Gascons

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La Gascogne linguistique.

Les Gascons sont les habitants de la Gascogne. On trouve des populations gasconnes principalement en Aquitaine, en Midi-Pyrénées et en Catalogne (Val d'Aran), mais aussi des colonies historiques au Pays basque espagnol, en Navarre, en Aragon et en Amérique du Sud. Selon certains ethnologues, le peuple français est un amalgame de peuples[1] dont les Gascons ont été une composante ethnique distincte[2]. Plusieurs organisations défendent aujourd'hui l'identité, la culture ainsi que la langue gasconnes, soit comme une entité distincte historiquement[3],[4], soit dans le cadre de l'ensemble occitan auquel adhèrent une part des mouvements culturels gascons actuels.

Origines[modifier | modifier le code]

Leurs ancêtres sont les Aquitains désignés ainsi par César, une population qui vivait dans la même région pendant l'Antiquité et qui parlait l'aquitain, ou protobasque, un ancêtre du basque actuel. Les Gascons doivent leur nom aux Vascons, peuple synonyme, dont le nom est de même racine que basque, ce peuple dominera politiquement la Novempopulanie à partir de la fin du VIe siècle ap. J.-C. . Conquis par les Romains en 56 av. J.-C., ces Aquitains occupaient l'Aquitaine protohistorique qui allait de la Garonne aux Pyrénées. Vers 16 ou 13 av. J.-C., Auguste réunit cette Aquitaine originelle avec des terres peuplées par des Celtes ou Gaulois s'étendant jusqu'à la Loire. Au tournant du IIe et du IIIe siècle, les Aquitains obtinrent leur séparation des Gaulois en obtenant leur propre province entre Garonne et Pyrénées : la Novempopulanie (soit « Province des neuf peuples » en principe, en fait, il y en eut beaucoup plus).

« L'arrivée » des Vascons[modifier | modifier le code]

À la fin du VIe siècle et au début du VIIe siècle, ceux que l'on appelait en latin les Vascones, peuple qui habitait la Vasconie ultérieure, mais faisant partie du même groupe ethnolinguistique que les Aquitains, ont « repris » la Novempopulanie et l'ont dominée politiquement. Le nom de Novempopulanie changea en 626 pour prendre celui de Vasconie[5]. Après les campagnes franques contre les Vascons, les Francs en 602 réussissent à imposer Genialis comme vassal et duc puis Aighinane en 626.
Le nom des Vascons prononcé originellement /uaskon/ est à l'origine des termes "basque" et "gascon" par évolution de la prononciation de la lettre initiale (w/v/b/g...askon). La Wasconia (ou Vasconia) est l'ancêtre des noms "Gascogne" et "Pays basque". Les Gascons partagent les mêmes origines ethniques qu'une partie des Basques, par contre ils ont été fortement latinisés et romanisés. Le fait qu'ils aient adopté si facilement le nom de « Vascons » indique probablement qu'ils étaient encore très proches des futures populations basques aux VIe-VIIe siècles. Le gascon contient des traces linguistiques provenant d'un proto-basque, ce qui le distingue nettement des autres langues (ou dialectes) d'oc voisines. Selon une étude récente, un proto-gascon existait déjà au VIIe siècle. Mais il faut attendre le XIe siècle et les témoignages en langue « vulgaire » pour arriver à distinguer clairement les Gascons des Basques puisqu'ils portaient le même nom en latin.

Le haut Moyen Âge[modifier | modifier le code]

L'union personnelle au temps d'Eudes «le Grand» (710-740 ans).

À l'époque médiévale, les Gascons sont clairement considérés par tous comme étant un peuple particulier, distinct des Francs (au sens strict de l'époque : peuple situé au nord de la Loire) mais aussi de leurs voisins Languedociens. Ils sont de lignées vasconnes mais leur degrés de latinisation les distingue désormais de ces derniers.

Les Vascons vont constituer au haut Moyen Âge, de 660 à 768 (108 ans), des unions personnelles avec leurs nouveaux maitres, des ducs indépendants des Francs qui gouvernent à la fois le duché d'Aquitaine et la Vasconie et luttent ensemble contre les Francs Carolingiens (Félix d'Aquitaine (660-670), Loup Ier de Vasconie (670-688), Eudes (688-735), Hunald Ier (735-748) et Gaïfier ou Waïfre (748-768))[6].

Après la conquête de cette principauté (768) les révoltes des Vascons contre les Francs sont nombreuses et ne cessent en fait qu'avec l'affaiblissement considérable des rois francs dont le pouvoir se limite au nord de la Loire à partir de la seconde moitié du IXe siècle.

Une principauté vasconne unie se forme à partir du IXe siècle avec Sanche II Sanche de Vasconie (836-v.864) qui est peut-être le mythique « Menditarra » réputé être le créateur de la principauté dans l'historiographie gasconne du XIe siècle.

L'apogée de la principauté gasconne est atteint sous le règne de Guilhem-Sants, qui aurait défait les Vikings à la bataille de Taller dans les Landes vers 988 (et non 981 ou 982 comme il est affirmé régulièrement). Il devient comte de Bordeaux en 977 et fonde l'abbaye de Saint-Sever en 988.

Mais le dernier duc et comte de Gascogne, Sants-Guilhem (1010-1032) meurt sans héritier, ce qui permet à terme (1058 pour Bordeaux, 1063 pour le reste) l'union du duché-comté de Gascogne avec le duché d'Aquitaine des comtes de Poitou, ancêtres d'Aliénor d'Aquitaine.

Peu à peu, l'unité politique de la Gascogne vole en éclats et les régions orientales de la Gascogne (Fezensac, Astarac...) tombent sous influence des comtes de Toulouse, tandis que les régions méridionales (Bigorre et Béarn) deviennent vassales du roi d'Aragon jusqu'au XIIIe siècle.

La copie[7] connue sous le nom de « Anonyme de Ravenne » et qui date du XIIIe siècle, contient pour la première fois, sous une forme écrite, le mot « Gasconia » avec un « g ». On utilisera ultérieurement plus « Gasconia ou Gascogne » en référence à la Baskonia Ultérieure (la partie nord de la Baskonia Continentale), qui va se romaniser en créant sa propre langue par la naissance du gascon (de Saint-Sever à la Garonne)[8].

La Gascogne dite « anglaise »[modifier | modifier le code]

Consécutivement au mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II Plantagenêt (1152), qui devient roi d'Angleterre deux ans plus tard, la Gascogne devient une partie de l'empire angevin ou Empire Plantagenêt (ou État anglo-angevin). Après la défaite de leur fils Jean sans terre face au roi de France Philippe Auguste en 1203-1204, la Gascogne occidentale reste la seule possession continentale des rois d'Angleterre Plantagenêts et elle restera unie à l'Angleterre jusqu'à la fin de la guerre de Cent Ans, en 1451-1453.

Pendant la guerre de Cent Ans entre l'Angleterre et la France (1337-1453), la Gascogne est divisée grosso modo en deux zones : à l'ouest la Gascogne « anglaise » et à l'est la Gascogne « française », ce qui explique pourquoi des gascons se retrouvent dans les deux camps.

Au même moment, une petite guerre de Cent Ans gasconne a lieu entre les comtes d'Armagnac, appuyés par leurs parents les seigneurs d'Albret, et les vicomtes de Béarn – également comtes de Foix – pour la domination de la Gascogne centrale et orientale et en particulier pour annexer le comté de Bigorre. L'épisode le plus connu de cet affrontement est la bataille de Launac (1362) où le comte Jean Ier d'Armagnac est battu par Gaston Fébus, comte de Foix et vicomte de Béarn.

Après la conquête définitive de la Gascogne « anglaise » en 1453, puis du comté d'Armagnac en 1473, la plupart des Gascons ont comme souverain le roi de France. Seuls les Gascons du Béarn restent indépendant jusqu'en 1620, ce qui va créer au cours du XVIe siècle une conscience distincte des autres Gascons, si bien que les Béarnais ne se considèrent plus depuis comme étant des Gascons, même si leurs dialectes sont toujours gascons.

Caractéristiques d'un peuple[modifier | modifier le code]

Les Gascons sont réputés au bas Moyen Âge pour leurs qualités militaires, en particulier dans la cavalerie, ainsi qu'à l'épée et à l'arbalète.

Du XVIe siècle au XVIIIe siècle, le terme de « Gascons » a tendance à désigner toutes les populations qui parlent l'occitan[9]. Aujourd'hui, c'est le terme « Occitans » qui est principalement employé.

Au XVIe siècle et au XVIIe siècle, ils forment une part réputée des armées des rois de France où ils servent dans l'infanterie.

Même après la perte de leur autonomie politique, les « Gascons » furent toujours considérés comme un peuple distinct des Français jusqu'au XVIIe siècle, même si de plus en plus de témoignages les appellent Français puisqu'ils habitent le royaume de France et qu'ils sont sujets du roi de France.

Ainsi lors des guerres d'Italie (1re moitié du XVIe siècle), le chroniqueur italien Francesco Guicciardini évoquait l'armée française en ces termes : « les fantassins français et gascons » et « six mille français et gascons »[10].

De même en 1628, une pièce de théâtre de Béziers en occitan nommée l'Histoire de Pépésuc oppose un soldat français et un soldat gascon qui déclare : « Nous sommes tous deux gens d'honneur. Il est Français, je suis Gascon. Vous savez que ce métier est naturel en Gascogne, et que l'on y joue des doigts aussi bien qu'eux des gobelets. »[11].

Comme les autres parlers d'oc et les autres langues minoritaires de France, le gascon est de moins en moins transmis aux nouvelles générations. Il est toutefois enseigné aujourd'hui dans certaines écoles, mais dans des conditions très disparates.

Gascons illustres[modifier | modifier le code]

Parmi les plus illustres, figurent les noms de :

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) David Levinson, Ethnic Groups Worldwide : a ready reference Handbook, Phoenix, Arizona, The ORYX Press, , 436 p. (ISBN 1573560197 et 9781573560191, OCLC 38430636), p. 30 (en résumé à partir de l'anglais): En France métropolitaine, les seuls groupes ethniques distinctifs sont les suivants: les Alsaciens, les Bretons, les Basques, les Corses et les Catalans (sans compter une dizaine d'ethnies issues de l'immigration récente).
  2. Dans (en) Amiram Gonen et Rachel Gilon (dir.), The Encyclopedia of the Peoples of the World, New York, Marwyn Samuels & Michael Zand, coll. « Henri Holt Reference Book, Ethnic Groups - Encyclopaedias », , 703 p. (ISBN 9780805022568 et 0805022562, OCLC 28256724), p. 207 « () There are also a number of ethnically non-French bilingual groups living in the periphery of France. In the Middle Ages, the dialects of southern Gaul (langue d'oc) gave rise to separate culture, surviving occitan dialect can still be heard in ... Gascony. »
    « In the XVII century, France went to forge a centralized new entity, incorporating Normandy and eventually other provinces (dont la Gascogne) such as the Provence and Brittany. »
  3. AUGUSTIN, Jean-Pierre, ESCARPIT, Robert (sd), La Gascogne, pays, nation, région?, Entente, 1982, (ISBN 978-2-7266-0056-6)
  4. COLLECTIF, Gascogne - Un pays, une identité, Éditions Pyrémonde. (ISBN 2-84618-327-9)
  5. Manex Goyhenetche, Histoire générale du Pays basque : Préhistoire-Époque Romaine-Moyen-Âge, t. 1, Donostia / Bayonne, Elkarlanean, , 492 p. (ISBN 2913156207 et 8483314010, OCLC 41254536), p. 58-59
  6. (es) DUCADO DE VASCONIA (Historia) Euskomedia. Kultura Topagunea
  7. Anonyme de Ravenne (Anonymus Ravennas) et Guido da Pisa (Guido Pisanus), Ravenmatis anonymi Cosmographia et Guidonis Geographica, Joseph Schnetz (éd.), Leipzig, 1940 (Itineraria Romana, 2) ; repr. Stuttgart, 1990 (ISBN 3-519-04274-6)
  8. (es) « HISTORIA DE LOS NOMBRES DADOS AL PUEBLO VASCO » de Aitzol Altuna Enzunza.
  9. La préface du Dictionnaire languedocien-françois de l'abbé Sauvages indique ainsi : "la première de ces dénominations, ou celle de la Langue d'Oc, fut appliquée depui le milieu du XIII. siecle jusqu'à Charles VII ; c'est-à-dire, pendant environ 300 ans, aux Provinces méridionales de la France dont nos Rois avoient nouvellement acquises et au langage qu'on y parloit. Cette même dénomination prise au dernier sens est au fond synonyme de celle de Languedocien. (...) D'où il résulte que non seulement le Provençal, mais généralement tous les idiomes gascons de nos Provinces méridionales, sont du ressort de ce dictionnaire ; & qu'ils viendront, tout naturellement, se ranger sous le titre qu'il porte..." Ce dictionnaire est accessible en ligne : https://archive.org/details/dictionnairelan00sauvgoog
  10. Histoire d'Italie, 1492-1534, éd. et trad. Fournel (J-L) et Zancarini (J-C), Paris, 1996, t.I, p. 70 et t.II, p. 532)
  11. dans L'Antiquité du triomphe de Besiers au jour de l'Ascension, Béziers, 1981, p. 12 et Nouvelle anthologie de la littérature occitane, éd. Lafont (Robert) et Anatole (Christian), tome I, Paris, PUF, 1970, p. 402

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