Clément VIII

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Clément VIII
Image illustrative de l’article Clément VIII
Biographie
Nom de naissance Ippolito Aldobrandini
Naissance
Fano, Flag of the Papal States (pre 1808).svg États pontificaux
Décès (à 69 ans)
Rome, Flag of the Papal States (pre 1808).svg États pontificaux
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat (55 ans)
Intronisation
Fin du pontificat
(13 ans, 1 mois et 1 jour)

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Clément VIII (en latin Clemens VIII, en italien Clemente VIII), de son nom de baptême Ippolito Aldobrandini, né à Fano le et mort à Rome le , fut le 231e pape de l’Église catholique du au .

Homme intelligent, pragmatique et déterminé, il obtient la conversion d'Henri IV, qui met fin en France aux guerres de religion. Il favorise la paix en Europe. Il avait peu de pitié pour ses adversaires, présidant le procès et l'exécution de Giordano Bruno et mettant en œuvre des mesures strictes à l'encontre des résidents juifs des États papaux. Il a peut-être été le premier pape à boire du café.

Jeunesse et éducation[modifier | modifier le code]

Né à Fano dans une famille de la noblesse florentine, Ippolito Aldobrandini étudie le droit sous la direction de son père avocat, Silvestro Aldobrandini. Il fait carrière dans l'Église comme avocat consistorial puis auditeur de la Rote et de la Daterie apostolique.

Clément VIII, statue dans la basilique Sainte-Marie-Majeure, Rome.

Cardinal[modifier | modifier le code]

Ippolito Aldobrandini est créé cardinal en 1585 par le pape Sixte-Quint. Ce dernier le nomme grand pénitencier en janvier 1586. En 1588, il l'envoie comme légat en Pologne. Il y est assisté du naturaliste Michele Mercati, dont il fera son médecin personnel.

Il prend pour directeur de conscience le réformateur Philippe Neri, son confesseur depuis trente ans. Par sa diplomatie, il s'attache la reconnaissance des Habsbourg en faisant libérer l'archiduc Maximilien III d'Autriche, prétendant au trône de Pologne.

Pape[modifier | modifier le code]

Élection[modifier | modifier le code]

En 1591, la mort d'Innocent IX ouvre un conclave qui dure du 10 au . Une minorité déterminée de cardinaux italiens refuse les injonctions de Philippe II d'Espagne. Le choix du cardinal Aldobrandini apparaît comme le présage d'une politique européenne plus équilibrée et libérale. Le nouvel élu prend le nom de Clément VIII, dépourvu de toute connotation politique.

Pontificat[modifier | modifier le code]

Clément VIII manifeste une grande capacité de travail et l'intelligence analytique d'un juriste. Homme politique avisé, il souhaite libérer la papauté de la tutelle espagnole.

En 1592, il interrompt la publication de la vulgate entamée en 1590 par Sixte-Quint. À la place, il promulgue une version révisée de la Bible, plus proche des versions grecque et hébraïque que le texte médiéval. La vulgate sixto-clémentine (en) fera autorité dans l’Église catholique jusqu'au concile Vatican II.

En 1595, le Synode de Brest, en Lituanie, rallie à Rome une grande partie du clergé et du peuple ruthènes.

En 1597, Clément VIII fonde la congrégation de Auxiliis (en) chargée de régler la controverse théologique qui oppose alors Dominicains et Jésuites quant au rôle respectif de la grâce efficace et du libre arbitre. Le débat semble condamner l'opinion du Jésuite Molina, qui privilégie le libre arbitre. Mais les Jésuites ont acquis une grande influence. Ils mènent des missions d'évangélisation à l'étranger, notamment au Paraguay et en Chine. Leur rôle essentiel incite le pape à la prudence. Il s'abstient de les condamner officiellement. En 1611 puis en 1625, un décret interdit toute discussion sur la question. Toutefois, la publication de commentaires sur Thomas d'Aquin contourne cette prescription.

En 1600, après de longs travaux issus du concile de Trente, il publie un cérémonial éponyme.

Nominations et canonisations[modifier | modifier le code]

Clément VIII élève au cardinalat César Baronius, Robert Bellarmin, Francisco de Toledo, Arnaud d'Ossat, Jacques Davy du Perron, François de Sourdis et plusieurs autres.

Il fait canoniser :

Jubilé de 1600[modifier | modifier le code]

Le , la bulle Annus Domini placabilis décrète le Jubilé de 1600. Ouverte le , la Porte Sainte est refermée le . Trois millions de pèlerins visitent Rome, dont 200 000 le jour de Pâques 1600.

Mais le , à l'instigation de Clément VIII, le philosophe Giordano Bruno, convaincu par l'Inquisition romaine d'avoir professé des hérésies et pratiqué la magie noire, est brûlé vif sur le Campo de' Fiori. Par cruauté et pour le réduire au silence, on lui a cloué la langue.

Fermeté mais intolérance[modifier | modifier le code]

En matière de politique intérieure, Clément VIII se montre aussi ferme que son prédécesseur Sixte V, pape de 1585 à 1590. Il met fin par la force au banditisme qui ravage l'Ombrie et les Marches. Il châtie aussi les désordres de la noblesse romaine. Dès 1592, il condamne à mort plusieurs fauteurs de troubles dont Troio Savelli, descendant d'une illustre famille. Il n'épargna pas non plus la jeune parricide Beatrice Cenci, violée par son père. Stendhal, Alberto Moravia et Percy Bysshe Shelley l'érigeront en héroïne. Sourd à l'opinion populaire, Clément VIII refuse pour l'exemple de lui accorder sa grâce. Dans cette affaire, la convoitise des biens de la famille Cenci au profit des Aldobrandini semble avoir pesé davantage que le scrupule moral.

Clément VIII entend faire régner la plus stricte orthodoxie religieuse. Par son intervention personnelle, deux hommes accusés d'hérésie sont envoyés au bûcher : le meunier Menocchio[1] en 1599 puis en février 1600, durant l'Année sainte, le philosophe Giordano Bruno (voir supra : Jubilé de 1600).

Clément VIII prend également des mesures contre les Juifs. Il leur interdit toute activité commerciale dans l'enclave papale d'Avignon. Le , sa bulle Cæca et obdurata (La perfidie aveugle et endurcie des Juifs) renouvelle l'interdiction à eux faite de s'installer en dehors des ghettos de Rome et d'Ancône. En outre, il condamne la littérature talmudique et cabalistique. La bulle Cum Hebræorum malitia (Quand la méchanceté des Juifs), promulguée le , accuse ces ouvrages de contenir des blasphèmes contre la foi chrétienne et les livre au feu.

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

Pacification de la France[modifier | modifier le code]

Clément VIII.

L'événement le plus notable du pontificat est la réconciliation d'Henri IV avec l’Église. De longues et habiles négociations, menées par le cardinal Arnaud d'Ossat, permettent de résoudre une situation compliquée. Le , une bulle institue des prières de quarante-heures pour que la France ne bascule pas dans le protestantisme. Henri IV se convertit au catholicisme le . Après un délai destiné à éprouver sa sincérité, Clément VIII passe outre le mécontentement de l'Espagne. À l'automne 1595, il accorde solennellement l'absolution à Henri IV. Il met ainsi fin à la guerre de religion qui a déchiré la France pendant trente ans. Il gagne aussi le soutien d'un allié puissant.

En 1598, il favorise la paix de Vervins. Au terme d'une longue lutte, ce traité instaure une paix définitive entre la France et l'Espagne.

Il négocie aussi la paix entre la France et la Savoie.

Lutte contre l'Islam[modifier | modifier le code]

Clément VIII fournit à Rodolphe II hommes et argent pour soutenir en Hongrie sa Longue Guerre contre les Ottomans.

Avec Henri IV, il envisage une alliance de toutes les puissances chrétiennes contre les Turcs.

Expansion territoriale[modifier | modifier le code]

Le , Alphonse II, duc de Ferrare, meurt sans enfant. Clément VIII est résolu à rattacher les possessions de la famille d'Este aux États pontificaux. L'Espagne et l'Empire encouragent César d'Este, un cousin illégitime d'Alphonse II, à résister au pape. Mais Henri IV les dissuade d'intervenir et c'est presque sans coup férir que l'armée de Clément VIII entre à Ferrare.

Mort et postérité[modifier | modifier le code]

Clément VIII donne suite aux projets du peintre florentin Lodovico Cigoli, arrivé à Rome en 1604. L'artiste réalise d'importantes commandes pour les basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-murs[2].

À la fin de sa vie, Clément VIII souffre de la goutte. La maladie le contraint à s'aliter.

Il meurt à Rome le . Il est enterré dans la basilique Saint-Pierre. Le pape Paul V lui fait construire un mausolée dans la chapelle Borghèse de la Sainte-Marie-Majeure, où ses restes seront transférés en 1646.

Autorisation du café[modifier | modifier le code]

Clément VIII aurait autorisé en Occident la consommation du café, considéré alors comme la « boisson sombre de l'Islam » donnée par Satan aux Musulmans pour les consoler de ne pouvoir boire du vin, breuvage sacré du Christ. Après y avoir goûté, il aurait affirmé que « l'arôme du café était chose bien trop agréable pour être l'œuvre du Malin et qu'il serait dommage que les Musulmans en aient l'exclusivité[3] ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sa vie a été étudié par l'historien italien Carlo Ginzburg.
  2. Riccardo Spinelli, « Biographies », dans Mina Gregori, Le Musée des Offices et le Palais Pitti, Paris, Éditions Place des Victoires, (ISBN 2-84459-006-3), p. 640.
  3. Philippe Boé, La magie du café, Phare, Hachette, 2000 (ISBN 2-84616-015-5).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]