État d'urgence

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L'état d'urgence est une mesure prise par un gouvernement en cas de péril imminent dans un pays. Certaines libertés fondamentales peuvent être restreintes, comme la liberté de circulation ou la liberté de la presse.

Exception[modifier | modifier le code]

Des circonstances exceptionnelles, extrêmes, imprévisibles, peuvent amener un État, sur un territoire donné, pour une durée déterminée, à une restriction des lois, réputées démocratiques, et jugées insuffisantes pour faire face à un danger public en cours ou imminent, contrairement aux normes de l'État de droit courant.

L'alerte peut porter sur une crise

  • météorologique (catastrophe naturelle : éruption volcanique, typhon, tsunami...), climatique,
  • écologique,
  • environnementale,
  • médicale,
  • sanitaire (risque nucléaire, pandémie),
  • alimentaire (grippe aviaire, vache folle...),
  • économique (rupture des régularités socio-économiques),
  • financière,
  • humanitaire,
  • migratoire,
  • sociale...

Les cas de guerre extérieure, de guerre civile intérieure, de troubles intérieurs graves (manifestation, faits sociaux violents, révolte avec armes, émeute, sédition, subversion, terrorisme) relèvent d'une autre logique, d'état de siège. Le désordre (le chaos) est le résultat d'une déliaison sociale, d'une dislocation du corps social, de la concorde, entraînant un état de guerre civile (réel ou fictif) : décolonisation, guerre de partisans, guérilla, projet politique différent (état d'exception / résistance).

Sauf à réfléchir en termes de guerre civile mondiale, planétaire, universelle, permanente, et donc d'état d'exception permanente.

Relation avec le droit international[modifier | modifier le code]

L'article 4 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de l'ONU de 1966 régule au niveau du droit international l'état d'urgence. Il dispose en particulier que :

« 4.1 Dans le cas où un danger public exceptionnel menace l’existence de la nation et est proclamé par un acte officiel, les États parties au présent Pacte peuvent prendre, dans la stricte mesure où la situation l’exige, des mesures dérogeant aux obligations prévues dans le présent Pacte, sous réserve que ces mesures ne soient pas incompatibles avec les autres obligations que leur impose le droit international et qu’elles n’entraînent pas une discrimination fondée uniquement sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion ou l’origine sociale. (...)

4.3 Les États parties au présent Pacte qui usent du droit de dérogation doivent, par l’entremise du Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, signaler aussitôt aux autres États parties les dispositions auxquelles ils ont dérogé ainsi que les motifs qui ont provoqué cette dérogation. Une nouvelle communication sera faite par la même entremise, à la date à laquelle ils ont mis fin à ces dérogations. »

Le Comité des droits de l'homme de l'ONU peut examiner les éléments constitutifs du danger public invoqué et éventuellement solliciter l'élaboration de rapports spéciaux. Il a élaboré en 1981 une déclaration relative à l'interprétation de cet article. L'Égypte, entre autres, a ainsi été à plusieurs reprises épinglée pour son état d'urgence continu depuis au moins 1981[1].

La proclamation de l'état d'urgence ne permet pas de déroger à certains droits fondamentaux et interdictions absolues, dont en particulier le « droit à la vie », l'interdiction de la torture et des traitements inhumains et dégradants, l'esclavage et la servitude et la « liberté de penser, de conscience et de religion ».

La Convention européenne des droits de l'homme contient des dispositions dérogatoires du même type, mais ont été appliquées d'une manière beaucoup plus rigoureuse, comme en témoigne la dérogation demandée par le Royaume-Uni après le 11 septembre 2001[2].

Liste non exhaustive par pays[modifier | modifier le code]

Afrique[modifier | modifier le code]

Burkina Faso

  • L'état d'urgence à été déclaré le à la suite d’attaques continues dans la région du nord.

Algérie

  • L'état d’urgence a été en vigueur pendant dix-neuf ans ; mis en place le 29 février 1992, au départ pour un an, il a été levé le 24 février 2011[3].

Égypte

Mali

Tunisie

Nigeria

  • En mai 2013, suite à l'attaques de Boko Haram, le président Goodluck Jonathan déclare l'état d'urgence dans trois États du pays. Olusegun Obasanjo avait déclaré l'état d'urgence précédemment, en 2004 et 2006[8]. Cette situation prend fin le 20 novembre 2014 n'ayant pas été renouvelée par le parlement qui en constate l'inefficacité sur la vague de violences[9].
  • Le 8 août 2014, à la suite de l'épidémie de la fièvre ébola, l'état d'urgence est décrété pour 90 jours[10].

Sénégal

Liberia

Guinée :

Tchad

En novembre 2015, l'état d'urgence est instauré après des attaques de Boko Haram[11],[12].

Niger

En novembre 2015, dans la région de Diffa, l'état d'urgence est instauré après des attaques de Boko Haram[11],[12].

Amérique[modifier | modifier le code]

Asie[modifier | modifier le code]

Europe[modifier | modifier le code]

Allemagne[modifier | modifier le code]

Espagne[modifier | modifier le code]

L'état d'urgence (estado de emergencia) est prévu à l'article 116 de la Constitution de 1978. Sa proclamation se fait via un décret pris en conseil des ministres, après autorisation du Congrès des députés, pour un délai maximum de 30 jours, qui peut être prorogé.

Deux autres états de crise peuvent être déclenchés : l'état d'alerte (estado de alarma), pour 15 jours au plus, un délai qui peut être prorogé uniquement avec l'accord du Congrès ; et l'état de siège (estado de sitio), que seul le Congrès peut proclamer.

L'état d'alerte a été proclamé deux fois depuis la restauration de la démocratie :

France[modifier | modifier le code]

L'état d'urgence permet aux autorités administratives (ministre de l’Intérieur, préfet) de prendre des mesures restreignant les libertés comme l'interdiction de la circulation ou la remise des armes à feu de certaines catégories. Les mesures les plus sévères sont les assignations à résidence, la fermeture de certains lieux, l'interdiction de manifester et les perquisitions administratives[19]. Ainsi, il dessaisit l'autorité judiciaire de certaines de ses prérogatives. Contrairement à l'état de siège, il n'implique pas les forces armées

Créé par la loi du 3 avril 1955 pour faire face aux événements liés à la guerre d'Algérie, l'état d'urgence a été appliqué trois fois durant cette période. Il est ensuite appliqué trois fois en outre-mer durant les années 1980, puis en 2005, en raison d'émeutes dans les banlieues, et enfin entre le et le en raison des risques d'attentats.

En 2017, la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme introduit dans le droit commun, jusqu’au , les assignations à résidence administratives, les perquisitions, après avis du juge des libertés et de la détention ainsi que les contrôles aux frontières ; ces mesures pouvant être prises exclusivement en prévention du terrorisme mais hors période d’état d’urgence[20].

Créé par la loi du 23 mars 2020 pour faire face aux événements liés à la pandémie de covid-19, l'état d'urgence sanitaire est déclaré par cette même loi[21]. Ses dispositions sont codifiées dans le code de la santé publique.

Rome antique[modifier | modifier le code]

Suisse[modifier | modifier le code]

La Constitution de la Suisse ne prévoit pas explicitement d'« état d'urgence »[22]. En revanche, son article 165 (intitulé « législation d’urgence ») permet au parlement d'adopter une loi et de la faire entrer en vigueur immédiatement. L'article 185 (« sécurité extérieure et sécurité intérieure ») permet au gouvernement de faire intervenir l'armée (avec certaines limites).

Par ailleurs, en cas d'épidémie, la loi fédérale sur la lutte contre les maladies transmissibles de l'homme permet au gouvernement de déclarer l'état de « situation particulière » (article 6) ou de « situation extraordinaire » (article 7). Cela a été fait pour la première fois lors de la pandémie de coronavirus de 2020.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Monde.fr avec AFP, « En vigueur depuis 1981, l'état d'urgence en Egypte est levé », sur lemonde.fr, (consulté le 17 novembre 2015).
  2. (it) Giampiero Buonomo, Declaratoria dello stato di emergenza e Consiglio supremo di difesa Nuovi studi politici, gennaio-giugno 2005, n. 1/2, p. 107 ss..
  3. Le Monde.fr avec AFP, « Algérie : l'état d'urgence levé en Algérie », sur lemonde.fr, (consulté le 17 novembre 2015).
  4. L'état d'urgence levé en Égypte, Le Figaro, 31 mai 2012.
  5. « Les condoléances du pape après l’attentat de Tanta en Égypte », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le 10 avril 2017)
  6. Le Monde.fr avec AFP et Reuters, « Levée de l'état d'urgence au Mali », sur lemonde.fr, (consulté le 17 novembre 2015).
  7. « La Tunisie en état d'urgence, interrogations sur les libertés publiques », sur Nouvelobs.com, (consulté le 17 novembre 2015).
  8. « Le président nigérian déclare l'état d'urgence dans trois Etats », sur lemonde.fr, (consulté le 17 novembre 2015).
  9. « Nigeria: l'état d'urgence expire au lendemain d'une attaque meurtrière », sur 20minutes.fr (consulté le 17 novembre 2015).
  10. a et b Le Monde.fr avec AFP, « Ebola : l'OMS décrète la mobilisation mondiale, état d'urgence au Nigeria », sur lemonde.fr, (consulté le 17 novembre 2015).
  11. a et b « Boko Haram : N'Djamena décrète l'état d'urgence dans la région du lac Tchad », sur france24.com, (consulté le 17 novembre 2015).
  12. a et b « Front de Diffa: état d'urgence et forces en présence », sur rfi.fr, (consulté le 17 novembre 2015).
  13. Perspective Monde, « Tremblement de terre dévastateur en Haïti », sur perspective.usherbrooke.ca (consulté le 17 novembre 2015).
  14. « Haïti décrète l'état d'urgence après l'ouragan Sandy », sur liberation.fr, (consulté le 17 novembre 2015).
  15. RFI, < New York Urgence
  16. « Le Parlement turc approuve une prolongation de trois mois de l'état d'urgence », sur france24.com, (consulté le 4 janvier 2017)
  17. (es) « El Gobierno declara el estado de alarma y moviliza a los controladores », El País,‎ (lire en ligne, consulté le 25 mars 2020).
  18. (es) « Sánchez decreta el estado de alarma durante 15 días », El País,‎ (lire en ligne, consulté le 25 mars 2020).
  19. Loi no 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence.
  20. Articles 1 à 5 de la loi no 2017-1510 du 30 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme et articles L226-1 et suivants du code de la sécurité intérieure
  21. Articles 1 à 8 de la loi no 2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 et articles L3131-12 et suivants du code de la santé publique
  22. Flavienne Wahli Di Matteo, « Nécessité ? Urgence ? Le jargon de crise décrypté », 24 heures,‎ (lire en ligne, consulté le 16 mars 2020).

Articles connexes[modifier | modifier le code]