Karen Blixen

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Karen Blixen
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Karen Blixen (à droite) rencontrant Igor Stravinsky (à gauche) avec Jurij Moskvitin
Nom de naissance Karen Christenze Dinesen
Alias
Osceola, Isak Dinesen, Pierre Andrezel
Naissance
Rungstedlund Drapeau du Danemark Danemark
Décès (à 77 ans)
Rungstedlund Drapeau du Danemark Danemark
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Danois, anglais

Œuvres principales

Karen Blixen, ex-baronne Karen von Blixen-Finecke du temps de son mariage avec son mari Bror, née Karen Christentze Dinesen ( à Rungstedlund dans la commune de Hørsholm à Rungstedlund) est une femme de lettres danoise qui rédigeait en danois et en anglais et connue sous l'autre pseudonyme d'Isak Dinesen dans les pays anglo-saxons. Elle est célèbre pour avoir écrit La Ferme africaine dont est tiré le film Out of Africa : Souvenirs d'Afrique et Anecdotes du destin (en) dont une nouvelle sert de base au film Le Festin de Babette. Elle a également publié sous les noms de plume Tania Blixen, Osceola et Pierre Andrézel, pour Les Voies du châtiment.

Biographie[modifier | modifier le code]

Karen Christentze Dinesen est la fille d'Ingeborg Westenholz[1] et de l'écrivain et officier Wilhelm Dinesen qui, engagé dans l'armée française pour combattre les Prussiens a connu et écrit sur la Commune de Paris, puis vécu au Québec, puis aux États-Unis à proximité d'une tribu autochtone Chippewa du Wisconsin, puis de retour au Danemark, élu député, atteint de syphilis, il se suicida par pendaison, alors que Karen n'avait que neuf ans, en 1895.

En 1898, elle et ses deux sœurs passent une année en Suisse pour apprendre le Français. Elle fait ses études à l'Académie royale des beaux-arts du Danemark de Copenhague, puis des études d'art à Paris et à Rome.

Riche, elle rejette le mode de vie bourgeois et se tourne vers la peinture et l'écriture. Elle disait : « Je n'ai jamais tant aimé en ce monde que la peinture et l'écriture. Mais si j'avais à choisir, je ne serais ni peintre ni écrivain mais fermière. »

Elle fait ses débuts d'écrivain en 1907 par la publication d'un conte, Les Reclus (Eneboerne). D'autres suivront jusqu'en 1909. Puis Karen Blixen cesse d'écrire, devant leur peu de succès.

En 1909, elle éprouve une grande passion non partagée pour son cousin germain suédois, le baron Hans von Blixen-Finecke, suivie d'une longue période de désespoir.

En , elle se fiance avec le frère jumeau de son ancien amour, le baron Bror von Blixen-Finecke, mais ne souhaite pas s'établir ni au Danemark ni en Suède. Elle veut voyager. L'année suivante, les fiancés projettent l'achat de la plantation de café M'Bagathi, dans l'actuel Kenya, qu'ils réalisent grâce à un important investissement financier de la famille de Karen. Bror Blixen est nommé directeur des Cafés Karen, choix qui se révèle malheureux, en raison de ses faibles talents pour la gestion et l'agriculture. Le , Karen Blixen débarque à Mombasa[2] et se marie le jour même avec Bror. Peu après son mariage, à 29 ans, malade, elle confie dans une lettre à son frère que son mari, atteint, lui aurait transmis la syphilis, mais ce diagnostic aurait été infirmé vers la fin de sa vie, et son traitement à l'arsenic invoqué (cf: http://karenblixen.com/).

Pendant la Première Guerre mondiale, Bror servit dans les patrouilles britanniques de Lord Delamere le long de la frontière avec le Tanganyika allemand et Karen leur apportait des fournitures.

A la ferme, Karen conduisait de grands malades (variole, méningite, typhus) à l’hôpital, convaincue qu’elle ne serait jamais contaminée... (cf. "La maladie de Karen Blixen" https://sites.uclouvain.be/ama-ucl/karenblixen55.html). En raison de la difficulté d'un traitement sur place, Karen Blixen repart se faire soigner au Danemark en 1915.

Son frère et confident, Thomas Dinesen, la rejoint au Kenya pour l'aider à la plantation de 1918 à 1923.

Les époux s'éloignent de plus en plus, notamment en raison de la gestion calamiteuse de Bror et de ses infidélités (d'ailleurs tolérées[3]). Ils divorcent en 1925, mais restent en bons termes.

Les monts Ngong, où chassaient Denys Finch Hatton et Karen Blixen.

En 1918, son mari lui avait présenté l'aventurier Denys Finch Hatton, pilote de l'armée de l'air britannique et guide de safari. Il devient le grand amour de sa vie, même si leurs relations sont parfois orageuses ; charismatique et érudit, il l'encourage à écrire.

Karen Blixen accueille le dans sa ferme le prince de Galles, futur Édouard VIII, héritier du trône d'Angleterre[4].

Finch Hatton la quitte pour l'aviatrice britannique Beryl Markham. Il meurt dans l'accident de son avion personnel le , à 44 ans. La situation financière de l'exploitation se dégrade d'année en année.

La ferme est finalement vendue, et Karen Blixen doit quitter définitivement l'Afrique en . Dans une dernière lettre avant de quitter le continent africain, elle écrit :

Même si elle a été un peu plus tendre envers certains autres, je suis malgré tout persuadée que j'ai été l'un des favourite children de l'Afrique. Un vaste univers de poésie s'est ouvert à moi et m'a laissée pénétrer en lui ici, et je lui ai donné mon cœur. J'ai plongé mon regard dans celui des lions et j'ai dormi sous la Croix du Sud, j'ai vu les grandes plaines être la proie des flammes, et alors qu'y poussait une herbe verte et tendre après la pluie, j'ai été l'amie de Somalis, de Kikuyus et de Massaï, et j'ai survolé les Ngong Hills : « j'ai cueilli la plus belle rose de la vie » — je crois que ma maison a été une sorte de refuge pour les passants et pour les malades, et qu'elle a été pour tous les Noirs le centre d'un friendly spirit[5].

Le , elle accoste à Marseille, puis rejoint le domaine familial de Rungstedlund, le . Elle est alors financièrement ruinée, sentimentalement désespérée, et sans avenir ; après avoir dû quitter sa ferme et l'Afrique, après avoir vécu 27 ans à l'étranger, elle voit son échec comme total. Pour combler le vide de sa vie, elle se met à écrire en anglais, alors qu'elle approche de la cinquantaine. « Personne n'a payé plus cher son entrée en littérature », dira-t-elle plus tard.

Après de nombreux refus, ses Sept contes gothiques (Seven Gothic Tales) sont enfin acceptés en 1934 par un éditeur américain, Robert Haas. Karen Blixen décide de les publier sous le pseudonyme d'« Isak Dinesen ». L'accueil du public américain est enthousiaste. La Ferme africaine (Den afrikanske Farm, titre en danois ; Out of Africa en anglais) sort en 1937. Confinée au Danemark occupé pendant la guerre, elle publie Les Contes d'hiver (Winter's Tales) en 1942.

Après la Seconde Guerre mondiale, son domaine de Rungstedlund devient un petit cercle littéraire, où Karen Blixen reçoit de nombreux jeunes écrivains et intellectuels danois, principalement issus de la revue littéraire Heretica. Elle engage Clara Selborn, qui devient sa secrétaire ainsi que sa conseillère artistique et économique. Une amitié particulière la lie de 1948 à 1955, à un jeune poète danois, Thorkild Bjørnvig, de trente ans son cadet, qu'elle héberge et fait vivre dans son domaine. Cette histoire sera racontée par Bjørnvig lui-même dans Le Pacte, inédit en France, douze ans après le décès de Karen Blixen.

Elle s'affirme peu à peu comme une figure de premier plan de la vie artistique danoise, notamment par le biais de nombreuses causeries radiophoniques.

En 1958, Karen Blixen prend l'initiative de créer une fondation pour la pérennité de son domaine de Runstedlund, avec la création d'une réserve pour les oiseaux dans le parc. Elle publie la même année Les Derniers Contes, comprenant notamment Le Festin de Babette.

Affaiblie et malade, elle entreprend un voyage de quelques mois aux États-Unis en 1959, où l'accueil de son public est triomphal. Karen Blixen réalise alors un rêve : dîner avec Marilyn Monroe et son mari Arthur Miller.

Elle voyage encore à Paris en 1961, puis meurt le , assistée par son frère, dans sa maison de Rungstedlund. Elle sera enterrée, devant environ trois cents personnes, dans le parc de sa demeure.

Origines de La Ferme africaine[modifier | modifier le code]

Aménagé dans le logis de son ancienne ferme, le musée Karen-Blixen à Karen (en), un quartier du sud-ouest de Nairobi au Kenya, qui aurait été nommé ainsi d'après le prénom de l'écrivaine, et qui s'est développé sur les anciennes terres du domaine.

Durant l'année 1913, Karen et Bror, alors fiancés, cherchent à créer une plantation de café dans l'Afrique orientale britannique. Bror parvient à acheter la plantation de café M'Bagathi, grâce à un important investissement financier de la famille de Karen Blixen. L'entreprise, à l'origine du roman La Ferme africaine[6], prend pour nom la Karen Coffee Co. Bror Blixen est nommé directeur, mais montrera vite qu'il n'a pas l'étoffe d'un patron.

Dès 1917, le conflit éclate entre les époux sur la destinée de l'entreprise. En 1920, Aage Westenholz, oncle de Karen et président de la Karen Coffee Co., vient sur place pour statuer sur l'avenir de la ferme. Il choisit de relever Bror Blixen de ses fonctions de directeur au profit de Karen, lui intimant de ne plus prendre aucune fonction dans la plantation. Elle pense pouvoir redresser la situation, mais dès 1923, le propre frère de Karen Blixen est convaincu que la ferme n'est pas économiquement viable. Au cours des années suivantes, Karen ne cesse de demander de l'argent à sa famille pour faire survivre l'entreprise. Pour sa famille danoise, il semble que les fonds envoyés sont plus perçus comme une œuvre caritative et d'évangélisation que comme un investissement financier.

La situation ne cesse de se dégrader. Finalement en 1931, la société anonyme est contrainte de se placer en liquidation et de vendre la ferme. Karen Blixen passe les derniers mois à écouler la dernière récolte et tenter d'assurer la situation de ses employés.

Maladie[modifier | modifier le code]

La tombe de Karen Blixen à Rungstedlund.

Son mari volage lui aurait transmis la syphilis après leur mariage (ils se séparent en 1921 et divorcent en 1925, mais restent en bons termes)[7].

Traitée au mercure, sa syphilis aurait été guérie de son vivant, mais des tests approfondis, après 1925, ne prouvent pas la présence du tréponème pâle dans son organisme. Il est donc peu vraisemblable qu'elle ait souffert de neurosyphilis et la plupart des symptômes semblent plutôt dûs au traitement. Les troubles neurologiques attribués à un tabès étaient probablement la conséquence tardive de ses traitements : mercure, arsenic et bismuth[8].

En 1955, à l'âge de 70 ans, elle doit subir une intervention chirurgicale sur la moelle épinière ainsi qu'une gastrectomie pour un ulcère de l'estomac. Son alimentation en sera définitivement perturbée, provoquant une malnutrition à l'origine de son décès à 77 ans, alors qu'elle ne pèse plus que 31 kg. Elle repose désormais au fond du parc de sa propriété de Rungstedlund.

Œuvres[modifier | modifier le code]

C'est l'une des principales héritières du style gothique anglo-saxon, qu'elle prolonge par un fantastique personnel, un néoromantisme et un réalisme magique. Karen Blixen reçoit le prix Tagea Brandt Rejselegat en 1939. Sous son nom ou sous les pseudonymes de Osceola, le nom du chien de son Père[9][10], Isak Dinesen et Pierre Andrézel, on lui doit :

  • 1937 : La Ferme africaine (adaptée au cinéma sous le titre Out of Africa) (ISBN 2070425126). La Ferme africaine est éditée en France en 1942 avec une traduction d'Yvonne Manceron fondée sur la version anglaise écrite par Karen Blixen. Le roman est réédité en mai 2005 avec une traduction d'Alain Gnaedig fondée sur le texte original danois.
  • 1942 : Contes d'hiver (ISBN 2070374114)
    • Histoire du petit mousse
    • Le Jeune Homme à l'œillet
    • Les Perles
    • Les Irréductibles Propriétaires d'esclaves
    • L'Héroïne
    • L'Enfant rêveur
    • Alcmène
    • Le Poisson
    • Peter et Rosa
    • Le Champ de la douleur
    • Une histoire consolante
  • 1957 : Les Derniers Contes (Last Tales), aussi publiés sous le titre Nouveaux Contes d'Hiver (ISBN 2070378217), recueil rassemblant plusieurs séries de contes :
    • Contes tirés du roman "Albondocani"
      • Le Premier Conte du cardinal
      • Le Manteau
      • Promenade de nuit
      • Sur les pensées cachées et sur le Ciel
      • Les Contes des deux vieux messieurs
      • Le Troisième conte du cardinal
      • La Page blanche
    • Nouveaux contes gothiques
      • Les Caryatides, histoire inachevée
      • Échos
    • Nouveaux contes d'hiver
      • Une histoire campagnarde
      • Saison à Copenhague
      • Conversation nocturne à Copenhague

Ensemble de textes sur des sujets variés.

    • Mariage moderne et autres considérations
    • Noirs et blancs en Afrique
    • Lettres d'un pays en guerre
    • L'Angleterre retrouvée
    • Sur quatre fusains
    • Daguerréotypes
    • Un discours de clôture avec quatorze ans de retard
    • De profane à profane
    • Rungstedlund, allocution radiophonique
    • Les Devises de ma vie
  • 1975 : parution posthume de Les Fils de rois (ISBN 2070712486)
    • Les Deux solitaires
    • Le Laboureur
    • En attendant les mariés
    • La Famille de Cats
    • Oncle Théodore
    • Carnaval
    • Le Dernier Jour
    • Les Fils de rois
    • Oncle Sénèque
    • Anna
    • L'Orgueilleuse
    • L'Ours et le Baiser
  • Lettres d'Afrique 1914-1931 : recueil de lettres que Karen Blixen écrit à sa famille pendant son séjour au Kenya (ISBN 2070385337)

Il faut noter que l'édition française est amputée d'un bon nombre de lettres ou de parties de lettres par rapport à la version anglaise. Les extraits manquants concernent surtout le travail et les finances de la ferme.

  • Lettres du Danemark 1931-1962 : recueil de lettres que Karen Blixen écrit après son départ définitif du Kenya et pendant les 30 dernières années de sa vie (ISBN 2070750418)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Issue d'une famille puissante et cultivée, propriétaire du manoir de Mattrup dans le Jutland.
  2. Ou Mombassa selon l'ancienne orthographe.
  3. in Judith Thurman, op.cit. pp.  174-175.
  4. Bror Blixen et sa nouvelle compagne Cockie sont aussi invités.
  5. Bruno de Cessole, L'Internationale des francs-tireurs, p. 64, Éd. L’Éditeur, 2014.
  6. Karen Blixen, Lettres d'Afrique 1914-1931, Folio, Gallimard 1985.
  7. in: Judith Thurman, op.cit. p. 175.
  8. René Krémer, « La maladie de Karen Blixen (1885-1962) », Ama Contacts, n°55.
  9. Engberg 2003.
  10. Wivel 2013.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Judith Thurman, Karen Blixen, Paris, Seghers, 1986, traduit de l'anglais.
Bande dessinée
  • La lionne, un portrait de Karen Blixen, scénario d'Anne-Caroline Pandolfo, dessin de Terkel Risbjerg, 197 pages, Éditions Sarbacane, 2015.
Récit
  1. Jérôme Garcin, « Nathalie Blixen », sur Bibliobs, (consulté le 7 mai 2015)

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Les nuits de France culture, 1993 puis 04.10.2020; Une Nuit danoise (7/10) : Régis Boyer : "Karen Blixen s'inscrit dans la ligne des grands écrivains scandinaves qui sont, depuis les sagas islandaises, des conteurs de premier ordre"