Alphonse Boudard

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Alphonse Boudard
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Alphonse Boudard ; photo : Amaury Watremez.

Nom de naissance Pierre Michel Boudon
Naissance
Paris, Drapeau de la France France
Décès (à 74 ans)
Nice, Drapeau de la France France
Activité principale
romancier, scénariste
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture français
Genres

Alphonse Boudard, né le à Paris et mort le à Nice, est un romancier et scénariste français.

Après s'être engagé dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, il sombre dans la délinquance à la fin du conflit et découvre la littérature en prison. À l'âge de trente-trois ans, il se lance dans une carrière d'écrivain. Il publie des romans et des nouvelles écrits dans une langue drue, nourrie de l'argot et du langage populaire[1]. Certaines de ses œuvres sont adaptées au cinéma et il travaille lui-même sur le scénario de nombreux films, qui sont pour la plupart des films policiers ou de gangsters.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né d'un père inconnu et d'une mère prostituée absente[2], il est élevé dans une famille de paysans en pleine forêt d’Orléans puis récupéré à l’âge de 7 ans par sa mère qui le confie à sa grand-mère parisienne[3] ; il découvre alors le 13e arrondissement prolétaire. Après avoir obtenu son certificat d'études, il devient apprenti dans une fonderie typographique en 1941. Confronté à la Seconde Guerre mondiale, il entre dans la Résistance en rejoignant un maquis dans le centre de la France en 1943. En 1944, il participe à la Libération de Paris au sein d'un groupe FFI puis intègre les troupes du colonel Fabien dont il fait le portrait dans Le Corbillard de Jules. Il quitte les « Fabiens » et leurs trop nombreuses exactions sur des innocents, peu avant le suspect accident du colonel, pour rejoindre les commandos de France de la 1re armée du maréchal de Lattre. Blessé au combat à Colmar lors de la campagne d'Alsace, il obtient la médaille militaire. Il dénonce dans ses livres les résistants de la dernière heure acclamant Charles de Gaulle après avoir planqué le portrait de Philippe Pétain, ainsi que les épurateurs sauvages au passé « pactisant »[4].

Après la guerre, il raconte continuer à fréquenter les bordels militaires de campagne (thème qu'il évoque dans son livre sur les maisons closes[5]), vit de petits boulots et traficote[6]. Il glisse doucement mais sûrement vers les cambriolages. Plusieurs séjours en prison et sanatorium pour soigner sa tuberculose le conduiront à écrire des livres comme La Cerise et L'Hôpital. Mais son premier livre, écrit en prison, n'est pas publié car jugé trop long (huit cents pages)[7]. Il le réécrira plus tard sous le titre Les Combattants du petit bonheur[8]. Dans un documentaire[9], il a confié que c'était ce premier manuscrit qui aurait retenu l'attention de Robert Poulet et de Michel Tournier, alors lecteurs chez Plon, mais que finalement c'est un autre manuscrit qui donna lieu à la publication de son premier roman (La Métamorphose des cloportes). Il dit devoir sa vocation d'écrivain à Albert Paraz[10]. Son éducation littéraire se fait lorsqu'il est commis dans une librairie d'ouvrages anciens, le Carillon des siècles, et dans les bibliothèques carcérales, notamment celle de la prison de Fresnes où il est employé[11].

À partir de trente-trois ans, il se consacre à l'écriture en utilisant une langue drue, nourrie de l'argot et du langage populaire. Baptisés « romans » parce qu'il éprouve une forte crainte de choquer les familles des personnages dont il évoque les agissements scabreux et de s'exposer à des procès, ses principaux ouvrages sont néanmoins fortement autobiographiques avec quelques recours à son imagination. Il évoque ainsi un Paris populaire des années 1940 à travers ses gangsters, proxénètes, maquerelles, escrocs, prêtres pervers, etc. Il travaille pour le cinéma, écrivant notamment pour Jean Gabin quand celui-ci se brouille avec Michel Audiard, et pour la télévision, avec l'écriture et la présentation d'une série sur « Les grands criminels ». En 1967, il se voit confier l'écriture d'un film réunissant Jean Gabin et Louis de Funès et entreprend l'adaptation de sa nouvelle Gégène le tatoué mais, se heurtant aux différentes réclamations de modifications du scénario par les deux acteurs, il abandonne le projet, laissant le réalisateur Denys de La Patellière tourner Le Tatoué dans une situation fort inconfortable[12].

Son œuvre est l'une des plus importantes de la littérature française d'après-guerre. Il fait partie de cette famille d'écrivains où l'on rencontre René Fallet, Albert Simonin ou encore Antoine Blondin.

Sous le nom de Laurent Savani, il a écrit aussi un roman érotique, Les Grandes Ardeurs, publié en 1958, et qui lui valut un supplément de prison.

Il a compté Paul Chambrillon, « fin connaisseur de Céline, ami d'Arletty et de Raimu », parmi ses relations amicales[13].

Il s'est éteint le des suites d'un malaise cardiaque, à l'âge de 74 ans.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Divers[modifier | modifier le code]

  • 1970 : L'argot sans peine ou la méthode à Mimile (collaboration : Luc Étienne) - La Table Ronde
  • 1975 : Manouche se met à table, Flammarion - (ISBN 9782080608109)
  • 1982 : Les enfants de chœur (nouvelles), Flammarion - (ISBN 9782080644572)
  • 1986 : La fermeture – Prix Rabelais – Robert Laffont - (ISBN 2-221-04280-8)
  • 1988 : Ma vie pleine de trous (racontée à Daniel Costelle), Plon
  • 1988 : Je me suis fait la belle ... (Biographie de Patrick Fortier) - Michel Lafon
  • 1989 : Les grands criminels – Le Pré aux Clercs
  • 1990 : L’âge d’or des maisons closes – Albin Michel
  • 1990 : Préface pour le dictionnaire de l’argot – Larousse
  • 1992 : Faits divers et châtiments – Le Pré aux Clercs
  • 1996 : Outrage aux mœurs et autres nouvelles – Librio
  • 1997 : Quels romans que nos crimes – éditions du Rocher
  • 1997 : Revenir à Liancourt – éditions du Rocher - (ISBN 9782268027258)

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • 2002 : Appelez-moi chef – Lansman (voir « Cellule 118 » plus bas)
  • 1996 : La rue Alphonse Boudard – Poche Montparnasse
  • 1995 : Cellule 118 - Petit Hébertot
  • 1983 : Les Sales Mômes - Petit Marigny

Albums photos et textes divers[modifier | modifier le code]

Presse[modifier | modifier le code]

Rééditions[modifier | modifier le code]

1996 : Les vacances de la vie – Ed Omnibus – regroupant 5 titres :

  • Les Combattants du petit bonheur
  • Bleubite
  • Le Corbillard de Jules
  • Le Café du pauvre
  • L'Éducation d’Alphonse

Les Chroniques de mauvaise compagnie - collection Omnibus - regroupant quatre titres :

  • La Métamorphose des cloportes
  • La Cerise
  • L'Hôpital
  • Cinoche

Préface de Frédéric Dard.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Note : le commentaire indique le rôle d'Alphonse Boudard dans le travail sur film (adaptateur, dialoguiste...) ou simplement le type du film (documentaire, téléfilm, série télévisée...).

Cinéma[modifier | modifier le code]

Adaptation de ses œuvres
Scénariste / Réalisateur
Autres

À la télévision[modifier | modifier le code]

Fictions
Documentaires, émissions

Hommage[modifier | modifier le code]

En 2011, une de ses anciennes compagnes, l'écrivain Laurence Jyl, lui consacre un livre[14].

Depuis 2013, une rue du treizième arrondissement de Paris où il vécut une partie de son enfance porte son nom[15],[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marc Bonhomme, « Figures et construction d’une écriture argotico-populaire dans les romans d’Alphonse Boudard », Exercices de rhétorique [En ligne], no 7,‎ (DOI 10.4000/rhetorique.463, lire en ligne)
  2. Michèle Touret, Histoire de la littérature française du XXe siècle, Presses Universitaires de Rennes, , p. 183.
  3. André Nolat, Romances de la rue. Notes sur quatre écrivains : Mac Orlan, Carco, Simonin, Boudard, Baudelaire, , p. 191.
  4. François Bott, Mauvaises fréquentations, Manya, , p. 17.
  5. Alphonse Boudard, La fermeture : 13 avril 1946, la fin des maisons closes, 1986, robert laffont, 345 p..
  6. Alphonse Boudard, Les Métamorphoses d'Alphonse, Robert Laffont, , p. 121.
  7. Télé 7 Jours n°632, semaine du 3 au 9 juin 1972, pages 32 et 33, article de Michel Lis
  8. Jean-Luc Delblat, « Alphonse Boudard (1925-2000) - Entretien réalisé à Paris le 17 mai 1991 », sur delblat.free.fr (consulté le 2 mars 2017)
  9. « Monsieur Alphonse raconte son 'Histoire de France" - 5 - "L'édition et le cinéma" Un film de Daniel Costelle proposé par Patrick Clémence » [vidéo], sur youtube.com, (consulté le 5 mars 2017)
  10. « C'est grâce à Albert Paraz que je suis devenu écrivain. À travers notre correspondance il m'a incité à écrire », préface à l'édition Balland74 du Gala des vaches.
  11. Alphonse Boudard, Saint Frédo, Flammarion, , p. 131.
  12. Étant toutefois crédité au générique du film, Alphonse Boudard contesta être l'auteur du scénario définitif, ainsi qu'il l'écrivit lui-même : « Je tiens à signaler aux lecteurs de Télé 7 Jours que je ne suis pas le scénariste du film Le Tatoué. J'ai obtenu d'un tribunal que mon nom soit retiré du générique. Mon scénario initial ayant été totalement modifié par un nommé Pascal Jardin. » (Lettre publiée dans la rubrique « Lettres des Téléspectateurs » de l'hebdomadaire Télé 7 Jours no 732, semaine du 4 au 10 mai 1974, page 5).
  13. « Le cahier bleu de Boudard », Marie-Béatrice Baudet, Le Monde, 5 août 2016.
  14. Laurence Jyl, Ce que je sais d'Alphonse., Paris, La Table Ronde, coll. « Vermillon », (ISBN 978-2710367000)
  15. « La rue Alphonse Boudard », sur www.parisrues.com
  16. « Délibération du Conseil de Paris », sur a06.apps.paris.fr

Liens externes[modifier | modifier le code]