Leptis Magna

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Site archéologique de Leptis Magna *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Arc tétrapyle de Septime Sévère
Arc tétrapyle de Septime Sévère
Coordonnées 32° 38′ 06″ N 14° 17′ 55″ E / 32.635, 14.2986132° 38′ 06″ Nord 14° 17′ 55″ Est / 32.635, 14.29861  
Pays Drapeau de la Libye Libye
Subdivision Al Mourqoub
Type Culturel
Critères (i) (ii) (iii)
Numéro
d’identification
183
Zone géographique États arabes **
Année d’inscription 1982 (6e session)
Plan du site
Plan du site
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Leptis Magna ou Lepcis Magna (LPQY en punique ; Νεάπολις ou Neapolis en grec : nouvelle ville), était une des villes importantes de la république de Carthage. Sous Dioclétien, en 303, lors de la partition de l'Afrique Proconsulaire, elle devient la capitale de la nouvelle province, la Tripolitaine. Ses ruines sont situées près de la ville actuelle de Khoms (ألخمس), à environ 120 km à l'est de Tripoli, sur l'embouchure de l'oued Lebda en Libye.

Histoire[modifier | modifier le code]

La cité a probablement été fondée par les Phéniciens mais les premières traces d'occupation sont datées du VIIe siècle av. J.-C.[1]

Cependant, elle ne prit toute son importance que lorsque Carthage étendit sa domination au bassin méditerranéen au IVe siècle av. J.-C. À l'issue de la troisième guerre punique, elle passe sous l'autorité de la république romaine. Cependant, aux alentours de 200 av. J.-C., elle constitue de fait une cité indépendante.

Ce statut perdura jusqu'à ce que l'empereur Tibère l'incorpore dans la province d'Afrique. Elle devint alors une des cités les plus influentes d'Afrique du Nord et un important centre de commerce.

Leptis connut sa plus grande prospérité quand en 193, un de ses enfants, Lucius Septime Sévère, devint à son tour empereur. Il favorisa sa ville natale, notamment en bâtissant de somptueux monuments, qui en firent l'une des trois plus belles villes africaines, rivalisant avec Carthage et Alexandrie. Il s'y rendit certainement avec sa famille en 203, où il fut reçu avec faste.

Lors de la crise économique du IIIe siècle, pendant laquelle le commerce déclina rapidement, Leptis Magna perdit également de son importance, et au milieu du IVe siècle, on la trouve en partie abandonnée. Ce déclin peut également s'expliquer par les attaques des Austuriani (un peuple de Maures de l'extérieur) en 362-365, auxquelles le comte d'Afrique Romanus (c'est le responsable de l'armée romaine en Afrique) n'a pas pu répondre. Elle connut un faible renouveau sous le règne de Théodose Ier.

En 439, Leptis Magna et le reste des villes de Tripolitaine passèrent sous le contrôle des Vandales, quand leur roi Genséric prit Carthage aux Romains pour en faire sa capitale. Afin d'éviter que Leptis Magna ne se rebelle contre le nouvel ordre vandale, Genséric ordonna de raser ses murs. Cette mesure permit malheureusement à un groupe de Berbères de saccager la ville en 523.

Bélisaire reprit Leptis Magna pour le compte de Byzance dix ans plus tard, et en 534 il renversa le royaume des Vandales. Leptis devint alors une capitale provinciale de l'Empire byzantin. Cependant, elle ne se remit jamais des destructions commises par les Berbères. En 650, les Arabes envahirent à leur tour la Tripolitaine, et la ville fut abandonnée à l'exception d'une garnison byzantine.

Au fil des siècles, le site, oublié, fut enseveli sous les sables. Et ce, jusqu'au XVIIe siècle lorsqu'il fut exploité pour ses matériaux : des colonnes utilisées pour le Grand Autel de l'Abbaye de Saint-Germain des Prés (gravure de Lucas, 1717) se trouvent maintenant dans la grande galerie des peintures du Louvre, où elles ont été transférées à la Révolution lors de la destruction de cet autel.

L'exploration archéologique débuta avec l'arrivée des italiens au début du XXe siècle.

Aujourd'hui, le site de Leptis Magna constitue l'un des plus impressionnants vestiges de l'Empire romain, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982.

Le port[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Port antique et Phare antique.

Le port antique de Leptis Magna est particulièrement bien préservé, au point que certains historiens se demandent s’il a jamais servi. Il est situé à l’embouchure d’un petit cours d'eau, l'oued Lebda, et a sans doute subi un ensablement prématuré en raison de l'édification de quais et entrepôts qui eut pour conséquence d'endiguer les crues de l'oued.

À l’intérieur du port, on distingue très bien les divers quais et en particulier les quais Sud équipés de structures qui ont peut-être servi à accueillir des mâts de charge. La face interne du môle comporte deux niveaux: la plate-forme supérieure est en retrait par rapport au soubassement. A son extrémité nord se dressent les ruines massives d'une tour qui contient les vestiges d'un escalier en pierre. Au sud de la tour, un temple de modestes dimensions; puis s'alignent une série d'entrepôts faisant face au débarcadère.

Côté Nord du port on trouve le phare et une digue en enrochements posés en vrac sur environ trois cents mètres, ainsi que des structures qui prouvent que des bateaux accostaient sur cette face Nord de la côte[2].

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Monuments[modifier | modifier le code]

Les principaux monuments se regroupent en plusieurs ensembles.

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En bord de mer, autour de l'ancien forum datant de l'époque pré-romaine, sont distribués les bâtiments officiels des Ier siècle et IIe siècle (basilique civile, curie), les temples (Liber Pater, Rome et Auguste, Magna Mater) et la basilique byzantine, plus tardive, aménagée dans un temple de Trajan.

Plus à l'intérieur, à l'ouest de la voie nord-sud ou cardo, un deuxième ensemble regroupe le théâtre, le marché (macellum) et le chalcidicum.

Plus au sud, entre le decumanus ou voie est-ouest et l'oued Lebda, se développent les grands thermes de la première moitié du IIIe siècle auxquels s'est ajoutée une grande palestre pour l'exercice physique.

Au voisinage des bains, les constructions sévériennes marquent le site par leur ampleur, leur luxe de construction et leur profusion décorative. Une majestueuse avenue à portique relie la place, dominée par le nymphée, au port. Au nord de cette rue, on visite le nouveau forum et une basilique civile à deux absides. À ces travaux, il faut ajouter l'arc des Sévères au croisement des voies majeures de la cité.

De l'autre côté de l'oued Lebda, à l'extrémité orientale du site, on découvre l'hippodrome et l'amphithéâtre voisin.

L'arc de Septime Sévère[modifier | modifier le code]

À l'intersection du decumanus et du cardo, l'arc de triomphe fut édifié en 203 à l'occasion d'une visite de l'empereur Septime Sévère dans sa ville natale.

C'est un arc tétrapyle, c'est-à-dire un arc à quatre portes. C'est le plus grand et le plus beau des arcs de Leptis Magna qui compte également les arcs d'Antonin le Pieux et de Marc Aurèle sur le decumanus ainsi que les arcs de Trajan (érigé en 109) et de Tibère (daté de 35) sur le cardo.

Cet arc de 40 m × 40 m pour une hauteur de 20 m possède trois étages. Surélevé de trois marches, il ne permettait pas le passage des chars qui devaient le contourner.

Entièrement fait de calcaire, seule sa surface était recouverte de marbre sculpté. Les originaux en marbre sont exposés au musée de Tripoli mais certaines ornementations en marbre ont été rétablies, notamment des frises de vigne. Les faces sont décorées avec des victoires ailées de chaque côté des arcades et de grandes frises sur les quatre côtés de l'attique représentant scène de sacrifice, scène de bataille et une procession triomphale de Septime Sévère accompagné de ses fils Caracalla et Geta. Les dieux protecteurs de la cité Jupiter et Junon sont représentés sous les traits de l'empereur et de sa femme Julia Domna.

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Les thermes d'Hadrien[modifier | modifier le code]

Ces thermes furent inaugurés en 126-127 sous le règne d'Hadrien, puis rénovés sous Commode et sous Septime Sévère.

On y entre par une cour d'exercices à colonnades, oblongue qui mène à une piscine à ciel ouvert autrefois entourée de trois côtés par un portique corinthien en marbre rose. De là, on gagne le frigidarium ou chambre froide qui constituait l'élément essentiel de l'ensemble. Vaste hall bordé de gigantesques colonnes corinthiennes, au sol dallé, aux murs recouverts de marbre et dont le plafond était sans doute peint de couleurs vives. A chacune des extrémités de cette salle, deux piscines à plongeoir.

À ce hall succède le tépidarium ou chambre tiède ; un bassin unique central flanqué de deux colonnes de marbre gris ; et au-delà le caldarium ou chambre chaude. Ultérieurement, deux salles de sudation (laconica) symétriques furent construites de chaque côté de la chambre tiède.

Les bains sont bordés d'installations annexes dont des vestiaires et des latrines.

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Le nymphée[modifier | modifier le code]

Le grand nymphée de Leptis Magna est situé au changement de direction de la rue à colonnes et devait masquer l'angle ainsi créé; sa forme semi-circulaire était bien adaptée à une telle fonction urbanistique[4]. Un bassin réservoir agrémenté d'une balustrade était aménagé à l'avant du monument. Cette gigantesque fontaine ornée de revêtements précieux, de colonnes de granit rose et de cipolin vert laissait couler l'eau à partir de niches contenant des statuettes de marbre blanc.


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Rue à colonnades[modifier | modifier le code]

Des thermes et de la palestre, en passant par la place du nymphée, une avenue de 20,50 m de large, parallèle à l'oued, conduit, sur 420 m, au port. Cette rue était bordée de chaque côté de portiques dont les colonnes, 125 au total, étaient en cipolin vert, montées sur piédestal et ornées de chapiteaux de marbre blanc avec pour motifs lotus et feuilles d'acanthe.


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Forum sévérien[modifier | modifier le code]

Datant du IIIe siècle, il fut inauguré lors de la visite de l'empereur à sa ville natale. C'est un espace fermé; vaste quadrilatère dominé par le temple de la famille impériale élevé sur un colossal podium.

Le nouveau forum est une vaste esplanade de 100 m de long sur 60 m de large entourée d'un haut mur de pierre de taille. Le péristyle, pavé de marbre blanc, était décoré de pierres aux couleurs différentes: arcades en cipolin vert et colonnes de granit rose. Des médaillons représentant des têtes de Méduses et des Néréides rehaussent les architraves des arcades. Sur le côté sud-ouest, un escalier pyramidal conduisait au temple Septimien. De l'autre côté, le long du mur séparant le forum de la basilique, une série de boutiques et de bars.


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La basilique sévérienne[modifier | modifier le code]

Sorti du forum, on entre dans la basilique qui lui est contigu. Construite sous Septime Sévère, elle est terminée sous le règne de Caracalla.

Vaste quadrilatère de 92 × 42 m, la basilique présente à décrire deux absides, orientées nord-ouest et sud-est, et trois nefs séparées par deux rangées de colonnes corinthiennes en granit rose. Les colonnades des nefs latérales comportaient deux étages au-dessus desquels s'élevaient probablement des galeries en bois. La nef centrale devait être plus haute formant une sorte de claire-voie pour laisser entrer la lumière.

Les niches des deux absides à l'extrémité de la nef centrale abritaient des statues. Chaque abside est dotée de deux pilastres sculptés de motifs illustrant Dionysos (abside nord) et les travaux d'Hercule (abside su sud), les deux patrons de la ville.


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Forum Vetus (vieux forum)[modifier | modifier le code]

Le vieux forum fut construit sous le règne d'Auguste à l'emplacement du marché carthaginois. Il est ceinturé au nord par les temples de Liber Pater, de Rome et Auguste et d'Hercule construits sur des podiums; au sud par la basilique et la curie; à l'ouest par une église.

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Le théâtre[modifier | modifier le code]

Bâti sur la nécropole punique, le théâtre fut construit sous Auguste et agrandi au IIe siècle.

Regardant vers la mer, l'observateur domine le théâtre, ses gradins en hémicycle, son orchestre semi-circulaire et les débris de la scène autrefois revêtue d'un plancher sonore. Le labyrinthe de colonnes d'arrière-scène correspondait au mur de scène d'une hauteur de trois étages avec ses galeries et balcons alternants et sa façade de colonnes corinthiennes. Elle comportait trois niches, entrées des artistes et derrière cet ensemble se trouvait le foyer et les réserves. Au-dessus des deux vomitoria latéraux une inscription en latin rappelle la générosité d'un citoyen Annobal Rufus qui fit don de ce théâtre à sa cité (1-2 ap. JC).

Tout à fait à l'arrière, des colonnades en rang serré délimitent un quadrilatère entouré d'un portique qui était une sorte de foyer en plein air.

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Le marché[modifier | modifier le code]

Près du cardo maximus, le marché ou macellum fut aménagé en 9 av. J.-C. aux frais du même Annobal Rufus comme l'atteste une plaque dédicatoire.

Le marché était un rectangle d'environ 100 m de long avec au centre deux kiosques circulaires ; chacun entouré de colonnes ioniques, posés sur une plate-forme octogonale à degrés. Des boutiques furent adjointes à trois des portiques périphériques. Entre les deux pavillons, il subsiste des tables de mesure de capacité et de longueur.

Le marché fut partiellement reconstruit et embelli en l'an 200 sous Septime Sévère.

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Chalcidicum[modifier | modifier le code]

L'édifice, financé par un riche citoyen de la ville d'origine punique, Iddibal Caphada Aemilius (statue conservée au musée de Tripoli), a été consacré en 12 à la divinité d'Auguste.

C'est un vaste espace à ciel ouvert avec portiques et magasins qui faisait office de centre commercial.

Il doit son nom à un petit sanctuaire dédié à Vénus Chalcidica.

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Les thermes de la chasse[modifier | modifier le code]

Les thermes de la chasse sont situés en périphérie de la cité, vers l'ouest. C'est un établissement de bain datant probablement du IIe siècle qui a été conservé sous les sables dans un état remarquable. En dehors de leurs voûtes et leurs dômes, ces thermes ont peu de choses à montrer de l'extérieur. C'est à l'intérieur qu'ils sont richement décorés. La première salle, chambre froide, présente au niveau de la voûte, les restes d'une fresque représentant une scène de chasse d'où le nom de l'édifice. Chambres tiède et chaude lui font suite, bordées de conduites en tuiles creuses amenant l'air chaud depuis la chaufferie.

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Hippodrome[modifier | modifier le code]

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Amphithéâtre[modifier | modifier le code]

Édifié en 56, l'Amphithéâtre de Leptis Magna est le plus grand amphithéâtre romain d'Afrique du Nord. De conception classique, il pouvait contenir quinze mille spectateurs.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. René Rebuffat, Leptis Magna, dans Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique, p. 257
  2. Arthur De Graauw, La côte Nord de Leptis Magna (pdf)
  3. CIL 08, 00007. Cf. Attilio Mastino et Raimondo Zucca, « La Naissance de la culture épigraphique latine en Africa », dans Débuts de l'écriture au Maghreb: actes des colloques organisés par la Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines, 17-18 janvier et 18-19 avril 2002, Casablanca, Maroc Casablanca, 2004, p. 201 et note 70 (ISBN 9981-0-3574-5[à vérifier : isbn invalide]) (en ligne).
  4. Corinne Sandoz: Le grand nymphée de Leptis Magna, étude historiographique, urbanistique et architecturale: Thèse de doctorat, Universités de Lausanne et Paris, 2008

Annexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

On pourra trouver des informations sur la ville dans :

  • André Laronde et Jean-Claude Golvin, L'Afrique Antique, Paris, Tallandier, 2000, avec des reconstitutions de la topographie urbaine.
  • Robert Polidori, Antonino Di Vita, Ginette Di Vita-Evrard, Lidiano Bacchielli, La Libye antique, Editions Mengès, 1998 (ISBN 2-8562-0400-7)
  • A. Laronde et G. Degeorge, Leptis Magna : la splendeur et l'oubli, Paris, Hermann, 2005, avec des cartes et des reconstitutions.
  • Claude Lepelley, Les cités de l'Afrique romaine au Bas-Empire, t. 2, Paris, Études augustiniennes, 1981, p. 335-368 (avec une notice d'une trentaine de pages sur l'histoire de la ville au Bas-Empire et des rappels sur le Haut-Empire).
  • Roger Wood, Sir Mortimer Wheeler, L'Afrique romaine, Arthaud, Grenoble, 1966.
  • Les biographies de Septime Sévère.

Pour ce qui concerne le port antique, l'ouvrage de référence est :

  • Renato Bartoccini, Il Porto Romano di Leptis Magna, Boll. Centro Studi per la storia dell’ architecttura, N° 13, suppl. al 1958, Roma, 1958.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]