Marie-Thérèse Houphouët-Boigny

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Marie-Thérèse Houphouët-Boigny
Marie-Thérèse Houphouët-Boigny et son mari Félix Houphouët-Boigny en 1962. On aperçoit Henri Konan Bédié derrière.
Marie-Thérèse Houphouët-Boigny et son mari Félix Houphouët-Boigny en 1962. On aperçoit Henri Konan Bédié derrière.
Première dame de Côte d'Ivoire
 – 
(33 ans et 10 jours)
Prédécesseur Aucune
Successeur Henriette Konan Bédié
Biographie
Date de naissance (88 ans)
Lieu de naissance Bouaké (AOF)
Père Lambert Yao Brou
Mère Suzanne Aya Folquet
Conjoint Félix Houphouët-Boigny
Enfants Olivier Antoine Houphouët-Boigny / Marylise Brou / Myriam Thérèse Brou

Marie-Thérèse Houphouët-Boigny née Marie-Thérèse Brou, le 23 juin 1930[réf. nécessaire], est une personnalité politique de Côte d'Ivoire. Catholique, originaire du centre du pays, elle est de 1960 à 1993, l'épouse de Félix Houphouët-Boigny, le premier président de la Côte d'Ivoire et, à ce titre, la toute première Première dame de Côte d'Ivoire. Elle est connue pour sa grande réserve sur les questions politiques et pour avoir animé durant quelques années, son association de bienfaisance la « Fondation internationale N'Daya »[1]. Elle est aussi présidente de l'Association des femmes ivoiriennes (AFI), avant d'en devenir la présidente d'honneur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Marie-Thérèse Houphouët-Boigny est née Thérèse N’Goran Brou , le 23 juin 1930 en Côte d’Ivoire. Elle est l'aînée des filles de Lambert Yao Brou, inspecteur des douanes en Côte d’Ivoire et de Suzanne Aya Folquet. Les familles Folquet et Brou font partie des premières bourgeoisies naissantes et formées au début du XXe siècle dans le pays, ayant donc accès à l'éducation et à certains privilèges. La famille Brou est liée de près avec le centre du pouvoir traditionnel Baoulé. Originaire du village royal de Sakassou, elle est apparentée à la grande dynastie « Ahoua du Walêbo ». Suzanne Folquet, sa mère, est issue d’une grande famille bourgeoise métisse. Née à Bondoukou en 1906, elle est la sœur du patriarche de la famille Folquet. Ce dernier a eu quatre enfants qui comme sa nièce auront des postes d'influence en Côte d'Ivoire. Thérèse Brou a des origines françaises par cette famille maternelle dont l'ancêtre est venu s’installer en Côte d’Ivoire au XIXe siècle, et dont les descendants feront partis des quelques familles bourgeoises qui émergeront les premières en Côte d’Ivoire, dès le début du XXeme siècle. Thérèse Brou a cinq frères et quatre sœurs : Martial, Casimir, Séraphin, Léon, Benoît et Henriette, Béatrice, Brigitte, Martine.

La famille de Thérèse Brou était amie avec Félix Houphouët-Boigny depuis le début des années 1930. Certaines rumeurs feront état d'un lien de parenté entre l'ancien président de Côte d'Ivoire et la famille Folquet elle-même. Félix Houphouët-Boigny a même été le témoin de mariage de Joseph Folquet, frère de Suzanne, qu’il cottoyait et recevait régulièrement à Villepinte en région parisienne, où le député possédait un pavillon dans les années 1930-1940. Ces affinités et l'ascendance aristocratique de la famille Brou renforcera plus tard, lorsqu'il devient un homme politique en 1945, les alliances et les liens entre cette grande famille et Félix Houphouët-Boigny, dont l'amitié avec les Brou s'avèrera politiquement bénéfique, et symbolisera un rapprochement avec le centre du pouvoir politique Baoulé. Thérèse Brou fait sa scolarité à l'École normale de filles de Bingerville (première capitale de Côte d’Ivoire) et au lycée Mamie Faitai de Bingerville. Ses aptitudes scolaires lui valent de compter parmi les 13 filles 148 boursiers qui seront envoyés en France dans le cadre de leurs études en 1946, sur impulsion du député ivoirien en France d'alors, Félix Houphouët-Boigny. C’est donc adolescente, à 16 ans, qu'elle arrive en France, où elle choisit de se spécialiser dans l'assistance sociale.

Première dame[modifier | modifier le code]

Félix Houphouêt-Boigny confiait à un proche dans les années 1950, alors qu'il venait d'épouser Thérèse Brou : « Pas avant longtemps nous aurons la charge de nos propres affaires. Cette fille m’accompagnera dans mes voyages et sera pour beaucoup dans la considération qui sera accordée à notre pays ». Durant les 33 années en tant que Première dame, Marie-Thérèse Houphouët-Boigny fut un atout « charme » pour le chef de l'État. À l'époque, très peu d'hommes politiques africains de premier plan sortaient publiqument avec leurs épouses. Félix Houphouët-Boigny fut le premier à initier cela, paradant fièrement avec sa femme. Elle incarnait dès les premières heures de l'indépendance, les aspirations d'un continent qui se voulait moderne, jeune et prospère. Grande, fine, élancée et bien habillée, la Première dame de Côte d'Ivoire donne une image moderne.

Elle séduit et impressionne aussi bien sur le continent africain qu'en Occident. Une visite d'État effectuée en mai 1962 par le président Félix Houphouët-Boigny auprès de John F. Kennedy aux États-Unis, vient consacrer son épouse. La presse américaine conquise la baptise « Africa’s Jackie », traduit par « La Jackie Kennedy d'Afrique ».

Très active dans le domaine social, elle ne se mêle presque jamais de politique. Elle ne donne ainsi jamais publiquement des discours, voyant cet univers uniquement par le filtre de son époux. Les détracteurs et opposants du président Houphouët-Boigny reprocheront à la Première dame de Côte d’Ivoire d’avoir montré peu de chaleur à l'égard des prisonniers du régime de son époux lors de l’affaire des « faux complots de 1963 » ou complots dit « du chat noir ». Bien que la sachant incapable de changer quoi que ce soit aux décisions politiques de son époux, on lui reprochera de paraître insensible à leur détresse et de n'avoir montré publiquement aucune compassion face à la répression brutale du pouvoir durant les différentes crises qui ont secoué le pays, notamment celle du Guébié et la menace de sécession du peuple Sanwi. Pourtant, Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, dans la discrétion, intercèdera auprès de son époux en faveur de prisonniers politiques et opposants et usera de tout le poids de son influence pour que leur soit réservé un meilleur sort[réf. nécessaire].

Association des femmes ivoiriennes[modifier | modifier le code]

Dès les premières années d’indépendance du pays est créée sous l'impulsion de Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, le 3 octobre 1963, l'Association des femmes ivoiriennes (AFI). Il s'agit du premier organisme non gouvernemental de promotion de femmes en Côte d'Ivoire. Bien que considérée au départ comme un instrument et une structure inféodée au parti unique, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI-RDA), tenu d’une main de fer par Félix Houphouët-Boigny, ce mouvement national inauguré par Marie-Thérèse Houphouët-Boigny se voulait civique, social, économique et culturel, mais surtout apolitique. On avait envisagé, à l'époque, la création d'un mouvement national de femmes qui se préoccuperait du rôle et de la place de la femme dans la société. Cette idée d'une association qui réunirait des femmes, ne plaisait évidemment pas à tout le monde, surtout parmi les plus anciens militants du PDCI, qui voyaient en cela une façon intelligente et dissimulée de la direction du Parti, de remplacer les anciennes militantes politiques aguerries, par de plus jeunes femmes sophistiquées, qu'on pourrait facilement manipuler.

Dès le départ, l'AFI de Marie -Thérèse Houphouët-Boigny était donc considéré comme une branche issue des rangs du PDCI. Et bien qu'elle se soit battue pour en faire une structure indépendante, les hiérarques du parti de l'époque auront finalement tout fait pour que ce mouvements de femmes reste sous le contrôle du PDCI. Marie-Thérèse Houphouët-Boigny assure la présidence effective de ce mouvement jusqu'en 1974, pour en devenir ensuite la présidente d’honneur. L'AFI contribuera d'une certaine manière à asseoir une image moderne de la femme ivoirienne et africaine, souhaitant que soit défini le rôle et la place de la femme dans la société. En prenant la tête de l'AFI, elle se donnait pour objectif d'améliorer la condition de la femme en Côte d'Ivoire et voulait qu'on s'intéresse à la jeunesse. Elle ouvrait ainsi la voie à la constitution de bien d'autres associations féminines. Ainsi en 1994, on comptait 28 associations de femmes déclarées en Côte d'Ivoire et 46 groupements coopératifs féminins.

Elle s'investira également dans le social, inaugurant des centres de santé et des structures sociales, dont certaines porteront son nom.

N'Daya International[modifier | modifier le code]

N'Daya International est une fondation créée par Marie-Thérèse Houphouët- Boigny. Cette fondation, qui naît officiellement le 23 octobre 1987, est dédiée à l'enfance déshéritée, voué à améliorer la santé, le bien-être et l'éducation des enfants dans le besoin en Afrique. Présidente de la fondation depuis sa création, elle a en seulement trois ans conduit de nombreux projets allant de la construction de cliniques, d'orphelinats de centres de santé maternelle et infantile dans la capitale d'Abidjan à la création de camps de vacances pour les enfants dans le besoin partout dans le monde.

Kimboo[modifier | modifier le code]

En 1990, elle aide à la création et production du dessin animé, Kimboo, afin d'offrir des héros de dessin animé aux enfants africains.

Kimboo est un garçon âgé de 10 ans qui vit dans le village de Yampoupou en Côte d'Ivoire. Il est toujours accompagné de sa petite sœur enquiquineuse, Kita, qu'il doit constamment surveiller. Kimboo a aussi pour ami un perroquet bavard mais astucieux et grand mangeur de bananes, nommé Ako, que le garçon ne cesse d'appeler « la volaille » ou « l'oiseau de malheur » car il cause à Kimboo bien des torts. Le père de Kimboo a déjà trois femmes et son grand-père est le sage et respecté chef du village. Kimboo a un rêve : voyager partout dans le monde pour découvrir de nouveaux pays, de nouvelles cultures. Cependant son grand-père lui conseille vivement de découvrir avant tout son propre pays ; chose que fait Kimboo.

Ainsi, le jeune garçon, ingénieux et plein d'imagination, invente chaque jour de nouveaux objets pour passer son temps ou améliorer les conditions de vie au sein du village ; ce qui intrigue fortement Ako qui lui demande à chaque fois : « Qu'est-ce que tu bricoles encore ? Bricoleur de malheur ! ». Kimboo va également tous les jours à l'école suivre les cours de M. Joseph Coulibaly afin de s'instruire et mieux comprendre le monde qui l'entoure. Par la suite, Kita remporte le concours de chant du village et est envoyée à Abidjan, capitale de Côte d'Ivoire, sous la responsabilité de Kimboo. Malheureusement pour nos héros, leur voyage sera semé d'embûches et Kita aura bien du mal à montrer ses talents de « chanteuse internationale ». Leur rêve étant d'essayer de rejoindre la France et plus particulièrement Paris. Ainsi d'Abidjan, ils seront amenés à voyager à Abomey (Bénin), à l'île de Gorée (Sénégal), à Tombouctou (Mali), en Tunisie, à Marseille et enfin à Paris. Mais les conditions de vie en France sont difficiles pour les enfants et ils effectueront alors un dernier voyage à New-York. Cependant ce long périple ne sera pas de tout repos pour Kimboo, Kita et Ako. En effet deux hommes, un homme très propre sur soi, chef du duo, et son bras-droit gros et imbécile (si bien qu'il se fera toujours sermonner par son « patron » de la même phrase « tu es vraiment plus bête qu'un dindon, toi dis donc ! »), ne cesseront de vouloir leur causer du tort ou essaieront de faire du trafic illégal de diverses choses qui sera vite stoppé par Kimboo et ses amis.

Vie conjugale[modifier | modifier le code]

Thérèse Brou fait la rencontre de Félix Houphouët-Boigny, alors député , au tout début des années 1950 à Paris, lors d'un déplacemeent de celui-ci, alors qu'elle est encore qu'étudiante. Tombé sous le charme de la jeune femme, Félix Houphouët-Boigny manifeste rapidement le désir de l'épouser. Il était déjà uni à Kadhidja Racine Sow, pour qui il avait reçu une « dispense de disparité de culte délivrée par le pape afin de l'épouser à l'église (Kady Sow était musulmane et une union avec une non-chrétienne était, en ce temps-là, un phénomène d'une rareté absolue. C'était l'autorisation pour la rendre possible que l'on appelait la « dispense de disparité de culte »). Pourtant, le caractère exceptionnel de son mariage religieux n'empêchera pas Félix Houphouët-Boigny de se séparer, en 1950, de Kadhidja Sow avec qui il était uni et qui lui aura donné quatre enfants. Un tracas était né de là, sur lequel allaient inévitablement se heurter les relations de Félix Houphouët-Boigny avec les prêtres. Pour ces derniers, l'affaire était d'autant moins aisée que l'homme, en se mettant immédiatement en ménage avec Thérèse Brou, ne leur avait laissé aucune possibilité d'intervention.

Malgré de nombreuses difficultés , Félix Houphouët-Boigny épouse la jeune Thérèse Brou en secondes noces. Jean Delafosse était l'officier d'état civil qui avait célébré cette union le 22 juillet 1952, à l'hôtel de ville d'Abidjan . C'est seulement en 1964 que le Vatican autorise un mariage religieux (fait très rare et le second pour Houphouët-Boigny). Seize années plus tard, c'est Monseigneur Yago lui-même qui mariera religieusement Félix et Thérèse. La cérémonie, fixée au 9 mai 1980, a pour cadre la chapelle privée de la résidence de l'archevêque à Cocody (Abidjan). Elle devient dès lors Marie-Thérèse Houphouët-Boigny.

Marie-Thérèse et Félix Houphouët-Boigny n'auront pas d'enfants ensemble, mais en adoptent officiellement deux : Hélène et Olivier. Elle adoptera ensuite deux filles en quelques années d'intervalle : Marylise et Myriam.

Nom Année de naissance Année d'adoption Note
1. Hélène 1955[2] 1960[2] Petite-fille du roi des Baoulé Anoungbré[3]
2. Olivier Antoine - 1977[2] -
3. Marylise Brou[réf. souhaitée] - - -
4. Myriam Brou - 1987 -

Leur mariage a toutefois connu quelques troubles. Ainsi, en 1958, elle provoque un scandale lors d’une escapade en Italie[4].

Hommage[modifier | modifier le code]

À Abidjan, au quartier des 220 logements dans la commune d'Adjamé, un Institut d'actions sociales porte son nom. À Abobo, un hôpital public, porte également son nom.

L'un des plus célèbres imprimés de wax, permettant de confectionner les pagnes les plus raffinés, est à son effigie. Il porte de nombreux noms, dont « collier de Thérèse » ou « ongles de Thérèse »[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-Thérèse à la poursuite des millions disparus d’Houphouët-Boigny, Le Monde.
  2. a, b et c La Succession du Président Félix Houphouet Boigny
  3. Histoire de la famille Boigny
  4. Marie Miran, Islam, histoire et modernité en Côte d'Ivoire, Éditions Karthala, 2006, page 155.
  5. Tanella Boni, Que vivent les femmes d'Afrique ?, Karthala, (ISBN 2811105298, lire en ligne), p. 26-27