Pierre Pucheu

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Pierre Pucheu

Pierre Pucheu né le 27 juin 1899 à Beaumont-sur-Oise (Seine-et-Oise[1]) et fusillé le 20 mars 1944 à Alger est un industriel et homme politique français. Il a été secrétaire d'État à l'Intérieur du gouvernement de Vichy de juillet 1941 à avril 1942[2].

Technocrate[modifier | modifier le code]

Issu d'un milieu populaire, après des études à l'École normale supérieure, il fait carrière dans l'industrie : il dirige le service d'exploitation du Comptoir de l'industrie sidérurgique, dépendant de la Chambre syndicale de la sidérurgie française et du Comité des forges, puis en 1939 les établissements Japy (montres et machines à écrire), lié au groupe Worms[3].

En 1934, il est membre des Croix-de-feu du colonel de La Rocque, qu'il abandonne à l'été 1935 (affaire des « maréchaux » de La Rocque), puis en 1936 du Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot, où il siège au bureau politique et qu'il quitte à l'automne 1938, après les accords de Munich. Il sert d'agent de liaison entre Doriot et une partie du patronat grâce à ses fonctions au Comptoir de l'industrie sidérurgique[4],[5].

La collaboration[modifier | modifier le code]

Il est successivement secrétaire d'État à la Production industrielle dans le gouvernement de Vichy (25 février 1941-18 juillet 1941), secrétaire d'État à l'Intérieur (18 juillet 1941), puis ministre de l'Intérieur le 11 août. Il crée les Sections spéciales pour juger en urgence les « terroristes », ainsi que les Groupes mobiles de réserve (GMR), ancêtres des CRS actuels. Plusieurs militants communistes internés par le gouvernement sont guillotinés[6] comme otages dans le cadre de cette procédure après l'exécution d'un militaire allemand dans le métro parisien, le 21 août 1941.

Et Pucheu, dans un discours aux préfets des zones occupées, déclare : « Il n'y a qu'un homme habilité à prendre contact avec les autorités d'occupation, c'est moi ! »

Il va jusqu'à proposer que l'armée française stationnée en Tunisie combatte aux côtés de Rommel.

Après novembre 1942[modifier | modifier le code]

Puis, sentant le vent tourner, Pierre Pucheu décide de changer de camp. En 1942, il avait pris quelques contacts infructueux avec la Résistance et avait rencontré Henri Frenay, le fondateur du MLN. Après le débarquement allié en Afrique du Nord du 8 novembre 1942, il passe en Espagne dans la nuit du 11 au 12 novembre 1942 et écrit, de Barcelone[7], au général Giraud, qu'il avait préalablement rencontré à Lyon[8], pour demander à venir au Maroc s'engager comme officier de réserve dans une unité combattante[7]. Il attend plusieurs mois avant de recevoir, à Madrid, une réponse de Giraud qui lui donne son accord, par une lettre du 15 février 1943[9], à condition que Pucheu prenne un nom d'emprunt et s'abstienne de toute activité politique[7]. Il lui a fait adresser à cet effet un sauf-conduit par l'un de ses collaborateurs, le colonel Malaise[7].

C'est ainsi que Pucheu débarque finalement à Casablanca le 6 mai 1943[10],[7] en ayant eu l'assurance qu'il pourrait servir sur le front de Tunisie avec son grade de capitaine de réserve. Mais, une semaine plus tard, le 12 mai 1943, le même Giraud le fait placer en résidence surveillée[11],[7]. Pucheu lui adresse alors une seconde lettre, de protestation cette fois, à laquelle il n'obtient pas de réponse[7].

Peu après, le 30 mai[12], de Gaulle arrive à Alger et constitue avec Giraud le Comité français de la Libération nationale dont il prend progressivement le contrôle. La liberté de la presse alors rétablie permet aux journaux gaullistes et communistes de dénoncer ouvertement ceux qui ont collaboré avec l'ennemi[13]. C'est ainsi qu'une campagne est lancée contre Pucheu par le journal clandestin « Combat »[13] le 15 mai 1943, puis relayée en force par les médias communistes[13]. C'est alors que le CFLN décide de procéder à l'épuration des collaborateurs[13], et de faire traduire Pucheu devant un tribunal militaire, le 4 mars 1944, sans que Giraud, qui en fait partie et l'a fait venir en Afrique du Nord, ne proteste[7],[11].

Appelé par la défense à déposer au procès Pucheu, non seulement Giraud ne l'a pas défendu[7], mais de plus il a justifié la violation de ses engagements envers l'accusé, lors de sa mise en résidence surveillée : il a d'abord avancé le fait que celui-ci serait arrivé en pleine bataille de Tunisie, alors que celle-ci aurait été « indécise », et qu'il ne pouvait alors tolérer aucune agitation à l'arrière. Cette affirmation était inexacte car la campagne de Tunisie était si peu « indécise », lors de la mise en résidence surveillée de Pucheu le 12 mai, que cette campagne allait se terminer le lendemain 13 mai. La deuxième justification de sa mesure par Giraud est plus sérieuse : il affirme, en effet, avoir reçu des informations relatives à la responsabilité de Pucheu dans des arrestations d'otages, qu'il ne pouvait vérifier[14]. Giraud demande cependant à de Gaulle de surseoir à l'exécution, ce que celui-ci ne peut accepter[11].

À l'issue de ce procès, Pucheu est condamné à mort. Sa demande de grâce est rejetée par le général de Gaulle. Il est fusillé à l'aube du 20 mars 1944[15] : c'est le premier membre du gouvernement de Vichy à être exécuté dans le cadre de l'épuration.

Lors de son procès, les mouvements de résistance avaient mené campagne pour rappeler son rôle dans les Sections spéciales.

Faute de preuves, l'exécution des 50 otages (dont 27 du camp de Châteaubriant) consécutive à l'attentat du 20 octobre 1941 avait été retirée de l'acte d'accusation[16] ; il est pourtant établi, concernant l'affaire des otages de Châteaubriant, que les services du ministère de l'Intérieur ont communiqué aux Allemands une liste de 61 noms d'internés de Châteaubriant ; 17 d'entre eux feront partie des 27 fusillés du 22 octobre 1941[17].

Pucheu avait écrit à de Gaulle, le 7 août 1943[7]. Celui-ci ne lui répond pas directement alors, mais lui fait dire par ses avocats qu'il reçoit le 19 mars 1944, qu'il « lui garde son estime » mais, pour motiver son refus de grâce, il leur demande de lui dire que : « dans le drame que nous vivons, que la France vit, quand tout le monde souffre, nos personnes ne comptent pas, notre seul guide doit être la raison d'État [...] »[14] et prend l'engagement formel de tout faire personnellement pour que l'éducation de ses enfants soit assurée[14].

Dans le film Section spéciale, son rôle est interprété par Michael Lonsdale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Actuellement dans le Val-d'Oise.
  2. « L'épuration », dans Historia, hors série no 41, 1975.
  3. Henry Coston, Le Retour des 200 familles, Documents et Témoignages, 1960 p. 27.
  4. (en) Robert Soucy, French fascism. The second wave, 1933-1939, Yale University press, 1997, p. 224-225.
  5. Jean Garrigues, Les Patrons et la politique, Perrin, 2011, chap. 10.
  6. Fred Kupferman, Le Procès de Vichy, p. 31 : « Bref, Pucheu a tout fait pour que son nom soit lié à celui de six communistes guillotinés, sacrifiés à la raison d'État. »
  7. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, éd. Librairie Académique Perrin, Paris, 1962-1964 ; rééd. CAL, Paris, chap. « Procès et exécution de Pierre Pucheu », p. 291-293.
  8. Pour lui présenter son « rapport à Pétain » du 15 octobre 1942, cf. Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, op. cit., p. 290.
  9. Dans sa réponse, Giraud date la réception de la lettre de Pucheu du 4 février 1943, cf. Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, op. cit., p. 292.
  10. Dominique Venner, Histoire de la collaboration, Pygmalion-Watelet, 2000, p. 639-640.
  11. a, b et c Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – L'Unité : 1942-1944 (tome II), éd. Plon, Paris, 1956 ; rééd. Le Livre de Poche (Historique), 1963, 511 p. (texte intégral), p. 219-220.
  12. Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – L'Unité : 1942-1944, op. cit., p. 126.
  13. a, b, c et d Marc Ferro, Pétain, éd. Fayard, Paris, 1987, 789 p. (ISBN 2213018332 et 978-2213018331) ; rééd. Hachette littérature, coll. « Pluriel », Paris, 2009, 789 p. (ISBN 978-2-01-270518-0), p. 559-560.
  14. a, b et c Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, op. cit., p. 300-301.
  15. Dominique Venner, Histoire de la collaboration, op. cit., p. 406-410.
  16. Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Le Sang des communistes, Fayard, 2004, p. 70-76.
  17. Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Le Sang des communistes, op. cit., p. 585.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Dans le film Section spéciale, son rôle est interprété par Michael Lonsdale.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Pucheu, Ma vie, Amiot-Dumont, Paris (écrit en 1944, paru en 1948).
  • Fred Kupferman, Le Procès de Vichy – Pucheu, Pétain, Laval, éd. Complexe, Bruxelles, 1982 ; rééd. 2006.
  • Roger Maudhuy, Les Grands procès de la Collaboration, Lucien Souny, 2009, 378 p. (ISBN 978-2848862286).
  • Roger Maudhuy, Les Procès de la collaboration, Ixelles éd., Bruxelles, 2011, 410 p. (ISBN 978-2875151193).

Articles connexes[modifier | modifier le code]