de Tom dans Devereux Court, près de Temple bar à Londres. Il se spécialise en thé, et onze ans plus tard, Twining ouvre une boutique, The golden Lyon, où il vend le thé sec et le café pour les consommateurs. Les femmes, interdites d'entrée au coffee house, sont accueillies dans la boutique où elles peuvent boire une tasse de thé pour un shilling[5].

À la fin du siècle, le thé et le café sont plus importés que le poivre. La consommation est essentiellement britannique, bien que les principaux importateurs soient encore hollandais. La Chine, forcée d'augmenter énormément sa production pour l'exportation mais aussi pour accommoder le triplement de sa population en moins d'un siècle, commence à voir la qualité de son thé baisser au profit de la quantité. En particulier, le thé Boui est « un mélange grossier de toutes espèces de feuilles prises sans distinction, il suffit qu'elles soient susceptibles de se tortiller et de prendre une couleur approchant de celle du vrai thé ». Le commerce se concentre à Canton, et les britanniques essaient de ne pas payer toujours en argent, mais parfois en lainages anglais, en coton indien, et plus tard avec de l'opium. Les Hollandais échappent en partie à la contrainte du paiement en argent exigé par la Chine grâce à leur relais de Batavia, et les Anglais suivent leur exemple avec les ports indiens[5].

L'ère britannique du thé[modifier | modifier le code]

Expansion du commerce du thé en Grande-Bretagne[modifier | modifier le code]

Les Chinois, voyant la demande occidentale, augmentent fortement leurs prix en octobre-novembre 1787. Les Britanniques échappent à cette hausse des prix, affirmant aux Chinois que les autres nations achètent du thé seulement pour l'exporter à leur tour en Angleterre. Les Anglais ajoutent l'opium et le coton au thé importé via leurs contacts indiens à Canton. En décembre 1787, les Américains tentent d'acheter du thé via le navire américain L'Alliance, mais ne prévoient pas assez d'argent pour se procurer autre chose que les rebuts des autres pays[7].

François de la Rochefoucault note que « l'usage du thé est général dans toute l'angleterre. On le prend deux fois par jour et quoique ce soit encore une dépense encore considérable il n'y a pas de plus petit paysan qui ne le prenne les deux fois comme le plus riche »[8]. Comme le thé est surtaxé, les Anglais y ajoutent des feuilles de sureau, de frêne, de hêtre, d'aubépine ou d'églantier pour en augmenter la quantité une fois la taxe passée, ou ils se fournissent en thé de contrebande, souvent importé par les Hollandais.

À la fin des années 1780, l'Angleterre importe de plus en plus de thé de Canton. En 1784 et en nationalisant le thé dans le Commutation Act, Pitt parvient à écarter l'import de thé par le reste de l'Europe. En 1787, D'Entrecasteaux indique : « La suppression des droits sur le thé ayant pour but d'en emêcher la contrebande, il fallait qu'il fût au meilleur compte possible et qu'il y en eût une assez grande abondance, ôter aux étrangers toute espérance d'en pouvoir introduire en Angleterre. Il en résulte nécessairement de ce meilleur marché une plus grande consommation et dès lors une extraction de la denrée beaucoup plus considérable que par le passé. » En quelques mois de 1787, selon lui, l'Angleterre importe l'équivalent de deux livres de thé par habitant du pays[7].

La contrebande continue cependant : les douaniers sont corrompus par les fraudeurs et les continentaux importent 3750 tonnes par an en Angleterre, soit plus que leur propre consommation de thé, en 1783 d'après un rapport de la compagnie de l'East India. Cette fraude revient à une perte d'une vingtaine de millions de livress par an pour le Trésor britannique[7].

Jeunes femmes buvant du thé (1879)

La pratique éminemment sociale de l'afternoon tea se répandit dans toutes les couches de la population et se formalisa au XIXe siècle en five o'clock tea, et de réceptions plus formelles appelées « thés » dans la bonne société continentale, aussi bien en France, qu'en Allemagne, ou tchaï en Russie impériale, avec le samovar[réf. nécessaire].

Les guerres du thé entre Britanniques et Hollandais[modifier | modifier le code]

Article connexe : Grande course du thé de 1866.

Le thé devint au cours des XVIIe siècle et XVIIIe siècle un enjeu économique majeur, l'objet d'une lutte acharnée entre Anglais (puis Britanniques) et Hollandais. La Compagnie des Indes Orientales, fondée en 1599 par la reine Élisabeth, eut le monopole du commerce du thé jusqu'en 1834.

En 1638, le Japon ferma ses ports à l'Occident pour plus de deux siècles. La Chine devint donc la principale source d'approvisionnement en thé. À la fin du XVIIIe siècle, les Britanniques mirent en place un système triangulaire tout à leur avantage : le pavot produit dans leurs colonies indiennes, transformé en opium, était échangé en Chine contre du thé, qui était vendu à son tour sur le marché européen.

La Chine tenta de s'opposer à l'importation de l'opium : interdictions de l'importation, saisies et destructions de caisses se succédèrent sans effet. Plus tard, au XIXe siècle, après la première puis la deuxième guerre de l'opium, la Chine sera contrainte d'autoriser le commerce de l'opium, de limiter ses tarifs douaniers, d'ouvrir des ports à l'Occident, de céder Hong Kong aux Britanniques, etc.

La Boston Tea Party fut, en 1773, un acte de désobéissance dans lequel des habitants des colonies qui allaient constituer les États-Unis jetèrent à la mer des caisses de thé britannique pour protester contre les taxes. Cet événement préfigure la Guerre d'indépendance des États-Unis.

L'Assam, Ceylan et le voyage de Robert Fortune[modifier | modifier le code]

Map to illustrate Fortune's visits to the Tea districts of China and India, par August Petermann, publiée dans Two visits to the tea countries of China de Fortune, en 1853.

En 1823, le Major Robert Bruce découvrit en Assam une espèce indigène de théier. En 1834, pour pallier la perte de son monopole, la Compagnie des Indes Orientales entreprit d'installer des fabriques de thé en Inde. Elle commissionna, en 1848, Robert Fortune (botaniste), du jardin botanique d’Édimbourg puis de la Royal Horticultural Society de Chiswick, pour un voyage d'exploration en Chine. Le voyage se révèle une véritable entreprise d'espionnage industriel. Déguisé en Chinois, se fondant sans difficulté dans la foule, Robert Fortune mena remarquablement à bien sa mission. Il parvint à envoyer en Inde pas moins de 20 000 plants de théiers chinois et surtout à recruter huit fabricants de thé qui livrèrent à la Compagnie tous les secrets pour mener à bien la culture du thé. La variété assamaise se révéla la mieux adaptée au climat très chaud de la péninsule indienne. Elle fut rapidement plantée en Inde et à Ceylan. Aujourd'hui, la plupart du thé produit dans le monde provient de cette variété.

Thé au Bengale[modifier | modifier le code]

Thé en Inde après 1914[modifier | modifier le code]

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

La Chine se trouvait sur la première marche du podium des principaux pays producteurs de thé au niveau mondial entre 2006 et 2016[9], avec une production de plus de 2,3 millions de tonnes en 2016[9], qui a plus que doublé sur une décennie[9]. Le volume de la production indienne de thé dépassait le seuil d'un million de tonnes pour la même année, comparé à un volume d'environ 475 000 pour le Kenya[9], qui est par ailleurs le premier producteur mondial de thé noir[10], et qui a augmenté sa récolte de plus d'un sixième au cours de l'année 2016, grâce à des pluies abondantes|[10].

L'évolution des grands producteurs mondiaux sur la décennie 2010[modifier | modifier le code]

Production, en millions de kilos[10] 2014 2015 2016
Chine 1 924 1 950 2 387
Inde 1 211 1 209 1 239
Kenya 436 448 399

Les producteurs africains de thé, sur les débuts de la décennie 2010, ont contribué à une hausse de 10 % de la récolte à l'échelle du continent africain, en seulement deux ans[10] :

Exportation, en millions de kilos[10] 2014 2015 2016
Kenya 383 373 436
Ouganda 56 58 61
Malawi 47 42 47
Tanzanie 33 32 32
Rwanda 24 25 25
Zimbabwe 8 8 8
Burundi 7 9 9
Afrique du Sud 2 2 3
Reste de l'Afrique 31 30 31
Total Afrique 592 580 652

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Jean-Paul Desroches, exposition « Le Thé - Histoires d’une boisson millénaire » au Musée Guimet, 3 octobre 2012 au 7 janvier 2013
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z et aa Paul Butel, Histoire du thé, Paris, Ed. Desjonquères, , 256 p. (ISBN 9782904227370, OCLC 417383921, lire en ligne), p. 13-42
  3. (en) Kit Chow, Ione Kramer, All the Tea in China, China Books & Periodicals Inc., (ISBN 0-8351-2194-1), p. 20
  4. Butel Paul, Histoire du thé, Paris, Ed. Desjonquères, , 256 p. (ISBN 9782904227370, OCLC 417383921, lire en ligne), p. 43-78
  5. a, b, c, d, e, f et g Paul Butel, Histoire du thé, Ed. Desjonquères, (ISBN 9782904227370, OCLC 417383921, lire en ligne), p. 43-78
  6. Jean-Pierre Smyers, Tea for 2 : les rituels du thé dans le monde, Renaissance Du Livre, , p. 19
  7. a, b et c Paul Butel, Histoire du thé, Ed. Desjonquères, (ISBN 9782904227370, OCLC 417383921, lire en ligne), p. 79-104
  8. François Armand Frédéric de La Rochefoucauld, La vie en Angleterre au XVIIIe siècle, ou Mélanges sur l'Angleterre, 1784 (lire en ligne)
  9. a, b, c et d Classement des principaux pays producteurs de thé entre 2006 et 2016, sur Statistica [1]
  10. a, b, c, d et e Selon Arcadia, déclinaison africaine du Rapport Cyclope, pages 136 et 137.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]