Jean-François de La Harpe

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Jean-François de La Harpe
Portrait de Jean-François de La Harpe, dans une bibliothèque, 1769 François Hubert Drouais.jpg

Portrait de La Harpe, dans une bibliothèque, par Drouais (1769).

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Jean-François de La Harpe, né le à Paris où il est mort le , est un écrivain et critique français d'origine suisse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les nombreux détracteurs de La Harpe affirmèrent qu’il était un enfant trouvé qui devait son nom à la rue de Paris où on l’avait découvert. Lui-même déclara en 1790, dans une lettre adressée au Mercure de France, qu’il était issu d’une famille noble du canton de Vaud (Suisse), connue depuis le XIVe siècle. Christopher Todd a pu établir que son père, Jean-François de La Harpe, était bien un officier suisse, ancien capitaine d’artillerie tombé dans le dénuement et dont la mort en 1749 plongea les siens dans une profonde misère.

Jean-François de La Harpe fut alors pris en charge par les Sœurs de la Charité de la paroisse Saint-André-des-Arts. Une bourse lui permit d’entrer au collège d'Harcourt. Il y obtint deux années consécutives le prix de rhétorique et se distingua au Concours général où il remporta le premier prix de discours latin en 1756 et 1757 et le premier prix de discours français en 1757. Des vers composés contre certains de ses maîtres d’école lui valurent à retardement, en 1760, quelques semaines d’emprisonnement. En 1764, il épousa la fille d’un cafetier, mais ce mariage ne fut pas heureux et les époux se séparèrent bientôt.

Dès 1759, il publia des Héroïdes dont l’anticléricalisme fut remarqué par Fréron, qui le dénonça, mais aussi par Voltaire, qui accorda sa protection à leur auteur qu’il tenait en haute estime, lui permettant même de corriger ses vers. Celui-ci fit un séjour à Ferney, où il déroba le manuscrit du deuxième chant de la Guerre de Genève qu’il publia en 1767, année où il fut reçu à l’Académie de Rouen.

Cet incident, qui fit un certain bruit, n’arrêta pas l’ascension de La Harpe. En 1771, son Éloge de Fénelon, couronné par l’Académie française, donna lieu à l’intervention de l’archevêque de Paris et du Roi et au rétablissement du visa des docteurs en théologie. L’Académie ressentit durement cet épisode, et La Harpe y manqua plusieurs fois son entrée. Voltaire, loin de lui tenir rigueur de son larcin (mais peut-être avaient-ils manigancé l’affaire ensemble) mit tout son poids pour pousser sa candidature, que repoussaient le maréchal-duc de Richelieu et l’avocat général Séguier, qui allèrent jusqu’à mettre leur démission dans la balance. Mais, Malesherbes s’étant assuré que le Roi ne mettrait pas son veto à cette élection, La Harpe finit par être élu le 13 mai 1776, à trente-sept ans, au fauteuil 21 que le malheureux Colardeau n’avait pas eu le temps d’occuper.

En 1779, La Harpe remporta, sous le voile de l’anonymat, avant d’y renoncer, le prix d’éloquence de l’Académie pour son Éloge de Voltaire. À l’Académie, il abandonna D'Alembert, qui avait pourtant bataillé pour son élection, et se rallia au parti de Buffon, votant pour Bailly contre Condorcet, qui fut élu. Il adopta le parti des piccinistes contre les gluckistes. Enseignant la littérature au Lycée, rédacteur au Mercure de France, La Harpe jouissait alors d’une situation très enviable. Il correspondait régulièrement avec le tsar Paul Ier, qui l’invita plusieurs fois à sa table lorsqu’il visita la France.

La Harpe embrassa passionnément la cause de la Révolution lorsque celle-ci éclata. Il reprit en 1793 la rédaction du Mercure qu’il avait abandonnée, s’occupant de la partie littéraire quand Mallet du Pan était chargé de la partie politique. Malgré, ou à cause de, son zèle pour les idées nouvelles, il fit un séjour de quatre mois à la prison du Luxembourg en 1794.

Ayant occupé sa détention à traduire les psaumes, il en ressortit converti et gagné à des opinions beaucoup plus conservatrices. Il se mit à fréquenter avec ostentation les églises et, dans son cours du Lycée, ne cessa d’attaquer violemment les Encyclopédistes. Ces opinions lui valurent d’être proscrit après le coup d'État du 18 fructidor an V (1797). Il revint en France après le coup d'État du 18 brumaire, fut proscrit de nouveau en 1802 en raison de ses relations avec les milieux royalistes. Il se remaria le 9 août 1797 avec Louise de Hatte de Longuerue âgée de 23 ans, mais cette dernière demanda le divorce au bout de quelques semaines. Il mourut le 11 février 1803, victime de l’épidémie de grippe qui sévissait alors dans la capitale. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise[1].

Jugements[modifier | modifier le code]

L’un de ses détracteurs, Louis-Sébastien Mercier, a dit de lui, dans sa Néologie de 1801[2] :

« Or dites-moi, avec vos parallèles, qu'ai-je de commun avec le pédagogue La Harpe, ce fakir littéraire qui a passé sa vie à regarder des cirons au bout de son nez ? Ce petit juge effronté des nations, qui ignore la langue de Milton et de Shakespeare, et qui ne sait pas même la sienne, est-il jamais sorti de la vanité collégiale, de la prévention ignorante ou de la pédanterie académique ? Il est parfaitement inconnu chez l'étranger. Copiste éternel ! C'est ce scholâtre cependant qui juge et calomnie tous ses confrères. Il a remboursé la haine de tous. Mais comme je suis né sans fiel, je ne lui adresse que le dédain, disposé à l'éclairer sur la composition originale, s'il consentait à l'être, ou plutôt s'il ne lui était pas interdit à jamais de comprendre une idée haute. Je ne me serais pas permis ce ton envers lui, s'il n'avait pas indécemment attaqué une foule de gens de lettres recommandables ; mais il faut remettre à sa place un auteur qui n'est au fond qu'un homme de collège et qui s'arme d'une férule qu'on peut aisément lui arracher. »

Œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

Auteur dramatique abondant mais sans succès, La Harpe a composé des vers, de la prose, des compilations (une Histoire générale des voyages en 32 volumes) mais reste surtout connu comme pédagogue et critique littéraire.

Œuvres dramatiques[modifier | modifier le code]

La Harpe a écrit de nombreuses pièces dont la plupart tombèrent et qui sont presque toutes complètement oubliées. Seules Warwick et Philoctète, imitée de Sophocle, eurent un certain succès.

Il faut faire une mention particulière de Mélanie, ou les Vœux forcés, que l’auteur fit imprimer en 1770 mais qui ne fut jouée que le 7 décembre 1791 au Théâtre-Français. Elle reste, selon Jacques Truchet, « la plus curieuse de ses pièces et la plus représentative de l’esprit du temps ». Le sujet – les vœux forcés – pouvait convenir à l’anticléricalisme que La Harpe affichait lorsqu’il composa cette pièce mais beaucoup moins à la censure du temps, ce qui explique qu’elle ne fut jouée qu’après la Révolution. Bien que présentée sous la forme d’une pièce en trois actes et en vers, Mélanie se rapproche du drame qui connaîtra la fortune qu’on sait à la fin du XVIIIe siècle.

Ce rapprochement est d’autant plus piquant que La Harpe a toujours professé le plus grand mépris du drame, qu’il attaque violemment dans sa comédie Molière à la nouvelle salle, écrite pour défendre la Comédie-Française contre les théâtres concurrents.

Par ailleurs, sa Correspondance littéraire, adressée au grand-duc Paul de Russie, est truffée d’anecdotes théâtrales sur les acteurs et les pièces de son temps.

  • Le Comte de Warwick (créée au Théâtre-Français le 7 novembre 1763)
  • Timoléon (créée au Théâtre-Français le 1er août 1764)
  • Pharamond, 1765.
  • Mélanie, ou les Vœux forcés, 1770.
  • Olinde et Sophronie, 1774.
  • Menzicoff, ou les Exilés, Fontainebleau, novembre 1775.
  • Les Barmécides, créée au Théâtre-Français le 11 juillet 1778. Elle n’a été représentée qu'onze fois[3]. Voltaire aurait dit à son auteur : « Mon ami, cela ne vaut rien, jamais la tragédie ne passera par ce chemin là[4] »).
  • Les Muses rivales, ou l’Apothéose de Voltaire, comédie en 1 acte et en vers libres, créée au Théâtre-Français le 1er février 1779.
  • Jeanne de Naples, créée le 12 décembre 1781.
  • Molière à la nouvelle salle, ou les Audiences de Thalie, créée le 12 avril 1782), comédie en un acte et en vers.
  • Philoctète, créée le 16 juin 1783.
  • Coriolan, créée le 2 mars 1784.
  • Virginie, créée le 11 juillet 1786.

Œuvres critiques[modifier | modifier le code]

Le principal ouvrage de La Harpe est son Lycée ou Cours de littérature (paru en 1799), qui rassemble en 18 volumes les leçons qu’il avait données pendant douze ans au lycée. C’est un monument de la critique littéraire. Même si certaines parties sont faibles – celle sur les philosophes antiques notamment – tout ce qui est dit sur l’art dramatique, de Corneille à Voltaire, est admirablement pensé et raisonné, même si c’est la pensée et le raisonnement d’un puriste souvent pointilleux. Les passages concernant les auteurs contemporains, dans lesquels La Harpe attaque avec vigueur le parti philosophique, sont souvent d’une grande drôlerie.

  • Commentaire sur Racine, 1795-1796, publié en 1807.
  • De la Guerre déclarée par nos nouveaux tyrans à la raison, à la morale, aux lettres et aux arts, 1796.
  • Réfutation du livre de l’Esprit d’Helvétius, 1797.
  • Du Fanatisme dans la langue révolutionnaire, ou de la Persécution suscitée par les barbares du XVIIIe siècle contre la religion chrétienne et ses ministres, 1797.
  • Le Lycée, ou cours de littérature, 18 vol., 1798-1804.

Œuvres diverses[modifier | modifier le code]

  • L’Alétophile ou l’ami de la Vérité, 1758.
  • Héroïdes nouvelles, précédées d’un essai sur l’héroïde en général, 1759.
  • Le Philosophe des Alpes, La Gloire (1762) : odes
  • La Délivrance de Salerne et la fondation du royaume des Deux-Siciles (1765) : poème
  • Mélanges littéraires ou épîtres philosophiques, 1765.
  • Le Poëte, épître, prix de l’Académie française en 1766.
  • Éloge de Charles V, prix de l’Académie française en 1767.
  • Des Malheurs de la guerre et des avantages de la paix (discours, prix de l’Académie française en 1767)
  • La navigation, ode, 1768.
  • Éloge de Henri IV, 1769.
  • Éloge de Fénelon, prix de l’Académie française en 1771.
  • Éloge de Racine, 1772.
  • Éloge de La Fontaine, 1774.
  • Éloge de Catinat, 1775.
  • Conseils à un jeune poète, 1775.
  • Éloge de Voltaire, 1780.
  • Tangu et Félime, poème érotique, 1780.
  • Abrégé de l’histoire générale des voyages, 32 vol., 1780.
  • Le Pseautier en français, traduction nouvelle, avec des notes... précédée d’un discours sur l’esprit des Livres saints et le style des prophètes, 1797.
  • Correspondance littéraire adressée au grand-duc de Russie, 4 vol., 1801-1807.
  • Le Camaldule, 1802.
  • Réponse d’un solitaire de La Trappe à la lettre de l’abbé de Rancé, 1802.
  • Le Triomphe de la religion, ou le Roi martyr (1814) : poème héroïque
  • Commentaire sur le théâtre de Voltaire, publié en 1814.
  • Prédiction de Cazotte, faite en 1788, 1817.
  • Le Salut public, ou la Vérité dite à la Convention.
  • Acte de garantie pour la liberté individuelle, la sûreté du domicile, et la liberté de la presse.
  • Oui ou Non.
  • La liberté de la Presse, défendue par La Harpe, contre Chénier.
  • De l'Etat des Lettres en Europe, depuis la fin du siècle qui a suivi celui d'Auguste, jusqu'au règne de Louis XIV.
  • Les Ruines, ou Voyage en France.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. 11e division
  2. Préface, p. xiv-xv.
  3. Louis Mayeul Chaudon, Antoine François Delandine, Dictionnaire universel historique critique et bibliographique, vol. VIII, Paris, Mame, (présentation en ligne, lire en ligne), « Harpe (Jean François de la) », p. 254-255
  4. Denis Diderot, Correspondance littéraire, philosophique et critique de Grimm et de Diderot, vol. VIII, (présentation en ligne, lire en ligne), « Avril 1774 », p. 316, note (1)

Références[modifier | modifier le code]

  • Émile Faguet, Histoire de la poésie française de la Renaissance au Romantisme : Les Poètes secondaires du XVIIIe siècle (1750-1789), t. ix, Paris, Boivin, , 328 p. (lire en ligne).
  • Gabriel Peignot, Recherches historiques, bibliographiques et littéraires sur La Harpe, Dijon, Frantin, , 159 p. (lire en ligne).
  • (en) Christopher Todd, Voltaire’s disciple : Jean-François de La Harpe, Londres, Modern Humanities Research Association, , 313 p. (ISBN 978-0-90054-723-2, lire en ligne).
  • Jacques Truchet, Théâtre du XVIIIe siècle, t. ii, Paris, Gallimard, coll. « bibl. de la Pléiade », (lire en ligne), p. 1488-92.
  • Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 2, livre 14.
  • Domenico Gabrielli, Dictionnaire historique du cimetière du Père-Lachaise XVIIIe et XIXe siècles, Paris, éd. de l'Amateur, , 334 p. (ISBN 2859173463, OCLC 49647223)

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