Ibiza

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Ibiza
Eivissa (ca)
Image illustrative de l'article Ibiza
Géographie
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Archipel Îles Baléares
Localisation Mer Méditerranée
Coordonnées 38° 59′ N 1° 26′ E / 38.98, 1.4338° 59′ N 1° 26′ E / 38.98, 1.43  
Superficie 572 km2
Point culminant Sa Talaia (476 m)
Administration
Communauté autonome Îles Baléares
Démographie
Population 132 637 hab. (2010)
Densité 231,88 hab./km2
Plus grande ville Ibiza
Autres informations

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Ibiza, en catalan : Eivissa, parfois dénommée Iviça, est la plus occidentale des trois grandes îles de l'archipel des Baléares. Ces îles, anciennement catalanes, forment une province du royaume d'Espagne en mer Méditerranée.

Ibiza a connu un prodigieux essor touristique au XXe siècle et affirme au début du XXIe siècle une identité « festive, multiculturelle, ludique et cosmopolite »[1]. Elle semble aussi récemment être tentée par un désir de passé folklorique et historique.

Géographie[modifier | modifier le code]

Ibiza se situe à une centaine de kilomètres à l'est du cap de La Nao et à 80 kilomètres des côtes de Valence, dans la péninsule Ibérique. Elle est également relativement proche des côtes algériennes. L'archipel des Pityuses comprend l'île d'Ibiza et celle de Formentera. Avec Majorque et Minorque, elle forme la province espagnole des Baléares. Les Baléares constituent l'une des dix-sept communautés autonomes (régions) espagnoles instituées en 1978.

Sa superficie est de 572 km2, l'altitude maximale correspond au sommet de Sa Talaia, qui culmine à 475 mètres. Sa population, qui croît encore fortement, compte en 2010 132 637 habitants dont 42 000 qui habitent sa capitale éponyme.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'île avec ses baies verdoyantes, ses collines et monts forestiers est peuplée au Néolithique, par des peuplades dont la moindre des choses connues est qu'elles ne sont, aux points linguistique et culturelle, ni indo-européennes ni sémitiques.

Une île sous le contrôle des thalassocraties phéniciennes et puniques[modifier | modifier le code]

En 654 av. J.-C., les Phéniciens fondèrent un port dans cette île de l'archipel des Baléares, qu'ils nommèrent Ibossim, pour les nécessités du commerce de vin et de sel, de marbre et de plomb[2]. À la suite du déclin de la métropole phénicienne, réduite par les Assyriens, Ibiza passa sous la dépendance de Carthage, plus grande colonie phénicienne de la mer Méditerranée. Le nom punique ybšm nous est connu par une découverte archéologique de monnaies et gravures datant du IVe siècle avant J.-C. Une interprétation en langue sémitique suggère une île (préfixe caractéristique y), un radical bš qualifiant probablement les habitants, si la terminaison m ou im indique la marque du pluriel. Dans ce modèle simple, les premiers habitants, pas nécessairement phéniciens ou Poeni, peut-être ibères ou peuplades de mer, seraient des būsim ou bosoim[3].

La déesse carthaginoise Tanit

Des navigateurs Grecs fréquentent régulièrement les rivages de l'île, comme le confirme l'historien hellène Timée de Tauroménion, cité par Diodore de Sicile. S'installent-ils aussi à Ibiza, à la même époque que les Phéniciens ? Une cohabitation est peu probable, connaissant la violence des guerres gréco-puniques qui ravagent la Méditerranée occidentale, et qui ne laisse que des rancunes tenaces. En tous cas, ces grands voyageurs de la Grande Grèce nommèrent tardivement selon Plutarque Pityûssai ou Pityoussa - littéralement : « couvertes de pins » ou îles aux pins - les îles du sud-ouest de l'archipel, Ibiza, Formentera et leurs îlots proches[4].

De l'imperium romain à sa disparition[modifier | modifier le code]

Le nom de l'île, adopté au masculin par les Romains, deviendra d'après Pline l'Ancien ou Tite-Live Ebusus[5]. Dans l'Empire gréco-romain tardif, selon Strabon, le terme grecque est Ebousos[6]. Mais, comme toutes les îles gréco-romaines, le nom sera ensuite féminisée en Ebusa. Cette forme est bien à l'origine des diverses formes connues : catalane Eivissa, castillane Ibiza, arabe yābisa[7].

La marine romaine dès le Ie siècle de notre ère gère à son profit les salines et les plantations de pins sur les rivages aux sols fortement dégradés, après la disparition de la forêt, pillés pour les besoins de la navigation[8]. Avant ces aménagements de longue haleine qui verdissent les abords et parfois les pentes intérieures, Ibiza et Formentera dévoilent surtout leurs escarpements rocheux et leurs terres argileuses, couvrant une large gamme de rouges. Mais avec l'érosion, ces aspects sauvages et colorés, appréciés par les peintres nordiques, réapparaissent facilement.

Monnaies romaines

Les cultures dont s'occupent les quelques grands domaines de l'île sont principalement les bleds, les vignes et les oliveraies. Ainsi sont construit des moulins à huile perfectionnés avec une grande meule, appelé localement trull. La christianisation de l'île est effectuée au IVe siècle. Elle s'appuie sur l'évêché de Tarragone qui a pris en charge l'évangélisation et la surveillance des populations de l'antique province de Tarraconaise.

La domination de la marine romaine s'évanouit avec l'arrivée de militaires barbares, les Vandales d'abord venus des ports andalous avec l'aide initiale de marins ibériques. Leur période de domination ne change aucunement la structure d'exploitation latifundiaire, de même qu'elle n'entrave pas les relations maritimes de l'île, étendues et importantes de la Bétique à la Corse, la Sardaigne et à la Tunisie. Mieux elle met fin aux monopoles institués par l'ordre romain et libère les échanges, y amenant des formes de piraterie captatrice de richesse au profit de l'île. Mais l'essor est court, les derniers Vandales d'Andalousie doivent se soumettre au puissant roi des Wisigoths qui réoriente commerce et trafic au bénéfice de la côte proche et la cité de Tarragone, centre conservateur chrétien. Les mercenaires de la flotte byzantine sous Justinien conquièrent les Baléares au milieu du VIe siècle dans un déchaînement de violence inouï malgré une faible résistance.

Une minuscule marge îlienne de la Chrétienté : Conquista et Reconquista[modifier | modifier le code]

Suite à ses dévastations, les îles sont facilement envahies par les musulmans à la fin du VIIIe siècle. Ils laissèrent la culture de l'amandier dans les vallées et quelques traces architecturales encore visibles aujourd'hui[9]. L'île d'Ebusa était désignée par les Arabes sous la forme dérivée Yebisah quand la ville connue aujourd'hui comme Ibiza/Eivissa était désignée par les arabophones comme Madina Iabisa[10]. En arabe dialectal, yebisah ou yābisa signifie "la sèche" ou "la blanchie de soleil". Cette interprétation peut s'appliquer à quelques constructions, tours et phares de surveillance dont les fondements sont très anciens, mais nullement à l'île qui paraît verte et rouge.

Après trois siècles de domination musulmane qui virent les Baléares dépendre du califat de Cordoue, puis de la Taïfa de Dénia avant de devenir un émirat indépendant, Ibiza, Formentera et Minorque furent envahies par le roi norvégien Sigurd Ier de Norvège dit le croisé au printemps 1110 sur le chemin de sa croisade vers Jérusalem, après qu'il eut libéré Sintra, Lisbonne et Alcácer do Sal et les eut remises sous domination chrétienne.

La reconquête chrétienne fut ensuite menée par Jacques Ier le Conquérant, roi d'Aragon, qui s'empara de Palma de Majorque en 1229 et organisa la prise d'Ibiza en 1235. En 1343, les îles furent unies à la couronne d'Aragon et remise à la province chrétienne tarraconnaise. Ibiza n'est alors qu'une "finca" des évêques de Tarragone. Les habitants soumis au servage sont misérables. Ils parlent alors un dialecte catalan, typique des îles Baléares. En saison sèche, les troupeaux de porcs, de moutons et de chèvres, appartenant à l'évêque ou ses chanoines, ou placés sous leurs honorables protections, débarquent pour paître dans l'île qui, de loin, semble toujours verte.

Au siècle suivant, alors que Palma de Majorque fut quasiment anéantie par les Turcs, la ville d'Ibiza se dota d'une enceinte fortifiée. De nombreuses tours de guet furent construites pour la défense de l’archipel (par exemple La Torre des Carregador du XVIe siècle). Elles ne furent jamais dotées d’artillerie. Militairement, ces tours furent abandonnées vers le XIXe siècle. Elles sont appelées « Atalaies » (du catalan Atalaia, dérivant de l'arabe Atalayi qui signifie sentinelle). Elles sont constituées d'un rez-de-chaussée et d'un étage auquel on accède par un escalier en colimaçon. La surveillance des tours était assurée par un ou deux gardiens. Un feu la nuit ou la fumée le jour annonçaient aux villages alentour l’arrivée de pirates.

Les églises furent édifiées sur un type défensif afin de protéger les villageois (bel exemple de l’église de Santa-Eulàlia ou celle de Sant-Carles). L'habitat est dispersé et souvent éloigné des côtes, marqués toutefois par l'exploitation des marais salants.

Une terre verte, mais pauvre[modifier | modifier le code]

En 1715, victorieuse à l'issue de la guerre de Succession d'Espagne, la dynastie des Bourbons s'empara de Majorque et d'Ibiza, qui s'étaient alliées aux Habsbourg. La domination britannique sur Minorque durera jusqu'en 1802.

En français, Ibiza était nommée jusqu'au milieu du XIXe siècle Ivice sur nombre de cartes d'alors[11].

La population ibiçenca est alors très pauvre et surpeuplée lorsqu'elle approche 20 000 habitants. Les cultures méditerranéennes assurent la subsistance, surtout pendant les bonnes années. La cueillette d'herbes et d'absinthes permet de confectionner des eaux de vie réputées. Bien souvent, les familles modestes, bienheureuses si leurs maisons paysannes adossées à la pente abritent quelques chèvres et moutons, doivent s'endetter pour acheter le sel nécessaire à la conservations des salaisons, après la mise à mort du cochon dénommée matanza, à l'instar de la cérémonie d'abattage des thons en Sicile. Il faut mettre à part quelques familles bourgeoises d'origine noble ou commerçante, souvent installées dans la ville d'Ibiza, tout en possédant ou gérant la plus grande part des biens fonciers de l'île, souvent sous forme de "fincas" dont le centre est un lieu de résidence estival. Les cultures vivrières sont parfois insuffisantes et les disettes font des ravages, durant toute l'époque moderne jusque dans les années 1940 où la population avait été oubliée par le gouvernement espagnol franquiste au sortir de la guerre civile.

Une immigration notable vers l'Algérie française est à relever aux XIXe et XXe siècles, certains mots du catalan d'Ibiza étant même passés dans la langue des pieds-noirs d'Algérie[12]. Les Baléares n'émergèrent d'un marasme chronique qu'avec l'arrivée du tourisme.

Essor touristique[modifier | modifier le code]

A Ibiza et Formentera, encore plus isolées, l'initiative touristique est d'abord hésitante dans les années trente puisqu'il faut d'abord désenclaver l'île. Rappelons qu'il y a plus de bateaux qui amènent des troupeaux de porcs catalans que de navires de transport de passagers et que le premier autocar sillonnant plutôt autour d'Ibiza-ville que vers les lointains dépourvus de routes correctes, mis à part d'excellents chemins muletiers, date de l'année 1923. L'île dépasse 30 000 habitants permanents au début des années trente. L'hôtel d'Ibiza qui voulait promouvoir l'activité touristique de haute gamme fait faillite avec la crise des années trente.

La vieille Ibiza-ville

Le nombre de voyageurs est en essor, de l'ordre de quelques centaines puis de quelques milliers dans les années trente. Il chute durant la guerre civile qui connaît des paroxysmes de violence puis de répression sanglante en 1936, puis surtout après 1940. Durant l'été 1936, l'insurrection républicaine entraîne une terrible répression franquiste. Les résidents ou voyageurs saisonniers qui n'ont pas fui sont souvent expulsés par les autorités.

C'est surtout dans les années 1950 que l'île recommença à avoir des liaisons régulières avec le continent. L'essor touristique et démographique reprend avec les résidence d'artistes, le tourisme familial et aussi, faut-il l'occulter, l'arrivée de nombre de proscrits, de déserteurs, de marginaux. Ainsi, en 1955, les chiffres officiels admettent 14 000 voyageurs.

Les beatniks américains, individualistes forcenés, débarquent après 1962. Une minorité violente, parfois agressive suite à des comportements d'extase égocentrique, se fait remarquer de manière outrancière, mais la majorité se veut discrète, cool, n'affiche aucun signe distinctif. Ils suivent le courant de marginaux, et rejoignent des déserteurs plus ou moins fortunés, parfois d'anciens insoumis de la guerre de Corée ou du Vietnam. Ils affluent après 1965 alors que le flux hippie, insignifiant en 1963, ne cesse de grossir, rejoint par les déserteurs pacifistes et autres insoumis américains. Une décadence touristiques, commerciales est observables. La bohème internationale s'étiole, commence d'abandonner l'île paradisiaque, la quête des plaisirs faciles sans morale s'impose, avec le début d'une spéculation immobilière, confisquant les rivages et instaurant un début de bétonnage.

Les premiers groupes, pourtant très isolés de jeunes hippies, dépassant rarement la trentaine, ne passent pas inaperçus au cours de l'été 1963. Les habitants les nomment rapidement "los peluts", c'est-à dire "les chevelus". Et ils se remarquent facilement, portant comme ailleurs souvent des bracelets voyants, des habits démesurément amples aux couleurs psychédéliques, des tuniques indiennes, des jeans unisexe. Ils maintiennent leur chevelure par des bandanas ou bandes de tissus colorées, Les groupes déambulent pieds nus ou en sandales et se déshabillent sans complexe. Les hommes gardent très souvent une longue barbe. Hommes et femmes pratiquent le nudisme intégral sur la plage. Sans mentionner les prêches scandalisés des curés en chaire sur les bonnes mœurs universelles bafouées ou les récriminations incessantes des hôteliers face à ces mauvais clients, dédaignant leur service basé sur le "fric" et squattant éffrontément les plages, faut-il reprendre la diatribe métaphorique des journalistes locaux, affidés il est vrai au régime d'ordre en place, dans le Diario de Ibiza du 5 septembre 1963 : "troupeau dégingandé et amoral", "déchet social", "scorie d'inadapté".

Pourtant, le déferlement hippie, d'origine européenne, se déroule surtout de 1969 à 1974. Ils sont bon an mal an 8 000 à 10 000 par an. Cette population flottante, d'emblée pacifique, qui possède en son sein un noyau de penseurs polyglottes et moultes personnalités d'un niveau d'études très supérieures à la moyenne médiocre de l'île est déjà exécrée par les autorités. La Guardia civile est débordée, jour et nuit, elle procède à des expulsions et multiplie harcèlements, vexations, persécutions collectives et humiliations personnelles. Heureusement, les habitants qui perçoivent plutôt des consommateurs fiables et enthousiastes, vantant leur harmonieuses productions agro-pastorales dans et au-delà de l'île, incitent avec une fermeté discrète les responsables administratifs ou policiers à plus de tolérance et de souplesse. Néanmoins les groupes persécutés fuient vers les lieux moins policés, envahissant pacifiquement le nord de l'île et Formentera. Les autorités jouent l'outrance en essayant d'affoler la population paysanne. Les affrontements sont alors violents en juillet 1971 à Santa Eulalia entre 300 hippies et l'ensemble des forces de sécurité de l'île, puis durant le reste de l'été à Formentera. A chaque opération d'envergure est associée une liste d'une cinquantaine d'arrestations fermes, correspondant sans doute à la capacité de réclusion/rétention légale des autorités.

Au début des années 1970, le jet-set fait aussi irruption. Une société interlope riche, jouant parfois ostensiblement la carte d'un style hippy chic et mondain "de plastico" se lance dans des fêtes extravagantes. L'île se lance dans l'illusion du conformisme, de concert avec une frénésie immobilière et un vulgaire bétonnage.

Les touristes sont (37 000 en 1960, 41 000 en 1961, 63 000 en 1963, 350 000 au début des années 1970, proche d'un million dans les années 1990, ils oscillent entre 1,5 et 2 millions dans les années 1990 à cause de la dépression touristique de 1991/1992, ils représentent en juillet et août plus de 2,4 millions début 2010[13]. Le tourisme est l'activité dominante avec la résidence secondaire.

Le nombre des habitants connaît une croissance parallèle quoique moins forte. Une ville de service, qui profite pleinement de la manne touristique, Ibiza-ville aux blanches murailles, très tôt mieux desservie par les navettes maritimes dans son port bien équipé, ne compte que 7 000 habitants en 1936, elle en compte 11 000 en 1950, 11 269 en 1960, 11 590 en 1961, 20 000 en 1980, 49 000 en 2009, 50 000 en 2011. La pression sur le patrimoine foncier ou bâti croît, quant à elle, de manière démesurée.

Rues derrière les hôtels ou résidences de front de mer

L'île d'Ibiza s'étalant sur 572 km carré compte environ 36 000 habitants permanents au début des années 1970, 60 000 en 1982, 90 000 en 2001, 146 000 en 2012 (officiellement 133 702 selon l'institut démographique espagnol en 2010). Le sociologue Yves Michaud, familier de l'île, estime que la population d'origine ibiçenco ou assimilés de longue date avoisine les 50 000 en 2010. Suivant les communes, la population d'origine étrangère installée en permanence oscille entre 10 et 15 % alors que la population espagnole péninsulaire, non autochtone, peut atteindre 35 à 45 %. Dans maintes communes, les ibiçencos sont en passe d'être minoritaires. Ils passent alors inaperçus au yeux profanes lorsque la fréquentation touristique est optimale en juillet et août.

Municipalités[modifier | modifier le code]

L'île d'Ibiza est divisée en cinq municipalités :

Café touristique où il est de tradition d'applaudir le coucher de soleil

Transport[modifier | modifier le code]

Ibiza est desservie par ferry et avion. L'aéroport est situé à 7 kilomètres d'Ibiza-ville et est utilisé par les compagnies aériennes à bas prix pour les vols domestiques, internationaux et transcontinentaux, et ce principalement lors de la période estivale. Il ne possède qu'un seul terminal. Les transports intérieurs à l'île se font par la voie routière : bus, taxi, véhicule personnel ou de location.

Patrimoine mondial[modifier | modifier le code]

« Ibiza, biodiversité et culture », c'est sous ce nom que l'Unesco a inscrit le 4 décembre 1999 un ensemble de biens culturels et naturels d'Ibiza et de Formentera au titre du Patrimoine mondial. L'Unesco considère ainsi cet ensemble comme un excellent exemple de l'interaction entre les écosystèmes marins et côtiers et reconnaît l'importance de la longue histoire d'Ibiza.

Ces biens sont constitué d'un bien naturel, le parc naturel de Ses Salines d'Ibiza et de Formentera, et de plusieurs biens culturels, la ville haute (Alta Vila) d'Ibiza et ses fortifications du XVIe siècle, la nécropole phénicienne-punique de Puig des Molins et le site archéologique phénicien de Sa Caleta.

Tourisme et résidence d'été[modifier | modifier le code]

Une plage d'Ibiza.

Au temps pionnier de quelques grands voyageurs au XIXe siècle succèdent d'abord quelques réfugiés ou insoumis, puis des personnalités de la "bohême artistique" européenne, qui visitent et surtout résident quelques années dans une île "loin de tout et pas chère", surtout après 1930. Après les temps violents de la guerre civile durant l'été 1936, l'île n'est guère troublée par les touristes pendant la seconde guerre mondiale. Le retour de la bohême artistique, désormais internationale, survient en force dès le début des années cinquante. De 1963 à 1974, une population flottante hippie essentiellement européenne croît et s'impose, elle prend timidement ses aises avant de déferler après 1969, non sans heurts avec la population et surtout l'autorité, avant de s'amenuiser ou de s'insérer dans le paysage économique. Ce mouvement correspond à l'essor de la société de consommation en Espagne, souvent décrit de 1962 à 1973.

Une soirée en boîte

À la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, Ibiza est réputée pour ses fêtes estivales attirant les fans de musique électronique. Elle se flatte d'être à l'origine de la Balearic house, après avoir été un haut lieu de la culture des hippies et de la culture underground des années 1960 aux années 1980.


Quelques voyageurs ou résidents célèbres[modifier | modifier le code]

Le grand voyageur, amoureux des mers du Sud, de la Méditerranée et des Baléares, Ludwig Salvator d'Autriche visite l'île dès 1867 et y revient fréquemment surtout avant 1900. Carl Einstein y passe en 1920. La gente cultivée des Allemands du Sud et des Autrichiens n'ignore plus ces endroits paradisiaques.

Walter Spelbrink, jeune dialectologue allemand, entreprend une thèse ethnologique sur l'habitat, intitulée Les îles méditerranéennes de Formentera et Ibiza : une investigation culturelle et linguistique. "La présence en 1931 de cet élève de Fritz Krüger[1], professeur de l'Université d'Hambourg, adepte d'une perception conjointe de la réalité par les mots et les choses, ouvre la voie à des jeunes chercheurs, tant en ethnologie, musicologie, traditions populaires des cultures paysannes, histoire des techniques locales du bâtiment et des murs de pierres sèches... ainsi qu'à des spécialistes des langues romanes, en compétition. Alfredo Baeschlin Oettinger (1883-1964), ethnographe suisse allemand, dont la famille est originaire du canton et de la ville de Schaffouse, publie un recueil remarqué sur l'architecture populaire des îles Pituyses en 1934. Vivifié par ces découvertes, il réfléchit sur la maison idéale et deviendra architecte.

Félix et Hans Jakob Noeggerath, père et fils arrivent en 1932 de Berlin. Le père, philosophe de formation, est écrivain et traducteur. Son seul fils, linguiste romaniste, recueille les contes populaires avant de disparaître du typhus en 1934 à San Antonio. Walter Benjamin, ami des Noeggerath, séjourne avec eux en 1932. Dans la foulée de ces premiers Allemands et Autrichiens, arrivent un contingent de plusieurs dizaines, parmi lesquels Erwin Broner, peintre bavarois, Erwin von Kreibig, peintre bavarois de la Neue Sachlichkeite[2], ainsi que l'artiste "dadasophe" autrichien Raoul Hausmann en 1933. La litanie des persécutés ou des fuyards de l'ordre totalitaire nazi s'accroît : Erwin Heilbroner, ethnologue d'origine souabe, Alfred Otto Wolfgang Schultze, peintre allemand mieux connu sous le pseudonyme Wols avec sa compagne Gretty de 1934 à 1936.

Mais il y a d'autres personnalités de l'art contemporain : Vera Broïda, qui a épousé le chimiste Erwin Chargaff en 1930, y redevient la muse de Raoul Hausmann.

Les Français ne sont pas tous des proscrits exilés ou des déserteurs : le jeune penseur féru de rivages ensoleillés, [Albert Camus]] séjourne en 1935, l'écrivain si prometteur Drieu la Rochelle ou le poète en quête de paysages exotiques Jacques Prévert en 1936.

Les années 1950 voient le retour des artistes, écrivains et intellectuels. Ainsi :

  • Brendan Behan, écrivain irlandais y réside entre 1947 et 1955.
  • Janet Frame, résidente néo-zélandaise faiblement pensionnée comme artiste écrivain, profite du faible coût de la vie.
  • Brian Pollard, ancien photographe londonien, s'y régénère, puis retourne sur le continent comme cinéaste en 1961.

L'écrivain voyageur Cees Nooteboom réside sur l'île en 1957, clame son émerveillement. Il est bientôt rejoint par une pléiade d'écrivains néerlandais ou belges d'expression flamandes, Hugo Claus, Jan Gerhard Toonder[3], Harry Mulisch et leurs épouses.

Un rassemblement de peintres allemands, mais aussi français, anglais, belges, néerlandais, scandinaves, américains, espagnols s'opère autour de peintres allemands Erwin Broner, également architecte, théoricien des arts plastiques redevenu résident quasi-permanent après 1954, et surtout Erwin Bechtold [4] présent après 1958. Il se dénomme bientôt le groupe "Ibiza 59". Cette école associative sera dissoute en 1964 faute de réunion de ses membres.

Tristan Tzara séjourne en 1960. La bohême espagnole rejoint timidement les artistes et écrivains étrangers. Parmi les plus notables présents surtout au début des années 1960, les écrivains espagnols Gonzalo Torrente Malvido[5] qui observe les individualités hétéroclites qui peuplent ses rivages, Rafaël Azcona qui deviendra scénariste, le couple Ignacio et Josefina Aldecoa, le musicien et compositeur de la "musique dabadaba" Anton Garcia Abril[6], les jeunes chanteurs prometteurs, qui commencent leur ascension vers le succès, comme le crooner Julio Iglesias et l'expressive Massiel en 1963.

Après 1964, la bohême réveuse commence à quitter Ibiza. Victimes de la promiscuité ou de la liberté sexuelle, les couples néerlandais et flamands se décomposent ou se recomposent. Les disputes vengeresses et les rivalités incessantes empoisonnent la vie créative. Ses écrivains, tout comme les peintres les plus actifs, délaissent un petit pays où n'affluent plus que des êtres à la recherche d'une vie oisive au soleil sur une plage de sable, avec le triptyque sexe, drogues, alcool.

Emile Cioran désespère sur les plages des callas, de moins en moins désertes, en août 1966.

Discothèques[modifier | modifier le code]

Depuis la grave crise de 1991/1992, Ibiza se proclame une des capitales mondiale des discothèques où se rendent les plus grandes personnalités Disc jockey de la musique électronique, attirant la jet set[14]. Parmi les plus connues et les plus anciennes, qui se livrent une rivalité commerciale parfois acharnée, figurent :

  • le Pacha, au départ ouverte à Ibiza-ville en 1973 comme une simple succursale du Pacha de Sitges, boîte de nuit emblématique de la Costa Brava crée en 1967. Elle offre en 2010 plus de 35000 places dans le nouveau quartier marina de la Botafoch, qui anime un Ibiza-ville huppé et chic.
  • le Privilege à San Rafaël. Dans les années 1970, il s'agit du club San Rafaël. Racheté par une boîte de nuit et discothèque de San Sebastián, elle prend le nom de KU, nom d'une divinité hawaïenne de la guerre et de la prospérité. elle est ainsi tenue par trois gérants basques entre 1978 à 1992. A cette date, elle se nomme Privilege. Elle avait une capacité d'environ 10 000 places en 2010.
  • l'Amnesia à San Rafaël. Elle offrait environ 7000 places aux fêtards nocturnes en 2010.
  • l'Eden et le Paradis Terrenal que se font face à San Antonio, avec une capacité d'accueil similaire de 5000 places en 2010.
  • le Space à Platja d'en Bossa, commune de San José. Crée en 1989, elle n'était qu'ouverte à 5000 places en 2010.
  • le DC10 en bout de l'aéroport, sur la commune de San José.

Bars musicaux[modifier | modifier le code]

Il existe aussi beaucoup de bars ou de centres musicaux, de taille plus modestes et parfois expérimentaux, plus ou moins célèbres. Parmi les plus anciens et les plus connus en 2010 :

  • le Lio, ex Divino, à proximité du Pacha.
  • le Blue Marlin à Ibiza-ville
  • le Bora Bora également près du Pacha
  • le Zoo Project à San Antonio
  • le km 5

Récemment sont apparues des structures hôtelières sur ce marché du plaisir, offrant en particulier des prestations de DJ renommés, comme l'Hôtel Ushuïa.

Criminalité[modifier | modifier le code]

L'afflux touristique, l'histoire récente de l'île avec la période hippie et aujourd'hui l'implantation massive de discothèques ont amplifié la criminalité (dans les Baléares, elle est le double de la moyenne espagnole[15]), notamment le trafic de drogue[16], à tel point que les autorités censées réprimer le trafic y sont impliquées[17]. Depuis quelques années, Ibiza est notamment réputée pour être la plaque tournante du trafic de cocaïne en Europe[18]. Avec la drogue, les discothèques et les activités nocturnes ont également entraîné une augmentation de l'exploitation criminelle de la prostitution, dont les exemples se multiplient[19], poussant le gouvernement local à envisager sa régulation légale pour lutter contre la traite des femmes que la prostitution illégale provoque[20].

paysage hors zone urbaine

Dégradation de l’environnement et biodiversité[modifier | modifier le code]

L'urbanisation sauvage de l'île et le bétonnage anarchique des côtes, le non-respect des règlementations sur la pollution, liés au tourisme, ont gravement mis en danger la biodiversité pourtant exceptionnelle de l'île, et profondément dégradé son environnement naturel. Outre les déchets jetés par-dessus bord, l'écosystème est saccagé malgré sa fragilité[21].

On observe depuis 2009 une augmentation des menaces sur l'environnement, évaluées à 12 % en 2009 par l'UNESCO, elles atteignent 36 % en 2011[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ces adjectifs sont proposés par Yves Michaud, dans son ouvrage Ibiza mon amour, opus cité.
  2. Le site de l'ancienne ville punique se nomme Puig do Molin.
  3. Une hypothèse proposée par Louis Deroy, Marianne MULON, Dictionnaire des noms de lieux, Les Usuels, Le Robert, 1992. Poeni est le nom latin du peuple carthaginois. Sur ce mode de raisonnement, André Cherpillod dans son dictionnaire étymologique des noms géographiques, Masson, Paris, 1986, propose ī busim, soit via l'étymon hébreu bésem "l'île des Parfums". Belle dénomination selon une hypothétique diaspora juive de l'époque romaine.
  4. C'est l'origine des îles Pityuses, opposées aux Gymnésies occidentales.
  5. Michael Dietler, Carolina Lopez-Ruiz,Colonial Encounters in Ancient Iberia: Phoenician, Greek, and Indigenous relations, University Of Chicago Press, 2009, page 80 : The Phoenician town of Ibosim, later to become Roman Ebusus and modern Ibiza (or Eivissa), was founded by 600 BC.
  6. Le nom grec actuel est ‘Έβετος
  7. Évolution détaillée par Louis DEROY et Marianne MULON, Dictionnaire des noms de lieux, déjà cité
  8. Ce contrôle de l'autorité est très commun sur les côtes méditerranéennes. Les plantations ont réussi jusqu'à nos jours et c'est probablement l'origine du nom grec tardif Pityoussa.
  9. « Hameau de Balàfia »
  10. These are the names: studies in Jewish onomastics, Bar-Ilan University Press, 1997, page 81, Eivissa(Catalan and used alongside today's Castilian version);Ibosim (Carthage-Phenician);Ebisos(Greek);Yebisah(Arab, Ibiza town known at this period as Madina Iabisa), ISBN 965-226-192-0
  11. Ivice - Document cartographique disponible sur Gallica
  12. Jeannine Verdès-Leroux, « Les Français d’Algérie de 1830 à aujourd’hui. Une page d’histoire déchirée », Fayard, 2001, 492 pages. Les immigrés espagnols, venus en majorité des contrées et rivages andalous ou des îles catalanes pauvres, constituent une forte minorité de 150OOO individus recensées dans l'Oranais à la Belle Époque
  13. Yves Michaud, « Ibiza mon amour », émission Idées sur France Culture, 3 juin 2012
  14. Yves Michaud, Ibiza mon amour : Enquête sur l'industrialisation du plaisir, Nil,‎ 2012, 351 p. (ISBN 2841115208) ou encore dans un mode parodique, le film People, jet set 2, opus cité
  15. elmundo-eldia.com 13 mars 2005, Baleares tiene la tasa de criminalidad más alta de España doblando la media nacional.
  16. Eivissa Confidencial 26 septembre 2006, Més tràfic de drogues i més eficàcia policial.
  17. (es) Diario de Ibiza Los «narcos» apresados en Eivissa vendían parte de la droga en la isla en verano 18 juin 2007.
  18. elmundo-eldia.com du 16 avril 2004, La cocaína llega a Europa en yates que entran por el Mediterráneo y pasan por Baleares
  19. (es) « Una `madame´ obligaba a otra mujer a ejercer la prostitución en Santa Eulària »
  20. (es) « El Govern apuesta por regularizar la prostitución »,‎ 19 novembre 2009
  21. site amics de la terra eivissa
  22. Indicateurs des menaces sur la biodiversité.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Enciclopèdia d’Eivissa i Formentera, en 12 volumes en langue espagnole (11 parus en 2011, déjà partiellement en ligne sur internet).
  • J. Bisson, La terre et l'homme aux îles Baléares, Edisud, Aix-en-Provence, 1976.
  • Yves Michaud, Ibiza mon amour : Enquête sur l'industrialisation du plaisir, Nil,‎ 2012, 351 p. (ISBN 2841115208)
  • Johannes Wagner, La vallée de Buscastell à Ibiza, une étude géographique, Stuttgart, édition à compte d'auteur, en ligne sur internet , 2012.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • La Maison France 5 [7] en août sur l'île d'Ibiza. Une série de cinq émissions en résidence à Ibiza et aux Baléares, quelques découvertes architecturales à Santa Eulalia [8], à Ibiza-ville, des fincas rénovées et gîtes-chambres d'hôtes aux hangars à bateaux reconvertis en logis minimalistes des bords de mer.
  • People (jet set 2), film long métrage, type comédie parodique et caricaturale, réalisé par Fabien Onteniente (France-Espagne, 2004). La description des fêtes emprunte beaucoup à la vision cliché d'Ibiza au tournant des années 2000, drogues et (homo)sexualité inclues. Animation à la mode locale ou images parfois réelles de l'Amnésia ou du Privilège, avec segmentation personnalités ou entrées people/plancher de danse des entrées communes, Aperçu de l'arrivée à l'aéroport ou départ de l'aéroport, des techniques de racolage et de remplissage, avec les bus de ramassage, des principaux spectacles, des cérémonies d'aspersion de mousse ou spuma, de danse non stop d'after au DC10.

Muséographie[modifier | modifier le code]

  • Musée ethnologique de Can Ros à Santa Eulalia, créé en 1994.
  • Musée archéologique d'Ibiza (1907-1979), depuis fermé ou souvent en travaux (2010)

Romans[modifier | modifier le code]

  • Gonzalo Torrente Malvido, Hombres varados (Hommes échoués), Destino, Barcelone, 1960 (réédition 1963).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]