Léopold Ier (roi des Belges)

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Léopold Ier
Illustration.
Léopold Ier par Nicaise De Keyser.
Titre
Roi des Belges

(34 ans, 6 mois et 6 jours)
Premier ministre Joseph Lebeau
Comte de Mûelenaere
Comte d’Alviella
Chevalier de Theux de Meylandt
Jean-Baptiste Nothomb
Sylvain Van de Weyer
Charles Rogier
Henri de Brouckère
Pierre De Decker
Prédécesseur Création du titre
Érasme-Louis Surlet de Chokier (régent)
Successeur Léopold II
Biographie
Dynastie Maison de Saxe-Cobourg
Nom de naissance Leopold Georg Christian Friedrich von Sachsen-Coburg-Saalfeld
Date de naissance
Lieu de naissance Cobourg (Bavière)
Date de décès (à 74 ans)
Lieu de décès Laeken (Belgique)
Sépulture crypte royale à l'église Notre-Dame de Laeken (Bruxelles)
Père François de Saxe-Cobourg-Saalfeld, duc de Saxe-Cobourg
Mère Augusta Reuss d'Ebersdorf
Conjoint Charlotte de Galles (1816-1817)
Deuxième conjoint Louise d'Orléans (1832-1850)
Enfants avec le 2e conjoint Louis-Philippe
Léopold Roi des Belges
Philippe, comte de Flandre
Charlotte
Entourage Georges-Frédéric avec Arcadie Claret
Arthur avec Arcadie Claret
Religion Protestantisme
Résidence Palais royal de Bruxelles

Signature de Léopold Ier

Léopold Ier (roi des Belges)
Rois des Belges

Léopold Georges Chrétien Frédéric de Saxe-Cobourg-Saalfeld né à Cobourg (en Saxe-Cobourg-Saalfeld) le et mort le au palais de Laeken (en Belgique), est un prince allemand de la Maison de Saxe-Cobourg et Gotha devenu le premier roi des Belges en 1831 et le fondateur de la dynastie actuellement régnante sur la Belgique. Il est également l'ancêtre de l'actuel grand-duc de Luxembourg, des prétendants au trône d'Italie et de Modène, ainsi que du prince Napoléon. Il règne sous le nom de Léopold de Belgique (en néerlandais, Leopold van België), prince de Saxe-Cobourg et Gotha, duc en Saxe.

Né dans la Maison ducale régnant sur le petit duché allemand de Saxe-Cobourg-Saalfeld, il est le troisième fils et le huitième des neuf enfants du duc souverain François de Saxe-Cobourg-Saalfeld et de sa seconde épouse la princesse Augusta Reuss d’Ebersdorf. Après le mariage de sa sœur avec le grand-duc Constantin de Russie, Léopold devient officier de l'armée impériale russe et combat Napoléon Ier après que les troupes françaises eurent envahi la Saxe-Cobourg au cours des guerres napoléoniennes. Après la défaite de Napoléon, il s'installe au Royaume-Uni où il épouse la princesse Charlotte de Galles, l'enfant unique et successeur désigné du Prince régent, devenant ainsi le potentiel futur prince consort de Grande-Bretagne. Charlotte meurt en couches en 1817. Veuf à 27 ans et sans réelles perspectives d'avenir, Léopold reste en Angleterre où il bénéficie toujours d'un statut important et lucratif.

Après la guerre d'indépendance grecque (1821-1832), Léopold se voit offrir le trône de Grèce qu'il refuse, craignant que la situation ne soit trop instable. En revanche, le Congrès du nouveau royaume de Belgique le choisit en raison de ses relations diplomatiques avec les maisons royales d'Europe ; il est élu premier souverain belge le et accepte. Il prête le serment constitutionnel le , date qui deviendra celle de la fête nationale belge[N 1].

Son règne est marqué, au point de vue international, par les tentatives néerlandaises de récupérer la Belgique et par la volonté royale de sécuriser le royaume géographiquement situé entre de puissants voisins; tandis qu'au point de vue national, ce sont les tensions politiques internes entre libéraux et catholiques qui donnent progressivement la tonalité du règne. Léopold, considéré comme libéral, prône la modernisation de l'économie, en jouant un rôle majeur d'encouragement à la création de la première ligne de chemin de fer belge et à l'industrialisation subséquente. Il parvient, dans le contexte d'une constitution qui les borne, à étendre les pouvoirs de la monarchie à leur acmé. Il meurt à 74 ans en 1865, laissant pour successeur son fils Léopold II.

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Huitième des neuf enfants[N 2] du duc souverain François de Saxe-Cobourg-Saalfeld et de sa seconde épouse[N 3] la princesse Augusta Reuss d'Ebersdorf (mariés à Ebersdorf le ), le futur roi des Belges voit le jour au Palais Ehrenbourg à Cobourg[N 4], dans le duché de Saxe-Cobourg-Saalfeld, le [1]. Il est baptisé le lendemain de sa naissance en l'honneur du nouvel empereur Léopold II[2].

Léopold a cinq sœurs aînées (Sophie (1778-1835), Antoinette (1779-1824), Julienne (1781-1860), Victoire (1786-1861) et Marianne (1788-1794)), deux frères aînés (Ernest (1784-1844) et Ferdinand (1785-1851)) et un frère cadet (Maximilien (1792-1793))[3].

En 1826, Saxe-Cobourg acquiert la ville de Gotha du duché voisin Saxe-Gotha-Altenbourg en échange de Saalfeld, devenant ainsi Saxe-Cobourg et Gotha. Léopold portera dès lors le titre de prince de Saxe-Cobourg-Gotha.

De ses parents, Léopold disait : " Mon pauvre père, dont la santé a été compromise de bonne heure, avait le caractère le plus aimable; c'était l'affabilité même. Ma bien-aimée mère était une femme éminente et digne de respect; elle avait un cœur chaleureux et une belle intelligence[4]." Les parents de Léopold forment un couple très uni[5].

En plus de ses parents, un personnage central marque son enfance : sa grand-mère paternelle, Sophie-Antoinette de Brunswick-Wolfenbüttel, femme impérieuse et prodigue qui meurt en 1802, veille de près sur son petit-fils pour lequel elle a une préférence marquée[6].

Dès 1797[7], Léopold est placé sous la direction du pasteur de la Cour, Charles-Théodore Hoflender, fils d'un humble bottier qui avait conquis ses grades à l'université d'Iéna avant d'être nommé premier professeur au "Collegium Casimirianum" de Cobourg. Hoflender enseigne au prince les mathématiques, le grec, le latin et quelques rudiments de russe, sans oublier l'histoire biblique, la morale et la doctrine chrétienne [8]. En 1799, Jean-Philippe Hohnbaum entre à la cour ducale comme secrétaire du prince héritier François et précepteur de Léopold et de ses frères avec le titre de conseiller[9]. Très tôt, il s'aperçoit des capacités et des qualités de son élève auquel il enseigne l'histoire de Saxe, d'Angleterre et d'Allemagne. L'intéresse tout particulièrement la guerre de Trente Ans dont les portraits d'esprits nobles et chevaleresques le fascinent[10]. Le même Hohnbaum donne des cours de maintien et d'exercices physiques afin de renforcer sa constitution en vue de le préparer aux dangers de la guerre. Durant son enfance, ses frères ayant six et cinq ans de plus que lui, il doit accepter leur supériorité physique. Il reçoit un jour un présent sous la forme d'un couple de pigeons, début d'une passion colombophile à laquelle on peut aussi ajouter son amour pour les fleurs et les jardins[11]. Un autre religieux, Gottlieb Scheler, donne à Léopold le catéchisme. Ce pasteur prône une forme particulière du luthérianisme : le piétisme - courant orienté vers la spiritualité et la pratique religieuse personnelles - qui influencera durablement la mentalité et la sensibilité du prince[12]. Le prince s'efforce aussi d'apprendre le français, l'anglais et l'italien, ainsi que l'Histoire et le droit public et aime dessiner d'après nature[13].

En ce qui regarde les arts militaires, Léopold bénéficie de l'enseignement de son grand-oncle le prince Frédéric Josias de Saxe-Cobourg-Saalfeld lequel peut se targuer d'une longue et glorieuse carrière militaire[14]. Il écoute avec fruit les récits de ce feld-maréchal du Saint-Empire qui a combattu depuis la guerre de Sept ans jusqu'à Fleurus.

Quant à son père, le duc François, homme d'études, passionné de botanique et d'astronomie, il emmène souvent le jeune Léopold lors d'expéditions pacifiques à travers les règnes animal, végétal et minéral, inspirant à l'enfant cette prédilection pour les longues marches dans les campagnes qui seront plus tard la consolation de l'homme mûr[15].

Dès 1804, alors qu'il n'a que treize ans, Léopold tient régulièrement un livre de comptes[16]. Il y indique ses recettes (étrennes reçues de ses proches pour son anniversaire) et ses dépenses (prix des oiseaux achetés (principalement des pigeons), des fruits, des aumônes, des gains ou des pertes au jeu, au loto, au pharaon ou au jeu de quilles). À partir de 1805, il achète des billets de théâtre et dépense davantage pour sa toilette.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Entrevue d'Erfurt et Bataille de Kulm.
Portrait équestre de Léopold Ier.

La tsarine Catherine II de Russie, cherchant à accroître l'influence de son empire en Europe, marie ses descendants à des princesses issues de dynasties régnant dans le Centre (voire le Sud) du Saint-Empire. Son fils unique, l'empereur Paul Ier a convolé en premières noces avec une princesse de Hesse puis avec une princesse de Wurtemberg. De même, elle marie, dès 1793, Alexandre, l'aîné de ses petits-fils à peine âgé de 16 ans, qu'elle souhaite voir lui succéder, à une princesse de Bade. Le second, Constantin de Russie, successeur potentiel de son frère qui n'a pas d'enfant, épouse, en 1796, Julienne de Saxe-Cobourg-Saalfeld, sœur aînée de Léopold. La tsarine Catherine II meurt quelques mois plus tard.

Proche parent des Romanov, le jeune Léopold reçoit un grade militaire dès ses six ans. Il est nommé capitaine (7 mai 1797), puis colonel du régiment Izmaïlovski de la garde impériale en Russie (11 septembre 1798). Il est transféré le 19 mars 1801 au régiment de cavalerie de la garde impériale (19 mars 1801) où, à 12 ans (16 mai 1803), il devient général-major[17].

En 1805, alors qu'il est âgé de quatorze ans, Léopold fait ses véritables débuts dans l'armée russe. Il accompagne son frère Ernest en Moravie au quartier général de l'Empereur Alexandre Ier de Russie[18], mais les deux princes ne participent à aucun combat[19]. À la suite de la bataille d'Austerlitz, il rentre à Cobourg occupée par les Français[20]. Le duc François est mourant et s'enferme dans la citadelle de Saalfeld avec Léopold, tandis que ses deux autres fils Ernest et Ferdinand sont dans les rangs des coalisés. Le duc François meurt le 9 décembre 1806 quelques jours avant la signature du Traité de Posen qui rattache le duché de Saxe-Cobourg à la Confédération du Rhin[21]. Ernest, l'héritier du duché, est alité par le typhus au quartier général prussien. Lorsque Napoléon apprend qu'il a combattu contre les Français[22], il met le duché sous séquestre et confisque les biens de la famille régnante. Léopold et sa mère, confinés dans une partie du château, survivent grâce aux secours de leurs anciens domestiques. À sa sœur Sophie, Léopold écrit : " le pauvre pays de Cobourg est terriblement plumé; il doit payer 981 000 francs; c'est énorme. Nos caisses et nos domaines, bref tous nos revenus, ont été confisqués par l'empereur Napoléon. Aucun apanage ne peut être payé "[23]. Léopold peut enfin se rendre au chevet de son frère Ernest, tandis que leur mère s'efforce en vain de fléchir le général Clarke, gouverneur de Berlin, pour recouvrer la possession du duché. Après l'intervention du tsar, Napoléon autorise d'inclure le duché de Saxe-Cobourg-Saalfeld dans le traité de Tilsit et de le compter à nouveau parmi les membres de la Confédération du Rhin[24]. Le nouveau duc régnant Ernest peut entrer dans sa capitale en juillet 1807[25].

En septembre 1807, Léopold et Ernest séjournent brièvement à Paris afin de faire la cour à Napoléon Ier, sans toutefois rencontrer l'empereur alors en séjour à Fontainebleau avant de regagner l'Italie[26]. Les Tuileries sont envahies par une foule de princes allemands, italiens, espagnols et portugais en quête d'une faveur de l'empereur. L'impératrice Joséphine devient protectrice pour le jeune Léopold, lui procurant des plantes de son herbier et lui faisant ouvrir la loge impériale dans les théâtres[27]. L'empereur, que les princes rencontrent finalement en octobre 1808[28] est lui-même frappé par la prestance de Léopold : " Si je m'en souviens bien, disait-il, c'est le plus beau jeune homme que j'aie pu voir aux Tuileries ", au point qu'il songe à en faire son aide de camp[29].

Entrevue d'Erfurt par Nicolas Grosse

Au printemps 1808, Léopold est atteint par la fièvre typhoïde, dont il se remet lentement[30], puis il administre le duché de Saxe-Cobourg-Saalfeld alors que son frère Ernest se rend en Russie[31]. Léopold en profite pour entreprendre d'ambitieuses réformes financières, administratives et des travaux publics[32]. Il accompagne ensuite Alexandre Ier, lors de sa rencontre avec Napoléon à Erfurt en septembre 1808. Cette entrevue d'Erfurt constitue un échec pour Napoléon, lequel souhaitait renforcer l'alliance franco-russe, car le tsar ne cédera rien aux exigences de Napoléon et ne semble pas déterminé à aider ses petits alliés, dont les Cobourg. Léopold rentre à Cobourg et écrit au tsar afin qu'il défende les intérêts cobourgeois (le détachement de quelques baillages des pays de Bamberg et de Bayreuth au profit du duché de Cobourg)[33] auprès de Napoléon. Ce dernier, prévenu contre les Cobourg lesquels figurent " trop souvent dans les rangs de [mes] ennemis ", refuse de céder quoi que ce soit[34]. En outre, il exige le départ de Léopold de l'armée russe. Léopold doit obéir et démissionne à contre-cœur de l'armée russe en novembre 1808[35].

Le jeune prince doit dès lors se contenter de retourner à ses études : " je travaille beaucoup en ce moment : tous les matins je rédige mon journal, j'étudie les mathématiques et la politique, puis je lis Guibert ou Robertson, dont l'histoire de Charles-Quint m'intéresse fort. Mes après-midi sont consacrés aux travaux militaires " écrit Léopold en octobre 1809[36]. À l'automne 1810, Léopold est mandaté par son frère Ernest pour une mission délicate[37]. Il s'agit d'obtenir une aide substantielle pour le duché de Cobourg appauvri par la perte de nombreux soldats, ruiné par de lourdes contributions de guerre et la destruction de marchandises prétendument anglaises par application du blocus continental[38]. Napoléon le reçoit, refuse d'aider financièrement le duché de Saxe-Cobourg, mais propose à Léopold d'intégrer l'armée française, ce que l'intéressé ne souhaite aucunement. En janvier 1811, l'intervention amicale de Joséphine et surtout de Hortense de Beauharnais permet au jeune homme de se soustraire aux propositions militaires de l'empereur des Français[39]. Ernest sait qu'il peut compter sur l'entregent de son frère qu'il considère comme une sorte de ministre des affaires étrangères du duché[40]. En mai 1811, Léopold, envoyé à Munich, réussit à obtenir du roi de Bavière que le duché de Cobourg conserve de petits territoires qui allaient être absorbés par la Bavière[41]. De là, Léopold se rend à Vienne où il passera tout l'hiver avant de voyager dans différentes villes italiennes[42]. L'inactivité forcée lui déplaît : " les années 1810 et 1811 furent assez calmes. Je fus désappointé de me voir interdire de servir en Russie par Napoléon qui tenait mon frère pour responsable, car il savait qu'autrement il n'aurait pas pu m'en empêcher.[43]" écrira Léopold qui devra attendre mars 1813 avant d'être réintégré dans l'armée impériale russe[44].

C'est donc en qualité de colonel du régiment russe des cuirassiers de l'impératrice Maria Feodorovna[45] que Léopold participe activement à la libération de la nation germanique[46]. Le 28 février 1813, après la signature du Traité de Kalisz conclu entre la Russie et la Prusse contre la France, Léopold se rend au quartier général du tsar : " je fus le premier prince allemand qui rejoignit l'armée libératrice" se félicite Léopold[47]. En 1813, Léopold combat aux batailles de Lützen, Bautzen et Leipzig contre les troupes françaises. Sans aucune expérience militaire, il se voit confier par son beau-frère, le grand-duc Constantin, tous les escadrons de cavalerie disponibles. Le 26 août, Léopold se signale en accourant avec ses cuirassiers pour dégager le prince Eugène de Wurtemberg assailli par des forces supérieures dans la position qu'il occupait. Trois jours plus tard, Léopold a à Peterswald un engagement extrêmement vif avec un détachement de cavalerie française ; attaqué par des forces supérieures, il recule, mais ne tombe pas au pouvoir de l'ennemi[48].

Bataille de Kulm par Kotzebue

Le 30 août, lors de la bataille de Kulm, Léopold est attaqué, mais, à la tête de ses troupes, il charge les Français littéralement cloués sur place[49]. Deux généraux français (Haxo et Guyot) sont faits prisonniers. Les Français perdent en outre cinq à six mille morts et blessés, 7 000 prisonniers et 48 bouches à feu[50]. Le soir du combat, en raison de sa bravoure, Léopold est décoré de la croix de Saint-Georges. Il est nommé à plusieurs autres décorations militaires : ordre de Saint-André, ordre d'Alexandre Nevski, ordre de Sainte-Anne, croix de Malte, croix de Kulm et médaille de l'an 1812. Ces batailles lui valent le titre de général de division de l'armée russe. À 23 ans, il est déjà devenu un officier expérimenté qui se signale par la maturité de son esprit, une rare sagacité et un tact extraordinaire. Ces qualités sont encore rehaussées par l'éclat d'une réputation de bravoure noblement conquise sur les champs de bataille[51] .

En septembre ou , alors qu'il est en campagne, il est reçu franc-maçon par Rodolphe-Abraham Schiferli, chevalier Rose-Croix du chapitre de la loge Zur Hoffnung, de Berne, alors appartenant au Grand Orient de France. Il est élevé à la maîtrise le de la même année et il est fait membre d'honneur de la loge[52].

Le 12 janvier 1814, les quartiers généraux du tsar et du roi de Prusse occupent Bâle. Le grand-duc Constantin se rend avec Léopold à Elfenau près de Berne, afin que sa femme Julienne, laquelle avait quitté la Russie en 1802, se réconcilie avec lui. Cette démarche est cependant un échec[53]. Le 30 janvier 1814, Léopold pénètre en France avec sa cavalerie. Le 1er février, il prend part à la bataille de Brienne avant d'occuper Troyes. Le 20 mars, au combat d'Arcis-sur-Aube, il a un commandement à l'aile droite. Quatre jours plus tard, les alliés marchent sur Paris. Léopold - qui occupe l'avant-garde - se distingue de nouveau le 25 mars à la bataille de Fère-Champenoise, tout en regrettant d'avoir " dû soutenir l'attaque, au lieu d'être en première ligne et, à cause de cela, [j'] ai été privé d'une partie de la gloire. Mais j'ai pris trois canons et sauvé les nôtres tard dans la soirée.[54]" Enfin, le 31, à la tête des cuirassiers de la garde russe, Léopold entre à Paris[55]. Depuis la capitale française, Léopold commente la chute de Napoléon : " le fléau de l'humanité est enfin parti après avoir essayé sous toutes sortes de prétextes, de demeurer à Fontainebleau, abandonné de presque tous. [...] Voilà à quel point la prudence a humilié ce tyran, à l'horreur de tous ceux qui auraient envie de suivre son exemple."[56]. Léopold assiste à la restauration des Bourbons, puis accompagne, en qualité de lieutenant général au service de Russie, l'empereur Alexandre en Angleterre[57].

La paix revenue, Léopold participe au congrès de Vienne où il seconde son frère pour représenter le duché de Cobourg[58]. Ernest doit lutter contre la Prusse laquelle veut pénaliser le duché de Cobourg pour avoir empêché l'annexion de la Saxe en omettant de mentionner le paragraphe consacré au duché. C'est Léopold, averti par les ministres russes et autrichiens, qui parvient à ce que figure ledit paragraphe dans le traité[59]. Au congrès de Vienne, Léopold fait la connaissance du frère de l'empereur d'Autriche, l'archiduc Jean avec lequel il sera durablement lié. Cet archiduc permet aussi à Léopold de faire la connaissance du chancelier Metternich lequel dominera la politique européenne jusqu'en 1848[60]. Le Congrès est brutalement troublé par le retour de Napoléon de l'Île d'Elbe en mars 1815. Le prince Léopold reprend le commandement d'une brigade de cavalerie dans l'armée russe et se met en marche vers la France. Il arrive après que tout aura été joué et perdu par Napoléon à Waterloo[61].

Consort de la princesse de Galles[modifier | modifier le code]

Les fiançailles de la princesse Charlotte et du prince Léopold de George Clint (peintre) (en).

Dès le printemps 1814, alors qu'il accompagne le tsar en Angleterre, il est question d'un projet matrimonial concernant Léopold. Ayant appris que la princesse de Galles, Charlotte, le seul enfant légitime du prince régent, le futur George IV du Royaume-Uni, était promise à Guillaume II (roi des Pays-Bas), alors prince d'Orange, l'empereur de Russie, incité par Lord Castlereagh, le parti Whig et une part importante de la gentry décide - afin d'empêcher une union personnelle entre la Grande-Bretagne et les Pays-Bas qui engendrerait une nouvelle domination des mers par les "puissances maritimes" - de présenter son propre candidat qu'il trouve en la personne du prince Léopold. Il a désormais un sérieux rival à opposer au prince d'Orange[62]. En juin 1814, Léopold est donc présenté à la cour et Charlotte est aussitôt conquise. Elle rejette l'option imposée par son père et lui préfère Léopold. Ce dernier juge cependant bon de temporiser afin de s'attirer la sympathie de son futur beau-père. Il attendra presque deux ans avant de s'engager dans des fiançailles. Léopold doit d'ailleurs encore régler des affaires politiques à Paris, participer au congrès de Vienne et se rendre à Berlin avant de regagner définitivement l'Angleterre en février 1816. Là, le Régent se montre conciliant à l'égard de Léopold. Le mariage est décidé et aura lieu le à Carlton House.

Léopold sera profondément épris de sa femme. " Mon amour pour ma bonne et chère femme ne fait qu'augmenter et notre vie commune ininterrompue, et séparée presque totalement des canailles du grand monde, a l'énorme avantage de nous lier de plus en plus; de sorte qu'il ne sera plus possible à ceux qui trouveraient leur plaisir à nous désunir et à troubler notre harmonie de mettre leurs projets à exécution car la confiance réciproque est déjà trop ancrée." écrit Léopold[63]. Léopold et Charlotte choisissent de s'établir à Claremont en septembre 1816. Léopold avait ,avant cette installation, nourri quelques inquiétudes au sujet de la santé de Charlotte, mais celle-ci paraît, maintenant qu'ils demeurent dans la résidence de leur choix, en bonne santé. Charlotte devient enceinte, mais après avoir donné naissance à un fils mort-né, le 5 novembre, la princesse meurt le à l'âge de 21 ans. Le prince en restera toute sa vie inconsolable. À sa sœur, Léopold écrit : " Au fond, j'étais fait pour une vie d'intimité familiale; j'ai tant désiré des enfants et j'ai toujours vécu pour nous assurer le vrai bonheur, en évitant tout l'éclat que donnent notre position et notre influence [...]. Je voulais être tranquille et heureux avec ma souris [Charlotte] et rien de plus [...] Charlotte était une très jolie femme et elle possédait à un degré très élevé ce que les Anglais appellent " countenance ". J'ai aimé, il est vrai, sa beauté physique, mais je puis te jurer [...] que c'étaient avant tout le noble cœur et les qualités si magnifiques de ma souris que j'ai réellement aimés[64]".

Si Charlotte avait survécu, elle serait devenue reine du Royaume-Uni à la mort de son père et Léopold serait devenu prince consort, comme le sera plus tard son neveu Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. Léopold, qui n'a plus de fonction officielle (voire de raison d'être) à la cour d'Angleterre, demeure néanmoins au Royaume-Uni car Stockmar lui a déconseillé de s'installer sur le continent après son veuvage, car l'opinion publique admettrait mal qu'il continue à toucher sa rente annuelle de 50 000 francs versée par le gouvernement britannique pour la dépenser ailleurs[65]. D'ailleurs, durant l'été 1819, Léopold visite l'Écosse et le nord de l'Angleterre qu'il apprend à connaître et à aimer. Il découvre aussi le développement prodigieux de la Révolution industrielle et saura s'en souvenir. Sa vie durant, il sera marqué par l'exemple britannique[66].

La reine Victoria et sa mère la duchesse de Kent

Léopold aide ensuite des membres de sa parenté dans leur ascension vers les différents trônes européens. Dès 1818, il remarie sa sœur Victoire, veuve depuis quatre ans du prince Émile-Charles de Leiningen, à Édouard-Auguste duc de Kent, frère cadet du Prince-Régent. De cette union, naît la future reine Victoria en 1819 qui devient orpheline de père dès 1820. Léopold recueille à Claremont sa sœur de nouveau veuve et sa fille dont il sera un père de substitution et un conseillé écouté. Il pourvoit durant plusieurs années à l'entretien de leur maison[67].

Après le décès de sa Charlotte bien-aimée, le prince Léopold, fort apprécié en Angleterre, restera encore quatorze années sur le sol britannique. Il entretient des relations difficiles avec George IV, roi depuis 1820, en raison notamment du soutien qu'il a affiché auprès de Caroline de Brunswick dans le conflit qui les a opposés. Léopold a en effet ostensiblement rendu visite à la reine Caroline alors que son mari s'apprêtait à être couronné sans sa femme[68]. Léopold voyage très régulièrement en Europe : Cobourg, Gênes, Florence, Rome, Naples et Vienne (en 1821), Paris (1822), Cobourg (1824), Naples (1826) où une fièvre fait croire que ses jours sont en danger, Paris et la Silésie (1828), Naples (1829), ...[69] À l'issue de son séjour à Paris, quelques royalistes fervents, voyant la bonté avec laquelle le roi Charles X traitait le prince Léopold suggèrent que ce dernier épousât la duchesse de Berry veuve également. Toutefois, Léopold ne souhaite pas épouser la bru du roi de France et, de plus, il ne prise pas les idées retrogrades qui ont cours chez les légitimistes[70].

De 1828 à 1829, il entretient pendant plusieurs mois une liaison avec la nièce de son secrétaire particulier et conseiller Christian Friedrich von Stockmar, l'actrice Karoline Bauer qui ressemblait à Charlotte. Karoline s’installe en Angleterre avec sa mère près de Claremont House où demeure Léopold. À la mi-1829, la liaison prend fin; l'actrice et sa mère rentrent à Berlin. Plusieurs années plus tard, elle affirmera, dans des mémoires posthumes parues en 1881, qu'elle avait secrètement épousé le prince dans le cadre d'un mariage morganatique et qu'elle avait porté le titre de Comtesse Montgomery. Léopold aurait mis fin au mariage lorsqu'il eut la possibilité de devenir Roi de Grèce. Le fils du baron von Stockmar niera que ces événements se soient produits. D'ailleurs, aucune trace d'un tel mariage civil ou religieux ne sera retrouvée[71].

C'est lorsque qu'il accepte le trône de Belgique, en juin 1831, que Léopold quitte l'Angleterre, demande à ne plus percevoir de subsides du parlement et se sépare de sa maison de Claremont.

Prince souverain potentiel de Grèce[modifier | modifier le code]

À la suite de la révolution grecque, le Royaume-Uni, la Russie et la France sont à la recherche d'un monarque européen à installer sur le trône hellène. Le Protocole de Londres stipule que le futur souverain ne peut pas être choisi parmi les familles régnant à Paris, à Londres et à Saint-Pétersbourg[72],[73].

Réception de la couronne de Grèce[modifier | modifier le code]

Portrait du prince Léopold de Saxe-Cobourg par George Dawe.

Léopold n’exerce aucune charge officielle dans son pays d’adoption et n’est pas considéré comme un membre à part entière de la maison de Hanovre. Il jouit d’une réputation sans faille, renforcée par son passé de général dans l’armée russe et ses liens avec de nombreuses cours européennes. En Grèce même, son nom n’est pas inconnu et il est régulièrement évoqué dans les cercles anglophiles[74]. Cependant, Léopold est depuis longtemps en froid avec son beau-père, qui ne lui a pas pardonné d’avoir pris parti pour son ex-femme, la princesse Caroline de Brunswick, dans la querelle qui les opposait. Le prince peine donc à trouver des soutiens au sein du gouvernement britannique, qui n’accepte sa candidature que du bout des lèvres et qui lui demande, en contrepartie, d'abandonner toutes ses possessions anglaises[75],[76].

Après avoir reçu l’accord du duc de Wellington et de son cabinet, le prince Léopold accepte l’offre qui lui est faite le . Soucieux de s’assurer la meilleure position possible en Grèce, il ajoute toutefois une série de conditions à son acceptation de la charge royale. Il demande ainsi aux puissances de protéger le pays hellène contre toute agression extérieure et exige que cette mesure soit étendue à Samos et à la Crète, dont les populations ont largement participé à la guerre d’indépendance. Le prince demande également que la frontière gréco-ottomane soit légèrement modifiée en faveur de la Grèce dans la vallée de l’Aspropotamo et que les puissances offrent à son pays une aide financière et militaire conséquente en attendant que l’État y soit pleinement réorganisé[73],[77].

Des échanges épistolaires se produisent et les représentants des puissances acceptent la plupart des garanties demandées. Ils assurent ainsi le prince du désir de leurs gouvernements de protéger les chrétiens des îles comme ceux de Grèce. Ils promettent également à Léopold l’octroi d’un emprunt suffisant pour lui permettre de réorganiser l’armée hellène et proposent de maintenir en Grèce les troupes françaises de l’armée de Morée aussi longtemps que le prince l’estimerait nécessaire. Mais ils insistent, en revanche, sur l'impossibilité de revenir sur le tracé de la frontière entre la Grèce et la Porte[73],[77].

Une fois ces explications apportées, les puissances sont convaincues d’être venues à bout des réticences de Léopold. Le , elles signent donc un nouveau protocole international qui attribue au gendre de Georges IV le titre de « prince souverain de Grèce »[78]. Quelques jours plus tard, le 28 février, Léopold accepte officiellement la couronne[79],[80].

Les exigences de la Grèce et la renonciation[modifier | modifier le code]

Leopold de Saxe-Cobourg par Reynolds

Léopold ayant accepté de monter sur le trône de Grèce, il en informe immédiatement le comte Kapodístrias, qu’il connaît depuis les guerres napoléoniennes et avec lequel il a repris contact en 1825 dans le but de s’assurer de son soutien[81]. Dans sa lettre, le prince prie le gouverneur de bien vouloir lui assurer assistance et conseils[82] mais la réponse qu’il reçoit (et qui est datée du 6 avril) n’est pas pour le rassurer. Cherchant peut-être à effrayer et à décourager le candidat Léopold[N 5], Kapodístrias insiste sur le mécontentement qu’a provoqué en Grèce la délimitation de la frontière avec l’Empire ottoman et fait entrevoir au prince l’obligation qu’il aurait de faire ratifier par l’Assemblée nationale ce nouveau tracé. L’homme politique insiste par ailleurs sur le désir des Grecs de voir leur nouveau souverain embrasser la foi orthodoxe[83],[84], ce qui est loin d’enchanter Léopold[N 6].

Quelques jours plus tard, le , le Sénat grec rédige un Mémoire adressé à Léopold dans lequel il salue l’élection du prince mais lui présente également les revendications du peuple hellène. Dans ce document, l’Assemblée insiste à son tour lourdement sur l’injustice du tracé frontalier voulu par les grandes puissances, sur l’appartenance de Samos, de la Crète et de Psara à la nation grecque, sur la question des finances du pays et sur celle de la religion royale[85],[86].

De son côté, à Londres, le prince Léopold pèse de tout son poids pour soutenir les revendications grecques. Il obtient ainsi de faire passer le prêt octroyé par les puissances à la nation hellène de douze à soixante millions de francs. Mais il échoue en revanche à faire modifier le cours de la frontière avec l’Empire ottoman et ne parvient pas à faire entrer la Crète dans le royaume[87]. Dans ces conditions, considérant que sa position vis-à-vis de la population grecque est trop précaire, Léopold fait savoir aux représentants des puissances, le 21 mai, qu’il choisit d’abandonner la charge qui lui a été confiée et renonce à la couronne hellène[73],[86],[88],[80].

Prenant acte de la renonciation du prince Léopold, les puissances décident de se mettre à la recherche d’un autre candidat pour le trône de Grèce[89]. Les représentants de la France et de la Russie demandent alors au Sénat hellène de donner son avis sur une éventuelle candidature. Celui-ci se contente cependant d’exprimer « sa pleine confiance dans l’équité et la sagesse des Alliés dont il attend la décision finale comme un décret de la Providence »[90]. Pourtant, l’éclatement, en France, de la révolution de juillet 1830 diminue bientôt l’intérêt des grandes puissances pour le sort de la nation hellénique.

Roi des Belges[modifier | modifier le code]

En Belgique, le Congrès national proclame l'indépendance, le [91], à l'issue de la révolution belge contre les Pays-Bas. Celle-ci est reconnue internationalement le .

Le , le Congrès élit d'abord roi des Belges Louis d'Orléans (1814-1896), duc de Nemours, deuxième fils de Louis-Philippe Ier (ce dernier vient d'être élu roi des Français par le Parlement). L'Angleterre s'oppose à ce qu'un prince français règne à Bruxelles[92] et Louis-Philippe refuse le titre au nom de son fils de peur de déclencher une guerre européenne dans laquelle la France serait isolée.

Élection[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Traité des XVIII articles.
Léopold Ier.

Le Congrès belge qui le connaît pour son passé militaire (il s'est battu contre Napoléon), propose, après avoir pris connaissance de l'autorisation de la France et de la Grande-Bretagne, à Léopold de devenir roi des Belges. Une délégation belge composée de personnalités choisies en vue de donner une impression d'unité nationale se rend à Londres. Léopold la reçoit à Marlborough House le . Ce dernier a déjà étudié minutieusement le projet de constitution belge[93]. Le , Léopold est élu par 152 voix[N 7] sur 196 votants[94]. Il accepte à la condition que soient réglées les frontières et les dettes de la Belgique. Il obtient de la conférence de Londres le traité des XVIII articles, accepté par le congrès le . Ce traité constitue une reconnaissance de la séparation de la Belgique et des Pays-Bas; il ouvre la possibilité d'un rachat du Luxembourg par la Belgique et d'un échange d'une partie du Limbourg contre des territoires enclavés qui ne faisaient pas partie des Provinces-Unies avant 1790. Roi officiellement depuis le , Léopold s'embarque le 16 juillet à bord du yacht royal Crusader qui le mène de Douvres à Calais. Le lendemain, il part en voiture vers Dunkerque et, roulant sur la plage, il entre en Belgique par La Panne[95]. C'est le 21 juillet suivant qu'il prête serment sur les marches de l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg de Bruxelles.

Léopold explique ses objectifs : " Je suis venu ici pour travailler au bien-être de ce pays et pour préserver, par mon acceptation de la couronne, la paix de l'Europe; tout ce qui pourra contribuer à ces deux choses, je le ferai; tout ce qui sera au delà, sera néfaste[96]."

Consolidation de l'indépendance[modifier | modifier le code]

Alors que la Constitution n'attribuait le commandement de l'armée au Roi qu'à titre honorifique[97], Léopold affirme dès son arrivée en Belgique, à diverses reprises, qu'il se mettra personnellement à la tête de l'armée si la Belgique devait être attaquée. Ces déclarations sont très favorablement accueillies : le Roi dispose d'une expérience militaire que peu de généraux belges peuvent revendiquer[98].

Le prince d'Orange à la tête de l'armée néerlandaise lors de la Campagne des Dix-Jours au combat de Ravels le .

Le , alors qu'il effectue sa Joyeuse Entrée à Liège, les Pays-Bas reprennent la guerre contre la Belgique. Léopold fait appel à Joseph Lebeau pour demander l'aide de Paris et de Londres, la Constitution lui interdisant de faire appel à des forces étrangères sans l'autorisation du Parlement (qui n'est alors pas encore élu).

Il défend en personne la route de Bruxelles. L'armée belge est repoussée par une armée néerlandaise, qui la surclasse par sa puissance de feu due notamment à l'artillerie et a minutieusement préparé un plan auquel ne se heurtent que des résistances locales et passagères. Cependant, devant l'arrivée des Français, les Néerlandais se retirent. La Grande-Bretagne, elle, n'est pas intervenue au secours des Belges[99].

L'attitude du nouveau souverain au cours de cet épisode lui vaut de nombreux éloges dans la presse[100]. C'est ainsi qu'on lit dans L'Indépendance Belge : "Le roi des Belges, à qui les boulets hollandais ont donné des lettres de grande naturalisation, a montré un sang-froid et une intrépidité rare. Toujours aux endroits les plus périlleux, il s'est vu souvent obligé de remplir tout à la fois les fonctions de généralissime et celles de sous-lieutenant. Ce qu'on lui reproche, c'est d'avoir oublié trop fréquemment que sa vie est chère et utile au pays.[101]", mais le lendemain, le même journal publie : "Léopold ne semble s'être assis sur le trône que pour subir tous les soucis de la royauté; la sienne n'a pas eu de lune de miel; elle a commencé par une campagne courte, mais désastreuse. C'est peu pour les Belges d'avoir perdu du terrain devant les Hollandais; l'approche de nos troupes a tout réparé, mais ce qui est moins réparable c'est l'échec que les Belges ont subi dans l'opinion de l'Europe[102]." Après cette désastreuse campagne, le Roi réorganise la défense nationale, seul moyen de faire entendre la voix de la Belgique dans le concert européen. On licencie la garde civique, l'armée est mise sur pied de guerre et une loi en fixe l'effectif à 80 000 hommes[103].

Lorsque les Hollandais quittent la Belgique à l'issue de la Campagne des Dix-Jours, ils laissent une garnison qui occupe la citadelle d'Anvers. L'Armée du Nord, corps expéditionnaire français qui avait battu l'armée néerlandaise l'année précédente, revient en Belgique le 15 novembre 1832 et met le siège devant Anvers. Depuis la citadelle, le général hollandais Chassé bombarde la ville à boulets rouges, incendiant des centaines de maisons et tuant nombre de civils. Jusqu'ici tenus à l'écart des combats, des volontaires belges participent aux combats, pendant que la récente armée belge régulière défend les digues de l'Escaut, empêchant l'ennemi de les détruire. Il faudra 24 jours au général Haxo, spécialiste français des sièges militaires, pour contraindre l'ennemi hollandais à céder. Les Pays-Bas capitulent le 23 décembre.

Cependant, malgré leur défaite à Anvers, les Pays-Bas refusent toujours de reconnaître le traité des XXIV articles. En février 1833, la France et la Grande-Bretagne proposent au roi des Pays-Bas de lever l'embargo qui frappe ses côtes et l'évacuation réciproque des territoires occupés contre la libre navigation sur la Meuse et l'Escaut[104] . Dans son obstination à ne rien concéder, le roi Guillaume est abandonné par ses alliés et finit par accepter une solution provisoire (en mai 1833) stipulant la levée de l'embargo et le statu quo de l'occupation des territoires disputés[105]. Ensuite, une convention spéciale entre la Belgique et les Pays-Bas règle l'accès de Maastricht aux troupes de Hollande et le libre accès de la Meuse, ce qui ne satisfait pas Léopold car rien n'est définitivement réglé.

En avril 1834, éclatent des émeutes anti-orangistes à Bruxelles. Les chevaux du prince d'Orange qui possédait encore un haras à Tervuren, saisis par l'autorité révolutionnaire de 1830, devaient être vendus publiquement au profit du trésor. Les amis du Prince, nombreux à Bruxelles, font circuler une liste de souscription en vue d'acquérir ces chevaux et de les restituer au prince d'Orange[106]. Une émeute contre les orangistes et en faveur du roi Léopold éclate le 6 avril. Plusieurs hôtels particuliers des membres de la noblesse (demeurés orangistes) sont saccagés. Le pillage est rude et atteint les hôtels de Ligne, d'Ursel, de Trazegnies, de Marnix, ...[107]. Le Roi lui-même décide de monter à cheval et, suivi de quelques officiers, apparaît rue Ducale. La foule, impressionnée par son calme sévère lui livre passage. En quelques phrases, le Roi l'engage à rentrer chez elle. L'ordre semble se rétablir, mais à peine le souverain s'est éloigné que l'hôtel de Trazegnies est pris à partie. Les renforts militaires apparaissent à 5 heures et à la nuit tombée, l'armée est maîtresse de la situation[108]. Le bilan est de dix-sept maisons pillées, 115 arrestations et sept blessés. Dans les jours suivants, le ministère élabore une loi qui réprime les menées orangistes. Le 16 mai 1834, le gouvernement dépose le projet de loi punissant toute propagande en faveur des Nassau[109].

Les affrontements diplomatiques succèdent aux militaires et les premières années du règne de Léopold sont marquées par les négociations sur les conditions d'accès à l'indépendance de la Belgique. Le souverain prend en charge ces discussions en laissant une place variable au ministre des Affaires étrangères. S'il échoue à récupérer le sud du Limbourg néerlandais, par lequel on envisageait de faire passer le chemin de fer vers le Rhin, il obtient un partage plus favorable de la dette du Royaume-Uni des Pays-Bas, faisant passer la part belge de 8 400 000 à 5 400 000 florins[110].

Ce n'est qu'en 1839 que l'indépendance belge sera définitivement garantie grâce à la ratification par les Pays-Bas du traité des XXIV articles, qui établit l'indépendance du nouveau royaume belge, tant face aux Pays-Bas que face à la France. Quant au tracé définitif de la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas, il sera fixé en 1843 par le traité de Maastricht.

La famille royale[modifier | modifier le code]

Jeton commémorant le mariage de Léopold Ier avec Louise d'Orléans à Compiègne.
Mariage du roi Léopold Ier et de Louise d'Orléans
Léopold Ier et sa famille.
Léopold Ier et sa famille.

Le roi étant veuf et sans postérité légitime, la question de la succession dynastique n'est pas tranchée.

L'indépendance de la Belgique n'étant pas encore assurée, le choix de la première reine des Belges devait être bien calculé. Afin de resserrer les liens avec la France[111], et en gratitude pour son rôle dans la Campagne des Dix-Jours, le regard de Léopold se tourne vers le sud. Après une longue négociation avec le roi des Français Louis-Philippe Ier[111], il épouse sa fille Louise d'Orléans le , au château de Compiègne. Le mariage est divisé en une cérémonie civile, une célébration catholique et une bénédiction luthérienne[112]. Si c'est un mariage de raison, Louise y trouvera du bonheur[113] et aidera discrètement et efficacement le Roi dans son œuvre politique et diplomatique[114]. Léopold lui fait une telle confiance, qu'il propose au gouvernement, avant d'entreprendre un long périple, de déléguer ses pouvoirs régaliens à la Reine. Le gouvernement manifeste une opposition si unanime que le Roi n'insistera pas[115].

Le premier enfant de l'union de Léopold et Louise est un fils : Louis-Philippe qui naît le , mais meurt le d'une inflammation des muqueuses avant d'atteindre son premier anniversaire[116]. Une nouvelle grossesse advient et un second fils qui succédera à son père, Léopold, naît le  ; il épousera, en 1853, Marie Henriette d'Autriche (1836-1902), dont il aura un fils et trois filles. Le troisième enfant du couple, né le est Philippe, qui épousera, en 1867, Marie de Hohenzollern-Sigmaringen (1845-1912), avec qui il aura deux fils (dont le futur roi Albert) et trois filles. Enfin, Charlotte (1840-1927) (ainsi nommée en hommage à la première épouse de Léopold) complète la fratrie. Elle épousera, en 1857, Maximilien d'Autriche (1832-1867), frère cadet de l'empereur François-Joseph Ier, proclamé empereur du Mexique en 1864 (sans postérité).

Des trois résidences royales mises à sa disposition : Anvers, Bruxelles et Laeken, Léopold choisit cette dernière car elle lui rappelle le plus Claremont. À part le personnel domestique, le couple royal y vit sans suite. " Le Roi, son chien et moi, disait la reine Louise, habitons seuls le palais.[117]". L'existence à Laeken est réglée invariablement. Le Roi qui se lève assez tard déjeune vers 10 heures avec la Reine, après qu'elle eût entendu la messe. On apporte alors le courrier de Paris qu'attend Louise avec impatience car elle reçoit maintes lettres de sa famille. L'existence de Louise est abstraite, recluse, trop ignorée du peuple dont elle est Reine, et reine étrangère[118]. On dîne à Laeken à 5 heures et demie. La comtesse de Merode et l'une des dames d'honneur attendent la Reine dans le salon. Dans la pièce voisine, le Roi joue au billard. Il reçoit beaucoup, mais toujours les mêmes personnes : hommes politiques, hauts fonctionnaires, membres de la colonie anglaise car l'aristocratie belge est encore orangiste au début du règne[119].

Lorsque la reine Louise meurt prématurément le 11 octobre 1850, une page se tourne dans la vie de la famille royale.Le Roi est très affecté : " Pendant 18 ans, et même davantage, Louise fut une vraie amie et il est réellement impossible de se faire une idée exacte de son amour et de sa dévotion. [...] C'est une perte énorme, car notre amitié était franchement cordiale et elle ne fut jamais troublée, pendant 18 ans, ne fût-ce qu'un instant[120]." L'atmosphère change radicalement à la cour de Bruxelles[121]. Les enfants royaux, à peine adolescents, souffrent de l'absence de leur mère et sont souvent livrés à eux-mêmes. C'était la Reine qui éduquait personnellement ses enfants et servait de trait d'union entre les précepteurs et le Roi[122]. Ce dernier, déjà sexagénaire, devient de plus en plus taciturne et distant avec sa famille[123]. C'est le plus souvent de manière épistolaire (en français ou en allemand) que le Roi communique avec ses enfants. Léopold a trouvé en la comtesse Denise d'Hulst, amie de la défunte Reine, une éducatrice pour sa fille Charlotte[124], mais ses fils Léopold et Philippe souffrent d'un manque d'encadrement pédagogique et affectif et se rebellent régulièrement contre toute autorité autre que paternelle. Les sermons (sous formes de lettres) de leur père ne parviennent pas à corriger leurs caractères qui s'affirment[125].

Arcadie et les barons von Eppinghoven[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Barons von Eppinghoven.
Arcadie Claret.

En 1844, Léopold rencontre Arcadie Claret, dix-huit ans, fille d'un officier de l'armée belge. Très rapidement ils entretiennent une liaison[126]. Afin de protéger sa maîtresse, Léopold l'incite à contracter un mariage blanc. Arcadie épouse donc en 1845 Frédéric Meyer, intendant des écuries royales, lequel accepte de jouer le rôle de mari, moyennant une rétribution financière, avant de retourner à Cobourg et dès lors de laisser Léopold et Arcadie vivre leur relation[127].

La jeune femme est installée dans un hôtel de maître rue Royale à Bruxelles, non loin du palais. La presse se fait l'écho de cette situation. Arcadie ne se cache guère et emprunte de riches calèches lorsqu'elle se déplace. Les rumeurs concernant la mauvaise santé de la reine Louise accentuent le ressentiment populaire. Madame Meyer est maintenant sifflée en ville, tandis que des vitres de son hôtel sont brisées. Pressé par ses conseillers lesquels lui suggèrent la discrétion, Léopold se résout enfin à écrire à sa maîtresse en lui suggérant davantage de retenue lors de ses sorties. En octobre 1850, elle quitte le pays et se rend en Allemagne. Lorsqu'elle revient en Belgique, quelques mois après la mort de la Reine, le Roi l'installe au château du Stuyvenberg, à deux pas de Laeken[128]. Léopold et sa maîtresse partent ensemble en cure lorsque les affaires de l'État n'absorbent pas trop le monarque.

Le roi a deux fils avec sa maîtresse : Georges-Frédéric (1849-1904) et Arthur (1852-1940), barons von Eppinghoven. Ce titre nobiliaire leur est accordé en 1862, tandis leur mère en bénéficiera l'année suivante, par le duc Ernest II de Saxe-Cobourg et Gotha à la demande de son oncle, le roi Léopold[129], le gouvernement belge refusant son agrément à un titre en Belgique pour Arcadie. Plusieurs journaux font état d'un mariage morganatique du Roi, mais ces affirmations sont démenties[130]. Arcadie restera la maîtresse de Léopold jusqu'aux derniers jours du souverain[131]. Peu après la mort du Roi, elle retourne en Allemagne où elle vivra jusqu'en 1897.

La famille von Eppinghoven est toujours représentée au XXIe siècle au Canada par Armin von Eppinghoven (né en 1960), chef de sa maison depuis le 5 juillet 2018. Il a quatre successeurs agnatiques.

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Les Épaulettes.

Paysage politique et économique belge[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Unionisme (Belgique).

Tandis que les rédacteurs de la Constitution de 1831 assignent au souverain en sa qualité d'arbitre neutre et impartial ce pouvoir modérateur dans lequel ils voient le trait essentiel de la fonction royale, Léopold parviendra, au début de son règne, à s'octroyer une place très influente au sein du gouvernement[132]. En effet, le Roi exerce une action personnelle et directe dans les domaines diplomatique, administratif et militaire[133]. "Je suis l'Atlas sur lequel repose notre petit royaume" aime à dire le Roi[134]. La Belgique est en effet un pays fort divisé qui est en grande partie rassemblé par son roi[135].

De 1831 à 1846, la politique est polarisée entre les libéraux et les catholiques, lesquels forment des gouvernements unionistes[136]. L'Église catholique est dès le début un des principaux piliers de l'État belge. Luthérien refusant de se convertir au catholicisme, les convictions religieuses du Roi n'influencent pas sa politique intérieure[137]. Le Roi s'attache à entretenir les meilleures relations avec le Saint-Siège, de façon à pouvoir agir sur l'épiscopat par l'intermédiaire de la seule autorité qui possède sur lui une autorité incontestée[138]. La Belgique étant très majoritairement catholique, le Roi voit dans le catholicisme un moyen de paix sociale. Il espérait que le catholicisme - dans un pays dont l'identité nationale ne peut s'appuyer sur une langue commune - soit le vecteur de l'unification du pays, dans un esprit conservateur. À lui revient la tâche de trouver "un modus vivendi avec la constitution libérale et les règles du jeu démocratique[139]". La lutte entre les catholiques et les libéraux commence à sourdre derrière la façade unioniste. En 1846, le Parti libéral, lors d'un Congrès qui réunit trois cent cinquante délégués venus de tout le pays, se donne une organisation et un programme, mettant au premier plan l'indépendance du pouvoir civil[140].

À partir du gouvernement dirigé par Charles Rogier en 1847, naît un nouveau système où le lien entre le gouvernement ainsi que le Parlement gagne en importance et minore le rôle du Roi[141]. Dorénavant, les gouvernements seront tantôt dirigés par des libéraux, tantôt par des catholiques. Les libéraux sont opposés à l'influence de l'Église catholique dans les domaines politiques et sociaux, prônant le libre-échange, les libertés personnelles et la sécularisation. Les catholiques œuvrent pour un enseignement religieux comme base de l'État et de la société. Durant la seconde partie du règne de Léopold Ier, les libéraux sont presque en permanence au pouvoir et dirigent les cabinets ministériels homogènes.En effet, de 1847 à 1870 (hormis de 1855 à 1857 où le dernier gouvernement unioniste belge sera dirigé par Pierre De Decker), le chef de cabinet sera invariablement libéral. Les relations avec ses ministres prouvent que le Roi considère comme sa prérogative la nomination et la révocation des membres du gouvernement. Il veut être informé préalablement de toutes les décisions de ses ministres[142].

Sous le règne de Léopold Ier, si la Belgique connaît d'indéniables progrès économiques et industriels, en Flandre en revanche, la situation économique est délétère durant des années (particulièrement de 1845 à 1849[143]), engendrant la migration interne de nombre de Flamands vers Bruxelles et les régions industrialisées de Wallonie[144]. De manière générale, la situation de l'ouvrier demeure précaire. En homme de son époque, le Roi ne se soucie des problèmes sociaux que lorsque leur expression menace l'ordre établi[145].Pour le Roi, comme pour la bourgeoisie catholique et libérale dirigeante, la question sociale relève avant tout de la charité chrétienne ou de la philanthropie. Le rôle de l'État se borne à maintenir l'ordre pour assurer le libre fonctionnement du circuit économique[146]. Dans son discours du trône de 1838, Léopold affirme sa vision paternaliste et déclare qu'il faut subventionner davantage les institutions de charité et améliorer les établissements accueillant les sourds-muets, les aveugles et les aliénés[147]. Dans ce même discours, le Roi déclare : "des efforts multiples sont dirigés vers l'amélioration et l'extension de l'agriculture, du commerce et de l'industrie; ils contribuent à répandre l'aisance dans les diverses classes des habitants et à cimenter la concorde[148]." En 1842, le Roi échoue à faire voter des lois pour réguler le travail des enfants et des femmes car eux aussi sont employés aux travaux les plus durs[réf. nécessaire]. En 1850, l'industrie charbonnière utilise aux labeurs du fond près de 3 000 femmes, 4 400 garçons et 1 221 filles de moins de seize ans. Dans l'agriculture où règne un chômage endémique, les conditions de travail sont similaires pour des salaires encore plus bas[149]. Une enquête menée par le journaliste Édouard Ducpétiaux en 1853-1854 établit que l'ouvrier belge est obligé de consacrer 65.8% de ses revenus à la seule satisfaction de ses besoins alimentaires[150]. En dépit de cette réalité sociale, Léopold n'a jamais été directement confronté à l'essor du mouvement ouvrier[151].

Dans le royaume, le roi Léopold favorise l'ouverture de la première ligne de chemin de fer en Europe continentale : le premier train belge partant de Bruxelles gagne Malines le . C'est aussi le premier train de voyageurs d'une ligne régulière hors des îles Britanniques. Le développement du réseau ferroviaire permet l'essor de l'industrie bénéficiant de réseaux de transport efficaces. Lors du discours du trône de 1847, le Roi constate : "les transports des marchandises et les recettes du chemin de fer continuent à s'accroître dans une proportion remarquable. Des mesures se préparent pour les augmenter encore et pour introduire des améliorations dans l'exploitation de cet important service"[152]. Sous le règne de Léopold Ier, de nombreux secteurs industriels connaissent un développement considérable : production de fonte et d'acier, extraction de la houille, expansion des verreries et du tissage de toile[153]. Quant au secteur bancaire, le Roi favorise en 1835 la création de la Banque de Belgique[154].

Lors de l'indépendance circulaient encore des monnaies néerlandaises, françaises, liégeoises et autrichiennes[155]. Le franc belge voit le jour en 1832 et le roi apparaît sur les pièces, ce qui renforce aux yeux de la population le sentiment national et la légitimité du souverain[156]. Il est également, en 1849, le sujet illustré du premier timbre postal de Belgique, surnommé les Épaulettes.

Le Printemps des peuples (1848)[modifier | modifier le code]

« Von der Ruhe, die hier herrscht, hast Du keinen Begriff[N 8]. »

— Friedrich Engels[157].

Expédition de Risquons-tout le 29 mars 1848

En 1848, alors que le reste de l'Europe est secoué par une série de révolutions, la Belgique ne subit aucun trouble significatif. La Constitution fournit déjà un cadre de liberté qui fait la fierté des Belges[158]. On recense tout de même sur le sol belge deux événements à caractère révolutionnaire en cette année 1848 : les 24 et 25 mars, des ouvriers belges travaillant en France, animés du désir de propager la révolution, sont arrêtés par l'armée belge à Quiévrain[159]. Le 29 mars, des révolutionnaires (la légion républicaine belge) souhaitant soulever le peuple belge et renverser la monarchie, venus de Paris et armés à Lille, sont refoulés par l'armée belge à Risquons-Tout, hameau de Mouscron. Le bilan de cette échauffourée - laquelle ne dure que deux heures - est de sept morts, 26 blessés et 60 arrestations[160].

Afin d'éviter une contagion, le gouvernement de Charles Rogier adopte diverses mesures visant à libéraliser le pays et éviter qu'il ne soit séduit par les idées révolutionnaires de ses voisins, à commencer par la France : le cens est réduit au minimum constitutionnel, une loi d'incompatibilité entre un statut de fonctionnaire et un mandat parlementaire est adoptée, le droit de timbre sur les journaux est supprimé[N 9],[161]. En parallèle, les agitateurs, dont Karl Marx sont expulsés dès les premiers jours de mars.

Toutefois, la stabilité est essentiellement due au souvenir de l'annexion de la Belgique par la France après les révolutions brabançonne et liégeoise. Ce sentiment d'indépendance et de loyauté surprend et touche Léopold[162]. Le roi qui jusqu'alors regrettait de ne pas avoir choisi la couronne hellène est réconcilié avec son pays[163].

À la fin 1848, le roi Léopold dresse le bilan de cette année particulière : " Tu connais ce pays qui, je puis le dire sans fausse modestie, a été administré de façon exemplaire depuis presque 18 ans. Il a bien fait ses preuves lors de la crise et malgré le terrible voisinage de Paris. [...] Après cette épreuve du feu, le pays est devenu très solide; il se sent glorieusement élevé dans l'échelle européenne. Comme je suis presque le seul médecin politique en Europe qui, non seulement, soit parvenu à sauver son malade, mais qui en a même fortifié et amélioré la santé, j'ai gagné la confiance de la plupart des Cabinets et aussi des peuples; je compte bien m'en servir et l'utiliser à fond au profit de l'Europe.[164] "

1856 - 1865 : les dix dernières années du règne[modifier | modifier le code]

En été 1856, la Belgique fête le 25 ème anniversaire du règne de son premier Roi. Le 21 juillet 1856, le Roi, à cheval, parcourt de nouveau le chemin qui 25 ans plus tôt l'a conduit de Laeken au palais royal de Bruxelles le jour de sa prestation de serment. Il est accompagné de ses deux fils[165]. Discours et réponses se succèdent. Le Roi assiste à un Te Deum de reconnaissance. Il recommande aux Belges : " l'union, secret de notre prospérité, de notre grandeur, de notre durée." Lui, habituellement si réservé, se réjouit de ce jubilé. Il écrit : " Le spectacle est beau de voir un pays reconnaissant après un règne déjà si long. J'espère encore rester son pilote, Dieu aidant, et l'avenir est assez gros de nuages[166] ". Durant les mois suivants le Roi et ses fils visitent successivement les neuf provinces. Ils passent plusieurs jours dans chaque chef-lieu où se succèdent les cortèges, bals, banquets, visite des églises, des monuments publics, usines et établissements de charité[167]. La visite à Gand est prétexte à glorifier la langue néerlandaise : " J'aime la langue flamande; je l'aime beaucoup comme j'aime tous les Flamands. J'écris et je lis le flamand. La langue flamande est, pour ainsi dire, la mienne, le flamand et l'allemand ayant la même origine. J'apprécie les efforts que l'on tente pour le développement de la littérature et de la scène flamandes. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir afin que tous les Belges, quelle que soit la langue dont ils se servent, jouissent des mêmes droits[168]." déclare le Roi. Stockmar, retiré à Cobourg, écrit dans son journal : " Je ne me souviens pas d'avoir jamais vu, d'avoir jamais entendu caeteris paribus un triomphe semblable à celui-là "[169].

L'année 1857 est nettement moins réjouissante pour le Roi. Le pays est en crise. Lorsque le ministre De Decker, chef du gouvernement, dépose son projet de loi sur le régime des fondations charitables, il a la conviction d'avoir posé - dans un contexte délicat - un acte de concorde et de transaction. Ce projet permet la création de fondations charitables dont la gestion peut être confiée à des administrateurs spéciaux, désignés par l'acte de fondation; mais après avoir largement tracé le cercle d'action ouvert aux initiatives de la bienfaisance privée. Lorsque la discussion de ce projet s'ouvre au parlement le 21 avril, le pays est dans la fièvre[170]. Cette " loi des couvents " provoque une émotion qui dépasse le cercle des électeurs censitaires. Durant vingt-sept séances, le débat se prolonge à la Chambre au milieu des polémiques ravivées par la presse. Bientôt, la foule intervient. Des manifestants entourent le Palais de la Nation, des bandes circulent en ville conspuant les religieux. L'agitation gagne ensuite les chefs-lieux de province. Le 28 mai, le Roi réunit le Conseil des ministres et propose la mesure extraordinaire de l'état de siège. Il a déjà fait appeler des troupes des villes voisines et du camp de Beverlo afin de renforcer la garnison de Bruxelles. Léopold déclare : " je monterai à cheval s'il faut pour protéger la représentation nationale; je ne laisserai pas outrager la majorité; j'écraserai ces canailles[171]." L'agitation persistant et gagnant en intensité, Léopold propose de disjoindre du projet en discussion les articles déjà votés et d'en faire une loi spéciale. En dépit de la volonté royale, De Decker - le chef du gouvernement - abandonne cette proposition de disjonction. Cela a pour effet d'annihiler la loi des couvents. Le Roi fait publier dans le Moniteur une lettre au premier ministre qui constitue un véritable message adressé à la nation, document sans précédent dans l'histoire de la Belgique. Le Roi est irrité de la pusillanimité du gouvernement : " Ce n'est pas moi qui les ai abandonnés en 1857, ce sont eux qui m'ont abandonné. J'étais prêt à monter à cheval, je n'aurais pas reculé. Ils m'ont laissé en présence du désordre; ils m'ont réduit à céder devant le désordre et personne ne saurait comprendre combien était profonde une semblable humiliation[172]." écrira le Roi dont l'orgueil a été blessé.

Charles Rogier vers 1855

Le 9 novembre 1857, après la démission de De Decker, Charles Rogier revient au pouvoir et constitue un gouvernement libéral lequel œuvrera durant dix ans et survivra au Roi. Rogier occupe également les fonctions de ministre de l'intérieur, tandis que Walthère Frère-Orban obtient le portefeuille des finances et Victor Tesch celui de la justice. Ce gouvernement s'inscrit pleinement dans le fonctionnement régulier du système constitutionnel[173], mais la crise a exacerbé les passions : les libéraux adoptent une attitude anticléricale prédominante. L'esprit de conciliation s'estompe. Ainsi, en 1859, une loi sur les fondations charitables porte en triomphe les idées de la gauche. Deux ans plus tard, le gouvernement manifeste son intention de légiférer dans le même sens les bourses d'études. En 1862, advient la "querelle des cimetières" au cours de laquelle les catholiques paient de la laïcisation le manque de charité dont ils avaient fait preuve vis-à-vis des défunts athées[174]. Charles Rogier écrit en janvier 1858 que les agents du pouvoir interviennent partout dans la lutte de l'État contre l'Église. Le Roi regrette ces initiatives anticléricales. Il avait très bien compris que son rôle constitutionnel ne peut prétendre de réaliser tout ce qu'il souhaite, ni d'empêcher ce qu'il déplore[175]. Léopold Ier se plie sans trop de peine aux exigences de sa fonction et s'il n'entrave pas la réalisation des désirs de la majorité, il stipule des compensations pour tel ou tel projet national. Après 1857, c'est le souci de la défense du pays qui l'emporte chez le Roi sur toute autre considération. Il se réjouit donc du vote de la loi du 7 septembre 1859 qui choisit Anvers comme dernier bastion de résistance (réduit national) jusqu'à l'arrivée de l'aide alliée (la Grande-Bretagne).

En 1859 la statue de Léopold Ier est solennellement placée au sommet de la colonne du Congrès au cours de fêtes célébrant la monarchie[176]. Le 12 juin de la même année, l'avenir dynastique est perpétué par la naissance de son premier petit-fils Léopold comte de Hainaut, fils du futur Léopold II. Au palais de Bruxelles, le Roi tient cercle le 16 juin afin de célébrer l'événement et de recevoir les félicitations d'une assistance nombreuse[177]. En 1860, le Roi visite à nouveau toute une série de villes de provinces. Alors qu'on le sait souffrant, la rentrée du Roi à Bruxelles le 24 septembre 1862 donne l'occasion d'une manifestation populaire sans exemple. Philippe comte de Flandre écrit à sa sœur Charlotte : " Hier cher Papa est venu en ville pour la première fois depuis six mois. Le temps était superbe, la foule énorme, l'enthousiasme, la joie et l'émotion indescriptibles. Il a très bien supporté tout cela et continue à aller fort bien. [...] Je ne pense pas que ton auguste beau-frère François-Joseph] soit jamais reçu ainsi par le peuple. Je dis peuple car il n'y avait ni un soldat, ni un garde nulle part. En un mot, c'était mieux qu'en 1856.[178]" Désormais, le Roi entretient des relations moins intimes avec son gouvernement. Il renonce à présider les conseils des ministres. Tout se passe maintenant par l'intermédiaire de Jules Van Praet son conseiller et principal collaborateur[179].

Léopold et les Affaires étrangères[modifier | modifier le code]

Léopold Ier par Winterhalter, 1840.

Léopold entend jouer un rôle central dans la diplomatie européenne voire mondiale. Il entretient une intense correspondance avec les souverains d'Europe, notamment avec sa nièce la Reine Victoria et effectue des visites en Angleterre et en France. Ses interventions sont dictées par trois impératifs : veiller aux intérêts de la Belgique mais aussi à ceux du Royaume-Uni, encourager la paix en Europe et maintenir l'ordre conservateur[180].

Carlo Bronne décrit le rôle du Roi qui s'apparente parfois à celui de ministre des affaires étrangères : " Son royaume servait de point d'appui à l'équilibre continental; sa situation politique et géographique en faisait un pendule extrêmement sensible aux oscillations internationales. Le Roi se plaisait à les enregistrer et éventuellement à les corriger. La place, que grâce à son habileté, la Maison de Cobourg tenait en Europe le lui permettait. [...] " J'ose le dire sans fatuité, mandait [le Roi] à Thiers, j'ai une grande expérience politique et l'impartialité avec laquelle je juge les choses peut quelquefois être cause que je les vois plus nettement que ceux qui les traitent avec passion. " "[181]. Le Roi ne se contente pas de rédiger une immense correspondance épistolaire avec les hommes de pouvoir de son temps, il paie aussi de sa personne en voyageant beaucoup à travers l'Europe[182]. À Bruxelles, dans les légations, on n'ignore pas que les relations extérieures sont dirigées par le cabinet du Roi plutôt que par le département des Affaires étrangères[183]. Avare de sa confiance, Léopold l'accorde sans compter à quelques correspondants éprouvés, tels le baron Stockmar, Sylvain Van de Weyer, tous deux à Londres, le comte Le Hon à Paris, sans oublier Jean-Baptiste Nothomb à Berlin[184].

Photographie prise à Osborne en 1859 : de gauche à droite : Philippe comte de Flandre, Albert, prince-consort, Alice de Grande-Bretagne, Louis de Portugal, Edouard prince de Galles et le roi Leopold Ier avec la reine Victoria (assise)

Léopold œuvre tout particulièrement à apaiser les tensions entre le Royaume-Uni et la France à l'occasion de la question d'Orient en 1840[180]. Le Roi souhaite que la bonne entente règne entre Londres et Paris, afin que Bruxelles soit en sécurité. À cet effet, il organise une entrevue entre son beau-père le roi Louis-Philippe et sa nièce la reine Victoria en 1843. L'entrevue a lieu au château d'Eu, son retentissement est énorme car pour la première fois depuis treize ans, la Maison d'Orléans, traitée en renégate, reçoit des souverains étrangers[185]. L'année suivante, le roi des Français rend la visite reçue. Ce sont Léopold et Louise qui règlent les détails de ce voyage[186], lequel est un succès. Ayant réussi à rapprocher ses deux puissants voisins, le Roi reprend contact avec les princes allemands. Accompagnés par les souverains britanniques, les souverains belges se retrouvent à la "Familientafel" réunissant autour d'eux et du couple royal de Prusse quarante princes et princesses allemands. Seul l'empereur de Russie Nicolas Ier demeurait sur ses positions, à savoir qu'aucun diplomate ne le représentait à Bruxelles car il estimait que Bruxelles avait trop tendance à accueillir les rebelles polonais. Il faudra le talent de la reine Victoria, aidée par Van Praet, ministre de la Maison du Roi, pour qu'en 1844 des relations diplomatiques soient établies entre la Belgique et la Russie[187]. Léopold reste neutre pendant les événements français de février 1848. Si cette neutralité fait l'objet d'une grande admiration au niveau européen, les événements de 1848 engendrent deux conséquences : ils grandissent la Belgique en manifestant sa sagesse et son profond patriotisme, mais ils modifient la situation internationale du royaume. La France de la Monarchie de Juillet, fidèle amie, fait bientôt place au régime bonapartiste singulièrement inquiétant pour sa faible voisine. De même, le mouvement nationaliste en Allemagne qui aboutit à l'élimination progressive de l'Autriche au profit de la Prusse crée à l'Est un péril non moins redoutable[188].

Léopold mène également une intense politique matrimoniale et sait se servir de ses relations familiales pour protéger le jeune royaume de Belgique face aux ambitions françaises, notamment des menaces d'annexion sous le règne de Napoléon III. Il arrange le mariage de ses neveux et nièces :

Dans le même esprit, la reine Victoria, dont la famille est alliée à la famille royale belge, continuera cette politique matrimoniale, méritant à la génération suivante le qualificatif de « Grand-mère de l'Europe ».

Vers la fin de son règne, le rôle qu'il joue dans la diplomatie belge diminue au profit du gouvernement. Ainsi, en 1859, il ne parvient pas à convaincre son cabinet d'envoyer une brigade belge soutenir les Anglais et les Français en expédition en Chine. De même, il ne prend que faiblement part aux négociations relatives au rachat du péage de l'Escaut qui aboutissent en 1863[190].

Expéditions lointaines et tentative d'expansion coloniale[modifier | modifier le code]

Lorsque Léopold Ier prête le serment constitutionnel, la Belgique ne dispose d'aucune possession coloniale et ne peut prétendre à aucun partage des colonies néerlandaises. Or, le nouvel État cherche à développer son industrie et son commerce, ce qui nécessite d'établir des rapports commerciaux avec les pays d'outre-mer[191]. Le roi Léopold voit aussi dans l'acquisition d'une colonie un remède au paupérisme croissant, comme il le souligne dans son discours du trône de 1845. L'industrialisation bouleverse l'ordre social, la crise alimentaire en Flandre devient préoccupante[192].

Les projets inspirés par le Roi et soutenus par ses propres deniers sont nombreux, mais avortent aussitôt conçus : il songe à acquérir dans les Antilles l'Île des Pins, puis l'Île de la Tortue. Le gouvernement suédois offre de céder l'Île Saint-Barthélémy, mais c'est la France qui l'acquiert. Il est aussi question d'acheter les Îles Feroë, mais elles ne sont pas à vendre. Un projet de protectorat belge sur une partie de la Nouvelle-Zélande échoue également. Une compagnie anglaise envisage la valorisation, pour le compte de la Belgique, de l'archipel des Nicobar, mais seul un tiers du capital est réuni. L'Espagne cherche un acquéreur pour les Îles Philippines : un consortium serait fondé et consentirait à financer une société dont le siège serait à Bruxelles, à condition que le gouvernement garantisse un intérêt de 5 %. Le gouvernement décline cette offre. On évoque aussi, en 1843, un comptoir belge en Abyssinie[193].

La colonie belge du Honduras à Santo Tomás de Castilla

La Compagnie belge de colonisation est fondée le 18 septembre 1841 sous le patronage du Roi. Elle est constituée avec pour objectif de « créer des établissements agricoles, industriels et de commerce dans les différents États de l'Amérique centrale et d'autres lieux » et « d'établir des relations de commerce entre ces pays et la Belgique »[194]. Dans les faits, la compagnie dispose d'une concession de 404 666 hectares de terres du district de Santo Tomás de Castilla (département de Vera-Paz), accordée par le récent régime autoritaire de Rafael Carrera. Cette création est sanctionnée par arrêté royal le 7 octobre de la même année et l'État Belge lui accorde une importante subvention.

Conformément aux statuts, une commission d'exploration est envoyée le 9 novembre 1841 afin de préparer le terrain et de finaliser le transfert. Après deux mois de voyage, la goélette arrive au Guatemala, chargée également d'armes et d'or. Les statuts prévoient qu' « après chaque vente de 1 000 lots de terre, une expédition partira de la Belgique pour l'Amérique centrale. » En mars 1843, un nouveau convoi quitte la Belgique; il est composé de quelques notables et d'une centaine de colons, anciens prisonniers et gens de petite condition, recrutés à grand renfort de propagande et inconscients du sort réel qui les attend. En dépit de nombreux décès dans le premier contingent, d'un ravitaillement insuffisant depuis la Belgique, et finalement de la faillite en 1845 de la Compagnie Belge de Colonisation, d'autres groupes quittent encore la Belgique entre 1844 et 1847, incités par la situation sanitaire et économique délétère dans les campagnes belges (frappées par le typhus ou le choléra).

En raison du manque de contingent venu de métropole et du taux important de décès parmi les colons, l'expérience s'avère être un échec et le Guatemala finit par retirer ses droits à la compagnie en 1855.

En 1859, le Royaume-Uni et la France ont envoyé des corps expéditionnaires en Chine à destination de Pékin. Sous l'impulsion de son fils le futur Léopold II, fasciné par l'Extrême-Orient, le roi cherche à impliquer la Belgique dans cette expédition, par l'envoi de volontaires, afin que le royaume bénéficie des mêmes retombées que ses deux voisins[195]. Le souverain prend contact avec l'empereur des Français qui tombe d'accord sur le principe[195]. Le gouvernement refuse toutefois d'utiliser d'importants crédits pour s'immiscer dans un conflit auquel la Belgique n'est pas partie[196].

À la fin du règne de Léopold Ier, la Belgique n'a toujours pas de colonie. Son fils et successeur s'investira lui aussi dans l'expansion du royaume, avec plus de résultat.

Expédition du Mexique[modifier | modifier le code]

Membres de la légion belge.
Article détaillé : Intervention française au Mexique.

Le , Charlotte, seule fille de Léopold et Louise, épouse à Bruxelles Maximilien de Habsbourg-Lorraine, frère cadet de l'empereur François-Joseph Ier d'Autriche. Contrairement au mariage du jeune Léopold avec Marie-Henriette quatre ans plus tôt, qui a été organisé par le roi en vue de renforcer la dynastie belge, c'est Charlotte qui a choisi son conjoint — son père aurait préféré Pierre de Portugal[197]. Quelques semaines plus tard, le , Maximilien est nommé vice-roi du Royaume lombardo-vénitien. Lors de la guerre austro-sarde de 1859, le roi des Belges donne des conseils à l'empereur inexpérimenté[198], ce qui n'empêche pas l'Autriche de perdre la Lombardie.

De l'autre côté de l'Atlantique, le président du Mexique, le libéral Benito Juárez, suspend le le payement de la dette extérieure du pays, ce qui affecte le Royaume-Uni, l'Espagne et la France. L'empereur des Français Napoléon III use de ce prétexte pour intervenir au Mexique : il caresse l'ambition de créer en Amérique un empire catholique contrebalançant les États-Unis[199], lesquels sont en pleine guerre de Sécession. Il propose la couronne du Mexique à Maximilien afin de compenser diplomatiquement l'engagement français en Italie et de resserrer l'alliance franco-autrichienne. Après avoir tergiversé une année, Maximilien l'accepte et entre, le , dans Mexico, accompagné de son épouse[199], et ce, malgré l'opposition armée des républicains mexicains.

Léopold, qui entend soutenir sa fille et qui caresse des espoirs d'expansion coloniale encourage l'envoi d'une légion belge, composée de volontaires. Cette légion, composée de 4000 hommes, est durement battue par les républicains lors de la bataille de Tacambaro, le , mais remporte la victoire de la Loma le sous les ordres du colonel, plus tard général Alfred van der Smissen.

En avril 1865, la guerre de Sécession dans laquelle Léopold penche clairement en faveur du Sud[200] prend fin aux États-Unis. Cette issue permet au gouvernement américain d'apporter son soutien aux troupes du gouvernement républicain menées par Benito Juárez[199]. Léopold meurt en décembre 1865 sans connaître le sort réservé à sa fille.

L'ampleur de la résistance mexicaine et l'appui des États-Unis à celle-ci obligent Napoléon III à ordonner le l'abandon de Mexico, Puebla et Veracruz, ce qui entraîne également le départ de la plupart des Belges. Charlotte quitte le Mexique le afin de réclamer, en vain, de l'aide auprès des cours européennes. L'empereur Maximilien, qui a refusé d'abdiquer, est fait prisonnier à Santiago de Querétaro, il est exécuté le [199]. Charlotte sombre dans la folie.

Mort et funérailles[modifier | modifier le code]

Mort du roi Léopold Ier de Belgique, château de Laeken, le 10 décembre 1865 par Gustave Janet (Le Monde illustré du 23 décembre 1865).

Jusqu'à ses soixante-dix ans, le Roi jouit d'une bonne santé. En 1861, il est confronté à deux deuils lesquels l'affectent beaucoup : sa sœur Victoire, la mère de la reine Victoria meurt en mars, tandis qu'en décembre, c'est son neveu le prince-consort Albert auquel Léopold était très attaché qui meurt brutalement. Léopold se rend aux funérailles et tente de consoler sa nièce la reine Victoria. Là, en Grande-Bretagne, il souffre de calculs rénaux[201]. En mars 1862, le Roi subit une première lithotripsie (opération urologique de broiement de calculs rénaux), laquelle sera renouvelée à de nombreuses reprises dans les mois qui suivent[202]. En décembre 1864, le Roi peut encore s'adonner à la chasse : " J'ai toujours autant de goût pour la chasse et, pendant les huit jours que j'ai passés récemment à Ardenne, j'ai, à ma satisfaction, fort bien tiré avec mon vieux fusil anglais. Les loups ont fait tort aux chevreuils, mais, comme tu le sais, je ne tire que des loups, des renards et animaux de ce genre[203]." Au début de 1865, le Roi est victime d'une congestion cérébrale. Après un léger mieux en été, son état s'altère à l'automne[204].

Le 23 novembre, le Roi est ramené d'urgence du domaine d'Ardenne à Laeken[205]. Il y signe encore un lot d'arrêtés; mais le 2 décembre, le secret ne peut plus être gardé. Le Moniteur annonce officiellement la maladie du Roi et laisse présager une issue fatale. On assure que le 2 décembre, le Roi fait venir son pianiste pour entendre l'ouverture de Tannhäuser. Le surlendemain, il sanctionne une dernière nomination. Cependant, ses forces déclinent sous une dysenterie persistante. Le 9 décembre la situation paraît désespérée, mais le Roi passe la nuit. Le 10 décembre, sa famille force la consigne qui la tenait éloignée du Roi. La duchesse de Brabant s'agenouille au chevet de son beau-père et se met à le questionner en allemand : "Sire, regrettez-vous les péchés que vous avez commis ? Regrettez-vous les scandales dont vous avez donné le spectacle ? ". Le Roi soupire péniblement et répond : "ja". Ensuite la duchesse de Brabant tente de convertir - en mémoire de la reine Louise - son beau-père au catholicisme. Ce dernier semble réfléchir avant de répondre : "nein". Le chapelain protestant, Becker, est alors introduit dans la chambre et adresse quelques paroles au mourant lequel répond d'une voix encore intelligible : "oui, que Dieu veuille me pardonner tous les péchés[206]." Le Roi embrasse ses enfants et petits-enfants et tenant la main de la future reine, le roi Léopold meurt le à 11 h 45 du matin au château de Laeken, à l'âge de 74 ans.

Cortège funèbre du roi Léopold Ier.

Le 16 décembre (jour anniversaire de sa naissance), les funérailles du Roi sont célébrées avec beaucoup de faste. Il est, dans un premier temps, inhumé dans la chapelle Sainte-Barbe de l'église de Laeken auprès de la reine Louise. Ce n'est que le 20 avril 1876, que ses restes et ceux de la feue Reine reposeront dans la crypte royale à l'église Notre-Dame de Laeken. 500 000 personnes[207] prennent place le long du cortège funèbre. Une importante représentation du Gotha européen est présente : le roi de Portugal, le prince de Galles, le prince royal de Prusse, l'archiduc Joseph, le prince Arthur de Grande-Bretagne, le prince Adalbert de Prusse, le duc de Cambridge, le prince Louis de Hesse , le prince Nicolas de Nassau, le grand-duc de Bade, le prince Georges de Saxe, le prince Auguste de Saxe-Cobourg, le prince Charles Ier de Wurtemberg, le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, le duc de Nemours, le duc d'Aumale, le prince de Joinville[208] auxquels se joignent les envoyés extraordinaires des corps diplomatiques de France, Russie et Turquie[209]. Le défunt monarque étant protestant, on élève hâtivement une chapelle de bois et de plâtre - en face de l'église de Laeken - où est dit le service religieux protestant[210]. Laissant, selon les vœux du cardinal Sterckx primat de Belgique, les ministres du culte protestant dans le temple provisoire à l'extérieur du parvis, le lourd cercueil porté par vingt-quatre sous-officiers pénètre alors dans l'église de Laeken. Traversant la nef, le corps est déposé dans la chapelle Sainte-Barbe. Le cercueil est mis dans un coffre d'ébène, lamé d'or que scelle le ministre de la Justice[211].

Léopold II qui succède à son père à l'âge de 30 ans fera le lendemain (17 décembre) son entrée à Bruxelles et régnera jusqu'en 1909.

Léopold Ier dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Le rôle de Léopold Ier a été incarné à l'écran, notamment par :

Le personnage de Léopold Ier apparaît en 2018 dans le premier volume d'une série de bande dessinée biographique, Charlotte impératrice, par Matthieu Bonhomme (dessin) et Fabien Nury (scénario)[212].

Honneurs[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Statue équestre de Léopold Ier à Ostende.
  • Grand Crest Ordre de Leopold Grand maître et fondateur (11 juillet 1832) de l’ordre de Léopold, décoré de :

Monuments[modifier | modifier le code]

Monument Léopold Ier du parc de Laeken.

In memoriam[modifier | modifier le code]

Plusieurs vaisseaux de la marine belge, dont la frégate Léopold Ier furent baptisés en son honneur. Son monogramme figure sur le drapeau de la ville flamande de Bourg-Léopold. Il est également apparu sur des timbres-poste et des pièces commémoratives depuis son décès.

Titulature[modifier | modifier le code]

  • 16 décembre 1790 - 6 avril 1818 : Son Altesse sérénissime le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld, duc en Saxe
  • 6 avril 1818 - 12 novembre 1826 : Son Altesse royale le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld, duc en Saxe
  • 12 novembre 1826 - 4 juin 1831 : Son Altesse royale le prince Léopold de Saxe-Cobourg et Gotha, duc en Saxe
  • 4 juin 1831 - 10 décembre 1865 : Sa Majesté le roi des Belges

Ascendance[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Depuis le 27 mai 1890. Auparavant, de 1831 jusqu’en 1880, les jours de fête nationale étaient du 23 au 26 septembre.
  2. Certaines généalogies mentionnent un dixième enfant, un fils mort-né en 1782. Il n'est pas mentionné dans les registres paroissiaux de Cobourg, contrairement à l'usage en cours dans cette paroisse pour les enfants mort-nés. L'acte de baptême d'Ernest en 1784 le désigne comme premier fils du duc François. Toutefois l'événement aurait pu avoir eu lieu ailleurs (cfr Michel Huberty, Alain Giraud et al, L'Allemagne dynastique, Tome I, Hesse-Reuss-Saxe, 1976, p.493)
  3. Le duc François a épousé en premières noces le Sophie de Saxe-Hildburghausen laquelle mourut sept mois après son mariage (cfr Michel Huberty, Alain Giraud et al, L'Allemagne dynastique, Tome I, Hesse-Reuss-Saxe, 1976, p.471)
  4. Son acte de baptême du 17 décembre est rédigé comme suit : " Leopold Georg Christian Friedrich, der dritte Prinz und das achte Kind Sr Herzogl. Durchlaucht, Herrn Franz Friedrich Anton, Erbprinzen zu Sachsen-Coburg-Saalfeld und höchst dero Durchl. Gemahlin, Frau Augusta Carolina Sophia, Erbprinzesssin zu S.C.S., geb. Reichsgrafin Reuß, wurde den sechszehnten December (16 Dec.) fruh zwishen 1 und 2 Uhr im Jahre siebzehn hundert und neunzig (1790) zu Coburg geboren und am folgenden Tage den siebzehnten December, Abends Zwishen 4 und 5 Uhr getauft. Die hohen Taufzeugen waren : 1) Ihre Rom Kaiserl. Majestät Leopold II, et huit autres témoins, tous princes allemands."
  5. C’est ce que pense Olivier Defrance (Defrance 2004, p. 101) mais pas Édouard Driault et Michel Lhéritier (Driault et Lhéritier 1926, p. 18 et 26).
  6. Devenu roi des Belges en 1831, Léopold a refusé de se convertir au catholicisme et est resté toute sa vie attaché à la foi luthérienne.
  7. Lors de la séance du Congrès National, dont l'ordre du jour est "l'élection du chef de l'état", 196 membres ont répondu à l'appel nominal. Le prince de Saxe-Cobourg a obtenu 152 suffrages, M. Surlet de Chokier 14, 19 membres se sont abstenus de voter, 10 ont voté contre le prince de Saxe-Cobourg, un bulletin a été annulé cfr L'Indépendance Belge, le 6 juin 1831.
  8. « Tu n'as pas idée du calme qui règne ici ».
  9. La Belgique est la première nation à avoir effectué cette suppression.

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Huberty, Alain Giraud et al, L'Allemagne dynastique, Tome I, Hesse-Reuss-Saxe, 1976, p.485
  2. Juste 1868, p. 20.
  3. Michel Huberty, Alain Giraud et al, L'Allemagne dynastique, Tome I, Hesse-Reuss-Saxe, 1976, pp.484-5
  4. Juste 1868, p. 21.
  5. Defrance 2004, p. 13.
  6. Carlo Bronne, La jeunesse de Léopold Ier, in Léopold Ier le fondateur, Bruxelles, 1981, p.14
  7. Repository of Arts, Literature and Fashion, Londres, 1816, vol.VII, p.35
  8. Juste 1868, p. 23.
  9. Jean Puraye, Lettres de Léopold Ier à sa sœur la princesse Sophie, Liège, 1973, p.46
  10. Repository of Arts, Literature and Fashion, Londres, 1816, vol.VII, p.35
  11. Repository of Arts, Literature and Fashion, Londres, 1816, vol.VII, p.37
  12. Defrance 2004, p. 17.
  13. Jean Puraye, Lettres de Léopold Ier à sa sœur la princesse Sophie, Liège, 1973, p.34
  14. Defrance 2004, p. 18.
  15. Carlo Bronne, La jeunesse de Léopold Ier, in Léopold Ier le fondateur, Bruxelles, 1981, p.15
  16. Gilbert Kirschen, Léopold avant Léopold Ier, Bruxelles, 1998, p.38 (ISBN 2-87106-200-5)
  17. Gilbert Kirschen, Léopold avant Léopold Ier, Bruxelles, 1998, p.57 (ISBN 2-87106-200-5)
  18. Juste 1868, p. 26.
  19. Defrance 2004, p. 20.
  20. Juste 1868, p. 27-28.
  21. Carlo Bronne, La jeunesse de Léopold Ier, in Léopold Ier le fondateur, Bruxelles, 1981, p.16
  22. Jean Puraye, Lettres de Léopold Ier à sa sœur la princesse Sophie, Liège, 1973, p.23
  23. Jean Puraye, Lettres de Léopold Ier à sa sœur la princesse Sophie, Liège, 1973, p.37, lettre du prince Léopold à sa sœur Sophie, Cobourg, le 10 novembre 1806
  24. Jean Puraye, Lettres de Léopold Ier à sa sœur la princesse Sophie, Liège, 1973, p.23
  25. Carlo Bronne, La jeunesse de Léopold Ier, in Léopold Ier le fondateur, Bruxelles, 1981, p.17
  26. Defrance 2004, p. 24.
  27. Carlo Bronne, La jeunesse de Léopold Ier, in Léopold Ier le fondateur, Bruxelles, 1981, p.18
  28. Defrance 2004, p. 31.
  29. Carlo Bronne, La jeunesse de Léopold Ier, in Léopold Ier le fondateur, Bruxelles, 1981, p.19
  30. Juste 1868, p. 22
  31. Rastoul de Mongeot 1846, p. 28.
  32. Defrance 2004, p. 27.
  33. Gilbert Kirschen, Léopold avant Léopold Ier, Bruxelles, 1998, p.42 (ISBN 2-87106-200-5)
  34. Defrance 2004, p. 27-28.
  35. Defrance 2004, p. 28.
  36. Gilbert Kirschen, Léopold avant Léopold Ier, Bruxelles, 1998, p.48 (ISBN 2-87106-200-5)
  37. Defrance 2004, p. 30-31.
  38. Gilbert Kirschen, Léopold avant Léopold Ier, Bruxelles, 1998, p.45 (ISBN 2-87106-200-5)
  39. Juste 1868, p. 22.
  40. Gilbert Kirschen, Léopold avant Léopold Ier, Bruxelles, 1998, p.48 (ISBN 2-87106-200-5)
  41. Defrance 2004, p. 33.
  42. Defrance 2004, p. 36.
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  56. Jean Puraye, Lettres de Léopold Ier à sa sœur la princesse Sophie, Liège, 1973, p.91, lettre du prince Léopold à sa sœur Sophie, Paris, le 25 avril 1814
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  61. Gilbert Kirschen, Léopold avant Léopold Ier, Bruxelles, 1998, p.114 (ISBN 2-87106-200-5)
  62. Jean Puraye, Lettres de Léopold Ier à sa sœur la princesse Sophie, Liège, 1973, p.102
  63. Jean Puraye, Lettres de Léopold Ier à sa sœur la princesse Sophie, Liège, 1973, p.23, lettre du prince Léopold à son beau-frère Emmanuel de Mensdorff-Pouilly, Claremont, le 21 novembre 1816
  64. Jean Puraye, Lettres de Léopold Ier à sa sœur la princesse Sophie, Liège, 1973, p.169, lettre de Léopold Ier, Claremont, 22 décembre 1817
  65. Gilbert Kirschen, Léopold avant Léopold Ier, Bruxelles, 1998, p.159 (ISBN 2-87106-200-5)
  66. Gilbert Kirschen, Léopold avant Léopold Ier, Bruxelles, 1998, p.165 (ISBN 2-87106-200-5)
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  96. Jean Puraye, Lettres de Léopold Ier à sa sœur la princesse Sophie, Liège, 1973, p.169, lettre de Léopold Ier, Bruxelles, 25 juillet 1831
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  120. Jean Puraye, Lettres de Léopold Ier à sa sœur la princesse Sophie, Liège, 1973, p.87, lettre du prince Léopold à son beau-frère Emmanuel de Mensdorff-Pouilly, Ardenne, le 15 décembre 1850
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  144. Carson, Patricia (1974). The Fair Face of Flanders (Rev. ed.). Ghent: E.Story-Scientia, p.225
  145. Guido Provoost, La monarchie et les problèmes de politique intérieure in "Nous, Roi des Belges" 150 ans de monarchie constitutionnelle, Bruxelles, 1981, p.125
  146. Guido Provoost, La monarchie et les problèmes de politique intérieure in "Nous, Roi des Belges" 150 ans de monarchie constitutionnelle, Bruxelles, 1981, p.125
  147. Guido Provoost, La monarchie et les problèmes de politique intérieure in "Nous, Roi des Belges" 150 ans de monarchie constitutionnelle, Bruxelles, 1981, p.125
  148. L'Indépendance Belge, 14 novembre 1838
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  150. Mémorial 1865-1965 de la Caisse Générale d'Épargne et de Retraite, Bruxelles, 1965, p.35
  151. Guido Provoost, La monarchie et les problèmes de politique intérieure in "Nous, Roi des Belges" 150 ans de monarchie constitutionnelle, Bruxelles, 1981, p.126
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  156. Stengers et Gubin 2002, p. 30.
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  167. de Lichtervelde 1929, p. 275.
  168. de Lichtervelde 1929, p. 276-7.
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  170. de Lichtervelde 1929, p. 283-5.
  171. de Lichtervelde 1929, p. 288.
  172. de Lichtervelde 1929, p. 298.
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  176. Journal de Bruxelles, 29 septembre 1859
  177. Journal de Bruxelles, 17 juin 1859
  178. Archives du Palais royal de Bruxelles, Lettre de Philippe comte de Flandre à la princesse Charlotte, Bruxelles, le 25 septembre 1862. (n°125)
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  212. Olivier Delcroix, « La case BD : Charlotte Impératrice ou le destin tragique d'une «anti-Sissi» », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
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  214. (en) René van der Krogt, « Statue », (consulté le 21 novembre 2019)
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  216. Micheline Casier, « Statue équestre du roi Léopold Ier à Ostende », sur Répertoire participatif des bronzes et fontes belges, (consulté le 21 novembre 2019)
  217. « De Panne - monument Léopold Ier », sur De Panne (consulté le 21 novembre 2019)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Biographies et travaux consacrés à Léopold Ier[modifier | modifier le code]

  • (fr) C. Buffin, La jeunesse de Léopold Ier, Bruxelles, 1914.
  • (fr) Henri Dabfontaine-Deum, Histoire de Léopold Ier, roi des Belges, Bruxelles, Société des bonnes lectures, , 308 p. (lire en ligne).
  • (fr) Olivier Defrance, Léopold Ier et le clan Cobourg, Bruxelles, Éditions Racine, (ISBN 978-2-87386-335-7). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (nl) Gita Deneckere, Leopold I. De eerste koning van Europa, De Bezige Bij, Antwerpen, 2011.
  • (fr) Théodore Juste, Léopold Ier, Roi des Belges : 1790-1832, Bruxelles, Muquardt, (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (fr) Théodore Juste, Léopold Ier, Roi des Belges : 1832-1865, Bruxelles, Muquardt, (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (fr) J. de Launay, Léopold Ier, Bruxelles, 1982.
  • (fr) Frédéric Marchesani, Léopold Ier, roi diplomate (1850-1865), Éditions Luc Pire, Bruxelles, 2007 (ISBN 978-2-87415-852-0).
  • (fr) Alphonse Rastoul de Mongeot, Léopold 1er, Roi des Belges : sa vie militaire et politique, Bruxelles, G. Stapleaux, , 192 p. (lire en ligne).
  • (fr) Jean van Win Léopold Ier, le roi franc-maçon, Labor Cortext, 2006 (ISBN 9782804024581).

Ouvrages consacrés à l'élection comme prince souverain de Grèce[modifier | modifier le code]

  • (en) Leonard Bower, Otho I : King of Greece, a biography, Royalty Digest, (ISBN 1905159129) [réédition d'un ouvrage de 1939]. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (fr) Édouard Driault et Michel Lhéritier, Histoire diplomatique de la Grèce de 1821 à nos jours : L'Insurrection et l'Indépendance (1821-1830), t. I, PUF, (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (fr) Édouard Driault et Michel Lhéritier, Histoire diplomatique de la Grèce de 1821 à nos jours : Le Règne d'Othon - La Grande Idée (1830-1862), t. II, PUF, (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Autres ouvrages et articles[modifier | modifier le code]

  • Hugh Robert Boudin, « Léopold, fondateur de la dynastie belge », dans : Dictionnaire historique du protestantisme et de l'anglicanisme en Belgique du XVIe siècle à nos jours, Arquennes, 2014.
  • Damien Bilteryst, Philippe comte de Flandre : Frère de Léopold II, Bruxelles, Éditions Racine, , 336 p. (ISBN 978-2-87386-894-9, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Carlo Bronne, Leopold Ier et son Temps, Bruxelles, 1942. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Carlo Bronne, Jules Van Praet, Ministre de la Maison du Roi, Bruxelles, 1943.
  • Carlo Bronne, Lettres de Léopold Ier, Bruxelles, 1943.
  • J. L. Thonissen, La Belgique sous le règne de Leopold Ier, 3 Vol., Louvain, 1861.
  • Erich von Stockmar, Denkwürdigkeiten aus den Papieren des Freihern Christian Friedrich von Stockmar, Brunswick, 1872.
  • Saint-René Taillandier, Le roi Léopold et la reine Victoria. Récits d'histoire contemporaine, Paris, 1878.
  • E. C. Corti & C. Buffin, Léopold Ier, oracle politique de l'Europe, Bruxelles, 1927.
  • Louis de Lichtervelde, Léopold Ier et la formation de la Belgique contemporaine, Bruxelles, 1929. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Hippolyte d'Ursel, La cour de Belgique et la cour de France de 1832 à 1850, Paris, 1933.
  • Patrick Roegiers, La spectaculaire histoire des rois des Belges, Bruxelles, Perrin, , 451 p. (ISBN 978-2-262-02451-2). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Em Rossel, La patrie belge : Ouvrage illustré publié par Le Soir sous la direction de E. Rossel à l'occasion du 75me anniversaire de l'Indépendance nationale, Bruxelles, Le Soir, , 480 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • A. Simon, « Lorsque mourut Léopold Ier », Revue générale belge, 1947.
  • A. Simon, La politique religieuse de Léopold Ier, Bruxelles, 1853.
  • L. de Guchteneere, Léopold Ier et la démocratie, Louvain, 1955.
  • A. Simon, Léopold Ier et les partis en Belgique, 1961.
  • A. Simon, Léopold Ier, Bruxelles, 1963.
  • Theo Luykx, Politieke geschiedenis van België, Bruxelles, 1964.
  • P. Vermeir, Leopold I. Mens, Vorst, Diplomaat, Termonde, Tome I, 1965 - Tome II, 1967.
  • Theo Aronson, De Coburgs van België, geschiedenis van een vorstenhuis, Diogenes, 1970.
  • Ph. Cooper, The story of Claremont, Londres, 1979.
  • Jean Stengers, « Léopold II et le patrimoine dynastique », Académie Royale de Belgique. Bulletin de la Classe des Lettres et des Sciences morales et politiques,‎ . Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Stengers et Éliane Gubin, Histoire du sentiment national en Belgique des origines à 1918 : Le grand siècle de la nationalité belge - De 1830 à 1918, Bruxelles, Racine, , 203 p. (ISBN 2-87386-249-1). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Stengers, L'action du Roi en Belgique depuis 1831 - Pouvoir et influence, Bruxelles, Racine, , 429 p. (ISBN 978-2-87386-567-2). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Gerty Colin, Rois et reines de Belgique, 1993.
  • Alphonse Vandenpeerebom, La fin d'un règne. Notes et souvenirs, Gand, 1994.
  • Rita von Wangenheim, Baron Stockmar. Eine coburgisch-englische Geschichte, Cobourg 1996.
  • Gustaaf Janssens & Jean Strengers (dir.), Nouveaux regards sur Léopold Ier et Léopold II, Fonds d'Archives Goffinet, Fondation Roi Baudouin, Bruxelles, 1997. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Gilbert Kirschen, Léopold avant Léopold Ier, Bruxelles, 1998 (ISBN 2-87106-200-5).
  • Henriette Claessens, Leven en liefdes van Leopold I, Lannoo, Tielt, 2002.
  • Marleen Boden, De opvoeding van Belgische prinsen en prinsessen in de negentiende eeuw, licentiaatsverhandeling, Katholieke Universiteit Leuven, 2001.
  • Louis Wei, « L'origine des rapports entre la Belgique et la Chine 1842-1845 », Revue belge de philologie et d'histoire, no 37,‎ , p. 394-407. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]