Pythéas

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Statue de Pythéas sur la façade du palais de la Bourse à Marseille. Œuvre d'Auguste Ottin.

Pythéas (en grec ancien Πυθέας, Puthéas) est un explorateur grec originaire de Massalia (l'antique Marseille).

Considéré comme l'un des plus anciens explorateurs scientifiques ayant laissé une trace dans l'histoire, il a effectué vers 340-325 avant J.-C. un voyage dans les mers du nord de l'Europe. Il est le plus ancien auteur de l'Antiquité à avoir décrit, notamment, les phénomènes polaires, les marées ainsi que le mode de vie des populations de la Grande-Bretagne et des peuples germaniques des rives de la mer du Nord, voire, peut-être, de la mer Baltique.

Le voyage[modifier | modifier le code]

Date[modifier | modifier le code]

D'après ces sources, on peut déduire que le voyage de Pythéas aurait eu lieu entre -330 et -300, ou plus précisément entre -325 et -300[3].

Itinéraire[modifier | modifier le code]

Vraisemblablement parti de Massalia, Pythéas a atteint l'Atlantique après avoir franchi les colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar), mais certains auteurs[4] n'écartent pas l'hypothèse d'un voyage fluvial jusqu'au débouché de la Gironde ou de la Loire. Son voyage s'est ensuite poursuivi vers l'Armorique puis la Grande-Bretagne. Poussant plus au nord au large des Orcades, il a atteint une région où la nuit ne durait que deux heures. Il a également évoqué l'île de Thulé, située sur le cercle arctique, ainsi qu'une zone de la mer où la navigation devenait impossible, l'océan ressemblant à un « poumon marin » (méduse), peut-être un mélange de glace et d'eau.

L'association de son nom à l'ambre, notamment par Pline l'Ancien, a conduit certains auteurs[5] à imaginer que Pythéas, à son retour, aurait également exploré la mer Baltique. En réalité, les étapes de son voyage restent largement inconnues, même si l'hypothèse d'un second voyage en Baltique n'est pas à écarter totalement. Quant à l'emplacement de Thulé, il reste de nos jours sujet à débat ; il pourrait s'agir de l'Islande ou de la Norvège.

Découvertes[modifier | modifier le code]

Ouvrage[modifier | modifier le code]

L'ouvrage de Pythéas s'intitule : De l'Océan (Περί του Ωκεανού, Perì toû Ôkeanoû)[6].

Cet ouvrage a disparu à une date indéterminée, peut-être dans l'un des incendies de la bibliothèque d'Alexandrie, mais plusieurs auteurs antiques nous en ont transmis des bribes, principalement le géographe Strabon, qui est aussi son principal détracteur et est allé jusqu'à l'accuser d'affabulation[7] ; on peut aussi tirer profit de passages d'Ératosthène, Polybe[8], Diodore de Sicile et Pline l'Ancien.

Découvertes[modifier | modifier le code]

  • Une exploration maritime dans l'Atlantique nord, exceptionnelle à une époque où les colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar) marquaient l'extrémité occidentale du monde « civilisé ». Toutefois, les Carthaginois connaissaient à cette époque le détroit de Gibraltar et l'océan Atlantique mais ils ne nous ont pas laissé d'écrits (les périples d'Hannon et d'Himilcon ne seraient que des fictions anachroniques).
  • Une description géographique et ethnologique de la Grande-Bretagne, dont il décrit la forme triangulaire et dont il estime le périmètre à 42 500 stades (entre 7 650 et 7 200 km, ce qui est proche des 7 850 km mesurés aujourd’hui)[9].
  • La première description du soleil de minuit.
  • La « découverte » de peuples barbares (au sens grec ancien du terme), plus évolués que ne le laissent paraître encore de nos jours les livres d'histoire, décrivant leur habitat, leurs us et coutumes, leur alimentation, etc. (Celtes d'Armorique, Brittons d'Albion, Calédoniens, Goths).
  • La description du cercle polaire et des phénomènes qui en découlent.
  • La description du « poumon marin » ou « méduse » qu'il affirme avoir vu de ses yeux. Peut-être s'agit-il de l’aspect gélatineux que présente la mer lors de la formation de la banquise, phénomène qui ne se produit que dans les régions situées immédiatement au nord de l’Islande[9].
  • Il contribue à apporter la preuve de la sphéricité de la terre, qui à son époque passe du statut d'hypothèse (Platon[10]) à celui de connaissance scientifique (Aristote[11]). Pythéas le confirme notamment par la mesure des durées diurnes et nocturnes.
  • Le calcul de l'obliquité de la Terre, l'inclinaison de son axe de rotation par rapport au plan de l'écliptique, même si pour les Grecs l'héliocentrisme reste une notion évoquée mais non acquise.
  • Ses mesures de latitude, faites à l'aide d'un gnomon, sont d'une précision étonnante pour l'époque. Pour la première fois en dix-neuf siècles, Pierre Gassendi reprendra les mesures au XVIIe siècle ; aujourd'hui, vingt-trois siècles plus tard, la latitude de Marseille est établie à 43° 18', à à peine 5' de la valeur calculée par Pythéas, 43° 13′ (en tenant compte de l'inclinaison de l'axe de la Terre à son époque).
  • La description du phénomène des marées, inconnu des Méditerranéens, et le synchronisme des marées avec les phases de la Lune, ainsi que l'influence des équinoxes sur leur amplitude. Si leur synchronisme peut lui avoir été décrit par les peuples rencontrés, il y ajoute sa connaissance astronomique pour en donner une description précise.
  • La fabrication de lingots d'étain aux Cornouailles, avant son transport à l'île d'Ictis (en)[12].

Critiques[modifier | modifier le code]

Certains auteurs antiques le considèrent comme un affabulateur. C'est en particulier l'opinion de Polybe et du géographe Strabon, pour qui il est inconcevable qu'une mer puisse être entièrement gelée. Mais les témoignages de son périple, et surtout ses observations astronomiques, ont été pris en considération par des savants comme Ératosthène ou Hipparque ; au fil du temps, ses récits sont apparus crédibles.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de référence[modifier | modifier le code]

  • Barry Cunliffe, Marie-Geneviève l'Her, Pythéas le Grec découvre l'Europe du Nord,  éd. Autrement, 2003 (ISBN 2-7467-0361-0) ;
  • Yvon Georgelin, Hugues Journès et Jean-Marie Gassend, Pythéas, explorateur et astronome,  éd. de la Nerthe, 2000 (ISBN 2-913483-10-0) ;
  • François Herbaux, Puisque la Terre est ronde, enquête sur l'incroyable aventure de Pythéas le Marseillais,  éd. Vuibert Sciences 2008 (ISBN 978-2-7117-2486-4).
  • (en) Henry Fanshawe Tozer, History of ancient geography, Cambridge, University Press,‎ 1897 (lire en ligne)

Autres éléments bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Samivel, L'or de l'Islande,  éd. Arthaud, Paris, 1963 ;
  • Jean Mabire, Thulé, le Soleil retrouvé des Hyperboréens, éd. Pardès, 1975 (ISBN 2867142873) ;
  • Jean-Marie Gassend, Yvon Georgelin et Hugues Fournés, Pythéas, astronome moderne, Marseille, revue culturelle, no 189, décembre 1999, pages 60 à 66 ;
  • Antoinette Hesnard, Manuel Moliner, Frédéric Conche et Marc Bouiron, Marseille : 10 ans d'archéologie, 2600 ans d'histoire, Musées de Marseille/Edisud, 1999 ;
  • Thibaud Guyon, Jeanine Rey et Philippe Brochard, Pythéas l'explorateur : De Massalia au cercle polaire,  éd. École des loisirs, 2001 (ISBN 2-211-06251-2).

Annexes[modifier | modifier le code]

Dans la culture : romans, nouvelles, bandes dessinées[modifier | modifier le code]

  • Ferdinand Lallemand, Journal de bord de Pytheas, géographe marseillais du IVe siècle av. J.-C., présenté et commenté par Ferdinand Lallemand,  éd. de Paris, 1956 ;
  • Raoul Schrott, Finis Terrae, traduit par Nicole Casanova,  éd. Hachette, 1999 (ISBN 2-01-235451-3) ;
  • Arno Schmidt, Gadir, nouvelle publiée dans le recueil Léviathan,  éd. Christian Bourgois, 1991 (ISBN 2267009838) ;
  • Dimitri, Le Voyage,  éd. Albin Michel, 2003 ;
  • Philippe Régniez, Le Voyage de Pythéas,  éd. de La Reconquête, Asuncion, 2008.

Éponymie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire naturelle, livre 37, chap. 11
  2. Géographie livre II.4.2 (aussi paragraphe 104).
  3. Si on suppose que Timée n'a pas écrit après l'âge de vingt ans, vers -330, et que Dicéarque aurait eu besoin de temps avant d'écrire l’œuvre de sa maturité (après -300), il n'y a pas de raison de ne pas accepter la fenêtre temporelle proposée par Tozer de -330 à -300 (Tozer 1897, p. xxi) Certains donneraient cinq ans de plus à Timée, ramenant la date à -325. Si on présume que Pythéas n'a pas écrit avant l'âge de vingt ans, il aurait été un contemporain de Timée et de Dicéarque. Comme ils lisaient ses écrits, il les aurait produits vers le début de la fenêtre temporelle.
  4. B. Cunliffe, C. Horst-Roseman
  5. G. Broche
  6. L'astronome Geminos de Rhodes cite une « Description de l'Océan ». Marcianus, le scholiaste d'Apollonius de Rhodes, évoque un Voyage autour de la Terre (περίοδος γῆς) ou périple (περίπλους). Cela dit, il n'est pas rare qu'un ouvrage de l'Antiquité soit diffusé et cité par les auteurs anciens sous plusieurs titres différents, parce que parfois une seule partie de l'œuvre est éditée avec un titre propre.
  7. Strabon, Géographie, I, 4, 2-3 et II, 5, 8
  8. (fr) Polybe, Histoire générale, vol. 3, livre XXXIV, p. 251, trad. Félix Bouchot, 1847
  9. a et b François Salviat, « Les voyages de Pythéas », dans Dossiers d’Archéologie, no 285 Périples antiques.
  10. Phédon, VI.
  11. Météorologiques II,7 - Traité du Ciel 297b31 à 298a 8
  12. Peut-être le mont Saint-Michel
  13. Pytheas, site Gazetteer of Planetary Nomenclature

Liens externes[modifier | modifier le code]