Géoéconomie

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La géoéconomie est une branche des relations internationales, au croisement des sciences économiques et de la géopolitique, qui étudie la dimension spatiale, temporelle et politique de l'économie et des ressources. L'économiste azerbaïdjanais Vusal Gasimli définit la géoéconomie comme l'étude des interrelations entre l'économie, la géographie et la politique, du centre de la Terre jusqu'à l'espace.

Le concept de géoéconomie a été développé aux États-Unis par Edward Luttwak et en France par Pascal Lorot, politologue français qui créé en 1997 la revue trimestrielle Géoéconomie).

Définition[modifier | modifier le code]

La géoéconomie est l’analyse des stratégies économiques diligentées par les États dans le cadre de la défense ou de l’aide au développement de leurs entreprises nationales vis-à-vis du contexte concurrentiel mondial[1].

Selon Pascal Lorot, « la géoéconomie analyse les stratégies d'ordre économique – notamment commerciales –, décidées par les États dans le cadre de politiques visant à protéger leur économie nationale ou certains pans bien identifiés de celle-ci, à aider leurs "entreprises nationales" à acquérir la maîtrise de technologies et/ou à conquérir certains segments du marché mondial relatifs à la production ou à la commercialisation d'un produit ou d'une gamme de produits sensibles, en ce que leur possession ou leur contrôle confère à son détenteur – État ou entreprise « nationale » – un élément de puissance et de rayonnement international et concourt au renforcement de son potentiel économique et social »[2].

Il précise que « La géoéconomie s'interroge sur les relations entre puissance et espace, mais un espace "virtuel" ou fluidifié au sens où ses limites bougent sans cesse, c'est-à-dire donc un espace affranchi des frontières territoriales et physiques caractéristiques de la géopolitique [...] »[3].

La logique des conflits dans le cadre du commerce[modifier | modifier le code]

Selon le père de la géoéconomie, Luttwak, les logiques de la géoéconomie sont les mêmes que celles qui sont aux fondements des conflits militaires :

Les États cherchent à collecter le plus de revenus possibles grâce à la fiscalité de leur pays, et ne sauraient se contenter de voir les autres États récolter des revenus sur les activités commerciales des tiers. Le commerce est un jeu à somme nulle.

Les États régulent l'activité de sorte à maximiser les gains au sein de leurs propres frontières. Ils n'agissent pas d'une manière désintéressée et transnationale, même lorsque leurs actions résultent en une situation sous-optimale pour les autres États . La logique de la régulation est conforme aux logiques de la guerre.

Les États et les blocs d'États mettent en place des politiques de création d'infrastructures de sorte à optimiser l'utilité nationale, sans prendre en compte les conséquences que cela a sur les autres États . Il n'y a pas d'utilité transnationale

Les États et les blocs d'États promeuvent l'innovation technologique dans le but d'en maximiser les bénéfices au sein de leurs frontières. Le développement de technologies est intéressé[4].

Géoéconomie et mercantilisme[modifier | modifier le code]

La géoéconomie ne doit pas être confondue avec le mercantilisme ou le néomercantilisme. Le mercantilisme est une doctrine économique selon laquelle l'objectif ultime de l'Etat est de maximiser le stock d'or du pays, et selon laquelle les querelles commerciales débouchent sur des querelles militaires. La compétition mercantiliste est donc subordonnée à la compétition militaire.

L'ère géoéconomique actuelle, cependant, fait qu'il n'y a pas de modalité de compétition supérieure ou meilleure. L'économie peut être cause et instrument de conflit. Lorsque les conflits commerciaux mènent à des crises politiques internationales, la dispute peut être résolue grâce aux armes qu'offre le commerce.

Les “lois de la gravitation géoéconomique”[modifier | modifier le code]

Selon Nicolas Firzli, directeur du Forum Mondial des Fonds de Pension, les “lois de la gravitation géoéconomique”[5] qui régissent les rapports entre les nations depuis la fin de la Guerre froide s’articulent autour de cinq éléments essentiels : autosuffisance financière, existence d’infrastructures de transport modernes et d’un système de retraite solide, attractivité territoriale et capacité à projeter le ‘soft power’ diplomatique et culturel au-delà des frontières nationales et/ou régionales[6],[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Définition géoéconomie », sur Portail de l'intelligence économique (consulté le 20 octobre 2015)
  2. « De la géopolitique à la géoéconomie », Géoéconomie, n° 1, mars 1997, p. 29
  3. Ibid.
  4. (en) Antto Vihma, « Geoeconomic Analysis and the Limits of Critical Geopolitics: A New Engagement with Edward Luttwak », Geopolitics, vol. 23, no 1,‎ , p. 1–21 (ISSN 1465-0045 et 1557-3028, DOI 10.1080/14650045.2017.1302928, lire en ligne, consulté le 30 juin 2019)
  5. (en) M. Nicolas J. Firzli, « The Qatar Crisis and the Eastern Flank of the Arab World », Al Sharq Al Awsat, Riyadh,‎ (lire en ligne)
  6. M. Nicolas J. Firzli quoted by Andrew Mortimer, « Country Risk: Asia Trading Places with the West », Euromoney Country Risk, Londres,‎ (lire en ligne)
  7. (en) M. Nicolas J. Firzli, « G20 Nations Shifting the Trillions: Impact Investing, Green Infrastructure and Inclusive Growth », Revue Analyse Financière, Paris,‎ (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]