Jean-Christophe Cambadélis

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Jean-Christophe Cambadélis
Jean-Christophe Cambadélis, en 2007
Jean-Christophe Cambadélis, en 2007
Fonctions
Premier secrétaire du Parti socialiste
En fonction depuis le 15 avril 2014
Élection 15 avril 2014
Prédécesseur Harlem Désir
Vice-président du Parti socialiste européen
En fonction depuis le 27 octobre 2012
Député de la 20e puis de la
16e circonscription de Paris
En fonction depuis le 12 juin 1997
Élection 1er juin 1997
Réélection 16 juin 200217 juin 200717 juin 2012
Prédécesseur Jacques Féron (RPR)
23 juin 19881er avril 1993
Élection 12 juin 1988
Prédécesseur aucun (scrutin proportionnel)
Successeur Jacques Féron (RPR)
Conseiller de Paris
19 juin 199518 mars 2001
Biographie
Date de naissance 14 août 1951 (63 ans)
Lieu de naissance Neuilly-sur-Seine (Seine)
Parti politique PS

Jean-Christophe Cambadélis est un homme politique français, né le 14 août 1951 à Neuilly-sur-Seine (Seine). Il est président de l'Union nationale des étudiants de France – Indépendante et démocratique (UNEF-ID) dans les années 1970 et 1980, puis député socialiste de Paris de 1988 à 1993, et depuis 1997.

Son parcours de militant d'extrême gauche entrant au PS en 1986, puis devenant le bras droit de Dominique Strauss-Kahn[1], après deux condamnations en justice et une lutte intense contre le Front national, est emblématique de la volonté du PS d'occuper le terrain à gauche sur fond de bilan social contesté des septennats de François Mitterrand.

Le 15 avril 2014, il devient premier secrétaire du Parti socialiste.

Vie politique[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Il est d'origine grecque par son père et picarde par sa mère[réf. nécessaire].

Jeunesse étudiante[modifier | modifier le code]

Jean-Christophe Cambadélis adhère vers 1971 à l'Alliance des jeunes pour le socialisme (AJS), la structure jeune de l'Organisation communiste internationaliste (OCI) (puis Parti communiste internationaliste (PCi), organisation trotskiste lambertiste) sous le pseudonyme de « Kostas », en référence au philosophe marxiste grec Kostas Axelos. Il est rapidement apparu comme le principal animateur du travail de cette organisation en direction de la jeunesse étudiante. Il participe au congrès de scission de l'UNEF en 1971 et il est un des principaux animateurs du mouvement étudiant contre la réforme Saunier-Seïté de 1976 avec d'autres futurs dirigeants socialistes comme Julien Dray (qui milite alors à la LCR), Jean-Marie Le Guen (qui anime la Tendance reconstruction syndicale, autogestionnaire, à l'UNEF-US) ou encore Benjamin Stora.

Étudiant à Nanterre, puis à Jussieu, en 1987 il présente une thèse de doctorat en sciences humaines consacrée à l'étude des Mouvements sociaux sous la Ve République. Comme beaucoup d'étudiants de sa génération, il côtoie des figures intellectuelles du mouvement trotskiste telles que Claude Chisserey ou Pierre Broué. Le mouvement étudiant de 1976 est le point de départ de la démarche qui aboutit à la « réunification » de l'UNEF avec les organisations étudiantes non communistes (Congrès de Nanterre de mai 1980).

Élu président de l'UNEF-ID en 1980, il prend la parole au nom de cette organisation le 10 mai 1981, place de la Bastille au soir de la victoire de François Mitterrand. Il quitte la présidence de l'UNEF-ID en 1984. Bientôt, un désaccord l'oppose à Lambert sur l'évolution du PCI. Il reproche au dirigeant de sous-estimer la montée du Front national et de refuser la transformation et la démocratisation du PCI — qui s'enferme dans des procès en exclusion dignes des méthodes staliniennes que les lambertistes combattent pourtant (affaires Varga, Mélusine, Berg ou Just). Il rompt avec le PCI en avril 1986 en emmenant avec lui au PS près de 450 autres militants[2], l'essentiel du secteur jeunes pour rejoindre le Parti socialiste[3]. Ce départ de Cambadélis ruine l'activité du PCI en direction de la jeunesse étudiante.

Au Parti socialiste[modifier | modifier le code]

Le rôle déterminant qu’il aura au PS peut paraître d'autant plus spectaculaire que Jean-Christophe Cambadélis était jusqu'en 1986 un militant d'un parti d'extrême gauche, le PCI.

La « sortie du PCI » s'organise avec la constitution du Cercle d'études contemporaines avec Benjamin Stora et Pierre Dardot qui théorisent la démarche, puis de Convergences socialistes qui se dissout au moment de l'entrée au PS. Il s'agit de « renforcer la gauche au Parti socialiste », sans pour autant constituer de courant. Certains, comme Philippe Darriulat ou Liêm Hoang-Ngoc, rejoignent Henri Emmanuelli, d'autres abandonnent la politique. Cambadélis et Julien Dray, fondateur de SOS Racisme, venu, lui, de la LCR, aident chacun avec ses réseaux, le Parti socialiste à maintenir le lien avec les organisations étudiantes lors du mouvement contre la loi Devaquet.

En 1988, il devient député PS de Paris, dans le 19e arrondissement, en éliminant, avec l'appui décisif de l'Élysée, le député socialiste élu en 1981, Alain Billon. Au PS, il est proche de Lionel Jospin. Il est battu aux législatives de 1993, dans la circonscription pourtant la plus à gauche de la capitale.

Le Manifeste contre le Front national[modifier | modifier le code]

En juin 1990, un appel lance la création du Manifeste contre le Front national. Apparu en même temps que Ras l'front et l'Appel des 250, le Manifeste contre le FN fut une organisation militante pour qui la lutte contre le Front national devait être adossée à un combat pour le rassemblement de la gauche en vue de constituer un « grand parti de toute la gauche ». Le Manifeste contre le FN se différenciait de Ras l'Front en ceci qu'il ne considérait pas qu'il s'agissait d'un combat antifasciste comparable à ceux des années 1970 car le Front national n'était pas réductible à une formation fascisante. Le Manifeste se différenciait également de SOS Racisme par sa volonté de politiser le débat anti-lepéniste, là ou SOS racisme restait sur un registre purement moral.

Le Manifeste contre le FN partageait les analyses de Pierre-André Taguieff, de Pascal Perrineau, de Nonna Mayer ou de Jean-Yves Camus sur la nature national-populiste du lepénisme et sur la nécessité d'analyser le discours frontiste. Il a porté une attention particulière au mégrétisme qui, venu de la Nouvelle Droite, avait souhaité s'inspirer de la stratégie de Gianfranco Fini en Italie en 1994 où celui-ci était parvenu à sortir l'ancienne MSI de l'extrême droite italienne pour la transformer en un grand parti conservateur, l'Alliance nationale, membre d'une coalition appelée Maison des libertés qui porta au pouvoir en 1994 le premier gouvernement de Silvio Berlusconi.

Jean-Christophe Cambadélis avait développé la stratégie du « harcèlement démocratique » : pas un évènement du FN sans mobilisation de masse de toute la gauche. Le point culminant fut la manifestation du 29 mars 1997, à l'initiative du groupe local du Manifeste à Strasbourg contre la tenue du congrès du parti lepéniste.

Ces mobilisations ont peut-être aussi contribué à la scission du Front national à la fin des années 1990, divisé entre stratégies d'alliance avec une partie de la droite, et un repli sur soi jugé « fascisant » pas ses détracteurs, mais qui n'a pas empêché Jean-Marie Le Pen de se retrouver au deuxième tour à la présidentielle de 2002.

Les Assises de la transformation sociale[modifier | modifier le code]

À partir de 1994, il organise les Assises de la transformation sociale, de grands forums où la gauche politique, associative ou syndicale, se parle. Cambadélis active ou réactive les réseaux de militants qui évoluent chez les écologistes, les communistes, les socialistes ou les alternatifs, les syndicalistes ou les associatifs. Seuls les amis de Jean-Pierre Chevènement refusèrent d'y participer. Ces rencontres se font avec la collaboration de Gilbert Wasserman, Yves Cochet des Verts, Philippe Herzog ou Patrick Braouezec, représentant de la tendance des "réformateurs" du PCF.

Les Assises de la transformation sociale furent l'occasion d'un appel signé par plus d'un millier de militants de toute la gauche lancé dans les colonnes du Monde le 9 janvier 1994. Le comité d'organisation des Assises rassemble divers clubs de gauche comme les clubs Convaincre, de sensibilité rocardienne. Cinq débats eurent lieu : en février à Paris sur le thème « Pourquoi transformer la société ? », en avril à Rennes sur « Quelle économie pour l'emploi ? », en septembre à Vaulx-en-Velin sur « Vivre ensemble », en octobre à Toulouse sur « Pratique du pouvoir, citoyenneté et démocratie » et en décembre à Lille sur « Repenser le monde ». On peut y voir le prélude à ce qui va devenir la gauche plurielle.

Affaires et condamnations judiciaires[modifier | modifier le code]

Affaire Agos[modifier | modifier le code]
Article détaillé : affaire Agos.

Poursuivi pour recel d'abus de biens sociaux dans l'affaire Agos – Agos est une société gestionnaire de foyers de travailleurs immigrés – car il a bénéficié d'un emploi fictif entre 1993 et septembre 1995 lui ayant rapporté plus de 442 000 francs (environ 67 382 euros), Jean-Christophe Cambadélis est mis en examen en novembre 1996[4],[5]. Il est condamné en janvier 2000 à cinq mois de prison avec sursis et 100 000 francs (environ 15 244 euros) d'amende par le tribunal correctionnel de Paris[6],[7].

Affaire de la MNEF[modifier | modifier le code]
Article détaillé : affaire de la MNEF.

Quand éclate l'affaire de la MNEF, les médias pointent du doigt les liens connus entre l'imprimerie Efic et le député socialiste. Les enquêtes concluront, en effet, sur un système de fausses factures mis en place notamment par l'intermédiaire de cette imprimerie[8]. Jean-Christophe Cambadélis sera condamné dans le cadre d'un autre volet de ce scandale.

Jean-Christophe Cambadélis est mis en examen le 7 juin 2000 pour abus de confiance dans l'affaire de la MNEF. Il est soupçonné d'avoir bénéficié d'un emploi fictif au sein de la mutuelle étudiante MNEF entre 1991 et 1995, pour lequel il aurait touché 620 500 francs (94 580 euros) d'une filiale de la MNEF, au titre d'une activité permanente de conseil[9], comme l'explique Libération : « De 1991 à 1993, c'est en qualité de « sociologue » que Jean-Christophe Cambadelis a été rétribué à hauteur de 420 499 francs par la Mutuelle interprofessionnelle de France (MIF), une filiale de la Mnef. Cambadelis était alors député, avec revenus afférents. Non réélu en 1993, il reçoit jusqu'en 1995 quelque 200 000 francs supplémentaires de la MIF, en tant qu'administrateur « chargé des contacts auprès des ambassades ou des universités ». » Seuls « trois documents manuscrits » auraient attesté du « travail » du député[10].

Le 2 juin 2006, reconnu « coupable de recel d'abus de confiance », il est condamné à six mois de prison avec sursis et 20 000 euros d'amende par la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Cette peine n'est pas assortie de période d'inégibilité[11].

Avec Lionel Jospin et Dominique Strauss-Kahn[modifier | modifier le code]

Jean-Christophe Cambadélis fut l'un des proches de Lionel Jospin dès son arrivée au PS. En 1995, il est l'un des porte-parole de la campagne présidentielle, et, en 1997, il devient numéro 2 du PS, chargé des relations extérieures. Lors de la campagne présidentielle de 2002, il est chargé des relations avec le monde associatif et syndical. En 2000, il participe avec des jospinistes et des rocardiens au lancement du courant Socialisme et démocratie qui se propose d'être le courant de pensée qui anticipe ou qui prolonge le réformisme que Jospin applique au gouvernement. L'échec de 2002 pose la question du leadership, mais il apparaît bientôt que Dominique Strauss-Kahn est celui qui incarne le mieux la synthèse jospino-rocardienne dont le débouché doit être la mutation vers la social-démocratie[12]. Il anime aussi le courant Socialisme et démocratie. Il est élu député le 16 juin 2002, pour la XIIe législature (2002-2007), dans la 20e circonscription de Paris (19e arrondissement).

Lors du Congrès du Parti socialiste au Mans en 2005, Jean-Christophe Cambadélis soutient la motion 1 du premier secrétaire François Hollande[13]. Il est investi pour représenter le Parti Socialiste aux élections législatives de juin 2007 dans la 20e circonscription de Paris, qui correspond à la plus grande partie du 19e arrondissement. Il y milite depuis longtemps pour la couverture du périphérique et pour la création de centres d'animation par quartiers. Il est réélu avec 59,1 % des suffrages.

Considéré comme le principal « lieutenant » de Dominique Strauss-Kahn, il lance l'initiative des Reconstructeurs[14] pour rassembler divers courants du PS qui aboutit bientôt à un soutien à Martine Aubry dans sa course au poste de premier secrétaire du Parti socialiste. Au congrès de Reims, il est nommé secrétaire national à l'Europe et à l'international, succédant à ce poste à Pierre Moscovici. Auparavant, Pierre Guidoni et Lionel Jospin avaient également occupé cette fonction au sein de la direction du PS. Il est est réélu député aux élections législatives de 2012.

Premier secrétaire du Parti socialiste[modifier | modifier le code]

En 2012, comme 15 ans auparavant, Jean-Christophe Cambadélis est pressenti pour devenir Premier secrétaire du Parti socialiste, mais Harlem Désir lui est préféré suite à l'appel de quatre ministres (Stéphane Le Foll, Pierre Moscovici, Manuel Valls et Vincent Peillon) en sa faveur. Fin octobre 2012, il devient vice-président du Parti socialiste européen. Après la défaite du PS aux élections municipales de 2014 et l'entrée d'Harlem Désir comme secrétaire d'État chargé des Affaires européennes dans le Gouvernement Manuel Valls, Jean-Christophe Cambadélis est élu le 15 avril 2014 avec 67 % des voix par le conseil national Premier secrétaire du Parti socialiste, non sans provoquer les critiques de l'aile gauche du parti, qui réclamait une direction collégiale intérimaire jusqu'au prochain congrès du parti[15],[16],[17].

Détail des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Pour une nouvelle stratégie démocratique, éd. L'Harmattan, 1986.
  • Pour une nouvelle gauche, éd. Stock, 1996.
  • La France blafarde (avec Éric Osmond), éd. Plon, 1998.
  • Le Chuchotement de la vérité, éd. Plon, 1998.
  • L'Avenir de la gauche plurielle, éd. Plon, 1999.
  • L'étrange échec, éd. Plon - Notes de la Fondation Jean-Jaurès, 2002.
  • 1905-2005. L'éternel commencement : que faire au Parti socialiste ?, L'Encyclopédie du socialisme, 2005.
  • Parti pris : chroniques de la présidentielle chez les socialistes, éd. Plon, 2007.
  • Le génie du socialisme, éd. Plon, 2008.
  • Dis-moi où sont les fleurs : essai sur la politique étrangère de Nicolas Sarkozy, L'Encyclopédie du socialisme, 2010.
  • La Troisième gauche, éd. du Moment, 2012.
  • L'Europe sous menace national-populiste, éd. L'Archipel, 2014.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mathieu Deslandes, « Sans DSK, la “bande des p'tits loups” orpheline », Rue89, 17 mai 2011.
  2. « Cambadélis : un «reconstructeur» à la tête du Parti socialiste », Lé Dépêche du midi,‎ 16 avril 2014 (consulté le 16 avril 2014)
  3. Armelle Thoraval, « Les trotskistes et la MNEF. Noyautage pour un joyau. Histoire d'une imprimerie qui vit un groupe de l'OCI faire main basse sur la mutuelle étudiante, passer au PS, puis être dans la mire des juges », Libération, 4 mars 1999.
  4. « Jean-Christophe Cambadélis mis en examen », sur liberation.fr,‎ 14 novembre 1996 (consulté le 31 janvier 2014)
  5. Fabrice Tassel, « Cambadélis, employé fictif d'un ex-FN?. Le numéro deux du PS est renvoyé devant le tribunal correctionnel », sur liberation.fr,‎ 13 février 1999 (consulté le 31 janvier 2014)
  6. Gérard Lamotte, « Cambadelis condamné DSK mis en examen », sur ladepeche.fr,‎ 29 janvier 2001 (consulté le 31 janvier 2014)
  7. Bastien Bonnefous, « Les passés judiciaires de MM.Cambadélis et Désir suscitent une gêne au PS », sur lemonde.fr,‎ 8 septembre 2012 (consulté le 21 janvier 2014)
  8. Armelle Thoraval, « Cette filiale de la Mnef choyée par le PS parisien. Loin des activités d'une mutuelle, l'imprimerie Efic travaillait, notamment, pour les députés Le Guen et Cambadelis », Libération, 2 octobre 1998
  9. Eric Decouty, « Un autre poids lourd du PS rattrapé par la Mnef », sur leparisien.fr,‎ 1er juillet 2000 (consulté le 30 janvier 2014)
  10. Karl Laske, « Pour Cambadelis, le procès de la Mnef n'est plus fictif », sur liberation.fr,‎ 1er mars 2006 (consulté le 31 janvier 2014)
  11. « Mnef: Cambadélis condamné à la prison avec sursis », sur liberation.fr,‎ 3 juin 2006 (consulté le 31 janvier 2014)
  12. « Jean-Christophe Cambadélis, le successeur de DSK ? », politique.net,‎ 6 décembre 2007 (consulté le 16 avril 2014)
  13. « Pourquoi la synthèse », Blog de Jean-Christophe Cambadélis (consulté le 16 avril 2014)
  14. « La longue marche des reconstructeurs », sur lepoint.fr en ligne le 21 août 2008
  15. « Jean-Christophe Cambadélis élu premier secrétaire du PS », Libération,‎ 15 avril 2014 (consulté le 16 avril 2014)
  16. Cambadélis au PS: une élection courue d'avance malgré les critiques Le Huffington Post, 15.04.2014
  17. « Cambadélis prend la tête du PS », in Le Figaro, mercredi 16 avril 2014, page 3.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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