Bohème

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Le Bohémien de Thomas Eakins (v. 1890).

La bohème est une façon de vivre au jour le jour dans la pauvreté mais aussi dans l’insouciance. Elle correspond à un mouvement littéraire et artistique du XIXe siècle, en marge du mouvement romantique plus « aristocratique ». C’est à la fois un style de vie qui rejette la domination bourgeoise et sa rationalité dans le cadre de la société industrielle, et la recherche d’un idéal artistique. Si l’expression avait connu un certain déclin à partir des Trente Glorieuses et des années 1960, période de la normalisation technocratique de Paris, l’expression « bourgeois bohème », ou « bobo », lui donne un certain regain. Le concept s’appuie évidemment sur la métaphore des « peuples bohémiens » ou des tziganes, qui étaient associés, au XIXe siècle, au mouvement romantique.

Les origines françaises[modifier | modifier le code]

L’apparition du mot bohème remonte en France à 1659 chez Tallemant des Réaux, dont l’accent grave diffère avec l’habitant de la Bohême. Il s’agissait de décrire un personnage vivant en marge de la société et cultivant une forme nouvelle de liberté de pensée, ainsi qu’un souci vestimentaire excentrique.

C’est Balzac en 1844, dans Un prince de la bohème qui donne ses lettres de noblesse à la bohème du XIXe siècle : « Ce mot de Bohème vous dit tout. La Bohème n’a rien et vit de tout ce qu’elle a. L’espérance est sa religion, la foi en soi-même est son code, la charité passe pour être son budget. Tous ces jeunes gens sont plus grands que leur malheur, au-dessous de la fortune mais au-dessus du destin[1],[2]. »

Le pauvre poète, Carl Spitzweg (1839)

En 1848, c’est le roman de Henry Murger, Scènes de la vie de bohème (1847-49) qui fit entrer le mot dans le langage courant. Irradiant depuis le quartier latin et plus particulièrement les mansardes de la rue des Canettes, la bohème, en ne faisant plus qu’un avec le monde des artistes, allait définitivement forger la légende de Rimbaud, Verlaine ou Modigliani.

Parfois idéalisée pour sa liberté, d’autres fois critiquée pour son excentricité, la vie de Bohème trouve ses sources dans un Paris sous l’influence d’un mouvement artistique en pleine expansion.

Au temps où l’expression culturelle et l’art connaissaient un apogée, les plus pauvres, les plus démunis se réfugiaient dans une vie où tout était poussé à l’extrême : la bohème. Une sorte de philosophie ou de façon de penser.

Ce mouvement existe pourtant depuis la fin du XVIIe siècle, mais c’est au début du XXe siècle qu’il se retrouve à son zénith.

Paris est alors réputé pour sa culture bohème, Montmartre qui était en quelque sorte le siège des enfants de la révolution bohème, et tous les lieux de prédilection dans lesquels une ambiance extravertie et décalée émane. Montmartre, le Moulin Rouge, le café d’Harcourt, la rue de la Tour d’Auvergne et la rue des Martyrs, le Quai des Fleurs sur l’île de la Cité, tous ces lieux inspirent à l’époque la débauche et la perdition pour les plus réticents, mais bel et bien le symbole de la naissance d’une nouvelle catégorie de personnes et la richesse artistique et émotionnelle pour tous les excentriques voulant croire à un monde plus simple, plus beau.

La bohème allemande[modifier | modifier le code]

En Allemagne, Hermann Hesse deviendra le chantre des oiseaux de passage, les Wandervögel à la recherche d’un ailleurs entre l’Orient et l’Occident. Harry Haller, son « loup des steppes » pénétrant dans le théâtre magique et ouvrant une à une « les portes de l’être », peut être considéré comme le premier héros bohème moderne, et un archétype qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Gusto Gräser, le « poète aux pieds nus » et personnage totémique des Naturmenschen, sera le modèle des héros de Hermann Hesse. Les expériences sur les drogues par Ernst Jünger et Aldous Huxley, dans Les Portes de la perception, se situent dans le chemin tracé par l’œuvre de Hesse. Le mouvement Dada de Zurich, tel qu’il a été décrit par Greil Marcus dans Lipstick traces, une histoire secrète du XXe siècle avec ses ramifications jusqu’à Johnny Rotten, est un héritage direct de la bohème originelle. On sent encore l’influence de Hesse sur les membres de la Beat generation, et Jack Kerouac en particulier. N’oublions pas William S. Burroughs et Philip K. Dick, qui se perdront dans l'interzone, cette bohème intermédiaire entre fiction et réalité renvoyant à la fancie d’Edgar Allan Poe.

La bohème au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

En France, c’est le roman de Tonino Benacquista, Les Morsures de l’aube paru en 1992, qui allait devenir une œuvre culte en posant les bases d’une nouvelle forme de bohème à la française. Cette fois, les deux héros sont des enfants de la crise, entre Marche à l’ombre et le phénomène SDF qui submerge la France. Il s’agit d’une bohème affiliée au gatecrashing social de survie, qui surfe sur les soirées branchées. C’est cependant un mouvement littéraire de science-fiction, le cyberpunk, né aux États-Unis au début des années 1980, qui aura une influence particulière sur la bohème française du XXIe siècle et qui comblera les vides laissés en suspens par le roman de Benacquista.

Depuis les années 2000, un nouveau concept est apparu, reprenant, en le dénaturant, le thème de bohème, les bourgeois-bohème, abrégé dans la langue populaire en bobos. Il s’agissait de définir un style de vie ayant l’apparence de la bohème, mais menée par des personnes n’ayant aucune difficulté financière et se posant souvent comme de gauche. En 2006, le chanteur Renaud leur consacra une chanson, Les Bobos, qui les décrivait avec ironie.

Illustration dans la culture classique et populaire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Édition Furne, études de mœurs, scènes de la vie parisienne, 1845, vol. XII, p. 99.
  2. Un prince de bohème.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nathalie Heinich, L’Élite artiste. Excellence et singularité en régime démocratique, Paris, Gallimard,‎ 2005
  • (en) Jerrold Seigel, Bohemian Paris. Culture, politics, and the boundaries of bourgeois life, 1830-1930, Baltimore and London, The Johns Hopkins University Press,‎ 1999 (ISBN 978-0801860638)
  • Niklaus Manuel Güdel, « Henri Murger (1822-1861) : réminiscence et fin de la bohème romantique », in Robert Kopp (dir.), Achèvement et dépassement. Romantisme et Révolution(s) III, Paris, Gallimard, coll. « Cahiers de la NRF », 2010, p. 31-75.

Liens externes[modifier | modifier le code]