Traités d'Utrecht (1713)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cet article concerne les traités d'Utrecht de 1713, à ne pas confondre avec le traité d'Utrecht de 1579.
Traités d'Utrecht (1713)
Description de cette image, également commentée ci-après
La première édition des traités, imprimée en espagnol, latin et anglais.
Signé et
Utrecht
Parties
Parties Drapeau du royaume de France Royaume de France
Drapeau de l'Espagne Monarchie espagnole
Drapeau de la Grande-Bretagne. Grande-Bretagne

Les traités d'Utrecht (prononcé \u.tʁɛkt\) sont deux traités de paix signés en 1713 qui mirent fin à la guerre de Succession d'Espagne. Le premier fut signé à Utrecht le 11 avril entre le royaume de France et le royaume de Grande-Bretagne, le second fut signé à Utrecht le 13 juillet entre l'Espagne et la Grande-Bretagne.

Guerre de succession d'Espagne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de Succession d'Espagne.

La guerre de Succession d'Espagne est un conflit qui a opposé plusieurs puissances européennes de 1701 à 1714, dont l'enjeu était la succession au trône d'Espagne à la suite de la mort sans descendance du dernier Habsbourg espagnol Charles II. La guerre de succession donna naissance à la dynastie des Bourbons d'Espagne, qui règne toujours aujourd'hui.

Congrès d'Utrecht[modifier | modifier le code]

Ouverture du Congrès d'Utrecht, 29 janvier 1712.

Le Congrès débute en janvier 1712. La France de Louis XIV a su reprendre l'initiative stratégique en Espagne et dans le nord de la France. Face à elle, il y a la Grande-Alliance (qui regroupe l'ensemble de l'Europe, sauf l'Espagne). La victoire du maréchal de Villars à la bataille de Denain permet à la France de négocier in extremis des conditions convenables.

Le traité est le premier rédigé en français : il inaugure la primauté du français comme langue diplomatique. Cela durera jusqu'au traité de Versailles, en 1919.

Éléments des traités[modifier | modifier le code]

Les cessions territoriales à la suite des traités d'Utrecht, de Stockholm, de Nystad et de Passarowitz.

Relégation de l'Espagne au second rang[modifier | modifier le code]

L'Espagne est la grande perdante de la guerre. Elle perd toutes ses possessions européennes : une part des possessions italiennes (Milanais et Sicile) vont au duché de Savoie et les Pays-Bas méridionaux (actuelle Belgique) et Naples et la Sardaigne à l'Autriche.

Son territoire métropolitain même est amputé de Gibraltar et de l'île de Minorque (à l'Angleterre). Toutefois, l'accession au trône de Philippe V a été synonyme d'un redressement administratif et militaire. La reprise de Barcelone et la fin de la guerre sonnent comme le début d'une relative centralisation. Philippe V, d'abord aidé de conseillers français, puis italiens, redresse le prestige diplomatique de l'Espagne, notamment avec la rétrocession par les Habsbourg en 1738, de Naples, de la Sicile et de Parme en 1745.

Sauvegarde des conquêtes de la France[modifier | modifier le code]

  1. La succession espagnole : les traités d'Utrecht reconnaissent le petit-fils de Louis XIV comme roi d'Espagne : Philippe V. Si Philippe V renonce à ses droits sur la couronne de France[1] en dépit des règles de la dévolution de la Couronne, son frère le duc de Berry, son neveu le duc d'Anjou[2], les Habsbourg et les Orléans renoncent à leurs droits sur la couronne d'Espagne. Les Pays-Bas espagnols, le Milanais, Naples et la Sicile reviennent finalement à Vienne (mais les Habsbourg doivent rendre à Philippe V Naples et la Sicile en 1738).
  2. La grande œuvre de la fin du règne de Louis XIV, le rapprochement des couronnes espagnole et française est réduite à néant : il n'y aura jamais de monarchie commune aux deux pays.
  3. Les frontières européennes de la France : sur la rive droite du Rhin, Louis XIV rend les villes occupées depuis le début de la guerre par l'armée française : Brisach, Fribourg-en-Brisgau, et Kehl. En contrepartie, il obtient la principauté d'Orange de Frédéric Ier Hohenzollern.

Dans les Alpes et le Dauphiné, la vallée de l'Ubaye, est rattachée à la France en échange de la cession de la haute vallée de Suse (autrefois dauphinoise) au duché de Savoie. Pour le royaume de France, cela ramène la frontière sur une ligne de partage des eaux (col du Montgenèvre, Mont-Viso) plus aisée à défendre, et dont la zone a déjà commencée à être fortifiée suivant les plans de Vauban (vérous de Briançon et de Mont-Dauphin). Pour les populations du Briançonnais, qui avaient acheté au dernier Dauphin Humbert II certain privilèges (grande charte des droits du Briançonnais de 1343) au momment de la cession du Dauphiné au Royaume de France, et établis un système de gestion communautaire: les Escartons (souvent abusivement désigné sous le terme République des Escartons), il s'agit par contre d'un traumatisme avec l'amputation de 3 des 5 escartons: Oulx, Val Cluson - Pragela et Châteaudauphin (Casteldelfino). La France perd ainsi la forteresse de Pignerol (Pinerolo), une des prisons du fameux Masque de fer. Briançon devient alors pour plus de 2 siécles ville de garnison, gardienne de la frontière, et futur élément de la ligne Maginot. Le statut des Escartons prendra fin avec la révolution française et l'abolition des privilèges.

Les villes de Furnes et Ypres sont cédées aux Habsbourg. Il doit également renoncer à soutenir les Stuart en Grande-Bretagne et détruire les fortifications et bloquer le port de Dunkerque. Mais Louis XIV sauvegarde toutes ses conquêtes antérieures (Artois, Alsace, Franche-Comté, Roussillon).

  1. L'empire colonial de la France : une partie de l'Acadie (au Canada) est cédée à la Grande-Bretagne (sauf l'île du Cap-Breton). Les territoires de la baie d'Hudson et de Terre-Neuve également. De plus, l'article XV du traité d'Utrecht, permettait aux Anglais d'obtenir le protectorat du territoire iroquois qui recoupait celui de la vallée de l'Ohio.
  2. Aux Antilles, l'île Saint-Christophe est cédée aux Britanniques. Grâce à Saint-Domingue (annexée en 1697, prise à l'Espagne), la France est en passe de devenir le premier producteur mondial de sucre.
  3. En ce qui concerne Terre-Neuve et la baie d'Hudson, Louis XIV ne les cède pas puisque ces territoires n'appartenaient pas à la France. Il ne fait que confirmer leur possession aux Anglais. Le modeste établissement de Plaisance est laissé à l'abandon. Néanmoins, la France obtient un droit exclusif de pêche sur une partie importante du littoral de l'île de Terre-Neuve : dite la côte française de Terre-Neuve, le French Shore, reconnu par le traité d'Utrecht de 1713 entre la France et l'Angleterre. La France abandonnera ce droit exclusif en 1904.

En Guyane, le traité d'Utrecht consacre l'Oyapock comme frontière avec la colonie portugaise du Brésil.

Ces traités consacrent une stagnation pour la France, après le règne de Louis XIV. Toutefois la France reste la première puissance militaire en Europe. Son potentiel démographique est immense puisqu'à l'époque un Européen sur quatre est français, et Louis XIV a durablement installé la dynastie française sur le trône espagnol. Son empire colonial reste plus important que celui des Britanniques jusqu'à la seconde moitié du XVIIIe siècle. Enfin, le rayonnement culturel de la France, introduit sous Louis XIV, n'en est qu'à ses débuts.

Redressement factice de l'Autriche[modifier | modifier le code]

L'Autriche remplace l'Espagne en Italie, où elle reprend une partie du Milanais, Mantoue, Naples et la Sardaigne, qu'elle échangera en 1719 contre la Sicile avec la Savoie. Elle obtient également les Pays-Bas du Sud (Belgique et Luxembourg actuels).

Toutefois, ce redressement n'est qu'artificiel. Territorialement, dès 1730 et 1738, les Habsbourg devront rétrocéder Naples et la Sicile aux Bourbons d'Espagne. Les cessions iront à une branche cadette de la monarchie espagnole, sans être rendues à l'Espagne. Ainsi la sortie d'Italie de l'Espagne est définitive. Par ailleurs, l'ascension de la Prusse en 1740 menacera l'influence de la Cour de Vienne en Allemagne.

Militairement, la puissance Habsbourg reste surclassée par l'armée française, comme l'ont montré les campagnes de l'armée française en Allemagne, en 1712 et 1713. Par ailleurs, les Habsbourg doivent renoncer à la couronne d'Espagne, qui appartenait à leur dynastie depuis Charles Quint, et ils doivent reconnaître comme définitives toutes les conquêtes de Louis XIV.

Les Provinces-Unies en déclin[modifier | modifier le code]

Bien que victorieuses, les Provinces-Unies ne retirent presque rien de la guerre. L'influence néerlandaise est marginale durant la négociation du traité, et ce même si elles sont tenues à Utrecht. L'isolation diplomatique des Provinces-Unies est relevée par le négociateur français Melchior de Polignac lorsqu'il nargue ses vis-à-vis hollandais de cette boutade : « de vous, chez vous, sans vous[3] ». Après soixante années de guerres ruineuses, croulant sous les dettes, elles amorcent un déclin financier et commercial qui profite à la France, mais surtout à la Grande-Bretagne.

Elles obtiennent cependant d'occuper huit places fortes qui constituent une barrière contre la France : Furnes, Ypres, Menin, Tournai, Mons, Charleroi, Namur et Gand. Les conditions en sont réglées après la mort de Louis XIV, au traité de la Barrière, signé le à Anvers avec l'Autriche. L'entretien de ces places s'avère fort coûteux pour les finances hollandaises.

Début de l'ascension de la Grande-Bretagne[modifier | modifier le code]

Territorialement, la Grande-Bretagne se voit confirmer la possession de Terre-Neuve et de la baie d'Hudson. La France cède l'Acadie et Saint-Christophe aux Antilles. Les colons français d'Acadie auront un an a quitter leurs terres mais la majorité décide de rester. De 1755 à 1763 ils en seront massivement chassés et cela restera dans leur mémoire comme « le grand dérangement ». Ils sont déportés dans un premier temps dans certaines des treize colonies anglaises américaines et puis par la suite en Angleterre et en France. Après le traité de Paris en 1763 une partie des exilés se rendra en Nouvelle-Écosse, au Canada français et d'autres vers 1785 en Louisiane [3a].

La Grande-Bretagne acquiert une relative prédominance sur les mers qui bordent l'archipel britannique (mer du Nord, la Manche), aux dépens des Provinces-Unies. Cette prédominance est encore renforcée par les bases de Gibraltar et de Minorque, prises au nom du roi d'Espagne (Charles III de Habsbourg) en 1704.

L'article XV du traité met les Iroquois sous le protectorat de la couronne britannique[4].

Enfin, elle obtient le monopole de l'asiento (traite des esclaves dans les colonies espagnoles) pour 30 ans.

Cette prédominance sur les espaces maritimes et en Amérique permettra au Royaume-Uni de remporter la guerre de Sept Ans (1756-1763), même si en 1715, rien n'est encore joué dans la compétition qui l'oppose à la France. L'héritage de cette prédominance est caractérisé par l'emploi de la langue anglaise en Amérique du Nord.

Italie et Allemagne[modifier | modifier le code]

Les deux régions restent divisées, mais les puissances qui les unifieront au XIXe siècle émergent : la Prusse et la Savoie.

La maison de Savoie retrouve la Savoie qui avait été occupée par la France depuis le début de la guerre. Elle obtient également la Sicile, qu'elle échange pour la Sardaigne et le titre royal. Enfin, elle échange Barcelonnette contre Fenestrelle et le val de Suse (Exilles, Bardonnèche, Oulx et Châteaudauphin) avec la France.

L'électeur de Brandebourg Frédéric Ier Hohenzollern obtient le titre de roi en Prusse, la Haute-Gueldre et Neuchâtel. Mais il cède ses droits sur Orange à Louis XIV.

Traités annexes[modifier | modifier le code]

Outre le traité de la Barrière qui le précède de quelques mois, le traité d'Utrecht est complété l'année suivante par le traité de Rastatt. Signé le par le maréchal de Villars et le prince Eugène, qui représente l'empereur, il en précise les modalités d'application pour ce qui concerne la France et l'Empire.

Le traité de Baden du en étend les clauses à toutes les principautés allemandes.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Olivier Chaline, Le règne de Louis XIV, Flammarion, 2009, tome 2, p. 427.
  2. Max Gallo, L'Hiver du Grand Roi, p. 309.
  3. Modèle:Aut, The State Policy of Modern Europe from the Beginning of the Sixteenth Century to the Present Time. Vol. I, Longman, Brown, Green, Longmans and Roberts, 1857, p. 166.
  4. Guy Frégault, Le Grand marquis : Pierre de Rigaud de Vaudreuil et la Louisiane, 1952, Montréal : Fides, 481 pages.

3a Nicolas Landry Nicole Lang Histoire de l'Acadie Septentrion 2001