Latifundium (agriculture)

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le latifundium en agriculture. Pour le latifundium dans l'Antiquité, voir Latifundium (Antiquité).

Les latifundia (pluriel de latifundium) sont des exploitations agricoles pratiquant l'agriculture extensive. Caractéristiques des économies peu développées où la propriété foncière est concentrée, elles nécessitent généralement l'emploi de journaliers ou de métayers. Le terme a été francisé sous la forme latifunde à la Renaissance. En Espagne on parle de latifundio, en Italie de latifondo, en Roumanie de moșie.

Ces exploitations agricoles de grandes dimensions sont caractérisées par un rendement faible. La superficie nécessaire pour considérer une exploitation comme latifundiaire dépend du contexte : en Europe un latifundio peut faire quelques centaines d'hectares. En Amérique latine et en Roumanie, ils atteignent facilement plusieurs dizaines de milliers d'hectares (haciendas, estancias, fazendas, moșii). À part leur superficie, d’autres éléments les caractérisent : de bas rendements, une sous-utilisation de la terre arable, une faible capitalisation, un niveau technologique faible, une main-d'œuvre employée de manière précaire et, de fait, un faible niveau de vie de celle-ci.

Le latifundisme a été traditionnellement source d'instabilité sociale, associé à la présence d'une grande quantité de paysans sans terres. Pour résoudre les problèmes générés par les latifundios, diverses solutions ont été développées, variant selon le type de gouvernement dont ils dépendaient : depuis le changement structurel de la propriété (réforme agraire), par le biais d'expropriations, jusqu'à la modernisation des exploitations.

En Italie[modifier | modifier le code]

Les latifondo sont historiquement caractéristiques des exploitations agricoles du Mezzogiorno, appartenant à l'aristocratie et à l'Église. Les propriétaires résidaient à Naples et Palerme, et confiaient la gestion des terres à des contremaitres appelés caporati qui dirigeaient les ouvriers de manière autoritaire. Au XIXe siècle les bouleversements politiques et sociaux liés à l'unification italienne ont entrainé un appauvrissement à la fois des propriétaires et des paysans sans terre, ce qui est en partie à l'origine de l'apparition des mafias dans un contexte de défiance envers le nouvel État italien.

La réforme agraire de 1950 a atténué les effets pervers du système, mais ce mode d'exploitation reste dominant dans tout le sud de l'Italie[1],[2]. Les travailleurs immigrés ont remplacé les paysans sans terre, mais travaillent dans des conditions difficiles pour la récolte des tomates dans la région de Caserte, dans les Pouilles et en Calabre, ou des fruits en Sicile, parfois sous le contrôle des mafias.

En Roumanie[modifier | modifier le code]

Les moșii sont historiquement les immenses exploitations agricoles des principautés danubiennes, appartenant à la noblesse roumaine et à l'Église. Les propriétaires résidaient à Paris, Nice, Londres, Florence ou Rome, et confiaient la gestion des terres à des affermeurs appelés arendași (« arendaches ») qui exploitaient durement les masses paysannes. Au XIXe siècle les bouleversements politiques et sociaux liés à l'unification roumaine ont entrainé un appauvrissement à la fois des paysans petits propriétaires et des paysans sans terre, ce qui est en partie à l'origine de la grande insurrection rurale de 1907 qui fut réprimée, mais entraîna des réformes de l'économie agricole roumaine[3].

En Espagne[modifier | modifier le code]

Les latifundios sont des structures agraires héritées de l'histoire antique (Latifundium), puis médiévale qui, dans le sud de l'Espagne (Andalousie, Estrémadure, sud de la Meseta) ont persisté jusqu'à la seconde République espagnole.

Des domaines immenses furent la propriété de nobles hidalgos qui formaient une aristocratie madrilène ne se déplaçant quasi-jamais sur leurs terres[4].

La persistance de ces modes d'exploitation agraire confinant les travailleurs agricoles à un rang très infériorisé fut identifiée parmi l'une des nombreuses causes de la survenue de la guerre civile, au sujet de la répartition des terres[5].

En Amérique latine[modifier | modifier le code]

Latifundia est souvent utilisé pour désigner une hacienda dans les pays de langue espagnole ou une fazenda au Brésil. Les exploitations agricoles sont encore plus vastes qu'en Europe du Sud, tant au niveau des plantations de café ou de canne à sucre[6].

Au Brésil la persistance de ce système et de la misère qu'il occasionne est à l'origine du Mouvement des sans-terre[7]. À Cuba la réforme agraire suite à la Révolution de 1959 a exproprié les propriétaires terriens, mais a maintenu le système des latifundia sous forme étatisée[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Marta Petrusewicz, Latifundium : moral economy and material life in a European periphery, University of Michigan Press, Ann Arbor (Mich.), 1996, 289 p. (ISBN 0-472-10342-3)
  • (en) Daniel Chirot et Charles Ragin, The Market, Tradition and Peasant Rebellion: The Case of Romania in 1907, in : "American Sociological Review", Vol. 40, n° 4, août 1975, pp. 428-444, édité par l'American Sociological Association.
  • (es) Guillermo Vázquez Franco, Formas de vida en el latifundio colonial, Ediciones El Mendrugo, Montevideo (Uruguay), 2006 (2e éd.), 238 p. (ISBN 9974-79021-2)
  • (fr) Moacir Gracindo Soares Palmeira, Latifundium et capitalisme au Brésil : lecture critique d'un débat, Université de Paris 5, 1971, 3 vol. III-XVI-170 p. (thèse de 3e cycle de Sociologie)

Articles connexes[modifier | modifier le code]