Grave (titre)

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Grave, en allemand Graf, en hongrois gróf, en tchèque hrabě, dans les autres langues slaves hráb'a, groba… est un titre de noblesse d'Europe centrale et orientale. Il provient du germanique ǥ(a)rēƀjōn > haut-allemand grēva > gotique grêve signifiant « envoyé », « délégué », « chargé de mission », et c'est pourquoi il équivaut, lorsqu'il est employé seul, à celui de comte[1].

Saint-Empire romain germanique[modifier | modifier le code]

Dans le Saint-Empire romain germanique, il fut combiné avec d'autres termes dénotant une juridiction ou un domaine de responsabilité, assortis de concessions spéciales d'autorité ou de rang jusqu'à la fin du régime féodal. En voici une liste :

  • Alt = vieux, ancien ou originel (et donc « vénérable ») : Altgraf. Par exemple, Altgraf zu Salm.
  • Burg = bourg (fortifié), château ou forteresse : le Burggraf (en français, burgrave)
  • Land = pays : le Landgraf (en français : landgrave), qui tenait son fief directement du souverain (en français, landgraviat)
  • Mark = marche (province de frontière, à l'est comme la Prusse ; à l'ouest comme Valenciennes) : le Markgraf (en français, margrave ou marquis).
  • Pfalz = palais du souverain : le Pfalzgraf (en français, comte palatin), qui recevait son office en fief du suzerain, et prenait rang parmi les ducs).
  • Rau = rugueux (à l'origine sur de nouveaux territoires dans des pays montagneux) : le Raugraf (en français, Raugrave ou Rougrave)
Ils sont connus dès le Xe siècle, et possédaient les villes d'Alzey, Geraiersheim, Creutznach, Simmeren, Rockenhausen, Beimberg qui formaient ce qu'on appelait le Raugraviat. Leurs biens passèrent en partie aux électeurs palatins. L'électeur palatin Charles-Louis renouvela en 1667 le titre de raugrave, en faveur de son épouse morganatique, Louise de Degenfeld, qui fut appelée dès lors la Raugravine. Les Raugraves ont encore aujourd'hui des représentants en France.
  • Reich = de l'Allemand Reich (Empire), Reichsgraf (en français, Comtes du Saint-Empire), titre conférant l'un des rangs les plus élevés de haute noblesse issue du Saint-Empire, il donnait préséance sur tout autre noble[2] (voir article: Reichsgraf).
  • Rhein = Rhin (fleuve) : le Rheingraf (en français, Rhingrave).
La famille des Rhingraves reçut ce titre en même temps que la charge de surveiller le Rhin, depuis Rhingrafenstein (« le Rocher des Rhingraves »), pouvant en outre lever un droit de passage sur le fleuve. Ils avaient séance et voix aux diètes de l'Empire, dans le Cercle électoral du Rhin, et prenaient le titre de maréchaux héréditaires du Palatinat.
Vers 1400, les Rhingraves héritèrent également du titre et des possessions des Wildgraves de Dhaun et Kirbourg.
Au XVIe siècle, ils reçurent par mariage la moitié du comté de Salm enclavé en Lorraine, où ils se fixèrent, et se nommèrent dès lors Wild- et Rhingraves, comtes de Salm.
  • Wald = forêt (comes nemoris) : le Waldgraf.
  • Wild = sauvage (dans des nouveaux territoires) : le Wildgraf (voir Rhingrave ci-dessus).

Historique[modifier | modifier le code]

Par la diffusion vers l'Est au Moyen Âge des colons, du droit, de l'architecture et du commerce germaniques, le titre a été adopté et adapté par les différentes monarchies d'Europe centrale et orientale (Hongrie, Pologne, Lituanie, possessions de l'Ordre Teutonique dans les pays baltes et des Habsbourg dans les pays danubiens…)[3]. Le Graf et ses variantes restent initialement liés à l'appartenance de son titulaire aux religions catholique ou protestante. Le titre ne commence à diffuser dans le monde orthodoxe (Empire russe, principautés danubiennes) qu'après les réformes de Pierre le Grand (et seulement dans la seconde moitié du XIXe siècle dans les Balkans[4]). À partir du XVIIIe siècle, avec l'adoption du français comme langue commune de l'aristocratie européenne, il a de plus en plus été transcrit par son équivalent occidental, le « comte »[5].

Le Graf dans la culture[modifier | modifier le code]

Un des personnages fictifs les plus connus de gróf transylvain, transcrit par count en anglais et « comte » en français, est celui de Dracula. Ses nombreux avatars, de Nosferatu à Dooku sont tous Graf en allemand, « count » en anglais et « comtes » en français.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. J. Grimm und W. Grimm, (de) Deutsches Wörterbuch (Dictionnaire) Bd. VIII, Sp. 1698—1712, voir [1]
  2. Le Reichsgraf a préséance sur tout comte ainsi que tout noble dont le fief ne dispose pas de l’immédiateté impériale
  3. H.E. Stier (dir.), Grosser Atlas zur Weltgeschichte, éd.: Westermann, p. 64-66 et p. 97-102, (ISBN 3-14-10 0919-8)
  4. Jean-Michel Cantacuzène, Mille ans dans les Balkans, Éditions Christian, Paris 1992, ISBN 2-86496-054-0.
  5. Neagu Djuvara, Les pays roumains entre Orient et Occident : les Principautés danubiennes au début du XIXe siècle, Publications Orientalistes de France, Paris 1989 et Georges Florovsky, Les Voies de la théologie russe, Paris, 1937, trad. et notes de J.C. Roberti, Paris, Desclée de Brouwer, 1991