Ibiza

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Ibiza
Eivissa (ca)
Ibiza et Formentera, îles pityuses
Ibiza et Formentera, îles pityuses
Géographie
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Archipel Îles Baléares
Localisation Mer Méditerranée
Coordonnées 38° 59′ N 1° 26′ E / 38.98, 1.4338° 59′ N 1° 26′ E / 38.98, 1.43  
Superficie 572 km2
Point culminant Sa Talaia ou Atalayasa (476 m)
Administration
Communauté autonome Îles Baléares
Démographie
Population 132 637 hab. (2010)
Densité 231,88 hab./km2
Plus grande ville Ibiza
Autres informations

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Ibiza, en catalan : Eivissa, parfois dénommée Iviça, est la plus grande des îles Pityuses. Elle est aussi considérée, de façon abusive en géographie ancienne mais acceptable sur un plan d'administration politique ou d'histoire récente, comme la plus occidentale des trois grandes îles de l'archipel des Baléares[1]. Ces îles, anciennement catalanes, forment une province du royaume d'Espagne en mer Méditerranée.

Ibiza, île pauvre marquée autrefois par l'isolement de sa culture catalane a connu un prodigieux essor touristique au XXe siècle et affirme au début du XXIe siècle une identité « festive, multiculturelle, ludique et cosmopolite »[2]. Elle semble aussi récemment être tentée par un désir de passé folklorique et historique.

Géographie[modifier | modifier le code]

Situation[modifier | modifier le code]

Ibiza couvrant une superficie de 572 km2 se situe à une centaine de kilomètres à l'est du cap de La Nao et à 80 kilomètres des côtes de Valence, dans la péninsule Ibérique. Elle est également relativement proche des côtes algériennes. L'archipel des Pityuses comprend l'île d'Ibiza et celle de Formentera, cet ensemble culturellement homogène couvre une superficie globale de 623 km2[3].

Avec la grande île Majorque au relief tourmenté, comportant le Pla central enserré entre deux chaînons montagneux et la plate-forme Minorque de superficie encore supérieure 701 km2, elle forme la province espagnole des Baléares s'étendant sur 5 014 km2. Les Baléares constituent la plus petite en superficie des dix-sept communautés autonomes (régions) espagnoles instituées en 1978. Le gouvernement de la Comunidad, nommé Generalitat[4], siège à Palma de Majorque : il s'occupe principalement de l'éducation, de la culture et des affaires sociales[5].

Relief et sols[modifier | modifier le code]

L'altitude maximale d'Ibiza se place au sommet de Sa Talaia, qui culmine à 475 mètres. Les terrains, essentiellement à base de roches calcaires, notamment du Crétacé ou du Jurassique sur les hauteurs, parfois préservées dans des reliefs karstiques caractéristiques, et de roches marneuses du trias, souvent étage du Keuper, ont été profondément transformés par des pluies diluviennes et des atterrissements des sols préhistoriques avant les diverses pratiques agricoles, pastorales, sylvicoles des temps antiques, médiévales et modernes.

Ses rivages sont très contrastés, avec des plages de sables et des criques, des côtes escarpées et des zones lagunaires[6].

Climat[modifier | modifier le code]

Ibiza est caractérisée par un climat méditerranéen doux, sec et très ensoleillé. En de nombreux endroits, les précipitations sont inférieures à 500 mm d'eau par an. Aux abords des rivages, la température moyenne se maintient à 22°C pendant la bonne saison. Les moyennes mensuelles oscillent en général entre 14°C et 10°C en hiver. Il faut veiller à garder une petite laine pour affronter les fraîches matinées en mauvaises saisons (brise marine, fraîcheur persistante dans les vallées ou les hauteurs). Le climat serait plus sensible aux influences africaines du fait des vents dominants venus du sud, en particulier pour la sécheresse de l'air.

Relevé météorologique
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 8,1 8,4 9,3 10,9 14,2 17,8 20,7 21,8 19,5 15,9 12 9,6 14
Température moyenne (°C) 11,8 12,2 13,2 15 18,2 22 25 25,9 23,6 19,6 15,6 13,1 17,9
Température maximale moyenne (°C) 15,5 16 17,2 19 22,2 26,1 29,3 30 27,6 23,4 19,3 16,7 21,9
Ensoleillement (h) 161 167 207 243 277 297 335 302 237 198 164 149 2 732
Précipitations (mm) 38 33 36 33 26 14 6 19 48 74 51 54 439
Nombre de jours avec précipitations 5 5 4 4 3 2 1 2 4 6 5 5 46
Source : Agencia Estatal de Meteorología


Démographie[modifier | modifier le code]

La population d'Ibiza croît encore fortement, elle compte officiellement en 2010 132 637 habitants dont 42 000 qui habitent sa capitale éponyme, deuxième ville des Baléares[7]. Les démographes estiment que la commune d'Ibiza-ville et ses proches environs urbanisés, à forte densité de population, héberge plus de la moitié de la population permanente de l'île. La population de l'ensemble de la région autonome était quant à elle estimée à 768 000 en 1998.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'île avec ses baies verdoyantes, ses collines et monts forestiers est peuplée au Néolithique, par des peuplades dont la moindre des choses connues est qu'elles ne sont, aux points linguistique et culturelle, ni indo-européennes ni sémitiques.

Une île sous le contrôle des thalassocraties phéniciennes et puniques[modifier | modifier le code]

En 654 av. J.-C., les Phéniciens fondèrent un port dans cette île de l'archipel des Baléares, qu'ils nommèrent Ibossim, pour les nécessités du commerce du murex et de sel, de marbre et de plomb argentifère qu'ils tirent respectivement des rivages et des collines intérieures, sans oublier l'approvisionnement en victuailles fraîches pour assurer le cabotage maritime qui longe le plus souvent la côte orientale.[8]. À la suite du déclin de la métropole phénicienne, réduite par les Assyriens, Ibiza passa sous la dépendance de Carthage, plus grande colonie phénicienne de la mer Méditerranée. Le nom punique ybšm nous est connu par une découverte archéologique de monnaies et gravures datant du IVe siècle avant J.-C. Une interprétation en langue sémitique suggère une île (préfixe caractéristique y), un radical bš qualifiant probablement les habitants, si la terminaison m ou im indique la marque du pluriel. Dans ce modèle simple, les premiers habitants, pas nécessairement phéniciens ou Poeni, peut-être ibères ou peuplades de mer, seraient des būsim ou bosoim[9].

La déesse carthaginoise Tanit

Des navigateurs Grecs fréquentent régulièrement les rivages de l'île, comme le confirme l'historien hellène Timée de Tauroménion, cité par Diodore de Sicile. S'installent-ils aussi à Ibiza, à la même époque que les Phéniciens ? Une cohabitation est peu probable, connaissant la violence des guerres gréco-puniques qui ravagent la Méditerranée occidentale, et qui ne laisse que des rancunes tenaces. En tous cas, ces grands voyageurs de la Grande Grèce nommèrent tardivement selon Plutarque Pityûssai ou Pityoussa - littéralement : « couvertes de pins » ou îles aux pins - les îles du sud-ouest de l'archipel, Ibiza, Formentera et leurs îlots proches[10].

De l'imperium romain à sa disparition[modifier | modifier le code]

Le nom de l'île, adopté au masculin par les Romains, deviendra d'après Pline l'Ancien ou Tite-Live Ebusus[11]. Dans l'Empire gréco-romain tardif, selon Strabon, le terme grecque est Ebousos[12]. Mais, comme toutes les îles gréco-romaines, le nom sera ensuite féminisée en Ebusa. Cette forme est bien à l'origine des diverses formes connues : catalane Eivissa, castillane Ibiza, arabe yābisa[13].

Ibiza et Formentera ne sont point accaparées à la suite de seconde guerre punique en 123 avant J.-C. par les légions romaines du consul Caecilius Metellus, à l'instar des Baléares[14]. Placé sous surveillance, elles restent une place forte et un havre punique. Même après la destruction de Carthage, les Pityuses, occupée par l'armée romaine, ne seraient pas colonisées. A part quelques marchands gréco-romains ou orientaux, la composition ethnique correspond longtemps à l'ancien kaléidoscope des peuples sous l'ancienne hégémonie punique[15].

La marine romaine dès le Ie siècle de notre ère gère à son profit les salines et les plantations de pins sur les rivages aux sols fortement dégradés, après la disparition de la forêt, pillés pour les besoins de la navigation[16]. Avant ces aménagements artificiels qui verdissent les abords et parfois les pentes intérieures, Ibiza et Formentera dévoilent surtout leurs escarpements rocheux et leurs terres argileuses, couvrant une large gamme de rouges. Mais avec l'érosion, ces aspects sauvages et colorés, appréciés par les peintres nordiques, réapparaissent facilement.

Monnaies romaines

Les cultures dont s'occupent les quelques grands domaines de l'île sont principalement les bleds, les vignes et les oliveraies. Ainsi sont construit des moulins à huile perfectionnés avec une grande meule, appelé plus tard localement trull. La christianisation de l'île est effectuée au IVe siècle. Elle s'appuie sur l'évêché de Tarragone qui a pris en charge l'évangélisation et la surveillance des populations de l'antique province de Tarraconaise.

La domination de la marine romaine s'évanouit avec l'arrivée de militaires ou barbares, les Vandales d'abord venus des ports andalous en 421 avec l'aide initiale de marins ibériques. Leur période de domination ne change aucunement la structure d'exploitation latifundiaire, de même qu'elle n'entrave pas les relations maritimes de l'île, étendues et importantes de la Bétique à la Corse, la Sardaigne et à la Tunisie. Mieux elle met fin aux monopoles institués par la flotte romaine et libère les échanges et les mouvements de populations. En particulier, des Vandales s'y installent avec leurs alliés berbères. Mais l'essor est court, Les derniers Vandales d'Andalousie doivent se soumettre au puissant roi des Wisigoths qui réoriente commerce et trafic au bénéfice de la côte proche et la cité de Tarragone, centre conservateur chrétien. Les Vandales des îles commencent alors à jouer un double jeu, amenant des formes de piraterie captatrice de richesse, en particulier au profit de l'île d'Ibiza ou s'engageant au service d'autres royaumes germaniques.

Les mercenaires de la flotte byzantine sous les ordre de Bélisaire conquièrent en 553 au nom de Justinien ses foyers de piraterie que sont, selon eux, Pityuses et Baléares dans un déchaînement de violence inouï malgré une faible résistance[17]. En mettant en avant les valeurs de justice de la société byzantine, ils auraient disposer d'une adhésion des populations partout chrétiennes, au lieu de les assimiler à la minorité hérétique arienne. Malheureusement, l'épidémie de peste lépreuse, contemporaine de leur installation, en fit des étrangers cruels aux pouvoirs maléfiques[18].

La principale île al-andalous occidentale : quatre siècle de domination musulmane[modifier | modifier le code]

Suite à ses dévastations, les îles sont placées sous gouvernance militaire : elle sont facilement envahies par des groupes de pirates berbères, puis des bandes musulmanes de 730 à la fin du VIIIe siècle. Le calife de Cordoue décide de restaurer l'ordre et, après avoir équipé son port de Cordoue, fait armer 300 navires pour d'abord pacifier la Méditerranée occidentale, puis en contrôler les routes maritimes et les flux commerciaux, militaires, migratoires et pelèrins. Les populations des îles proche de la péninsule sont placées en 848 sous l'égide de la dynastie andalouse arabo-berbèro-persane, dite des Omeyades du califat de Cordoue. Ce pouvoir est tolérant sur les plans religieux et politiques, et surtout ouvert sur l'héritage des savoirs antiques et les innovations techniques. Les îles pityuses et baléares sont désormais nommées à la façon berbère îles al-andalus[19], leur capitale mauresque cosmopolite, dépassant 25000 habitants à la fin du Xe siècle se nomme Medina mayurqa (Palma), car, partout, Juifs et Chrétiens n'ont été ni chassés ni spoliés et cohabitent paisiblement avec les Musulmans.

L'île d'Ibiza soumise et pacifiée plus précocement vers 840 devient ainsi à partir du Xe siècle un foyer de civilisation. Outre d'exceptionnelles productions céramiques, les populations laissèrent une extension des cultures irriguées et de terrasses de petits champs plantés d'arbres, espaces labourés réservées in fine à des cultures sèches, protégés par une arboriculture raffinée, continuatrice du meilleur art du jardin gréco-romain, étendirent la culture de l'amandier et du caroubier sur les versants des vallées abritées. Ils laissèrent quelques belles traces architecturales encore visibles aujourd'hui, parfois sous ou au sein même des bâtiments[20]. L'île d'Ebusa était désignée par les Arabes sous la forme dérivée Yebisa quand la ville connue aujourd'hui comme Ibiza/Eivissa était désignée par les arabophones comme Madina Iabisa[21]. En arabe dialectal, yebisah ou yābisa signifie "la sèche" ou "la blanchie de soleil". Cette interprétation peut s'appliquer à quelques constructions, tours et phares de surveillance dont les fondements sont très anciens, mais nullement à l'île qui paraît verte par ses arbres et rougeâtre par sa terre érodée ou ses roches.

Plusieurs siècles de domination musulmane sur des minorités chrétiennes paysannes virent les Baléares dépendre de pouvoirs locaux, rassemblés ensuite sous le califat de Cordoue, puis après la décomposition politique de la tête de ce dernier, dépendre de la Taïfa de Dénia en 1031, enfin tenter de s'émanciper sous un statut d'émirat indépendant lorsque la secte berbère des Almoravides, intolérants et extrémistes, génère en Espagne une grande régression sociale, économique, source de chaos, de décadence et de mise en esclavage généralisée[22].

Mochehib ibn-Yusuf[23], maître de la taïfa de Denia dès 1031, se tourne vers les richesses maritimes, il exige avec patience des tributs des gouverneurs ou walis à velléités expansionnistes des îles al-anadalous pour reconstruire une flotte protectrice commune. Une fois en possession de bons navires, de marins expérimentés et d'hommes de guerre dévoués à sa personne, il se lance en 1035 dans une entreprise de conquête outre-mer, en commençant par une reconquête violente et guerrière des îles al-andalous dont il élimine sans vergogne la noblesse locale, celle issue des responsables à l'origine de l'apogée pacifique et technique des îles. Il y place comme wali un de ses fidèles serviteurs al-Murtaba ben Aglab, esprit religieux intransigeant et austère, qui taxe lourdement les sujets survivants alors que le souverain poursuit en 1036 sa route vers la Sardaigne et la Corse. Mais la guerre entreprise au loin tourne au désastre en Corse, et les Sardes un temps soumis génèrent en réaction une résistance insoupçonnée qui rend un maintien d'hégémonie sur l'ensemble de la Sardaigne aléatoire. Mochehib, épris d'une captive chrétienne, négocie et repart vivre dans le luxe à la cour de Dénia. Il s'efforce de contrôler la voie maritime qui passe par les îles al-anadalous : pèlerinages vers Jérusalem ou La Mecque, trafic d'esclaves, commerce et échanges de matériaux ( bois, plomb, argent, ivoire), de matières précieuses (or, ivoire, soie), de denrées de base (sel) ou de luxe (épices) y compris avec les chrétiens du comté de Barcelone[24]. Lui et son fils héritier, Ali ben Mochehib instituent en guise d'acte de tolérance diplomatique le comte de Barcelone en protecteur des chrétiens des îles al-andalous[25]. Mais Ali, assez tolérant vis-à-vis des Chrétiens, affublé d'un surnom péjoratif hérité de sa mère chrétienne, est renversé en 1076 par Al-Muqtadir, roi de Saragosse qui fait piller Dénia par ses mercenaires chrétiens[26].

Mubasir al-Murtaba, compagnon de Ali, nommé wali après le départ en pèlerinage à la Mecque d'al-Murtaba pour prier pour le repos de Mochejib, est resté indifférent à la chute de son maître : il gère désormais pour son propre compte les îles autonomes, il y frappe monnaie à ses armes de 1077 à 1093. Le quasi-refus de payer tribut est lourd de menaces pour les îles al-andalous, dont les ressources s'épuisent à conserver une activité maritime intense tout en voyant se perpétuer une domination sociale inique, au profit du grand palais de Medina Mayurqa et de ses nobles courtisans.

Une minuscule marge îlienne de la Chrétienté : Conquista et Reconquista[modifier | modifier le code]

Ce n'est pas un hasard si Ibiza, Formentera et Minorque, ainsi que les rivages de Majorque, déjà mis à sac et colonisés par quelques tribus berbères servant les intérêts des maîtres, sont envahies sans résistance par le roi chrétien norvégien Sigurd Ier de Norvège dit le croisé de 1108 à Formentera et Ibiza au printemps 1110 à Minorque sur le chemin de sa croisade vers Jérusalem, après qu'il eut libéré Sintra, Lisbonne et Alcácer do Sal. Lui et ses hommes pourtant disciplinés pillent avec méticulosité les villages et les villes arabo-musulmanes. Au terme de cette curée, Sigurdr écrit pour remettre ses conquêtes sous domination chrétienne. Mais après le départ des Croisés nordiques, libérateurs sans le vouloir d'un joug oppressant, les îles, acceptant plutôt concorde et paix avec les Chrétiens que soumission, souhaitent s'émanciper.

C'est sans compter sans les intérêts italiens, en particulier de la cité de Pise qui lorgne sur les deux archipels al-andalous à vocation maritime entre Espagne et Afrique. Pise souhaite y fonder un centre pour leurs affaires commerciales[27] et une base pour leur marine, officielle ou corsaire, pour mieux rivaliser avec Gênes. Parfaitement avisés par leurs correspondants, les Pisans forcent l'alliance du comte de Barcelone, le timoré Ramón Berenger avec l'aide du pape Pascal II[28]. La campagne maritime échoue, à la grande surprise des envahisseurs, en [1113]. En 1114, les forces conjointes pisanes et catalanes dévastent avec férocité les Pityuses, laissant une terre brulée. Les Pisans embarquent le plus de biens et d'otages dans leurs vaisseaux de logistique. Les forces coalisées souhaitent pouvoir concentrer leurs derniers, mais aussi vains efforts de conquête, sur le port et centre urbain de Medina Mayurqa[29].

Ces dévastations guerrières et pillages, exécutés à titre ultime et rationnelle par les Italiens pour supprimer faute de mieux un concurrent commercial ou guerrier, ouvre la voie au pouvoir almoravide, aux mains de berbères religieux, ignorants, violents et autoritaires, qui soumettent l'ensemble des îles en [1115]. Ishaq ibn-Ganiya[30] maintient les îles al-andalous sous une férule intégriste, oriente le commerce vers l'Afrique et le pillage de sa piraterie vers l'Europe. Protégé par des mercenaires et assuré par des tractations entre les inévitables thalassocraties italiennes (Gênes, Pise, Venise), qui raflent le monopole du commerce avec l'Europe, et les pouvoirs berbères, le wali souverain, au statut quasi-royal, opprime et asservit autant son peuple qu'il accroît sa richesse et son influence, au point que ses successeurs contrôlent en 1190 un grand nombre de comptoir de la Méditerranée occidentale. Le seuil est atteint en 1202 lorsque les anciens alliés des walis, les islamistes locaux, détrônent avec cruauté la dynastie repue de luxe : les élites et serviteurs qui n'ont pas fui à temps du palais sont décapités.

Fruit de guerres civiles atroces qui dévastent la péninsule espagnole sans discontinuer depuis 1143, les Almohades font alors irruption en 1203 sur l'ensemble des îles pour restaurer l'ordre. L'ancienne population musulmane est asservie et misérable, soumise à des lois en principe religieuses, mais bien souvent arbitraires, au seul profit des maîtres, les derniers Chrétiens mis en esclavage ou chassés et les Juifs confinés par des mesures répressives ne jouent plus de rôles significatifs dans une société inégalitaire et clanique.

La véritable reconquête chrétienne, celle-là initialement violente et intolérante, fut préparée patiemment et menée par Jacques Ier le Conquérant, roi d'Aragon, qui s'empare de Palma de Majorque en 1229[31]. Le souverain institue des baux emphytéotiques accessibles à une petite paysannerie colonisatrice, cultivatrice de froment, pour assurer la nourriture de la nouvelle ville chrétienne de Palma et des autres villes catalanes.

Des Croisés, menés par l'entrepreneur de guerre et sacristain de la cathédrale de Gérone, Guillermo de Montgrì, qui revendique le droit de conquête accordé par Jacques Ier, débarquent sur Ibiza et organisent sans coup férir la prise de la médina et du castel d'Ibiza en août 1235[32]. Guillermo de Montgrì se fait proclamé gouverneur de l'île et du château par ses soldats mercenaires, administre avec réalisme la terre acquise, sans expulser quiconque et en cherchant à cumuler le maximum de profit. Le sacristain-gouverneur laisse les Maures aux manettes de l'économie agricole, comprenant que faire venir des colons chrétiens, comme l'imposaient les évêques, présente un coût exorbitant. Pour payer ses dettes et ses emprunts de guerre, il accapare simplement à son nom la part royal, c'est-à-dire la moitié des terres royales, obligé de laisser l'autre moitié aux deux acolytes, vendeurs du droit de conquête, Don Pedro et Nuño Sançh, venus aussi vite à la curée. Toutefois tous ces agissement suscitent remontrances et contestations du roi Jacques et de l'archevêque de Tarragone[33]. Alors que le gouverneur s'obstine et accapare avant d'en venir à la négociation inévitable avec les autorités, Don Pedro, affairiste averti, s'empresse de rétrocéder l'essentiel de ses fiefs pillés à la couronne, tout en obtenant l'assurance de mener de juteuse opérations de déplacement de populations maures, esclaves ou non, îliennes ou continentales, à partir de Formentera, dont il conserve une part avec les salines, sans oublier de monopoliser celles d'Ibiza. Nuño Sançh hésite, puis redoutant une sanction, se confesse à l'archevêque en lui donnant tous ses biens fonciers, également déjà lourdement taxés par ses soins, pour que le prélat calme le courroux royal. L'archevêque souhaite coloniser l'île : il obtient une bulle du pape, autorisant à lever les interdits sévères frappant les pyromanes, les trafiquants et délinquants vendeurs d'armes aux Maures, les personnes proscrites, accusés d'avoir attenté aux biens et aux membres du clergé, à condition que ces derniers s'installent en personne ou par procuration sur Ibiza[34]. Après 1245, l'inamovible gouverneur constatant la fragilité de l'économie et le retour de la piraterie libère pour un temps de vie les colons des impôts commerciaux, en sel, bois et matériaux de construction, les autorités attirent ainsi des familles bourgeoises chrétiennes, avec leurs serviteurs, qui peuplent aussitôt la ville et assurent le nécessaire financement de l'économie locale, mais cela aussi permet aux nobles gens d'armes installés de faire venir des femmes chrétiennes pour les intendants ou régisseurs, contrôleurs ou contre-maîtres de leur domaine.

De 1235 à 1276, Ibiza et Formentera sont intégrées d'abord par des intérêts privés, puis par les deux pouvoirs, royal et épiscopal, de plus en plus hégémoniques, dans le cadre de la couronne d'Aragon[35]. Elles quittent ce giron administratif pour intégrer le royaume de Majorque, dont la capitale continentale est Perpignan, et obtiennent un statut mixte, favorable aux libertés religieuses, aux échanges et aux commerces inter-ethniques, y compris les marchés d'esclaves, pendant une décennie de 1276 à 1286. Après une petite décennie de retour à la couronne de 1286 à 1295, Ibiza reprend son statut semi-autonome antérieure. Après 1343, les îles du royaume majorquin sont unies à la couronne d'Aragon et remises définitivement à la province chrétienne tarraconnaise.

L'île catalane[modifier | modifier le code]

Ibiza n'est alors qu'une "finca" des évêques de Tarragone, divisée initialement en quatre paroisses ou parroquiès calquées sur les quarterons. Les habitants survivants des épidémies de pestes ravageuses après le milieu du XIVe siècle siècle sont soumis au servage en grands domaines, privés du contrôle des sources et fontaines menant aux rigoles d'irrigation ou regadios. S'ils sont peu nombreux, ils sont néanmoins misérables, réduits à n'être que jardiniers au service des maîtres et petits cultivateurs dans les communaux secs des anciens bans ou quarterons communautaires que de quelques terres en cultures sèches[36]. Aussi il est possible que les paysans locaux dépossédés, véritables forces de main d'œuvre incontournables, aient tenté de se réorganiser en de solides communautés, ils ont d'abord cherché à constituer des réserves d'irrigations artificielles, déversées temporairement par un canal vers de petites huertas paysannes libres. Ils sont rejoints par des colons tout aussi misérables, appelés par les nouveaux maîtres. Maîtres et colons parlent alors un dialecte catalan, celui qui sera plus tard déclaré typique des îles Baléares[37]. En saison sèche, les troupeaux de porcs, de moutons et de chèvres, appartenant à l'évêque ou ses chanoines, ou placés sous leurs honorables protections, débarquent pour paître librement dans l'île qui, de loin, semble toujours verte[38]. Le sel exporté par les autorités ecclésiastiques monopolistiques est extrait des salines où les autorités catalanes ont recours à l'esclavage. Après 1350, le commerce esclavagiste prend une extension prodigieuse, le besoin de main d'œuvre après les grandes épidémies pesteuses justifie des rafles de jeunes hommes et de jeunes femmes, de n'importe quelles conditions, grâce à des raids depuis les rivages vers l'intérieur de l'île.

Au siècle suivant, alors que Palma de Majorque fut quasiment anéantie par les Turcs, la ville d'Ibiza se dota d'une enceinte fortifiée. De nombreuses tours de guet furent construites pour la défense de l’archipel (par exemple La Torre des Carregador du XVIe siècle). Elles ne furent jamais dotées d’artillerie. Militairement, ces tours furent abandonnées vers le XIXe siècle. Elles sont appelées « Atalaies » (du catalan Atalaia, dérivant de l'arabe Atalayi qui signifie sentinelle). Elles sont constituées d'un rez-de-chaussée et d'un étage auquel on accède par un escalier en colimaçon. La surveillance des tours était assurée par un ou deux gardiens. Un feu la nuit ou la fumée le jour annonçaient aux villages alentour l’arrivée de pirates.

Les églises furent édifiées sur un type défensif afin de protéger les villageois (bel exemple de l’église de Santa-Eulàlia ou celle de Sant-Carles). L'habitat est dispersé et souvent éloigné des côtes, marqués toutefois par l'exploitation des marais salants. L'insécurité des côtes est préoccupante dès la fin du XIVe siècle siècle puisque Formentera est laissé aux pirates en 1403, avec une grande partie de sa population paysanne : elle force les autorités locales, de plus en plus craintives, à renforcer une apparente cohésion sociale.

Les autorités catalanes, maîtresses de l'économie, ont fini par reprendre le meilleur de l'héritage andalou du Xe siècle. Le conseil de l'île compte déjà fin XIVe siècle 250 notables, dont des représentants de la noblesse et du clergé, mais aussi de communautés paysannes et de municipes bourgeoises. Parmi cette organe, les jurats sont nommés par le roi pour organiser la justice et la vie politique. Ainsi immiscés dans la vie publique, les représentants paysans affichent apparemment une solidarité organique avec la seigneurie (batles) mais force insensiblement l'institution à instaurer une meilleure représentation politique et sociale au sein des communautés. En accordant des droits d'eaux, en améliorant les codes de justice et laissant une grande tolérance à la littérature d'almanachs dès le XVe siècle siècle, celles-ci favorisent la réapparition de solides communautés paysannes qui pérennisent à la longue l'implantation étatique. Mieux, elles laissent perfectionner les techniques du bois et du métal et généraliser les moulins, notamment les moulins à eau ou moli d'aigua, alimentant les canaux d'irrigation (se regadorê) vers les terrasses irriguées au-dessus des cours d'eaux torrentueux, au débit capricieux.

Le déclin politique frappe Pityuses et Baléares, coeur de l'imperium maritime aragonais, à la fin du XVe siècle. L'ancien royaume mayorquin tend à devenir une vache à lait fiscale[39] alors qu'elle est laissée sans investissement puisque les prélèvements seigneuriaux et les pricipales rentes financières rejoignent la péninsule. Le conservatisme paysan essaie de préserver ses acquis, mais la pars forana, c'est à dire les gens extérieurs à l'île, à la fois non présents et non résidents, qui y possèdent par héritage ou possession des droits, perturbe la vie publique. La noblesse est souvent ruinée et obligée de s'engager auprès de protecteurs puissants ou institutions. Si elle ne l'est pas, elle s'exile, à l'instar des riches bourgeois, qui recherchent une vie plus facile dans la péninsule ibérique. Aussi le choc, de plus en plus violent, ne concerne plus que les dirigeants paysans, dénonçant les spéculations sur les céréales, et les citadins privilégiés. Face à cette animosité qui devient parfois lutte civile, le gouverneur Aymerich veut jouer à l'arbitre, multiplie les mesures impopulaires avant d'être détesté par les élites locales, mais ne résorbent aucunes des inégalités fiscales et laisse accroître les pénuries et les incuries. Les Dominicains instaurent, pour défendre autant la sainte religion face aux minorités déviantes ou incrédules, que l'intérêt souvent abusif des temporels religieux, le contrôle de la sainte Inquisition, le tribunal torture et juge avec férocité de 1484 à 1512[40]. Ce contrôle social et religieux totalitaire n'entrave nullement le contrôle de l'économie de base et de subsistance par les navigateurs et commerçants étrangers, l'augmentation des actions dévastatrices des pirates, la croissance endémique de la pauvreté, les disettes et la famine. En 1490, la peste s'allie à la famine pour dévaster les îles : les esclaves des salines agonisent et les paysans se terrent dans leurs demeures, les puissants sont en pleine santé.

La guerre des frères, ou Germania guerra, de Mayorque a laissé après 1522 des traces sur les autres îles. Les crimes de sang et les vendettas paysannes ravagent l'île d'Ibiza et explique l'affaiblissement général de la densité de population.[41]. Le parti paysan patiemment, tout en règlant leurs comptes entre eux, élimine leurs ennemis d'hier. Partout, les anciens habitants ont conscience d'un processus de colonisation rampant, et les jurats autrefois honorés constatent bien "moins de respect envers Dieu et sa Majesté". Le colossale déclin de la marine marchande est toutefois compensé par les débouchés de la marine de guerre à partir du règne de Carlo quinto[42]. Les marins eivissencs, les plus entreprenants, fondent des compagnies de corsaires. Elles s'illustrent dans le transport de troupes et dans les expéditions navales du royaume, comme à la bataille de Lépante face à la marine ottomane.

Une terre verte, mais pauvre[modifier | modifier le code]

Les pénuries de céréales sont endémiques, avec le retour de saisons parfois pourries et d'hiver neigeux au XVIIe siècle siècle.[43]. Le paiement des dîmes ne permet pas de faire la soudure alors que les eaux du rio sainte Eulalie coulent à flots. En 1674, une grande famine affaiblit durablement la moitié de la population d'Ibiza et semble en éliminer un cinquième.

Victorieuse à l'issue de la guerre de Succession d'Espagne entérinée par le traité d'Utrecht, la dynastie des Bourbons s'impose à l'Espagne. La Grande-Bretagne obtient le 13 juillet 1713 deux bastions maritimes, Gibraltar et Minorque[44]. Pituyses et Baléares, souffrant de troubles endémiques à la fin du XVIIe siècle, s'étaient ralliées durant les prémisses du conflit de succession à l'archiduc Charles III d'Autriche, chef de la dynastie Habsbourg[45]. Après la capitulation générale de la péninsule en juillet 1715, Philippe V au nom de la couronne d'Espagne s'empare de Majorque et d'Ibiza, derniers bastions de la résistance carliste. L'occupation militaire en 1716 amène l'abolition des statuts et privilèges traditionnellement octroyés, les plus anciens remontant au temps de la reconquête de Jacques Ier. La fonction de jurat, désignée au sein d'un conseil, disparaît avec les magistrats localement élus, pour laisser place au tribunal des représentants royaux, constituant une noblesse de robe.

Les fonctionnaires d'état, nobles castillans locuteurs ou promoteur d'une belle langue castillane, régissent l'île au XVIIIe siècle et impose un bilinguisme étatique au cours du siècle suivant, avec une tolérance de plus en plus réduite, faute d'imposer un castillan universel. La résistance du dialecte eivissenc et de ses variantes locales explique aussi la multitude surprenante des appellations toponymiques, au-delà du dualisme officiel catalan/castillan. En français, Ibiza était nommée jusqu'au milieu du XIXe siècle Ivice sur nombre de cartes d'alors[46]. Le déclin de l'activité maritime est patent au XVIIIe siècle , Ibiza se caractérise par un monde paysan, encore associé sur les rivages à la pêche traditionnelle, encadré par une bourgeoisie foncière de moins en moins commerçante et les fondés de pouvoir de la noblesse bien souvent absente[47].

La population ibiçenca est alors très pauvre et surpeuplée lorsqu'elle approche 20 000 habitants. Les cultures méditerranéennes assurent la subsistance, surtout pendant les bonnes années. La préparation des champs et des terrasses est réalisé avec l'araire et la herse, tractées par une mule ou un cheval. Les plus pauvres travaillent encore à la houe leurs maigres parcelles de champs secs, dont l'emploi est incontournable dans les jardins irrigués. L'orge, une céréale exigeante et précoce, est semé en septembre et sa récolte s'effectue généralement fin mai. Les semis d'avoine et de blé d'hiver commencent début novembre. La moisson de blé et avoine s'effectue début juin, à la faucille[48]. Le savoir-faire horticole s'est enrichi d'autres espèces lointaines, grâce au désenclavement maritime du Monde effectif dès le milieu du XVIe siècle. L'hortalya a vu surgir, à côté de l'emplacement approprié des légumes anciens, des cultures en rang ordonnées et parfois prolifiques : pommes de terre, maïs[49], tomates, poivron[50], haricots, courges, courgettes ou catalans, melons, pastèques. L'orange navel peut compléter l'orange douce acclimatée après le XVe siècle et les antiques oranges amères. La cueillette d'herbes aromatiques et d'absinthes permet de confectionner des eaux de vie réputées. [51]. Le chanvre est cultivé, après rouissage, broyage, teillage, peignage, les fibres des tiges permettent de filer, puis de tisser des de la toile à voile et de simples tissus blancs, souvent écrus[52].

Bien souvent, les familles modestes, bienheureuses si leurs maisons paysannes adossées à la pente abritent quelques chèvres et moutons, doivent s'endetter pour acheter le sel nécessaire à la conservations des salaisons, après la mise à mort du cochon dénommée matanza, à l'instar de la cérémonie d'abattage des thons en Sicile. Il faut mettre à part quelques familles bourgeoises d'origine noble ou commerçante, souvent installées dans la ville d'Ibiza, tout en possédant ou gérant la plus grande part des biens fonciers de l'île, souvent sous forme de "fincas" dont le centre est un lieu de résidence estival. Les cultures vivrières sont parfois insuffisantes et les disettes font des ravages, durant toute l'époque moderne jusque dans les années 1940 où la population avait été oubliée par le gouvernement espagnol franquiste au sortir de la guerre civile.

Une immigration notable vers l'Algérie française est à relever aux XIXe et XXe siècles, certains mots du catalan d'Ibiza étant même passés dans la langue des pied-noirs d'Algérie[53]. Les Baléares n'émergèrent d'un marasme chronique qu'avec l'arrivée du tourisme.

Une île de plus en plus attractive : voyageurs, artistes, beatniks, hippies et jet set[modifier | modifier le code]

À Ibiza et Formentera, encore plus isolées, l'initiative touristique est d'abord hésitante dans les années trente puisqu'il faut d'abord désenclaver l'île. Rappelons qu'il y a plus de bateaux qui amènent des troupeaux de porcs catalans que de navires de transport de passagers et que le premier autocar sillonnant plutôt autour d'Ibiza-ville que vers les lointains dépourvus de routes correctes, mis à part d'excellents chemins muletiers, date de l'année 1923. L'île dépasse 30 000 habitants permanents au début des années trente. L'hôtel d'Ibiza qui voulait promouvoir l'activité touristique de haute gamme fait faillite avec la crise des années trente.

La vieille Ibiza-ville

Le nombre de voyageurs est en essor, de l'ordre de quelques centaines puis de quelques milliers dans les années trente. Il chute durant la guerre civile qui connaît des paroxysmes de violence puis de répression sanglante en 1936, puis surtout après 1940. Durant l'été 1936, l'insurrection républicaine entraîne une terrible répression franquiste. Les résidents ou voyageurs saisonniers qui n'ont pas fui sont souvent expulsés par les autorités.

C'est surtout dans les années 1950 que l'île recommença à avoir des liaisons régulières avec le continent. L'essor touristique et démographique reprend avec les résidence d'artistes, le tourisme familial et aussi, faut-il l'occulter, l'arrivée de nombre de proscrits, de déserteurs, de marginaux. Ainsi, en 1955, les chiffres officiels admettent 14 000 voyageurs.

Les beatniks américains, individualistes forcenés, débarquent après 1962. Une minorité d'entre eux violente, parfois agressive suite à des comportements d'extase en eux-mêmes, se fait remarquer de manière outrancière, mais elle fait oublier une majorité discrète, cool, qui n'affiche aucun signe distinctif. Ces beatniks suivent en fait le courant de marginaux, et rejoignent des déserteurs plus ou moins fortunés, parfois d'anciens insoumis de la guerre de Corée ou du Vietnam. Ils affluent après 1965 alors que le flux hippy, insignifiant en 1963, ne cesse de grossir, rejoint par les déserteurs pacifistes et autres insoumis américains. Une décadence touristique et commerciale est déjà observable. C'est pourquoi la bohème internationale s'étiole, commence d'abandonner l'île paradisiaque. Puis la quête des plaisirs facile sans morale s'impose, avec le début d'une spéculation immobilière, confisquant les rivages et instaurant un début de bétonnage.

Les premiers groupes, pourtant très isolés de jeunes hippies, dépassant rarement la trentaine, ne passent pas inaperçus au cours de l'été 1963. Les habitants les nomment rapidement "los peluts", c'est-à dire "les chevelus". Et ils se remarquent facilement, portant comme ailleurs souvent des bracelets voyants, des habits démesurément amples aux couleurs psychédéliques, des tuniques indiennes, des jeans unisexe. Ils maintiennent leur chevelure par des bandanas ou bandes de tissus colorées, Ces groupes hédonistes, parfois en oppositions larvés ou se disputant en longues discussions virulantes, sont des adeptes de fêtes planantes dans un climat de liberté et de promiscuité sexuelle, déambulent pieds nus ou en sandales et se déshabillent sans complexe[54]. Les hommes gardent très souvent une longue barbe. Hommes et femmes pratiquent le nudisme intégral sur la plage, jouent de la musique et du tambour en saluant bizarrement le coucher de soleil. Sans mentionner les prêches scandalisés des curés en chaire sur les bonnes mœurs universelles bafouées ou les récriminations haineuses incessantes des hôteliers face à de tels mauvais clients, dédaignant en retour leur service vicelard, basé sur le "fric" et squattant effrontément les plages communes, faut-il reprendre la diatribe métaphorique des journalistes locaux, affidés il est vrai au régime d'ordre en place, dans le Diario de Ibiza du 5 septembre 1963 : elle emploie les expressions "troupeau dégingandé et amoral", "déchet social", "scorie d'inadapté"[55].

Pourtant, le déferlement hippie, d'origine européenne, se déroule surtout de 1969 à 1974. Ils sont bon an mal an 8 000 à 10 000 par an. Cette population flottante, d'emblée pacifique, qui possède en son sein un noyau de penseurs polyglottes et moultes personnalités d'un niveau d'études très supérieures à la moyenne médiocre de l'île est déjà exécrée par les autorités. Ces rassemblements hétérogènes, formés de groupes aux intérêts forts divergents prônent le retour à la nature, la mode vestimentaire libre, les diètes (macro)biotiques (ils sont adeptes du bio avant la marque, rejetant tous pesticides ou insecticides, et s'affirment très souvent végétariens ou végétaliens). Ils pratiquent de manières fort diverses, les sagesses orientales, mélangées à des croyances astrologiques. La Guardia civil est débordée, jour et nuit, elle procède à des expulsions et multiplie harcèlements, vexations, persécutions collectives et humiliations personnelles. Heureusement, les habitants qui perçoivent plutôt des consommateurs fiables et enthousiastes[56], vantant leur harmonieuses productions agro-pastorales dans et au-delà de l'île, incitent avec une fermeté discrète les responsables administratifs ou policiers à plus de tolérance et de souplesse. Néanmoins les groupes persécutés fuient vers les lieux moins policés, envahissant pacifiquement le nord de l'île et Formentera. Les autorités jouent l'outrance en essayant d'affoler la population paysanne : affolée par l'importance diabolique de regroupements humains décrits par les autorités civiles et religieuses, elle prend peur. Les affrontements sont alors violents en juillet 1971 à Santa Eulalia entre 300 hippies et l'ensemble des forces de sécurité de l'île, puis durant le reste de l'été à Formentera. A chaque opération d'envergure est associée une liste d'une cinquantaine d'arrestations fermes, correspondant sans doute à la capacité de réclusion/rétention légale des autorités.

Les années de crise qui suivent 1973 voit les rassemblements hippies se réduire, puis les groupes voyageurs ou résistants installés se disloquer. Il est vrai que les individus qui vieillissent sont moins soutenus par leurs familles. Ils doivent rentrer dans la société active, parfois alors quelques rares couples restants s'installent sur l'île choisie ou des isolés, jeunes hommes ou femmes s'associent à des partenaires ibiçencos, inaugurant des mariages et des familles nouvelles. Les hippies, qui n'ont jamais formé de communauté au sens sociologique ni érigé des lois de solidarités coutumières à l'image des groupes humains soudés, s'évanouissent du paysage ou se fondent dans la masse. Mais les derniers présents renoncent assez rarement ou à contre cœur à une autonomie de choix ou indépendance créative, dans le domaine de l'agriculture biologique, la construction et de l'artisanat de qualité, de l'habillement, de la décoration et du maquillage. Ces activités diverses ont prospéré dans le cas où elles rencontraient par son efficience la demande locale et surtout leurs productions suscitaient l'attrait touristique.

Au début des années 1970, le jet-set fait aussi irruption. Une société interlope riche, jouant parfois ostensiblement la carte d'un style hippy chic et mondain "de plastico" se lance dans des fêtes extravagantes. L'île se lance dans l'illusion du conformisme, de concert avec une frénésie de spéculation immobilière, entraînant l'appropriation privée des rivages, un vulgaire et intense bétonnage, une hausse foncière exponentielle, une violation permanente des lois ou principes anciens d'aménagement et de construction, par négligence, cupidité affairiste ou fraude crapuleuse.[réf. nécessaire]

Explosion touristique et vie traditionnelle[modifier | modifier le code]

Les touristes sont 37 000 en 1960, 41 000 en 1961, 63 000 en 1963, 350 000 au début des années 1970, puis s'approchent du million avant les années 1990. Ils oscillent entre 1,5 et 2 millions dans les années 1990 à cause de la dépression touristique de 1991/1992, ils représentent en juillet et août plus de 2,4 millions début 2010[57]. Le tourisme est l'activité dominante avec la résidence secondaire.

Le nombre des habitants permanents ou îliens connaît une croissance nettement moins forte. Une ville de service, qui profite pleinement de la manne touristique, Ibiza-ville aux blanches murailles de la Dalt, très tôt mieux desservie par les navettes maritimes dans son port bien équipé, ne compte que 7 000 habitants en 1936, elle en compte 11 000 en 1950, 11 269 en 1960, 11 590 en 1961, 20 000 en 1980, 28 352 en 1989, 49 000 en 2009, 50 000 en 2011. La pression sur le patrimoine foncier ou bâti croît, quant à elle, de manière démesurée. Au cours des années 1980, Ibiza-ville s'affirme en ville cosmopolite de plaisirs et de fêtes.

Rues derrière les hôtels ou résidences de front de mer

L'île d'Ibiza s'étalant sur 572 km2 compte environ 36 000 habitants permanents au début des années 1970, 60 000 en 1982, 67 740 en 1989, 90 000 en 2001, 146 000 en 2012 (officiellement 133 702 selon l'institut démographique espagnol en 2010). Le sociologue Yves Michaud, familier de l'île, estime que la population d'origine ibiçenco ou assimilés de longue date avoisine les 50 000 en 2010. Suivant les communes, la population d'origine étrangère installée en permanence oscille entre 10 et 15 % alors que la population espagnole péninsulaire, non autochtone, peut atteindre 35 à 45 %. Dans maintes communes, les ibiçencos sont en passe d'être minoritaires. Ils passent alors inaperçus aux yeux profanes lorsque la fréquentation touristique est optimale en juillet et août[58].

L'agriculture ibiçenca, encore bien vivante dans les années 1970 [59], périclite ensuite. Les droits d'eaux traditionnels sont vendus aux promoteurs immobiliers, aux hôteliers et aux nouveaux propriétaires. Paradoxe, la modernisation agricole délaisse l'irrigation traditionnelle par sillons ouverts, trop exigeante en main d'œuvre et désormais limitée aux zones jardinées, parfois également passées au goutte-à-goutte ou à la micro-irrigation. Des systèmes d'aspersion envahissent les derniers grands champs de l'île. Mais les grands asperseurs se révèlent à long terme coûteux au niveau des investissements matériels et d'entretien, puis de la dépense énergétique, leur efficacité en eau est bien inférieure, entre 65 % et 75 %, au mode traditionnel abandonné car l'eau projetée en fine gouttelettes s'évapore dans l'air sec ou se disperse facilement, emportée par les vents souvent réguliers[60].

Municipalités[modifier | modifier le code]

Les quatre grandes communes et Ibiza-ville

L'île d'Ibiza est divisée en cinq municipalités :

Transport[modifier | modifier le code]

Ibiza est desservie par ferry et avion. L'aéroport international d'Ibiza aménagé en 1966 est situé sur le replat d'Es Codola au sud-ouest de Sant Jordi de ses Salines, commune de Sant José de sa Talaia, à 7 5 kilomètres d'Ibiza-ville. Vingt années plus tard, il assure un fret passager de presque trois millions de passagers, contre presque onze millions attribués à l'aéroport de Palma-de-Majorque et à moins de un million et demi à celui de Minorque[61]. La massification du transport aérien a véritablement accompagné, puis assuré le boom consumériste et l'élévation consécutive du niveau de vie sur l'île d'Ibiza et dans les Baléares en général. Ceci, particulièrement pour Ibiza, est indissociable d'une mutation d'image médiatique, associant plage, soleil, liberté, plaisirs du corps, défoulement, musique... bien mieux exportée par les groupes migrants qui empruntent ce moyen de transport.

Café touristique où il est de tradition d'applaudir le coucher de soleil

L'aéroport est utilisé par les compagnies aériennes à bas prix pour les vols domestiques, internationaux et transcontinentaux, et ce principalement lors de la période estivale. Il ne possède qu'un seul terminal. Les transports intérieurs à l'île se font par la voie routière : bus, taxi, véhicule personnel ou de location.

Radio et médias[modifier | modifier le code]

La radio popular d'Ibiza diffusait avant 1970 jusqu'au début des années 1990 une partie de ses émissions en français. Mais le monde radiophonique a été transformé par les modes de vie touristiques et urbains cosmopolites, par l'essor musical électronique et les nouveaux médias connectés[62]. L'ibiza frenchy people radio en est d'une certaine manière, l'héritière.

Il existe en 2014 différentes radios reçues en modulation de fréquence ou sur le web : Ibiza Global sur 97,6 FM, Diario Ibiza sur 97,2 FM, Sonica Ibiza sur 95,2 FM, Costa Del Mar, Europa FM sur 91,7 FM, HFM Ibiza sur 94,4 et 94,6 FM, Cadena 100 sur 89,1 FM.

Patrimoine mondial et culture traditionnelle[modifier | modifier le code]

« Ibiza, biodiversité et culture », c'est sous ce nom que l'Unesco a inscrit le 4 décembre 1999 un ensemble de biens culturels et naturels d'Ibiza et de Formentera au titre du Patrimoine mondial. L'Unesco considère ainsi cet ensemble comme un excellent exemple de l'interaction entre les écosystèmes marins et côtiers et reconnaît l'importance de la longue histoire d'Ibiza.

Une plage d'Ibiza.

Ces biens sont constitués d'un bien naturel, le parc naturel de Ses Salines d'Ibiza et de Formentera, et de plusieurs biens culturels, la ville haute (Alta Vila encore nommé dalt, c'est-à-dire sommet, capuchon) d'Ibiza et ses fortifications du XVIe siècle, la nécropole phénicienne-punique de Puig des Molins et le site archéologique phénicien de Sa Caleta.

L'architecture typique et l'aménagement rural, en particulier les demeures paysannes ou casaments, chiches en vive lumière et à toit plat récupérateur d'eau, les murs ou parets de pierre sèche, les réservoirs d'eau, les abris de bergers de la montagne ou puig... a souvent fasciné les premiers visiteurs européens du Nord. Elle est admirée notamment par les architectes Le Corbusier, José Luis Sert, Elias Torres (es), ainsi que par les historiens de l'architecture[63].

Une volonté politique, au moins dans les rapports officiels, souhaite préserver les paysages traditionnels, en réalité de plus en plus souvent à l'état de friches sociales (guàrets au mieux, en exploitation minimaliste comme source de fourrage) et en voie de disparition, s'il n'y a plus ni cultivateurs ni éleveurs hormis les touristes et rurbains locaux.

Il existait dans les vallées reculées, il y a quatre ou cinq décennies, un mode de vie paysanne méditerranéenne typique, avec un folklore étonnant pour les Européens ou Américains du Nord, que le groupe folklorique Sant Jordi de Salinas créé en 1982 a tenté de sauver. Ainsi le ball pagès, une danse en couple, entouré du cercle des danseurs sur des rythmes et sons d'instruments à vents (flûtes, xérémia[64]) et à percussions (tambours, castagnettes) dont les formes actuelles ne sont qu'un pale reflet des danses lors des fiesta catalanes du XVe siècle ou du XIXe siècle siècle[65].

En réalité, la fête profane se déroulait sur la place ou à proximité de l'église pour une grande paroisse les grands jours de fêtes religieuses catalanes [66] ou patronales[67], ou plus prosaïquement sur l'aire de battage commune, la place ou une hauteur de rassemblement pour une petite communauté, déjà soudée par la gestion collective des eaux, à l'occasion des fêtes rituelles ou calendaires (Nuit de la nativité, feux saint Joseph ou sortie d'hiver, fête saint Jean, fête des moissons, clôture d'une activité ou récolte collective paysanne...). Au sein d'un petite communauté, l'ouverture des chants et danses était réservée aux Vieux qui se dandinaient, comme ils pouvaient, sur une curta à la mesure respectueuse et lente, au terme de laquelle faisait irruption la jeunesse célibataire imposant un llango tonitruant, tonique, provoquant. La cérémonie festive se terminait en chant et en musique, après un temps sans musique de canto/discanto (un énonceur et son contradicteur) ou peut-être autrefois de chants vocaux de quelques hommes, rappelant les journées de peine, de joie, les événements, les disparitions, les heureux présages, et une réconciliation musicale et poétique avec l'ordre du monde divin que le labeur forcé avait perturbé et que les participants unanimes s'engageaient à laisser libre (à la divinité - ou son saint représentant - peut-être offusquée), par une filena nuptiale (en réalité avec celle-ci), souvent amoureuse et langoureuse, mais très ritualisée, et des rondes types ses non rodade collectives, solaires, des ultimes danseurs.

Les fiestas officielles ont laissé d'abord les costumes dominicaux gonella negra et gonella blanca, respectivement au XVIIIe siècle et au XIXe siècle siècle, avant qu'une multitude de couleurs vives, issues des colorants de cuve de la chimie azoïque, n'envahissent les costumes masculins et féminins. Les premiers habits dominicaux laissent penser que le noir revêtait les femmes (robes principales et coiffes) et les hommes (gilets, chapeaux, vestes), mais aussi le blanc pour les foulards, chemises ou camisa, camisoles, robes, jupes et pantalons ainsi que le rouge, le vert ou le bleu pour les parties luxueuse de vêtement. Les chaussures de danse (espardinñes ou alpartagas en castillan) sont des espadrilles en paille d'esparto et en fibres d'agave, souvent à bout ouvert pour les hommes[68].

L'artisanat textile atteste plus sûrement une longue tradition, comme les tapis et les couvertures de laine filée à la main. Les motifs ibiçencos typiques transportent souvent l'observateur nordique vers un ailleurs imaginaire orientale, ainsi les couvertures de coton jarapas, utilisées de nos jours comme couvre-lit. Outre le travail du cuir dans les lignée des maîtres cordouans, les artisans de l'île était renommés de tous temps pour le travail de ses forgerons, en particulier les formes de ferronnerie, mais aussi tous les arts du feu, des simples poteries multiforme, de taille minuscule à géante, aux céramiques sophistiquées, des fondeurs de métaux aux bijoutiers[69].

Tourisme et résidence d'été[modifier | modifier le code]

Au temps pionnier de quelques grands voyageurs au XIXe siècle succèdent d'abord quelques réfugiés ou insoumis, puis des personnalités de la "bohême artistique" européenne, qui visitent et surtout résident quelques années dans une île "loin de tout et pas chère", surtout après 1930. Après les temps violents de la guerre civile durant l'été 1936, l'île n'est guère troublée par les touristes pendant la seconde guerre mondiale. Le retour de la bohême artistique, désormais internationale, survient en force dès le début des années cinquante. De 1963 à 1974, une population flottante hippie essentiellement européenne croît et s'impose, elle prend timidement ses aises avant de déferler après 1969, non sans heurts avec la population et surtout l'autorité, avant de s'amenuiser ou de s'insérer dans le paysage économique. Ce mouvement correspond à l'essor de la société de consommation en Espagne, souvent décrit de 1962 à 1973.

Une soirée en boîte

À la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, Ibiza est réputée pour ses fêtes estivales attirant les fans de musique électronique. Elle se flatte d'être à l'origine de la Balearic house, après avoir été un haut lieu de la culture des hippies et de la culture underground des années 1960 aux années 1980. La saison touristique ne s'étend au mieux que de mai à octobre, avec le pic de juillet et août[70].

Voyageurs ou résidents célèbres[modifier | modifier le code]

Le grand voyageur, amoureux des mers du Sud, de la Méditerranée et des Baléares, Ludwig Salvator d'Autriche visite l'île dès 1867 et y revient fréquemment surtout avant 1900. Carl Einstein y passe en 1920. La gente cultivée des Allemands du Sud et des Autrichiens n'ignore plus ces endroits paradisiaques.

Walter Spelbrink, jeune dialectologue allemand, entreprend une thèse ethnologique sur l'habitat, intitulée Les îles méditerranéennes de Formentera et Ibiza : une investigation culturelle et linguistique qui sera publiée en allemand à Barcelone en 1937[71]. "La présence en 1931 de cet élève de Fritz Krüger (Romanist) (de), professeur de l'Université d'Hambourg, adepte d'une perception conjointe de la réalité par les mots et les choses, ouvre la voie à des jeunes chercheurs, tant en ethnologie, musicologie, traditions populaires des cultures paysannes, histoire des techniques locales du bâtiment et des murs de pierres sèches... ainsi qu'à des spécialistes des langues romanes, en compétition. Alfredo Baeschlin Oettinger (1883-1964), ethnographe suisse allemand, dont la famille est originaire du canton et de la ville de Schaffouse, publie un recueil remarqué sur l'architecture populaire des îles Pityuses en 1934. Vivifié par ces découvertes, il réfléchit sur la maison idéale et deviendra architecte.

Félix et Hans Jakob Noeggerath, père et fils arrivent en 1932 de Berlin. Le père, philosophe de formation, est écrivain et traducteur. Son seul fils, linguiste romaniste, recueille les contes populaires avant de disparaître du typhus en 1934 à San Antonio. Walter Benjamin, ami des Noeggerath, séjourne avec eux en 1932. Dans la foulée de ces premiers Allemands et Autrichiens, arrivent un contingent de plusieurs dizaines, parmi lesquels Erwin Broner, peintre bavarois, Erwin von Kreibig (de), peintre bavarois de la Neue Sachlichkeite}, ainsi que l'artiste "dadasophe" autrichien Raoul Hausmann en 1933. La litanie des persécutés ou des fuyards de l'ordre totalitaire nazi s'accroît : Erwin Heilbroner, ethnologue d'origine souabe, Alfred Otto Wolfgang Schultze, peintre allemand mieux connu sous le pseudonyme Wols avec sa compagne Gretty de 1934 à 1936.

Mais il y a d'autres personnalités de l'art contemporain : Vera Broïda, qui a épousé le chimiste Erwin Chargaff en 1930, y redevient la muse de Raoul Hausmann.

Les Français ne sont pas tous des proscrits exilés ou des déserteurs : le jeune penseur féru de rivages ensoleillés, Albert Camus séjourne en 1935, l'écrivain si prometteur Drieu la Rochelle ou le poète en quête de paysages exotiques Jacques Prévert en 1936.

Les années 1950 voient le retour des artistes, écrivains et intellectuels. Ainsi :

  • Brendan Behan, écrivain irlandais y réside entre 1947 et 1955.
  • Janet Frame, résidente néo-zélandaise faiblement pensionnée comme artiste écrivain, profite du faible coût de la vie.
  • Brian Pollard, ancien photographe londonien, s'y régénère, puis retourne sur le continent comme cinéaste en 1961.

L'écrivain voyageur Cees Nooteboom réside sur l'île en 1957, clame son émerveillement. Il est bientôt rejoint par une pléiade d'écrivains néerlandais ou belges d'expression flamandes, Hugo Claus, Jan Gerhard Toonder (nl), Harry Mulisch et leurs épouses.

Un rassemblement de peintres allemands, mais aussi français, anglais, belges, néerlandais, scandinaves, américains, espagnols s'opère autour de peintres allemands Erwin Broner, également architecte, théoricien des arts plastiques redevenu résident quasi-permanent après 1954, et surtout Erwin Bechtold (de) présent après 1958. Il se dénomme bientôt le groupe "Ibiza 59". Cette école associative sera dissoute en 1964 faute de réunion de ses membres.

Tristan Tzara séjourne en 1960. La bohême espagnole rejoint timidement les artistes et écrivains étrangers. Parmi les plus notables présents surtout au début des années 1960, les écrivains espagnols Gonzalo Torrente Malvido (es) qui observe les individualités hétéroclites qui peuplent ses rivages, Rafaël Azcona qui deviendra scénariste, le couple Ignacio et Josefina Aldecoa, le musicien et compositeur de la "musique dabadaba" Antón García Abril (es), les jeunes chanteurs prometteurs, qui commencent leur ascension vers le succès, comme le crooner Julio Iglesias et l'expressive Massiel en 1963.

Après 1964, la bohême réveuse commence à quitter Ibiza. Victimes de la promiscuité ou de la liberté sexuelle, les couples d'auteurs néerlandais et flamands se décomposent ou se recomposent. Les disputes vengeresses et les rivalités incessantes empoisonnent la vie créative. Ses écrivains, tout comme les peintres les plus actifs, délaissent un petit pays où n'affluent plus que des êtres à la recherche d'une vie oisive au soleil sur une plage de sable, avec le triptyque sexe, drogues, alcool.

Emile Cioran désespère sur les plages des callas, de moins en moins désertes, en août 1966.

Discothèques[modifier | modifier le code]

Depuis la grave crise de 1991/1992, Ibiza se proclame une des capitales mondiale des discothèques où se rendent les plus grandes personnalités Disc jockey de la musique électronique, attirant les fêtards de la nuit comme la jet set[72]. Parmi les discothèques les plus connues et les plus anciennes, qui se livrent une rivalité commerciale parfois acharnée, figurent :

  • le Pacha, au départ ouverte à Ibiza-ville en 1973 comme une simple succursale du Pacha de Sitges, boîte de nuit emblématique de la Costa Brava crée en 1967. Elle offre en 2010 plus de 35 000 places dans le nouveau quartier marina de la Botafoch, qui anime une Ibiza-ville huppé et chic.
  • le Privilege à San Rafaël. Dans les années 1970, il s'agit du club San Rafaël. Racheté par une boîte de nuit et discothèque de San Sebastián, il prend le nom de KU (deux initiales prononcés kè you), nom d'une divinité hawaïenne de la guerre et de la prospérité. la boîte nocturne est ainsi tenue par trois gérants basques entre 1978 à 1992. À cette date, elle se nomme Privilege. Elle avait une capacité d'environ 10 000 places en 2010.
  • l'Amnesia à San Rafaël. Elle offrait environ 7 000 places aux fêtards nocturnes en 2010.
  • l'Eden et le Paradis Terrenal que se font face à San Antonio, avec une capacité d'accueil similaire de 5 000 places en 2010.
  • le Space à Platja d'en Bossa, commune de San José. Crée en 1989, elle n'était qu'ouverte à 5 000 places en 2010.
  • le DC10 en bout de l'aéroport, sur la commune de San José.

Bars musicaux[modifier | modifier le code]

Il existe aussi beaucoup de bars ou de centres musicaux, de taille plus modestes et parfois expérimentaux, plus ou moins célèbres. Parmi les plus anciens et les plus connus en 2010 :

  • le Lio, ex Divino, à proximité du Pacha.
  • le Blue Marlin à Ibiza-ville
  • le Bora Bora également près du Pacha
  • le Zoo Project à San Antonio
  • le km 5

Récemment sont apparues des structures hôtelières sur ce marché du plaisir, offrant en particulier des prestations de DJ renommés, comme le Ushuaïa Ibiza Beach Hotel (en)

Plages et criques[modifier | modifier le code]

Près d'Ibiza ville, citons les plages longues de Talamanca et d'En Bossa [73]. A San Antonio, à part la plage sous la promenade aménagée de Bahia, il y a les criques ou calas Bassa, Carbos, Conta, d'Hort, Moli, Tarida, Vadella. A San José, les plages des Cavalett, de Las Salinas, d´es Codolar, des Cubells sont complétées par les fameuses calas Tarida, Codolar, Jondal, Conta, Bassa, d´Hort, Vadella, ainsi que Bol Nou, Es Xarcu, Port d´es Torrent.

A Santa Eulalia, les plages de Santa Eulalia et du rio Santa Eulalia, de Can Martina, des Figueral, de S´Argamassa, de S´Estanyol, d´es Canar et des Niu Blau l'emportent en espace sur les Calas Boix, Llonga, Llenya, Mastella, Nova, Pada et le Calo de S´Alga. Sur la commune de San Juan, il existe le Puerto de San Miguel et les calas de Benirrás, de Portinatx, de San Vicente, Xarraca, Xuclá.

Camping[modifier | modifier le code]

Les centres de camping les plus conséquents dans les années 1990 étaient situés à Cala Bassa (commune de San José, près San Antoni), à Es Cana et Florida[74] sur la commune de Sainte Eulalie, à San Antonio Abad et à Payès[75], San Juan Bautista.

Galerie d'art et marchés d'artisans[modifier | modifier le code]

Ibiza-ville compte différentes galeries d'art réputées, ainsi que des boutiques de mode huppées. En maints endroits de l'île existent des marchés d'artisans ou paysans, et parfois des marchés qualifiés de hippies.

Gastronomie[modifier | modifier le code]

Outres les plats roboratifs des auberges catalanes, les véritables spécialités gastronomiques de l'île ont souvent une origine marine. Les marins-pêcheurs ont peut-être mieux que les paysans su valorisé leurs prises s'improvisant maître coq pour les habitués des plages. Mais ils étaient discrédités par les critiques locaux, aussi les restaurants les plus réputés proposaient par exemple une authentique cuisine basque ou des spécialités galiciennes, souvent parfois à partir de véritable pêche basque ou galicienne.

Criminalité[modifier | modifier le code]

L'afflux touristique, l'histoire récente de l'île avec la période hippie et aujourd'hui l'implantation massive de discothèques ont amplifié la criminalité (dans les Baléares, elle est le double de la moyenne espagnole[76]), notamment le trafic de drogue[77], à tel point que les autorités censées réprimer le trafic y sont impliquées[78]. Depuis quelques années, Ibiza est notamment réputée pour être la plaque tournante du trafic de cocaïne en Europe[79]. Avec la drogue, les discothèques et les activités nocturnes ont également entraîné une augmentation de l'exploitation criminelle de la prostitution, dont les exemples se multiplient[80], poussant le gouvernement local à envisager sa régulation légale pour lutter contre la traite des femmes que la prostitution illégale provoque[81].

paysage hors zone urbaine

Biodiversité et dégradation de l’environnement[modifier | modifier le code]

La croissance impressionnante de la friche sociale ou guàret, la déchéance ou le sursis latent des dernières installations hydrauliques qui ne pourront résister infiniment à l'appel d'eau nécessaire aux équipements touristiques, laissent un paysage qui ressemble de moins en moins au monde agricole et pastorale d'autrefois, que les Allemands des années trente croyaient issus d'un legs antique, totalement préservé par une immunisation îlienne miraculeuse. Pourtant, la plupart des plantations d'arbres, même converties en parking éphémères, sont encore entretenues, une grande partie des terres est fauchée au moins une fois dans l'année pour fournir du fourrage au derniers éleveurs, et, sans doute, pour limiter les dégâts d'incendies en laissant des paysages ouverts. La constitution d'un vignoble sur des coteaux s'accompagne de la promotion d'un vin paysan ou vi payes qui n'a jamais existé sous cette forme raffinée.

L'urbanisation sauvage de l'île et le bétonnage anarchique des côtes, le non-respect des règlementations sur la pollution, liés au tourisme, ont gravement mis en danger la biodiversité pourtant exceptionnelle de l'île, et profondément dégradé son environnement naturel. Outre les déchets jetés par-dessus bord, l'écosystème est saccagé malgré sa fragilité[82].

On observe depuis 2009 une augmentation des menaces sur l'environnement, évaluées à 12 % en 2009 par l'UNESCO, elles atteignent 36 % en 2011[83].

Le développement des installations touristiques, de l'aménagement hôtelier et de l'immobilier résidentiel, à proximité des rivages, a profondément modifié en quelques décennies les bords de plages de sables, et souvent même les criques. Cette zone maintenant urbanisée était un monde quasi-désert, il y a plusieurs siècles et souvent il y a moins d'un siècle en dehors de quelques installations portuaires ou de pêcheurs, composé de rivages de sables et de roches, à végétation rase bientôt disparaissant dans les forêts de pins bien entretenues. Le monde agricole et pastorale dense de l'île regroupait ses habitats sur le rebords des vallées et s'étendait à l'intérieur, là où, depuis la déprise agricole et dehors des zones reprises par une rurbanisation efficace, facilitée par la petitesse de l'île, les récentes friches et les anciennes chaumes des plateaux reprennent selon les cas l'état de zones semi-humides (fonds de vallées parfois autrefois irriguées), de garrigues et de forêts plus ou moins ouvertes[84].

Plantes et arbustes typiques des garrigues[modifier | modifier le code]

Dans les fonds de vallée humides, autrefois cultivés ou à proximité d'anciens regadios, poussent l'arum d'Italie, le roseau a quenouilles, l'asperge sauvage, l'épilobe à grandes fleurs et l'oseille crépue. Sur les pentes sèches et les passages piétinés résiste le plantain corne de cerf. Les arbustes et arbrisseau de la garrigue ou envahissant les friches se remarquent le myrte commun, le laurier rose ou oléandre toxique bien connu par ses brûlures chimiques[13], l'arghel ou coton sauvage, l'inule visqueuse, le pistachier lentisque, le tamaris, le gattilier ou arbre au poivre... Au bord de la mer résiste le romarin des rivages.

Champignons[modifier | modifier le code]

Les ibiçencos, solides marcheurs, sont de fervents collecteurs de champignons comestibles, notamment :

On trouve aussi communément l'amanite tue-mouche toxique et le clathre rouge fort répulsif.

Oiseaux[modifier | modifier le code]

Les passereaux familiers des milieux humides à l'intérieur de l'île sont surtout la rousserolle turdoïde, dénommée "rossignol des rivière", la fauvette dite rousserolle effarvate, le bruant zizi, le bouscarle de Cetti, le cisticole des Joncs... Dans ces mêmes milieux, aussi la gallinule poule d'eau[14]. Au voisinage des sous-bois et des fourrés buissonneux, il est possible parfois d'entendre les chants mélodieux du rossignol philomèle[15] ou du troglodyte mignon[16].

Résidents permanents de l'île en toute saison, la bergeronnette grise, avec son hoche-queue incessant qui la surnomme[17], et le merle noir[18] égaient les jardins ibiçencos, à l'instar de leurs cousins de nos jardins d'Europe occidentale en bonne saison.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En effet, l'archipel des Pityuses ne fait pas partie de l'archipel baléarique. Mais l'apparente proximité des archipels, l'orientation courbe ou continuité de l'arc îlien et surtout les anciennes gouvernances catalanes, puis castillanes, à l'instar des plus récentes, ont opéré ce rapprochement, bien plus réel sur un plan géopolitique malgré les particularismes propres à chaque île. Minorque, par sa longue occupation anglaise, ne fait pas exception à cette règle de diversité.
  2. Ces adjectifs sont proposés par Yves Michaud, dans son ouvrage Ibiza mon amour, opus cité.
  3. L'archipel est l'objet d'étude de l'encyclopédie d'Ibiza et de Formentera, soit Enciclopèdia d’Eivissa i Formentera, opus cité mise primitivement en ligne sous www.eeif.es
  4. La Generalitat désigne, selon la tradition médiévale, l'impôt général sur le revenu et sa perception.
  5. La communauté autonome était la plus riche d'Espagne au début des années 1990, bénéficiant d'une croissance économique de l'ordre de 5%, depuis la fin des années 1980.
  6. Paysages de rivages d'Ibiza en périodes non touristiques [1]
  7. Michel Drain, opus cité, affirme cette seconde place baléare avant 1990 par une population communale approchant 30 000. Vidéos de TV Ibiza sur une ville paisible hors boom touristique, d'abord terrestre [2] puis par drone aérien, un aperçu spectaculaire de la ville et de la crique saint Jacques [3]
  8. Le site de l'ancienne ville punique se nomme Puig do Molin. Les Phéniciens auraient implanté la culture du caroubier.
  9. Une hypothèse proposée par Louis Deroy, Marianne MULON, Dictionnaire des noms de lieux, Les Usuels, Le Robert, 1992. Poeni est le nom latin du peuple carthaginois. Sur ce mode de raisonnement, André Cherpillod dans son dictionnaire étymologique des noms géographiques, Masson, Paris, 1986, propose ī busim, soit via l'étymon hébreu bésem "l'île des Parfums". Belle dénomination selon une hypothétique diaspora juive de l'époque romaine. D'autres auteurs proposent une invocation au dieu Bès de la mythologie phénicienne, à la fois dieu du foyer et de la "tranquille et bonne mort", selon ses faciès ridés, grimaçants ou rieurs.
  10. C'est l'origine des îles Pityuses, opposées aux Gymnésies occidentales.
  11. Michael Dietler, Carolina Lopez-Ruiz, Colonial Encounters in Ancient Iberia: Phoenician, Greek, and Indigenous relations, University Of Chicago Press, 2009, page 80 : The Phoenician town of Ibosim, later to become Roman Ebusus and modern Ibiza (or Eivissa), was founded by 600 BC.
  12. Le nom grec actuel est ‘Έβετος
  13. Évolution détaillée par Louis DEROY et Marianne MULON, Dictionnaire des noms de lieux, déjà cité
  14. Ce chef de légions romaines, honoré du nom de balearicus, y initie une forte colonisation romaine, en particulier à Pollentia, et fonde la cité de Palma, ainsi que Ciutadella.
  15. Il s'agit de populations d'origines diverses : locales, ibères, puniques, africaines... avec leurs langues, croyances, traditions...
  16. Ce contrôle de l'autorité, base de l'impérium romanorum, s'applique aux côtes de la mer méditerranéenne, la mare nostrum des Romains (cf. histoire romaine classique). Les plantations de pins, essences en usage pour la construction navale selon Pline l'Ancien, ont réussi jusqu'à nos jours et c'est probablement l'origine du nom grec tardif Pityoussa. Sur l'aspect d'histoire botanique et des paysages des côtes méditerranéenne, Fabio Benzi, Luigi Berliocchi, L'histoire des plantes en Méditerranée, Actes Sud, Motta, 1999, 176 pages, ISBN 2-7427-2410-9.
  17. La rapide description proposée se base sur le modèle archéologique et historique de la reconquête terriblement destructrice de la péninsule italienne au milieu du VIe siècle par l'armée byzantine sous Justinien. Les descriptions de Procope de Césarée, côté byzantin, et de Jordanès, côté goth, sont aussi complémentaires, à savoir la longue guerre des Goths. Par ailleurs, Sicile et royaumes de Naples, parties de l'extrême botte italienne (hors réduit ethnique de l'ultime Grande Grèce), présentent nombres d'analogies historiques, qui ne sont pas fortuites : interface entre latinité chrétienne et Islam romano-sémitique, domination normande et plus tard catalane. Cette description a ici le mérite de faire comprendre la facilité des incursions arabes et leurs installations dès 711 sur les Pityuses.
  18. La pandémie gagne toute l'Europe continentale, probablement à cause de variations climatiques capricieuses, faisant alternant brusquement des séries d'années tropicales avec des retours glaciales. Ce qui expliquent partout les grands taux de mortalité et le retour aux faibles densités de populations.
  19. La distinction subsiste entre les deux archipels : Ibiza et Formentera sont dites maghrébine ou occidentales, Majorque et Minorque orientales. La conquête des dernières a été délicate et plus difficile. La marge orientale de Majorque n'est pacifié qu'à la fin du IXe siècle et surtout après 902 par Al-Khaulani, qui en deviendra wali jusqu'à sa mort en 912.
  20. « Hameau de Balàfia »
  21. These are the names: studies in Jewish onomastics, Bar-Ilan University Press, 1997, page 81, Eivissa(Catalan and used alongside today's Castilian version);Ibosim (Carthage-Phenician);Ebisos(Greek);Yebisah(Arab, Ibiza town known at this period as Madina Iabisa), ISBN 965-226-192-0
  22. Pour comprendre la reconquête de l'Espagne, il faut surtout observer l'évolution politique et économique de cet occident musulman [4]
  23. Il s'agit du rusé roi Muset des légendes chrétiennes. Ce souverain de la cour de Denia devient le chef d'un royaume indépendant dont le cœur est la région de Valence. Il règne trente années sans partage.
  24. Selon al-Maqari, les îles sont la plaque tournante du commerce du bois et du sel. Ce sont aussi des centres de piraterie, plus ou moins soumis au souverain des îles. Elles suscitent depuis longtemps la convoitise des dignitaires almoravides du Maroc.
  25. Ils semblent déjà surveillé, taxé et ghettoïsé dans les villes, les plus pauvres, parfois se vendant eux-même comme esclaves, sont le plus souvent opprimés dans les campagnes.
  26. Parmi eux, El Cid campeador sera transformé en preux et noble combattant castillan dans la pièce de Corneille, Le Cid.
  27. Il ne reste selon eux que les salines des Pituyses des nombreuses dévastations économiques depuis le milieu du XIe siècle.
  28. Le comte hésite, lucide devant l'ampleur des combats pour conquérir les îles, alors que les Pisans lui rappellent l'appui de Rome pour toute croisade et l'efficacité conquérante des hommes du Nord, mené pas Sigurdr.
  29. En mars 1015, les agresseurs sont pourtant sur la point de l'emporter, le wali ayant fui à la nage, mais les renforts maures surviennent et les pillards chrétiens doivent s'enfuir à toutes jambes. Ce n'est pas ce que rapporte le Liber Maiolichinus, qui conte, pour sa propagande dynastique, les exploits supposés du merveilleux Croisé Ramón Berenguer III de Barcelone.
  30. Ishaq est le fils du premier wali almoravide, Mohammed [5]. Il règne jusqu'à sa mort en 1185.
  31. Chronique du roi Jacques Ier
  32. Le droit de conquête n'avait été accordé nominalement qu'à des compagnons de guerre du roi, Don Pedro du Portugal et le vaillant Nuño Sançh. Mais ces deux possesseurs, peu enclins à investir dans une coûteuse campagne, avaient rétrocédé momentanément ce droit à cet émissaire de la Providence, recommandé par l'archevêque de Tarragone. Le pape était aussi soucieux d'extirper, au moins officiellement, la religion musulmane, soit "sauver l'île des mains impies".
  33. Le roi possède légalement la moitié des terres en superficie et les forteresses-clefs. L'archevêque, spolié, demande le fruit de sa participation en terres, biens, or et argent de remboursement.
  34. Il organise de facto la déportation des pauvres proscrit(e)s ou condamné(e)s et obtient un paiement-rachat des autres plus aisés, espérant ainsi financer la venue d'autres colons plus vertueux.
  35. Elle préserve les limites des quatre anciens bans (bannum romain, vandales, wisigoths, bânu ommeyade, nommés au XIIIe siècle par des appellations berbères bânu Maymum, Qarbaz, Farda, Hawwâra), renommés ensuite quarterons (de Port(u)many, de Benizamid/Palanza, Riu/Santa Eularia, Villa/ Lano de Villa ou las salinas
  36. Ces cultures sèches, en réalité une agriculture sophistiquée andalouse, toujours associée intimement à une arboriculture, concernent l'orge, l'avoine, le blé, le seigle, le sarrasin, les oliviers, amandiers, caroubiers, abricotiers, pêchers, figuiers, vignes, grenadiers, cerisiers, pruniers, citronniers, bergamotier, orangers bigaradiers... Dans le modèle de réserve du maître évoquée ci-dessus, l'irrigation par sillons ouverts ou rigoles permet de cultiver fèves, lentilles, pois et pois chiche, carottes, asperges, artichaut, aubergine, chou-fleur, riz, canne à sucre, des plantes à bulbes condimentaires comme l'oignon, l'échalote, l'ail, de multiples variétés de concombres, radis, épinards, panais, navets, bettes ou arroches, betteraves, poireaux, céleris, cardons, choux, salades et laitues, chicorée, mâche, oseille, salsifis, doliques à œil noir, lin, chanvre ... Les légumes sont cultivés selon l'art andalou dans ces hortalya, en particulier selon les espèces sur les buttes plus sèches ou dans les replis de terres humides. Les canaux d'amenée d'eaux ou régadios sont souvent à l'ombre des noyers ou d'autres arbres fruitiers thermophiles. Près des canaux de drainage, éliminant les eaux ayant servi à l'irrigation, il est possible d'y trouver palmiers et bananiers.
  37. Très vite, les colons catalans, souvent appelés pour encadrer et faire travailler des habitants résiduels ou récalcitrants, comprendront leurs intérêts à rejoindre ces communautés et de s'allier aux familles locales. Les changements insensibles des rapports de forces politiques expliquent la tolérance et la capacité de négociations des autorités catalanes au XVe siècle siècle
  38. L'élevage des magnifiques chiens de chasse des dignitaires écclésiastiques, en particulier les fougueux lévriers podencos, bénéficie de faveurs de l'archevêque. L'essor de l'élevage extensif et itinérant du mouton, lié alors à un renouveau de l'investissement urbain, et celui de l'élevage intensif du lapin en clapiers datent surtout du XVe siècle siècle. La transhumance ovine semble régresser plus vite à la fin de l'époque moderne. La transhumance des troupeaux porcins se maintiendra encore au début du XXe siècle siècle.
  39. Elle l'est pour les rois catholiques Ferdinand et Isabelle. L'essor de navigation atlantique fait oublier les îles méditerranéennes. Toutefois les crises mayorquines sont plus précoces, 1450-53, 1480..., 1492, avant d'exploser lors du carnaval sanglant de 1521 à Majorque en guerre civile des guildes et communautés, nommée germania guerra. Les membres des Guildes de Las palmas veulent libérer leurs sept chefs emprisonnés, ils prennent le château de Bellver et massacrent la garnison. Le vice-roi Don Michel se réfugie à Ibiza, auxs sujets restés atones sur le plan politique. La prise de pouvoir laisse la place à un régime populiste et répressif, mené par Joanot Colom. D'Ibiza, part une reconquête armée, de l'aristocratie et de la couronne.
  40. Dès 1517, cette force de répression impose un calme de la terreur.
  41. Le taux de criminalité est comparable à la Corse du XVIIIe siècle.
  42. Les îles un temps oubliés fournissent pour la Couronne un appui militaire et un indispensable relais de gestion pour les possessions italiennes éphémères ou pérennes, notamment le royaume des deux Siciles. Mais a contrario, l'investissement maritime attire les forces corsaires rivales à la solde des forces ottomanes d'Alger, parmi lesquels le corsaire Barberousse.
  43. Les altérations semblent moins extrêmes qu'au VIe siècle siècle, mais correspondent à l'évolution climatique de l'Europe occidentale.
  44. [6]. La domination britannique sur Minorque conquise en 1708 durera jusqu'en 1802, date de la rétrocession négociée à la couronne d'Espagne, mise à part l'occupation joyeuse de la marine française de 1756 à 1763.
  45. La Catalogne, le pays de Valence et, d'une manière générale, les anciens états de la couronne aragonaise préféraient à l'absolutisme centraliste du camp bourbon la monarchie traditionnelle, tempérée par la délégation de pouvoir à des représentants locaux. Aussi le comte de Zavella, émissaire des Habsbourg, avait bénéficié d'un appui populaire pour ridiculiser et évincer le gouverneur des îles aragonaises à Majorque. La flotte majorquine et eivissenque avait même permis la victoire carliste lors du blocus de Barcelone.
  46. Ivice - Document cartographique disponible sur Gallica
  47. Majorque possède a contrario une importante garnison et une flotte de guerre active, mais aussi une ville centrale, Palma.
  48. Cette technique paysanne était pratiquée exclusivement au temps des Hippies, elle était visible encore dans les années 1990 chez les vieux paysans alors que tracteurs et moissonneuses avaient déjà envahi les grands domaines depuis deux décennies.
  49. Bien plus tard, à partir de la fin des années 1960, le maïs est semé début décembre dans les grands champs, aspergés mécaniquement. Mais il s'agit d'une maïsiculture moderne.
  50. Ce piment doux semble bien être connu dès le XVIIe siècle, mais pas encore sous les deux formes actuelles de poivrons verts et de poivrons doux.
  51. Les plantes aromatiques sont cueillies ou cultivées depuis l'antiquité : anis, origan, sauge, thym, basilic, mélisse, sarriette, moutarde, ciboulette, laurier, câpre, safran...La liqueur d'herbes, nommée hierbas dans les années 1970, était essentiellement aromatisé à l'anis.
  52. Cette filière paysanne, associée à celle du lin, est encore active début XXe siècle, mais elle disparaît avec l'invasion de la toile de jute indien.
  53. Jeannine Verdès-Leroux, « Les Français d’Algérie de 1830 à aujourd’hui. Une page d’histoire déchirée », Fayard, 2001, 492 pages. Les immigrés espagnols, venus en majorité des contrées et rivages andalous ou des îles catalanes pauvres, constituent une forte minorité de 150OOO individus recensées dans l'Oranais à la Belle Époque
  54. Tous ne sont pas freaks, c'est-à-dire obsédés de sexe ou pratiquant une sexualité débridée.
  55. Le journal d'Ibiza ici cité deviendra apparemment plus progressif dans les années 1970, instaurant une rubrique ou chronique ouverte, intitulée "Ibiza mon amour", inspirée du film d'avant-garde "Hiroshima mon amour". Beatnik et hippy sont décrits dans la littérature sociologique américaine. Le terme hippy vient de l'anglo-américain, hipster, personnage fan de musique jazz et de drogues. Ne se contentant pas d'écouter, ils sont aussi modestes musiciens. Charlie Parker, alias birdie, le créateur du be-bop souvent honni par les puristes du jazz français, est sur bien des points un créateur hipster méconnu. Sur l'aspect spécifique à Ibiza, développé aussi plus loin, lire Yves Michaux, opus cité et les archives du journal (diario) d'Ibiza
  56. Ni sportifs ni francs adeptes du boulot, hors de toute catégorisation politique hormis un idéal pacifique et écologique, un sens de la contestation sociale, chevillé au corps, les hippies laissés à eux-mêmes sans soucis profitent plutôt du soleil, de la plage estivale, de musique planante et prônent une vie de loisirs et de farniente. Ils ne vivent pourtant pas d'amour et d'eau fraîche. Des proches parents, pas souvent leurs géniteurs fâchés, mais souvent de catégories sociales élevées, leur assurent un revenu, souvent bien supérieur à celui de l'ibiçenco moyen.
  57. Yves Michaud, « Ibiza mon amour », émission Idées sur France Culture, 3 juin 2012. il faut mettre en parallèle ces chiffres croissants avec l'afflux touristique, d'ailleurs plus précoce, sur la grande île des Baléares, Majorque, soient 500 000 touristes en 1960, 3 millions en 1973, 4,8 millions en 1998, presque 9,5 en 2013, selon Michel Drain, opus cité.
  58. Les fêtards sortant de leurs nuits en boîte croisent bien souvent juste à l'aube les ombres fugitives des cultivateurs ou jardiniers amateurs se pressant vers leurs huertas.
  59. d'après la thèse de Jean Bisson, opus cité
  60. Les besoins en eau par ha de parcelles de champs cultivés et par année seraient estimés à 8700 m³.
  61. Les chiffres estimés pour l'aéroport d'Ibiza en 1986 et ceux pour les autres aéroports suivants en 1990 proviennent de l'article de Michel Drain, opus cité. Le décalage temporel ne fausse pas le raisonnement car les courbes de transit commençaient à tendre vers un palier : nous sommes avant la crise/effondrement de 1991.
  62. Une découverte de l'île moderne par quelques images défilantes de sa voirie et ses rivages hyperfréquentés depuis les platines installées dans le studio de la radio Ibiza global, sur un rythme balearic lancinant[7]
  63. Joachim, Rothier, Gevers, opus cité.
  64. | Reclam de xeremies soit un double chalumeau sans sac
  65. Ball pagès, une danse typique d’Ibiza et aspects du folklore préservé par le groupe de Sant Jordi de Salinas. Le bois habituel du tambour est le pin des rivages, sa peau en peaux de lapin ou de chèvre tannées et tendues. Les castagnettes sont en racine de genévrier, les flûtes en laurier-rose...
  66. Il y a d'abord la semaine sainte ou semana santa, soient les jours qui se clôture à Pâques, avec le chemin de Croix de la levée à la descente de Croix sous l'égide des confréries, mais aussi año nuevo le 1er janvier, l'épiphanie ou les rois mages reyes magos le 6 janvier, Saint Joseph le 19 mars, l'Ascension, la Saint Pierre et Paul le 29 juin, l'Assomption le 15 août, Toussaint ou Todos los santos le 1er novembre, la fête de l'Immaculée conception le 8 décembre, la Nativité après la vigile du 25 décembre, saint Sylvestre le 31 décembre...
  67. San Antonì pour San Antonio Abad ou Portmani le 17 janvier, Santa Eulalia le 12 février, la saint Georges ou Sant Jordi le 23 avril, San Josep le 19 mars, saint Joan le 24 juin, la Jesus le 8 septembre, San Mateo le 21 septembre, San Miquel le 29 septembre. Les fêtes religieuses respectives des deux îles catalanes, Eivissa et Formentera, célèbrent la reconquête chrétienne, du 4 août au 8 août et du 22 au 25 juillet, soit la fiesta de Santiago (san Jaìme, san Jago ou saint Jacques le matamore). La fête de la mer, commune aux deux îles, accompagne la procession maritime des pêcheurs et des marins du 16 juillet, à l'origine des régates.
  68. Les chapeaux les plus simple ou l'armature des chapeaux de fête sont également en paille d'esparto. Ce sont des réalisations paysannes, au me titre que les paniers en vannerie.
  69. Une des raisons de la qualité du travail du fer est probablement la présence antique de mines, nécessitant des objets de taille ou à pointe performants.
  70. De nombreux services restent fermés ou au mieux desservis au service d'entretien. Les tentatives de prolongation culturelle et festive de la saison ont existé, par exemple avec le festival du cinéma Carthago début octobre dans les années 1980 et 1990.
  71. Walther Spelbrink, opus cité
  72. Yves Michaud, Ibiza mon amour : Enquête sur l'industrialisation du plaisir, Nil,‎ 2012, 351 p. (ISBN 2841115208) ou encore dans un mode parodique, le film People, jet set 2, opus cité
  73. Les inventaires des plages sont souvent détaillés selon leurs accès et leurs offres de services[8]
  74. Punta Arabi
  75. ctra Portinax
  76. elmundo-eldia.com 13 mars 2005, Baleares tiene la tasa de criminalidad más alta de España doblando la media nacional.
  77. Eivissa Confidencial 26 septembre 2006, Més tràfic de drogues i més eficàcia policial.
  78. (es) Diario de Ibiza Los «narcos» apresados en Eivissa vendían parte de la droga en la isla en verano 18 juin 2007.
  79. elmundo-eldia.com du 16 avril 2004, La cocaína llega a Europa en yates que entran por el Mediterráneo y pasan por Baleares
  80. (es) « Una `madame´ obligaba a otra mujer a ejercer la prostitución en Santa Eulària »
  81. (es) « El Govern apuesta por regularizar la prostitución »,‎ 19 novembre 2009
  82. site amics de la terra eivissa
  83. Indicateurs des menaces sur la biodiversité.
  84. Pour connaître une petite contrée, l'analyse géographique par bassin versant est une première approche, complétée par une étude naturaliste et historique.Johannes Wagner, opus cité. On peut découvrir Es Broll sa grande source [9] coulant vers la vallée de Buscastell [10], ou l'ensemble de cette contrée [11] ou [12]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Enciclopèdia d’Eivissa i Formentera, en 12 volumes en langue espagnole (11 parus en 2011, déjà partiellement en ligne sur internet).
  • Miquel Barceló, "Immigration berbère et établissements paysans dans l‘île d’Eivissa, 902-1235, à la recherche de la logique de la construction d’une nouvelle société", in Jean-Marie Martin (éditeur),Castrum VII, Zones côtières et plaines littorales dans le monde méditerranéen au Moyen-Age: défense, peuplement, mise en valeur, collection de la Casa de Velázquez n°76, Rome Madrid, 2001, 578 pages (pp. 291-321) ISBN 9788495555229
  • Barthomeu Barcelo y Pons (dir.), Atlas de les Illes Balears, Geografic, Economic, Historic, Edicions Diafora, Barcelone, 1979, 88 pages.
  • Jean Bisson, La terre et l'homme aux îles Baléares, Edisud, Aix-en-Provence, 1976, 409 pages.
  • Tom Burns, Voyage aux Baléares, éditions Artaud, 1990, 128 pages. Traduction-adaptation par Isabelle Séjourne de l'ouvrage anglais de Tom Burns et Paul Sterry, Publications de l'association automobile de Grande-Bretagne, 1990. ISBN 978-2-7003-0825-9
  • Hans Cornelius (texte), Othmar Baumli (photographies), André Cavin (adaptateur), Les Baléares : Majorque, Ibiza, Formentera, Minorque, Bibliothèque des Arts, Lausanne-Lucerne-Paris, 1979, 182 pages.
  • Andrew Eames (dir.), Le Grand guide des Baléares, Bibliothèque du voyageur, Gallimard, 1992, 294 pages, traduction-adaptation de l'anglais par Anne Collas et Valérie Pousse du Insight Guide Mallorca, Menorca & Ibiza, Apa productions HK Ltd, 1991. ISBN 978-2-07-056766-9
  • Michel Drain, petit article sur "Les Baléares", Encyclopædia Universalis, édition 1998, volume 3, p. 708.
  • Ferdinand Joachim, Philippe Rothier, Valérie Gevers, Ibiza le palais paysan : essai sur les formes et les techniques dans l'habitat archaïque, Archives d'architecture moderne, Bruxelles, 1988, réédition 1990.
  • Felipe Fernàndez-Armesto, "Naval warfare after the viking age (1100-1500)", in Maurice Keen (dir.), Medieval Warfare, a history, Oxford University Press, 1999, pp 230-240, ISBN 978-0-19-820639-2.
  • Felipe Fernàndez-Armesto, Before Columbus: Exploration and Colonization from the Mediterranean to the Atlantic, 1229-1492, Middle Ages Series, University of Pennsylvania Press, Inc., 1987, 294 pages. ISBN 978-0812214123
  • Eberhard Mayer, Die Balearen : sozial- und wirtschaftsgeographische Wandlungen eines mediterranen Inselarchipels unter dem Einfluss des Fremdenverkehrs, Geographisches Institut der Universität, Stuttgart, 1976, 368 pages.
  • Carlos Vico, Voyage à Ibiza l'insolite, édition Blume, Barcelone, 1978, 158 pages avec prologue de Cosme Vidal Juan.
  • Yves Michaud, Ibiza mon amour : Enquête sur l'industrialisation du plaisir, Nil,‎ 2012, 351 p. (ISBN 2841115208)
  • Walther Spelbrink, Die Mittelmeeerinseln Eivissa und Formentera : kulturgeschichtliche und lexikographische Darstellung, Barcelona, 1937.
  • Danielle Rozenberg, Tourisme et utopie aux Baléares, Ibiza une ville pour une autre vie, collection Tourisme et société, L'Harmattan, Paris, 1990, 200 pages. Son compte-rendu et résumé dans la revue française de sociologie[19] et dans les Annales de géographie[20]
  • Johannes Wagner, La vallée de Buscastell à Ibiza, une étude géographique, Stuttgart, édition à compte d'auteur, 96 pages, texte libre sur internet, 2012.
  • Johannes Wagner, Natur und Landschaften von Ibiza und Formentera, édition d'auteur, Stuttgart, 2012, 306 pages.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • La Maison France 5[1] en août sur l'île d'Ibiza. Une série de cinq émissions en résidence à Ibiza et aux Baléares, quelques découvertes architecturales à Santa Eulalia[2], à Ibiza-ville, des fincas rénovées et gîtes-chambres d'hôtes aux hangars à bateaux reconvertis en logis minimalistes des bords de mer.
  • People (jet set 2), film long métrage, type comédie parodique et caricaturale, réalisé par Fabien Onteniente (France-Espagne, 2004). La description des fêtes emprunte beaucoup à la vision cliché d'Ibiza au tournant des années 2000, drogues et (homo)sexualité inclues. Animation à la mode locale ou images parfois réelles de l'Amnésia ou du Privilège, avec segmentation personnalités ou entrées people/plancher de danse des entrées communes, Aperçu de l'arrivée à l'aéroport ou départ de l'aéroport, des techniques de racolage et de remplissage, avec les bus de ramassage, des principaux spectacles, des cérémonies d'aspersion de mousse ou spuma, de danse non stop d'after au DC10.

Muséographie[modifier | modifier le code]

  • Musée ethnologique de Can Ros à Santa Eulalia, créé en 1994.
  • Musée de la cathédrale d'Eivissa.
  • Musée d'art contemporain, sur les remparts de la Dalt Villa.
  • Musée archéologique d'Ibiza siège à la Dalt Villa (1907-1979), depuis fermé ou souvent en travaux (2010)
  • Musée archéologique d'Ibiza, section Puig d'Es Molin, via Romana, à côté de la nécropole carthaginoise fouillée (trouvaille du buste de la déesse Tanit ainsi que de nombreux objets puniques).

Musicographie[modifier | modifier le code]

  • Defected In The House, Ibiza'11, The Balearic sound of saturday nights at Pacha and beyond, this is spiritually Ibiza, en trois CD édités par Simon Dunmore, ITH ltd, 2011.
  • Une autre interprétation de l'électromusique baléarique par un maître DJ américain [21]

Romans[modifier | modifier le code]

  • Gonzalo Torrente Malvido, Hombres varados (Hommes échoués), Destino, Barcelone, 1960 (réédition 1963).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]

  1. La Maison France 5
  2. La Maison France 5 à Santa Eulalia à Ibiza