Mouvement républicain populaire

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Mouvement républicain populaire
Image illustrative de l'article Mouvement républicain populaire
Logo officiel
Présentation
Anciens présidents Voir liste
Fondation 1944
Disparition 1967
Idéologie Démocratie chrétienne, centrisme
Couleurs rouge

Le Mouvement républicain populaire (MRP) est un ancien parti politique français, classé comme démocrate-chrétien et centriste.

Héritier du Parti démocrate populaire et de mouvements régionaux comme l'Union populaire républicaine (Alsace) et l'Union républicaine lorraine, fondé le 26 novembre 1944[1] par Georges Bidault, il se voulait le parti des résistants démocrates-chrétiens qui souhaitaient dépasser le clivage droite-gauche et celui de la « fidélité » au général de Gaulle.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Lors de la Résistance, certains résistants comme Pierre Brossolette et Jean Moulin envisagent la création d'un parti unique issu de la Résistance, afin de remplacer les anciens partis politiques. Ce projet qui avait sans doute l'accord du général de Gaulle, est abandonné suite à la mort de ces deux hommes, et à l'importance prise par le PCF.

Plusieurs options s'ouvrent donc au sortir de la Seconde Guerre mondiale aux démocrates-chrétiens :

  • reconstruction, et élargissement lié à la Résistance sur la base des anciens partis, tels que le Parti démocrate populaire ou Jeune République[2] ;
  • constitution d'un parti travailliste, regroupant catholiques, socialistes, et résistants[3] ;
  • parti d'inspiration chrétienne avec la mise en avant des forces catholiques non-politiques associées à la Résistance (CFTC, ACJF) et donc non associées aux anciens partis.

C'est la dernière solution soutenue par Georges Bidault qui l'emporte[4]. La deuxième solution appuyée par Eugène Rigal est rejetée au premier congrès constitutif national du MRP les 25 et 26 novembre 1944. L'option travailliste[5] inspirée aussi par Gilbert Dru, est jugée trop à gauche, et ne prospère pas[6].

But[modifier | modifier le code]

Le Mouvement républicain populaire se constitue à l’automne 1944, sur les bases de l’ancien Parti démocrate populaire de l’entre-deux-guerres, et du Mouvement républicain pour la libération[7], initié dès le printemps de la même année par Gilbert Dru et Maurice-René Simonnet, ainsi que de mouvements régionaux comme l'Union populaire républicaine (Alsace) et l'Union républicaine lorraine.

Il se présente comme un parti démocrate-chrétien non confessionnel, mais il entre plusieurs fois en conflit avec les autres partis (radicaux, SFIO, PCF) sur la question de la laïcité. Le mouvement recrute parmi les catholiques sociaux, les syndicalistes chrétiens, essentiellement issus de la CFTC, et les mouvements de jeunesse catholique[8]. L’abbé Pierre a été député MRP de 1945 à 1951.

Le tripartisme[modifier | modifier le code]

Avec des résultats électoraux allant de 24 % des voix en 1945 à 28 % en juin 1946, le MRP devient rapidement, avec le PCF et la SFIO, un des trois grands partis qui dominent la vie politique nationale dans les premières années de la IVe République : le MRP est le deuxième parti à l’Assemblée constituante de 1945 et à l’Assemblée nationale élue en novembre 1946, le premier lors de l’élection de la deuxième Assemblée constituante, en juin 1946. La clef de son succès réside sur le fait qu’il attire le nouvel électorat féminin et l’électorat conservateur, rendu orphelin en raison du discrédit jeté sur la droite à la chute du régime de Vichy, et qu’il apparaît comme le parti de la fidélité à de Gaulle (bien que celui-ci n’en ait jamais été membre), face aux deux partis marxistes (socialiste et communiste).

Après l’élection de la première Assemblée constituante, les trois grands partis forment un gouvernement toujours présidé par de Gaulle. Mais celui-ci est en désaccord avec la tournure que prend le débat parlementaire et démissionne le 16 janvier 1946. Par la suite, les socialistes et les communistes, qui disposent d’une courte majorité absolue à l’Assemblée, imposent un projet de Constitution instaurant un régime parlementaire fondé sur une assemblée législative toute-puissante et qui réduit les prérogatives de l’exécutif. de Gaulle et le MRP s’opposent à ce projet, qui est finalement rejeté par 53 % des voix.

Une nouvelle Assemblée nationale est élue, mais cette fois-ci, le MRP dépasse le PCF et devient le premier parti de France. Désormais, socialistes et communistes, qui n’ont plus de majorité, doivent composer avec le MRP. Les débats constitutionnels reprennent, mais finalement, le MRP se révèle hostile à toute réduction significative du rôle du parlement. le général de Gaulle, en prononçant le discours de Bayeux, où il défend un système présidentiel, cherche à faire pression sur le MRP pour l’obliger à rompre avec les socialistes et les communistes. Le MRP condamne la tactique de de Gaulle, et approuve avec les deux autres grands partis, une nouvelle Constitution, qui instaure un régime parlementaire. de Gaulle rompt définitivement avec les partis politiques et raille la Quatrième République, née de l’approbation d’une Constitution soutenue par à peine 53 % des voix, avec une abstention importante, ce qu'il résume en une formule cinglante : «Cette Constitution dont on peut dire qu'un tiers des électeurs l'a approuvée, un tiers l'a rejetée et un tiers l'a ignorée.»

Après le référendum sur la Constitution, une nouvelle Assemblée nationale est élue en novembre 1946. Les communistes obtiennent le premier groupe parlementaire, le MRP le deuxième.

La Troisième force[modifier | modifier le code]

En 1947, les communistes quittent le gouvernement et entrent dans l’opposition. De l’autre côté, de Gaulle forme le RPF. Les deux partis semblent menacer aux extrêmes la survie même du régime, puisque les élections municipales de 1947 indiquent qu’ils peuvent rassembler la majorité des voix. Les socialistes et les démocrates-chrétiens décident alors d’élargir la coalition gouvernementale aux radicaux, l’UDSR et les modérés : c’est la Troisième Force, coalition hétéroclite prise entre deux feux, dont le seul objectif commun est la survie de la IVe République.

Le MRP devient alors une force politique centrale du nouveau régime, et compte parmi ses rangs trois présidents du conseil : Robert Schuman, Georges Bidault et Pierre Pflimlin. Les démocrates-chrétiens participent à tous les gouvernements la IVe République et, malgré l’instabilité politique du régime, leurs ministres restent en place de longues années : Schuman au Ministère des Affaires étrangères (1948-1953), Jean-Marie Louvel au Ministère de l’Industrie et du Commerce (1950-1954). Auguste Champetier de Ribes fut président du Conseil de la République et Pierre Schneiter, président de l'Assemblée nationale.

Le MRP joue un rôle central dans la construction européenne. Schuman et Bidault font les premiers pas avec d’autres dirigeants démocrates-chrétiens européens, comme Konrad Adenauer (RFA), Alcide de Gasperi (Italie). En 1950, Schuman propose la création de la CECA, fondement de la construction européenne. Résolument européen donc, le MRP soutient la CED et ne pardonne jamais à Pierre Mendès France l’indifférence affichée par le gouvernement, qui laisse le projet mourir au Parlement en 1954.

À partir de 1947, le MRP recule sur le plan électoral : son score est divisé par deux lors des législatives de 1951 et de 1956. Après la fondation du RPF, il n’apparaît plus comme le parti de la fidélité à de Gaulle, alors que la droite modérée traditionnelle se regroupe autour du CNI.

Le MRP face au retour de Charles de Gaulle[modifier | modifier le code]

Le MRP est divisé sur la question algérienne (Georges Bidault, par exemple, se rapproche de l’OAS), mais soutient le retour de de Gaulle au pouvoir en 1958 et fait campagne pour le oui lors du référendum sur la Constitution de la Ve République. Quatre ministres entrent au gouvernement de de Gaulle en juin 1958. Ils sont cinq lorsque de Gaulle est élu président de la République. Mais malgré le soutien au président de Gaulle, le MRP poursuit sa perte de vitesse électorale lors des élections législatives de 1958, où il obtient pour la première fois un score inférieur à 10 % et perd un tiers de ses députés.

En 1962, en désaccord avec la politique européenne de de Gaulle, qui refuse le modèle fédéraliste, les cinq ministres démocrates-chrétiens démissionnent et le MRP entre dans l’opposition. Il rejette le projet de réforme constitutionnelle de 1962 sur l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Mais le oui l’emporte lors du référendum convoqué par de Gaulle et le MRP obtient des résultats médiocres aux législatives de 1962. Le MRP présente un candidat à l’élection présidentielle de 1965, Jean Lecanuet, représentant d’un centre très critique avec le gaullisme. Il mène une campagne moderne, sur le modèle de celle de Kennedy en 1960, sans hésiter à recourir à la télévision comme nouvel instrument de campagne. Lecanuet obtient un score honorable, 15,6 % des voix, et parvient, avec François Mitterrand, à mettre de Gaulle en ballotage, alors que celui-ci était certain de sa réélection dès le premier tour.

Après le succès électoral du MRP en 1965, Lecanuet décide de fonder un nouveau parti, le Centre démocrate, devenu Centre des démocrates sociaux en 1976, parti fondateur de l’UDF en 1978.

Dirigeants[modifier | modifier le code]

Présidents[modifier | modifier le code]

Secrétaires généraux[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La création du MRP.
  2. Cette option est soutenue par Auguste Champetier de Ribes, Raymond Laurent, Paul Simon, les frères Coste-Fleuret. Elle est repoussée à la fois par Georges Bidault, et les forces catholiques non-politiques associées à la résistance qui reproche à plusieurs des parlementaires leur vote du 10 juillet 1940, et par le fait que les partis lié à la Troisième république sont discrédités aux yeux de l'opinion.
  3. Cette option plus sérieuse que la précédente, inspirée du Labour est soutenue par des éléments de la Résistance intérieure : le Groupe de la rue de Lille, qui sont à l'origine des Cahiers du travaillisme français, et de l'hebdomadaire Carrefour. Au même moment, à Alger, la même option est défendue par Robert Prigent et Marcel Poimbœuf.
  4. Son autorité n'est pas contestée. Il est alors président du Conseil national de la Résistance.
  5. Cette option reviendra régulièrement avec la Troisième force ou encore la tentative de Gaston Defferre en 1964-1965.
  6. La SFIO ne se saborde pas, et les cadres du MRP ne souhaitent pas une fusion, mais uniquement une coalition gouvernementale.
  7. Cette appellation n'est pas retenue car trop proche du mouvement de résistance Mouvement de libération nationale.
  8. Jean-François Sirinelli (dir.), La France de 1914 à nos jours, Paris, PUF Premier Cycle, 2004, p. 238-239.
  9. Archives nationales