Fraise (fruit)

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Une fraise.

La fraise est le fruit des fraisiers (Fragaria), plantes herbacées de la famille des Rosaceae. Ce fruit est botaniquement parlant un faux-fruit puisqu'il s'agit en réalité d'un réceptacle charnu sur lequel sont disposés régulièrement des akènes dans des alvéoles plus ou moins profondes, la fraise étant donc un polyakène.

L'espèce la plus consommée dans le monde est issue de l'espèce hybride Fragaria ×ananassa. Dans la suite de cet article, c'est généralement de cette espèce qu'il sera question sauf mention contraire.

Quelques fruits d'autres espèces sans rapport avec Fragaria, et par analogie de forme, portent le nom vernaculaire de fraise.

Historique[modifier | modifier le code]

En Europe et en Amérique du Nord, les fruits de l’espèce Fragaria vesca, le fraisier des bois, sont de petite taille. Connus depuis l'Antiquité, les Romains les consommaient et les utilisaient dans leurs produits cosmétiques en raison de leur odeur agréable. Elle est cultivée dans les jardins européens vers le XIVe siècle.

Le fraisier musqué est connu pour ses fruits petits d'une saveur musquée unique que les connaisseurs donnent comme supérieur à la fraise des jardins. Il est cultivé depuis le XVIe siècle. Le premier cultivar connu du genre Fragaria appartient à cette espèce avec Le chapiron nommé en 1576.

Le fraisier vert a été très peu cultivé car ses fruits sont moins intéressants par leur acidité plus forte que les espèces ci-dessus. Cependant il a fait l'objet de cueillettes pour la consommation personnelle.

Chili, terre des fraises à gros fruits.

Vers la fin du XVIe siècle l'explorateur Jacques Cartier rapporte du Canada en France des plants de (Fragaria virginiana Mill. subsp. virginiana). L'espèce intéresse assez par ses fruits parfumés pour être cultivés pour le commerce surtout en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Encore de nos jours, il existe une production industrielle faible mais suivie en Grande-Bretagne. C'est la première fraise à murir.

En 1714, l’officier du génie maritime Amédée-François Frézier rapporte en fraude du Chili cinq plants de Blanches du Chili, des fraisiers à gros fruits blancs cultivés là-bas depuis longtemps par les Amérindiens, le (Fragaria chiloensis subsp. chiloensis forma chiloensis Staudt). Ces fraisiers se révélèrent malheureusement être uniquement des plants mâles et ne donnèrent jamais de fruits. Quelques décennies plus tard, après importation de plants fertiles, la culture de blanches du Chili a été tentée en Grande-Bretagne (en 1824 trois variétés sont décrites) mais elle est peu résistante au froid et sous le climat anglais il est rarement possible de l'amener à fructifier et même alors, il est difficile de la faire murir correctement.

Vers 1740, le botaniste Antoine Nicolas Duchesne observe que de beaux fruits sont obtenus lorsqu'un fraisier du Chili est cultivé près d'un fraisier de Virginie. Ce croisement spontané, qui se produit notamment en Bretagne, en Angleterre et aux Pays-Bas, est à l'origine d'un nouvel hybride qui associe la saveur de Fragaria virginiana et la grosseur du fruit de Fragaria chiloensis et qui possède un parfum d'ananas à l'origine de son nom botanique : Fragaria ×ananassa Duch.

C'est de cet hybride que provient l’essentiel des variétés de fraises à gros « fruits » que l’on cultive désormais.

C'est en Angleterre que seront en premier créées plusieurs variétés issues de cette hybridation et qu'en sera développée la culture industrielle. L'Angleterre dominera longtemps le marché européen de la fraise, en concurrence avec Plougastel.

En 1740, la ville de Plougastel (limitrophe de Brest), déjà productrice de fraisier des bois, devient le premier lieu de production de cette nouvelle espèce dite « fraise de Plougastel ». La culture de la fraise devient la spécialité de la commune, qui produira près du quart de la production française de fraises au début du XXe siècle. Plougastel héberge depuis 1997, le « Musée de la Fraise et du Patrimoine ».

Une variété légèrement plus petite sera développée dans le Sud de la France à partir de croisement avec des fraisiers nains méditerranéens, moins exigeants en eau, la « gariguette », variété de fraise la plus vendue en France et issue de travaux de l'Inra[1]. Cette dernière, dont le fruit est de forme plus allongée (et davantage coloré à maturité), a cependant le défaut d’une moins bonne conservation. Mais sa saveur, plus proche de la fraise des bois, et connue des Provençaux, est souvent considérée comme plus « authentique » que celle de la fraise commune. Hors du Sud de la France, cette variété de fraise pose problème, car du fait du transport elle arrive aux étalages soit très chère, soit abîmée, soit enfin elle est récoltée avant sa pleine maturité pour en faciliter le transport, ce qui ne laisse pas le temps au fruit de développer ses saveurs spécifiques.

Vers 1940, la Californie devient le premier producteur mondial de fraises.

En Belgique, la région de Wépion connaît un essor semblable dès la moitié du XXe siècle. L’activité se développa surtout dans l’entre-deux-guerres et atteindra son apogée dans les années 1950-1960. Leur réputation est telle que les fraises de Wépion sont commercialisées aux Halles de Paris et ensuite sur le marché de Rungis qui leur succédera. Au début des années 1970, l’activité décline et ce n'est qu’à la fin des années 1990 qu’elle gagne en regain.

Le secteur se professionnalise et la Criée de Wépion devient la plate-forme de commercialisation d’un fruit cueilli à maturité, vendu via des circuits courts. Wépion héberge également un musée de la Fraise.

Description[modifier | modifier le code]

Les akènes, les véritables fruits du fraisier.

La fraise se développe sur un fraisier. Elle est formée par l'ensemble du réceptacle charnu de la fleur. Elle a une couleur rouge ou jaune blanchâtre selon les variétés, et une forme ovoïde oblongue plus ou moins arrondie.

Au sens botanique du terme, les « vrais » fruits sont en fait les akènes, ces petits grains secs (communément appelés à tort pépins alors que ce dernier terme ne devrait désigner que leur minuscule graine centrale) disposés régulièrement dans des alvéoles plus ou moins profondes sur la fraise, de couleur verte à brune, et renfermant chacun soit un ovule (non fécondé) soit une graine (qui porte alors un germe lorsque la fraise arrive à maturité).

Le corps charnu de la fraise étant formé par le réceptacle floral (induvie hypertrophié sous l'effet des auxines) est ce que l'on consomme avec ou sans les akènes (l’épépinage des fraises consiste à ôter ces fruits secs du reste de la chair pulpeuse pour la préparation de gelées). Ce sont les akènes qui produisent une hormone permettant au faux-fruit de grossir[2].

Le poids de la fraise et des akènes est lié au cultivar considéré, mais aussi au mode de pollinisation : la pollinisation croisée produit des fraises et des akènes plus grosses que l'autofécondation[3].

Les fraises pollinisées par les abeilles pèsent, en moyenne, plus que celles l'ayant été grâce au vent ou que celles ayant été auto-pollinisées et sont, aussi, plus fermes[4].

Autres espèces botaniquement différentes :

Variétés[modifier | modifier le code]

Fraise gariguette
Des fraises.

Parmi les nombreuses variétés existantes (plus de 600), on peut citer :

  • 'Alba'
  • 'Annapolis'
  • 'Bogota'
  • 'Candiss'
  • 'Capella'
  • 'Chambly'
  • 'Chandler'
  • 'Charlotte'
  • 'Ciflorette'
  • 'Cigaline'
  • 'Cijosée'
  • 'Cirafine'
  • 'Cirano'
  • 'Cireine'
  • 'Darselect'
  • 'Douglas'
  • 'Elsanta'
  • 'Festival'
  • 'Fortuna'
  • 'Gariguette' (20 % de la production française)
  • 'Honeoye'
  • Jewel'
  • 'Kent'
  • 'Lambada'
  • 'Machiroux'
  • 'Majoral'
  • 'Mamie'
  • 'Manille'
  • 'Mara des bois'
  • 'Maraline'
  • 'Marascor'
  • 'Marjolaine'
  • 'Ozark Beauty'
  • 'Pajaro'
  • 'Redcoat'
  • 'Ruby Gem'
  • 'Selva'
  • 'Senga Sengana'
  • 'Sparkle'
  • 'Sweet Charlie'
  • 'Vivarosa' (fleur rose)
  • 'Valeta'

Quelques variétés remarquables[modifier | modifier le code]

  • Arômes

Alors que les programmes de sélections mondiaux portent sur la forme, la couleur et la fermeté, les sélectionneurs français sont parmi les seuls à travailler sur l'arôme des fruits. 'Belrubi', 'Ciflorette', 'Gariguette', 'Mara des bois' en sont les références.

Des hybridations avec d'autres espèces principalement Fragaria moschata et vesca ont introduit de nouveaux arômes de fruits.

  • Fleurs roses

L'hybridation entre des espèces du groupe des Potentilles et des Fragaria, commercialisée pour la première fois en 1989, a permis l'obtention de fraisiers produisant des fruits de taille presque équivalente à Fragaria ×ananassa mais à fleurs roses : 'Camara', 'Fragoo', 'Lipstick', 'Loran', 'Pink panda', 'Red ruby', 'Rosalyne', 'Serenata', 'Tristan', 'Toscana', 'Vivarosa'

  • Fraisier de semis

Variétés F1 reproductible par semis : 'Elan', 'Karan', 'Loran'

  • Niveaux de ploïdie différent

Des croisements avec Fragaria vesca polyploïde ont donné une nouvelle espèce Fragaria ×vescana à 70 chromosomes (2n=10x=70) produisant des fruits associant un arôme proche de F. vesca avec quasiment la grosseur de F. ×ananassa : 'Florika, 'Rebecka', 'Sara', 'Spadecka'

  • Nutrition

Mise au point au Québec en 1996 la fraise 'Authentique Orléans' montre des effets positifs sur les symptômes associés au syndrome métabolique et au diabète de type 2 en régularisant le taux de sucre dans le sang et en réduisant l’inflammation.

Sa durée de conservation exceptionnelle allant jusqu’à 21 jours a attiré l'attention des obtenteurs sur ce cultivar. Des analyses ont montré sa teneur beaucoup plus élevée en antioxydants (principalement l'acide ellagique) que certaines autres variétés, principalement la Kent, qui servait de témoin lors de ces études. Des tests in vitro et in vivo ont montré que des extraits d' 'Authentique Orléans' améliore la régulation du glucose sanguin.

Elle est cultivée uniquement par un producteur exclusif à l'Île d'Orléans dans la région de Québec.

Culture[modifier | modifier le code]

Plougastel-Daoulas. Cueillette des fraises.

La plus ancienne fête des fraises d'Europe (1925) se déroule à Bièvres dans l'Essonne, à une quinzaine de kilomètres de Paris, tous les ans, au mois de juin. La culture de la fraise débuta dans la commune en 1883.

Saison[modifier | modifier le code]

Selon la variété, la saison de maturation des fraises s'étend de mai à septembre dans l'hémisphère Nord. Par des techniques de cultures artificialisées de types hors-sol, sous tunnel et chauffée, il est possible de produire des fraises en dehors de cette période (avril à novembre).

Production[modifier | modifier le code]

Fraises en vente sur le marché international de Rungis

En France[modifier | modifier le code]

La production française se concentre en Aquitaine (52 % de la production), Rhône-Alpes (18 %), Val de Loire (10 %), Provence (9 %), Midi-Pyrénées (8 %) et Bretagne (3 %)[5]. 90 % des ventes sont réalisées par une dizaine de variétés (essentiellement Gariguette[6], Darselect et Elsanta). La fraisiculture française, encore au 5e rang en Europe en 2005[7], décline depuis les années 1980. Produit fragile qui nécessite une main d'œuvre importante pour sa cueillette, les fraisiculteurs français sont concurrencés par des fraises issues de pays au coût de main d'œuvre moins élevé. La filière mise sur les labels : IGP pour la Fraise du périgord[8] ou la fraise de Nîmes[9], label rouge pour la Fraise du Lot et Garonne[10], marque collective Fraise de France depuis 1998 (40 % de la production française). Le logo « Fraise de France » apposé sur les barquettes garantit notamment une agriculture raisonnée et une traçabilité.

Dans le monde[modifier | modifier le code]

Production mondiale annuelle de fraises, en tonnes par pays
Pays 2004 2005
Drapeau des États-Unis États-Unis 1 004 160 28 % 1 053 280 28 %
Drapeau de l'Espagne Espagne 334 892 9 % 320 853 9 %
Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud 202 500 6 % 200 000 5 %
Drapeau du Japon Japon 198 200 5 % 200 000 5 %
Drapeau de la Pologne Pologne 185 583 5 % 180 000 5 %
Drapeau de l'Allemagne Allemagne 119 384 3 % 146 500 4 %
Drapeau de la Russie Russie 106 100 3 % 106 100 3 %
Drapeau de la France France 53 457 2 % 50 823 1 %
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni 47 900 1 % 48 000 1 %
Drapeau de la Belgique Belgique 44 000 1 % 40 000 1 %
Drapeau de l'Ukraine Ukraine 36 400 1 % 38 000 1 %
Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas 36 500 1 % 36 000 1 %
Autres pays 1 282 020 35 % 1 359 546 36 %
Total 3 651 096 100 % 3 779 102 100 %
Production mondiale annuelle de fraises, en tonnes par pays
Pays 2010
Drapeau des États-Unis États-Unis 1 294 180 28 %
Drapeau de la Turquie Turquie 300 940 7 %
Drapeau de l'Espagne Espagne 275 300 6 %
Drapeau de l'Égypte Égypte 238 432 5 %
Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud 231 803 5 %
Drapeau du Mexique Mexique 226 657 5 %
Drapeau du Japon Japon 177 500 4 %
Drapeau de la Pologne Pologne 176 748 4 %
Drapeau de la Russie Russie 165 000 4 %
Drapeau de l'Allemagne Allemagne 156 911 4 %
Drapeau de l'Italie Italie 153 875 4 %
Drapeau du Maroc Maroc 140 600 3 %
Autres pays 819 888 19 %
Total 4 356 834 100 %
Données de FAOSTAT (FAO)
Base de données de la FAO (dernier accès le 28 août 2012)

L'Europe est le premier producteur (1,5 million de tonnes en 2005 devant les États-Unis avec ses 1 million de tonnes).

Durabilité[modifier | modifier le code]

Aquarelle d'un plant de fraises de 1890 par Deborah Griscom Passmore.

La fraise, comme tout produit agricole, doit bénéficier de conditions de production garantissant un bon bilan écologique et social.

Fraise espagnole[modifier | modifier le code]

La culture industrielle des fraises qui s'est notamment développée en Espagne fait l'objet de critiques quant à la non-durabilité et au dumping social[11].

Depuis les années 1980, la production espagnole s'est accrue. Sur les 330 000 tonnes récoltées en 2006, un quart (83 000 tonnes) a été exporté vers la France (dont les importations de fraises proviennent à 78 % de l'Espagne et à 15 % du Maroc)[12]. Ces fraises espagnoles sont essentiellement achetées à bas prix par les grandes surfaces qui les revendent aux consommateurs dont la consommation annuelle totale est d'environ 130 000 tonnes.

95 % des fraises d’Espagne sont produites sur une zone de 5 000 hectares et en partie illégalement (mais de manière tolérée par le gouvernement) jusqu'à l'intérieur du Parc national de Doñana.

Des ONG locales et mondiales (WWF) dénoncent un usage croissant et massif de produits chimiques pour la désinfection du sol des cultures faites sur sable (drainant) et sous plastique, avec une consommation massive d’eau d’irrigation issue de forages plus ou moins légaux (50 % ne sont pas déclarés) sur des terrains pour partie (40 % en 2007) illégalement occupés, dont plus de 100 ha sont situés en pleine zone protégée. L’irrigation est telle qu’elle a fait disparaître 50 % environ de l’alimentation du marais.

La monoculture épuisant les sols et y favorisant la pullulation de parasite de la fraise, chaque automne, la terre sablonneuse est stérilisée pour y détruire toute microfaune, avec du bromure de méthyle (poison, gaz à effet de serre, et détruisant la couche d’ozone, interdit en 2005, dernière limite par le protocole de Montréal de 1987) et de la chloropicrine (poison dangereux qui a été utilisé comme arme chimique).

La main d’œuvre (marocains et saisonniers sans-papiers, sous-payés et mal logés, ne bénéficiant ni de la sécurité sociale ni d’un suivi médical). Les kilomètres de bâche plastique (cinq mille tonnes/an) dont le plastique noir couvre-sol, contaminés par les pesticides, sont enterrées ou brûlées à l’air libre. De plus, 2 000 hectares ont été déboisés pour étendre les cultures de fraises.

Le WWF France a demandé aux supermarchés de vérifier que leurs fournisseurs cultivaient légalement les fraises en respectant un cahier des charges rigoureux en matière d’impact environnemental.

Fraises bénéficiant d’un Signe d'identification de la Qualité et de l'Origine (SIQO)[modifier | modifier le code]

L’Union européenne a accordé l’IGP à la fraise du Périgord (France) en 2004 et à la fraise de Cachoubie (Pologne) en 2009.

L’État français, par le biais de l'Institut national de l'origine et de la qualité a accordé le Label Rouge à l'Association Interprofessionnelle de la Fraise du Lot-et-Garonne (AIFLG) pour les variétés Gariguette et Ciflorette en 2009, puis la variété Charlotte en 2011[13].

La fraise du Périgord IGP (Indication Géographique Protégée)[modifier | modifier le code]

La fraise apparut en Périgord vers 1895, on la trouve alors dans la région de Saint-Estèphe où elle pousse « naturellement » et sur l'Église neuve de Vergt où elle a été introduite par des immigrés bretons après la guerre de 1914-1918. Elle était, à l’époque, cultivée entre les rangs de vignes. Il s'agissait de gros fruits de variétés disparues. Sa culture se développe peu après la Seconde Guerre mondiale de manière plus « massive ». La fraise du Périgord, cependant, opérera sa première opération marketing « Croquez le Périgord » en juin 1971 quand les producteurs du Périgord distribuèrent gratuitement des barquettes aux quatre coins de Paris.

Fête annuelle : la fête de la fraise a lieu à Vergt le troisième dimanche du mois de mai.

La fraise de Cachoubie IGP (Indication Géographique Protégée)[modifier | modifier le code]

Cachoubie - carte de l'aire linguistico-culturelle cachoube d'aujourd'hui

L’Union européenne a enregistré l’IGP (indication géographique protégée) « truskawka kaszubska » ou « kaszëbskô malëna » (« fraise de Cachoubie » en polonais et en langue cachoube) le 28 novembre 2009. La spécificité de la fraise de Cachoubie tient en particulier à son arôme et à son parfum très prononcés, exceptionnels et intenses. Son goût est plus sucré que les fraises provenant d’autres régions.

La dénomination « truskawka kaszubska » est la plus fréquemment utilisée dans le commerce de ce produit. Elle est notamment employée par les Cachoubes dans leurs relations avec les personnes non cachoubes. C’est elle qui est utilisée lorsque le produit est vendu dans les régions de Pologne autres que la Cachoubie, ou exporté sur des marchés à l’étranger. La seconde dénomination employée est « kaszëbskô malëna ». Elle est surtout utilisée dans l’usage courant et, étant tirée de la langue cachoube, par les habitants de la région — les Cachoubes. Les deux dénominations sont interchangeables.

Senga Sengana, l’une des trois variétés de fraises admises à l’IGP « Fraise de Cachoubie »

Seules les fraises appartenant aux variétés Elsanta, Honeoye pour les fruits de table et Senga Sengana pour les fruits destinés à la transformation peuvent être commercialisées sous la dénomination protégée « truskawka kaszubska » ou « kaszëbskô malëna ». Les fraises de table doivent en outre appartenir à la catégorie « extra » ou à la catégorie I et présenter les caractéristiques suivantes :

  • la coloration du fruit doit être au moins à 80 % d’une couleur rouge intense ;
  • la forme doit être homogène, sans irrégularités ;
  • le fruit doit être ferme au toucher, sans traces de blettissures ni signes de maladie.

Toutes les étapes de production de la fraise de Cachoubie doivent être effectuées dans l’aire géographique délimitée (dans les districts de Kartuzy, de Kościerzyna et de Bytów, ainsi que dans les communes de Przywidz, Wejherowo, Luzino, Szemud, Linia, Łęczyce et Cewice) et les parcelles cultivées doivent se caractériser par des sols pauvres.

La cueillette des fruits se fait à la main lorsqu’ils sont mûrs, régulièrement formés, sains, frais, fermes, entiers, non avariés, non écrasés, non imbibés d’eau, propres, exempts de moisissures et de résidus de produits phytosanitaires. Il convient de planter les fraises en rangs, tous les 20 à 35 cm. La distance entre chaque rang doit être de 70 à 100 cm. En cas d’épandage d’engrais, le dosage ne doit pas dépasser 30 tha. Il est interdit de pratiquer une culture et, en particulier, une fertilisation intensive qui porteraient le rendement de la récolte à plus de 25 tonnes de fraises par hectare. Une fois cueillies, les fraises doivent être disposées en couches ne dépassant pas 10 cm d’épaisseur.

Vue sur les lacs de Cachoubie depuis le mont Tamowa, à proximité du village de Zawory.

L’aire de production de la fraise de Cachoubie connaît des conditions naturelles homogènes. Son nom géographique est le Pays des lacs cachoubes (Pojezierze Kaszubskie) et son nom historique, la Cachoubie (Kaszuby). Le Pays des lacs cachoubes se distingue des régions avoisinantes par les conditions naturelles de son environnement : son climat, sa topographie et le type de ses sols. Il se caractérise par un climat un peu plus rude que celui de la région environnante. Cela s’explique par une altitude plus élevée, comprise entre 180 et 300 m. L’afflux très fréquent de masses d’air polaire continental en provenance de l’est contribue aussi beaucoup à la rudesse du climat. Par rapport au climat maritime, on observe ici de grandes variations de température tout au long de l’année. Les précipitations sont légèrement supérieures à la moyenne nationale (700 mm/an) et les vents d’ouest sont dominants. La période de végétation est l’une des plus courtes du pays : elle varie entre 180 et 200 jours.

La majeure partie de la région est formée de sols sableux, caillouteux ou argileux podzolisés. Ce sont des sols des catégories IV, V et VI, donc parmi les moins fertiles. On trouve également, dans une moindre mesure, des sols bruns sur cailloutis ou sur argile un peu plus fertiles que les podzols. Les terres choisies pour la culture des fraises ont généralement un pH compris entre 5 et 6. Le Pays des lacs cachoubes offre un relief postglaciaire varié, caractérisé par de nombreux plans d’eau et chaînes de lacs.

Les sols pauvres et le climat rude du Pays des lacs cachoubes entraînent une floraison tardive des fraises et une période de végétation plus courte. Les facteurs naturels, et en particulier le climat rude de la région, sont favorables au développement et à la maturation des fraises, d’autant que les sols très pauvres et les mauvaises conditions d’exploitation ne permettent pas d’autres cultures. De grandes dénivellations permettent de cultiver les fraises sur des coteaux bien exposés, ce qui garantit la bonne maturation des fruits. Ces facteurs et des sols légèrement acides sont propices à la culture des fraises.

L’histoire de la culture des fraises en Cachoubie commence dans les années 1920 avec l’apparition des premiers champs de fraises. Ceux-ci se sont développés pendant plus d’un demi-siècle, en raison de la qualité et de la renommée croissante des fraises, et ont fini par former une partie intégrante du paysage cachoube. Vu leur abondance, il a été décidé au début des années 1970 d’organiser une fête de la fraise. C’est une manifestation en plein air qui a lieu tous les ans, le premier dimanche de juillet. La fête de la fraise est la plus grande manifestation de la région et attire plusieurs dizaines de milliers de visiteurs, un nombre qui augmente chaque année. En 2005, près de deux tonnes de fraises ont été vendues en une seule journée, ce qui confirme la popularité de cette fête. La renommée de la fraise « truskawka kaszubska » ou « kaszëbskô malëna » est démontrée par de nombreux articles et signes témoignant qu’elle est devenue un élément de la culture et de l’identité des habitants de Cachoubie. La presse locale publie des informations importantes pour les producteurs de fraises et s’étend notamment sur les efforts qu’ils déploient pour se regrouper, adopter une position commune sur la culture de la fraise « truskawka kaszubska » ou « kaszëbskô malëna » et mettre en œuvre des mesures visant à préserver sa qualité, son arôme et sa saveur.

De la renommée de la fraise de Cachoubie témoignent aussi les mesures prises par les acheteurs (entreprises de réfrigération et de transformation) qui réservent une partie de leurs équipements pour l’achat de fraises « truskawka kaszubska » ou « kaszëbskô malëna », plus tardives que les autres fraises polonaises. Cette renommée est également démontrée par les tentatives de vente, sous la dénomination « truskawka kaszubska » ou « kaszëbskô malëna », de fraises provenant d’autres régions et arrivant à maturité plus tôt.

La renommée de la fraise « truskawka kaszubska » ou « kaszëbskô malëna » et son lien très fort avec l’aire géographique de production sont confirmés par les résultats des enquêtes de consommation. Pas moins de 67 % des personnes interrogées connaissaient au moins l’une des dénominations de vente du produit « truskawka kaszubska » ou « kaszëbskô malëna ». La fraise de Cachoubie est réputée plus savoureuse (73 %) et plus sucrée (68 %) que les autres fraises. Pour 64 % des personnes interrogées, la fraise « truskawka kaszubska » ou « kaszëbskô malëna » est un produit caractéristique de la Cachoubie. En outre, les habitants de la Poméranie et de la Cachoubie considèrent que la fraise est certainement le fruit le plus caractéristique de leur région. Près d’un tiers des Cachoubes la citent spontanément et près de 80 % connaissent sa place exceptionnelle dans la région.

La Fraise Label Rouge[modifier | modifier le code]

Fraises « Label Rouge » avec la Gariguette, la Ciflorette et la Charlotte
Gariguettes Label Rouge litées dans des barquettes de 250 g
Profil variétal des fraises de l' Association Interprofessionnelle de la Fraise du Lot-et-Garonne

En France, la fraise est notamment produite dans le Lot-et-Garonne, en région Aquitaine où depuis 2011 trois cultivars bénéficient du Label Rouge : la Gariguette, la Ciflorette et la Charlotte.

L' Association Interprofessionnelle de la Fraise du Lot-et-Garonne (AIFLG) regroupe 12 adhérents produisant 8 500 tonnes de fraises en 2012, soit 81% de la production du département. Après avoir en 2009 été reconnue par l'INAO comme Organisme de Défense et de Gestion, elle a obtenu le Label Rouge pour deux cultivars (Gariguette et Ciflorette en 2009), puis pour la Charlotte (2011). Un « Cahier des charges » strict et homologué[14] par le ministère de l'agriculture, vise à garantir les qualités gustatives et esthétiques du produit, notamment par une cueillette devant se faire à pleine maturité, et par un conditionnement soigneux et une traçabilité. Ce document peut être consulté à l'INAO[15].

  • La Gariguette Label Rouge est sucré-acidulée et est produite en début de campagne fraisière Label Rouge (de mi-mars à fin juin).
  • La Ciflorette Label Rouge est plus douce et arrive sur le marché un peu après la Gariguette (avril-juin).
  • La Charlotte Label Rouge a un arôme plus marqué (proche de celui de la fraise des bois). Cette variété dite « remontante » est une fraise ronde produite d’avril à octobre.

La forme et la coloration de ces 3 variétés label rouge sont propres aux 3 cultivars sélectionnés.

Culture : Le « Label Rouge » implique une attention permanente du producteur. La plante fleurit au printemps et est pollinisée par les bourdons. Ensuite, les feuilles sont séparées des fleurs pour que ces dernières profitent au maximum du soleil, c'est ce que l'on appelle « le peignage ». Il renforce la coloration et la formation du fruit.

Commercialisation : Les producteurs visent plutôt un marché haut de gamme, en raison de qualités gustatives et visuelles jugées supérieures. Les fraises sont livrées en barquettes 250 g, plateaux de 1 kg et 2 kg, avec des fraises litées. Le Label Rouge implique que la fraise doit être maintenu dans son conditionnement d'origine du producteur au consommateur, afin de permettre la traçabilité du produit.

Statistiques : La fraise, en Lot-et-Garonne c'est :

  • Environ 200 producteurs et près de 500 hectares de production dont 200 hectares en hors-sol.
  • Une production proche de 11 500 (en 2012), soit près de 25% de la production nationale.
  • 14% du chiffre d'affaires des fruits et légumes du Lot-et-Garonne.
  • Les 12 adhérents de AIFLG ont en 2012 produit 8 500, soit 81% de la production du département. La fraise la plus produite est la Gariguette, devant la Cléry, suivi de la Charlotte puis de la Ciflorette et enfin de la Mara des Bois.

Utilisation[modifier | modifier le code]

Une pâtisserie comportant des fraises.

La plupart des crèmes glacées et yaourts agro-industriels utilisent des arômes artificiels de fraise pour le bas de gamme.

D'autres utilisent des arômes naturels et des fraises d'agriculture intensive pour le milieu de gamme.

Les desserts haut de gamme, demandant une somme de travail plus importante, ne se trouvent guère que chez les petits producteurs de fraises tournés vers le marché de niche et proposent parfois en vente directe leur production transformée par leur soin (sorbets, confitures tartes…). Quelques pâtissiers, glaciers et confiseurs, proches d'une ferme de ce genre ou fréquenté par une clientèle avertie et demandeuse de qualité, élaborent ces types de produits.

Valeur nutritive[modifier | modifier le code]

La fraise regorge de vitamine C (antioxydants), de vitamine A (sous forme de précurseur, le β-carotène, mais pas de rétinol qui doit être synthétisé) pour stimuler les défenses immunitaires, de vitamine B9 (acide folique), important pour les femmes enceintes.

Elle est riche en oligo-éléments, sous forme de sels de potassium pour le système nerveux et contre la fixation excessive du sodium, de calcium pour les os, et du magnésium contre le stress.

Elle contient également du furanéol (l’alcool aromatique qui lui donne son parfum et son goût).

Les allergies alimentaires aux fraises sont fréquentes. Chez l'enfant, on déconseille donc l'introduction de ce fruit dans l'alimentation avant l'âge de six mois.


Fraise crue (valeur nutritive pour 100 g)
eau 88,95 g
glucides 7,68 g
dont sucres simples 4,66 g
fibres alimentaires 2,0 g
protéines 0,67 g
lipides 0,30 g
cendres totales 0,40 g
valeur énergétique 32 kcal
acides gras
poly-insaturés 155 mg
mono-insaturés 43 mg
saturés 15 mg
dont cholestérols 0 mg
oligo-éléments
potassium (K) 153 mg
phosphore (P) 24 mg
sodium (Na) 1 mg
zinc (Zn) 140 µg
calcium (Ca) 16 à 40 mg
magnésium (Mg) 13 à 15 mg
fer (Fe) 420 µg
cuivre (Cu) 48 µg
vitamines
vitamine C 58,8 mg
vitamine B3 (PP) 386 µg
vitamine B5 125 µg
vitamine B9 (M) 60 µg
vitamine B6 47 µg
vitamine B1 24 µg
vitamine B2 22 µg
vitamine K 2,2 µg
vitamine E 0,29 µg
vitamine A 12 UI
dont rétinol 0 µg
vitamine B12 0 µg

Certaines fraises étant cultivées de manière industrielle et dans de mauvaises conditions peuvent encore contenir des résidus de pesticides mais ceux-ci ne sont tout de même pas employés sur les fraises après récolte. La fraise est un fruit très périssable. Par conséquent, après la récolte, le refroidissement immédiat, le stockage à 0 °C (32 °F), la prévention des dommages physiques aux fruits, et le transport avec des doses élevées de dioxyde de carbone sont des méthodes employées par les fraisiculteurs pour contrôler les maladies. En outre, il faut prendre soin d’éliminer les fruits malades ou blessés lors de la récolte pour éviter qu’ils ne contaminent les fruits sains voisins[16]. La méthode conservant l'intégrité nutritionnelle d'une fraise restera toujours la consommation immédiate après la récolte.

Divers[modifier | modifier le code]

Calendrier[modifier | modifier le code]

Dans le calendrier républicain français, le 11e jour du mois de Prairial, est officiellement dénommé jour de la Fraise[17].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire de… La Fraise Gariguette, ton goût me fait tourner la tête
  2. G. Risser, J.C. Navatel, La fraise : plants et variétés, éditions CTIFL, 1997
  3. Colbert, S., & Oliveira, D. D. (1992), Pollinisation croisée et production de quatre cultivars de fraisier, Fragaria× ananassa. Canadian Journal of Plant Science, 72(3), 857-861 ([ http://pubs.aic.ca/doi/abs/10.4141/cjps92-107 résumé])
  4. http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20131205.OBS8469/la-pollinisation-par-les-abeilles-donne-des-fraises-plus-fermes-et-plus-grosses.html Plus grosses et plus fermes, les fraises profitent de la pollinisation par les abeilles Sciences et Avenir, 05-12-2013
  5. Fraise de nos terroirs, Bilan de campagne 2003. Séminaire du 5 novembre 2003
  6. La sélection végétale actuelle tend à remplacer la Gariguette, au rendement faible, par des variétés aussi goûteuses et au rendement plus élevé : Ciflorette, Cireine, Gigaline
  7. Données de FAOSTAT
  8. Fiche de l'INAO
  9. Legifrance ; JORF no 0145 du 23 juin 2012 page 10349 texte no 27 Arrêté du 15 juin 2012 portant homologation du cahier des charges de l'indication géographique protégée (IGP) « Fraises de Nîmes » NOR: AGRT1210193A
  10. Fiche de l'INAO
  11. Claude-Marie Vadrot, Fraises espagnoles, un bilan écologique et social catastrophique Fraises espagnoles, un bilan écologique et social catastrophique, Politis, 27 avril 2008
  12. selon la douanes et Interfel
  13. La fraise, sa production, les variétés , les recettes - Fraise Label Rouge
  14. Legifrance (2011) Arrêté du 9 mai 2011 portant homologation d'un cahier des charges de label rouge NOR: AGRT1108261A ; JORF no 0121 du 25 mai 2011 page 9005 texte no 29
  15. Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), 12, rue Henri-Rol-Tanguy, 93555 Montreuil-sous-Bois Cedex
  16. http://postharvest.ucdavis.edu/Produce/ProduceFacts/Francais/fraise.shtml
  17. Ph. Fr. Na. Fabre d'Églantine, Rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République Française, p. 27.


Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Histoire naturelle des fraisiers contenant les vues d'économie réunies à la botanique et suivie de remarques particulières sur plusieurs points qui ont rapport à l'histoire naturelle générale par Antoine Nicolas Duchesne (Didot jeune, Paris, 1766).
  • Les dessins d' Antoine Nicolas Duchesne pour son Histoire naturelle des fraisiers par les Publications Scientifiques du Muséum national d'Histoire naturelle, Paris, 2003.