Clément VIII

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Clément VIII (homonymie) et Aldobrandini.
Clément VIII
Image illustrative de l'article Clément VIII
Biographie
Nom de naissance Ippolito Aldobrandini
Naissance
Fano, Italie
Décès
Rome
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat (55 ans)
Intronisation
Fin du pontificat

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Clément VIII (en latin Clemens VIII, en italien Clemente VIII), de son nom de baptême Ippolito Aldobrandini, né à Fano le et mort à Rome le , 229e pape du au .

Jeunesse et éducation[modifier | modifier le code]

Né à Fano dans une famille de la noblesse florentine, la famille Aldobrandini, dont il devait faire la fortune, Ippolito Aldobrandini étudia le droit sous la direction de son père Silvestro Aldobrandini, avocat fort capable ; il fit carrière dans l'Église comme juriste, étant d'abord avocat consistorial puis auditeur à la Rote romaine et à la Daterie apostolique.

Clément VIII, statue dans la basilique Sainte-Marie-Majeure, Rome.

Cardinal[modifier | modifier le code]

Ippolito Aldobrandini fut créé cardinal en 1585 par le pape Sixte Quint. Sixte Quint le nomma grand pénitencier en janvier 1586 et en 1588 l'envoya comme légat en Pologne ; il était assisté du naturaliste Michele Mercati[1].

Il se plaça sous la direction du réformateur Philippe Neri, qui depuis trente ans était son confesseur. Aldobrandini gagna la reconnaissance des Habsbourg par ses efforts diplomatiques en Pologne ; l'archiduc Maximilien III d'Autriche, prétendant vaincu au trône de Pologne, fut finalement libéré.

Pape[modifier | modifier le code]

Élection[modifier | modifier le code]

La mort d'Innocent IX en 1591 fut suivie d'un conclave orageux, où une minorité déterminée de cardinaux italiens refusait d'obéir aux injonctions de Philippe II d'Espagne. Il se tint à Rome du 10 au . Le choix du cardinal Aldobrandini fut considéré comme le présage d'une politique pontificale plus équilibrée et plus libérale dans les affaires européennes. Il prit le nom de Clément VIII, qui précisément n'avait pas de signification politique.

Pontificat[modifier | modifier le code]

Il se montra un pape capable, avec une énorme capacité de travail et voyant les détails avec l'œil d'un avocat. Homme d'État avisé, il visa par sa politique à libérer la papauté de la tutelle espagnole.

En 1592, il fit arrêter la publication de la Bible vulgate préparée par Sixte Quint en 1590 et promulguer une version révisée, beaucoup plus éloignée du texte médiéval, dans un souci de plus grande proximité avec les versions grecques et hébraïques de la Bible. C'est la Vulgate sixto-clémentine (en) qui fera autorité dans l’Église catholique jusqu'au concile Vatican II.

En 1597, il fonda la Congrégation de Auxiliis (en) chargée de régler la controverse théologique entre dominicains et jésuites concernant le rôle respectif de la grâce efficace et du libre arbitre. Le débat semblait se diriger vers une condamnation du point de vue moliniste qui donnait la primauté au libre arbitre sur la grâce efficace ; mais, parmi d'autres considérations, le fait que les jésuites eussent acquis une grande influence et que, à côté du pouvoir politique et théologique important qu'ils avaient acquis en Europe, ils menaient également plusieurs missions à l'étranger (réductions jésuites en Amérique du Sud, missions en Chine, etc.), conduisit le Pape à s'abstenir de les condamner officiellement. En 1611, et à nouveau en 1625, un décret interdit toute discussion sur la question, quoique la décision fût uniformément contournée par la publication de commentaires sur Thomas d'Aquin.

Jubilé de 1600[modifier | modifier le code]

Au cours du Jubilé de 1600, décrété par la bulle Annus Domini placabilis du , trois millions de pèlerins visitèrent les lieux saints, dont 200 000 le jour de Pâques. Le Synode de Brest qui eut lieu en 1595 en Lituanie permit à une grande partie du clergé et du peuple ruthènes de se réunir à Rome. La Porte Sainte, ouverte le , fut refermée le .

Mais en février 1600, Giordano Bruno est condamné au bûcher pour hérésie.

Canonisations et béatifications[modifier | modifier le code]

Clément VIII canonisa Hyacinthe de Cracovie (), Julien de Cuenca (en) (), et Raymond de Peñafort (1601).

Application plus sévère des lois[modifier | modifier le code]

Clément VIII se montra aussi ferme que Sixte V (pape de 1585 à 1590) en mettant fin par la force au banditisme dans les provinces pontificales de l'Ombrie et des Marches et en punissant les désordres de la noblesse romaine. Dès son accession au trône de saint Pierre en 1592, il fit mettre immédiatement à mort plusieurs nobles, fauteurs de troubles, et notamment Troio Savelli, illustre descendant d'une famille ancienne et puissante de Rome. Il n'épargna pas non plus la jeune et noble parricide Beatrice Cenci, destinée à devenir une héroïne populaire de la littérature, grâce à Stendhal, Alberto Moravia et Percy Bysshe Shelley qui s'inspirèrent de son histoire dans leurs œuvres (elle avait assassiné son père, qui avait abusé d'elle). Bien que l'opinion populaire fût en sa faveur, Clément VIII refusa de lui accorder sa grâce pour faire un exemple ; le souci de confisquer les biens de la famille Cenci afin de les attribuer à sa propre famille aurait eu plus de poids que le souci moral.

Il se préoccupa aussi de faire régner l'orthodoxie la plus stricte en philosophie et en religion. En 1599, il ordonna qu'on brûlât sur le bûcher le meunier italien Domenico Scandella, dit Menocchio, connu aujourd'hui pour avoir été étudié par l'historien italien Carlo Ginzburg. En 1600, Giordano Bruno fut brûlé sur le bûcher au Campo de' Fiori, pour avoir professé, selon l'Inquisition romaine, des hérésies particulièrement graves et pratiqué la magie noire.

Clément VIII prit également des mesures qui réduisent l'activité des Juifs, leur interdisant les activités commerciales dans l'enclave papale d'Avignon, et renouvelant l'interdiction pour les Juifs de s'installer en dehors du ghetto de Rome et d'Ancône par la bulle Caeca et Obdurata.

Clément VIII interdit la littérature talmudique et cabalistique. Les livres talmudiques ou cabalistiques et d'autres qui, selon le pape, contiennent des blasphèmes contre la foi chrétienne, sont livrés au feu à la suite de sa bulle Cum hebraeorum malitia (« Quand la méchanceté des Hébreux »).

Affaires étrangères[modifier | modifier le code]

Réconciliation avec la France et bons offices[modifier | modifier le code]

Clément VIII

L'événement le plus remarquable du règne de Clément VIII fut la réconciliation d'Henri IV de France (1589-1610) avec l’Église. Cela se fit à l'issue de longues négociations menées avec une grande habileté par le cardinal Arnaud d'Ossat, qui résolut une situation fort compliquée, appuyé par la « prière des Quarante-Heures » instituée par bulle papale le et qui avait été demandée aux fidèles de France afin que celle-ci ne tombe pas sous le sceptre d'un prince protestant et, cela, après trente de guerres religieuses. Le roi de France passa au catholicisme le . Après un délai destiné à juger de la sincérité du nouveau converti, Clément VIII passa outre au mécontentement de l'Espagne, et à l'automne 1595, il donna solennellement l'absolution à Henri IV ; non seulement il mettait fin à une guerre de religion qui avait déchiré la France pendant trente ans, mais il se gagnait un puissant allié.

En 1598, Clément VIII procura encore plus de crédit à la papauté en aidant à la conclusion d'un traité de paix définitif entre l'Espagne et la France, la paix de Vervins, qui mettait un terme à leur longue lutte. Il négocia également la paix entre la France et la Savoie. De même, il prêta une aide appréciable en hommes et en argent à l'empereur dans sa Longue Guerre contre les Turcs en Hongrie.

Expansion territoriale[modifier | modifier le code]

L'amitié d'Henri IV se révéla d'une importance cruciale pour la papauté deux ans plus tard, quand Alphonse II, duc de Ferrare, mourut sans enfant (le ), et que le pape résolut de rattacher aux États de l'Église les possessions de la famille d'Este. Bien que l'Espagne et l'Empire eussent encouragé César d'Este, un cousin illégitime d'Alphonse II, à résister au Pape, les menaces d'Henri IV les dissuadèrent de lui apporter la moindre aide matérielle, et une armée du pape entra à Ferrare pratiquement sans coup férir.

Mort et postérité[modifier | modifier le code]

Atteint de la goutte à la fin de sa vie, Clément VIII était contraint de passer une grande partie de son temps cloué au lit. Il accepta les projets du peintre florentin Lodovico Cigoli arrivé à Rome en 1604 et qui réalisa d'importantes commandes pour Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-murs[2].

Il mourut en mars 1605, laissant une réputation d'intelligence, de munificence, et de capacité dans ce qu'il entreprenait. Il fut enterré dans la basilique Saint-Pierre, et plus tard le pape Paul V (1605-21) fit construire pour lui un mausolée dans la chapelle Borghèse de la Sainte-Marie-Majeure, où ses restes furent transférés en 1646.

Ce serait lui qui aurait fait admettre en Occident le café, considéré auparavant comme « boisson sombre de l'islam » donnée par Satan aux musulmans pour les consoler de ne pouvoir boire du vin, boisson sacrée du Christ. Testant lui-même la boisson, il aurait considéré au contraire que « l'arôme du café était chose bien trop agréable pour être l'œuvre du Malin et qu'il serait dommage que les musulmans en aient l'exclusivité[3] ».

Il éleva au cardinalat le vénérable César Baronius, saint Robert Bellarmin, Francisco de Toledo, Arnaud d'Ossat, Jacques Davy du Perron, François de Sourdis et plusieurs autres grands hommes. C'est sous son pontificat que commença la querelle de la grâce, à propos d'un ouvrage de Luis Molina ; mais il ne voulut rien décider sur les points en litige. Il avait conçu, de concert avec Henri IV, le projet d'une alliance de toutes les puissances chrétiennes contre les Turcs.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Dont il devait faire son principal médecin personnel.
  2. Riccardo Spinelli, « Biographies », dans Mina Gregori, Le Musée des Offices et le Palais Pitti, Paris, Editions Place des Victoires, (ISBN 2-84459-006-3), p. 640.
  3. Philippe Boé, La magie du café, Phare, Hachette, 2000, (ISBN 2-84616-015-5).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]