Bananier

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Les bananiers (Musa) forment un genre de plantes monocotylédones vivaces de la famille des Musaceae dont les fruits, en général, sont les bananes.

Le bananier, contrairement aux idées reçues, n'est pas un arbre mais une plante herbacée. Ce n’est pas un arbre car il n'est pas lignifié, bien que ce ne soit pas le critère le plus caractéristique puisque les bambous sont lignifiés et ne sont pas non plus des arbres. Il est d'usage de dire un peu abusivement que c'est « la plus grande herbe du monde ».

Ce genre comprend environ soixante espèces, toutes tropicales, dont plusieurs sont largement cultivées pour la production de bananes. Certaines espèces ont un intérêt ornemental et sont cultivées en serres dans les pays tempérés.

Le terme « bananier » peut aussi être utilisé pour des espèces n'appartenant pas au genre Musa. Les espèces du genre Ensete comme la fausse « banane » (Ensete ventricosum) sont aussi regroupés sous le terme de « bananiers ». Globalement, tous appartiennent à la famille des Musaceae.

Description[modifier | modifier le code]

Un bananier dans son milieu naturel.
Fleur de banane plantain.

Les bananiers peuvent atteindre sept mètres de haut (jusqu'à 15 mètres chez Musa ingens) mais ne possèdent pas de vrai tronc. Leur tige souterraine ressemble à un gros bulbe à partir duquel naissent les feuilles. On observe un simple développement en hauteur de la base massive des pétioles des grandes feuilles insérées en spirale. Grandes feuilles droites ou retombantes (jusqu'à trois mètres de long et 60 centimètres de large) longuement pétiolées. Concernant son cycle biologique, le bananier est une espèce monocarpique (il ne possède qu'un seul bourgeon terminal ou apex méristématique s'exprimant dans l'auxèse et la mérèse du végétal) et monoblastique (le végétal meurt après la floraison)

Lorsque le bananier a produit entre 25 et 30 feuilles, au cœur de celles-ci se développe un bourgeon floral évoluant en une inflorescence qui retombe dans la majorité des espèces sur le côté. L'inflorescence, appelée « régime », est formée d'une série de spathes (feuilles colorées) disposées en spirale qui porte à sa base des fleurs femelles qui produiront les bananes et à l'extrémité des fleurs mâles.

Dans la plupart des variétés cultivés les fleurs mâles sont stériles et les fruits sont donc parthénocarpiques car ils ne sont pas issus de la fécondation. Les bananiers cultivés se multiplient par multiplication végétative.

La floraison se produit au bout de sept mois et les fruits mûrissent quatre mois plus tard. Ensuite, la tige meurt.

Distribution et habitat[modifier | modifier le code]

La région d'origine de la banane se trouve entre l'Inde et les îles mélanésiennes du Pacifique en passant par l'Indonésie et la Nouvelle-Guinée. Aujourd'hui, la banane est cultivée dans toutes les régions tropicales de la planète comme par exemple en Colombie, au Honduras.

Le bananier vit dans les pays tropicaux, sous un climat chaud et humide.

La banane de culture fut introduite dans les Amériques dès le début de la colonisation européenne vers 1500.

Classification botanique[modifier | modifier le code]

Avant 2002 le genre Musa était divisé en cinq sections : Eumusa, Rhodochlamys, Callimusa, Australimusa, Ingentimusa.

En 2002 des études génétiques ont ramené le nombre de sections à trois selon la numération chromosomique : section Eumusa regroupant Rhodochlamys x = 11, section Callimusa regroupant Australimusa x = 10, section Ingentimusa x = 7 pour la seule espèce M. ingens.

Section Eumusa (incluant Rhodochlamys)[modifier | modifier le code]

Musa acuminata Colla
Musa angcorensis
Musa aurantiaca
Musa banksii
Musa balbisiana Colla
Musa basjoo
Musa cavendishii
Musa cheesmanii
Musa ensete
Musa flaviflora
Musa griersonii
Musa itinerans
Musa laterita
Musa mannii
Musa nagensium
Musa ochracea
Musa rubra
Musa sanguinea
Musa schizocarpa
Musa siamea
Musa sikkimensis
Musa thomsonii
Musa ×paradisiaca L.
Musa velutina H.Wendl. & Drude
Musa sp. 'Burmese Blue'
Musa sp. 'VN1-054'

Section Callimusa (incluant Australimusa)[modifier | modifier le code]



Culture[modifier | modifier le code]

Culture de bananes à Sainte-Lucie, aux Antilles.

La majorité des bananes consommées dans le monde est issue de variétés cultivées provenant de croisements intra-spécifiques entre différentes sous-espèces de M. acuminata et/ou de croisements inter-spécifiques entre M. acuminata et M. balbisiana. Le processus dit de domestication des bananes aurait commencé il y a 7000 ans dans le sud-est asiatique aidé part les migrations humaines au travers des différentes îles et la sélection humaine pour l'obtention d'hybrides sans graines, parthénocarpiques (production de fruits sans fécondation de l'ovule) qui se sont reproduits par multiplication végétative via des repousses[3]. Ces hybrides peuvent être diploïdes mais le plus souvent, ils sont triploïdes[4]. Actuellement, l'histoire évolutive et les modalités des processus de domestication sont en cours de précision, en particulier à travers des études moléculaires en utilisant les nouvelles technologies de biologie moléculaire.

Dans la même section Eumusa, il existe aussi quelques hybrides de distribution restreinte issus de M. schizocarpa. La section Callimusa a donné des variétés cultivées seulement en Polynésie avec l'espèce M. troglodytarum L. (groupe Fe'i) et quelques hybrides d'autres espèces (par exemple M. jackeyi) de la même section ainsi que M. textilis, cultivée aux Philippines pour la production de fibres.

Le M. basjoo ou bananier japonais, originaire des montagnes de Chine, montre une tolérance au froid particulièrement élevée ; la souche dans le sol résiste à des températures pouvant être inférieures à -12 °C. Son fruit est grenu et n'est pas comestible.

Découvert récemment, le 'Helen's Hybrid' un hybride M. sikkimensis et M. 'Ney Poovan' produit des fruits comestibles bien qu'avec des graines et a une souche qui résiste à des températures inférieures à -12 °C. (M. sikkimensis serait aussi résistant au froid que basjoo)

Certaines variétés de M. cavendishii ont une taille à maturité inférieure à 2 m et peuvent ainsi être cultivées en pots. Ils sont souvent proposés comme bananiers d'intérieur (température minimale, 5 °C).

Typologie[modifier | modifier le code]

Différentes variétés de bananes.

Il existe de très nombreuses variétés de bananes comestibles formant trois groupes d'usage différents :

  • Banane dessert : la banane fruit classique, sucrée, elle est consommée crue comme un fruit. La très grande majorité des bananes exportées provient d'une monoculture d'un clone nommé Cavendish issu de croisements entre 3 sous-espèces M. Acuminata. Ce clone triploïde (c'est-à-dire disposant de 3 versions de génome M. acuminata) représente à lui seul la quasi-totalité des échanges commerciaux mondiaux et approximativement 50 % de la production mondiale [5]. Cette monoculture représente un risque important et éminent pour la production mondiale face à l’adaptation des pathogènes et des maladies des bananiers comme la maladie de la cercosporiose noire [6] et le champignon responsable de la fusariose [7].
  • Banane à cuire : dans ce groupe, les principales sont les Banane plantain. Plus grosse et plus longue que la banane dessert. Sa chair est un peu rosée, plus pauvre en sucre et plus riche en amidon, ce qui la rend plus ferme, lui conférant une bonne tenue à la cuisson. Elle est de ce fait beaucoup utilisée comme légume. Les Banane plantain sont triploïdes et issus de croisements entre des sous-espèces M. acuminata et l'espèce M. balbisiana.
  • Banane à bière : comprenant des variétés petites, un peu amer. Mises à fermenter, elles servent à faire de la bière ou du vin.

Autres utilisations[modifier | modifier le code]

Tout un repas servi sur une feuille de bananier en Inde du sud.

Une espèce, l'abaca (Musa textilis), est cultivée aux Philippines pour la production de fibres appelée « chanvre de Manille ». Cette fibre est principalement employée pour la fabrication de cordes. C'est la plus durable des fibres naturelles.

Dans beaucoup de régions, les feuilles de bananier ont des usages domestiques : toiture, emballage, contenant de cuisson, fibres tressées, etc. Les feuilles de bananier servent à fabriquer des imitations de papyrus, vendus aux touristes en Égypte ou ailleurs. D'autres espèces ont une utilisation ornementale.

Parasites[modifier | modifier le code]

Les bananiers souffrent notamment de l'action des vers nématodes, tels Radopholus similis, Helicotylenchus multicinctus, Meloidogyne, etc. qui détruisent les racines de cette herbacée.

Produits phytopharmaceutiques sur bananiers[modifier | modifier le code]

En France, le ministère de l'agriculture propose une Liste des produits phytopharmaceutiques autorisés en France pour lutter contre les parasites du bananier[8].

Selon le rapport du cancérologue Dominique Belpomme, l'utilisation massive des pesticides tels que le chlordécone dans la culture de la banane antillaise a conduit à un « désastre sanitaire ». Cependant la validité scientifique des données sur lesquelles s'appuie ce rapport est mise en cause pour des problèmes de méthodologie.

Importance économique[modifier | modifier le code]

Les bananes alimentaires[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Banane.

C'est à la fin du XIXe siècle que la culture de la banane se développe aux Caraïbes puis en Amérique centrale pour devenir une culture industrielle contrôlée par deux grandes firmes nord-américaines : Dole et Chiquita.

La banane représente un aliment de base vital pour des millions de personnes issus de pays en voie de développement et était en 2011 le fruit le plus consommé au monde avec une production mondiale de plus de 100 millions de tonnes (Production 2011, Données de FAOSTAT (FAO)). Elle représente ainsi la 4e production mondiale pour l'alimentation humaine après les 3 céréales riz, blé et maïs. Les principaux pays producteurs sont en Amérique du Sud : Brésil, Colombie, Équateur, Venezuela, et en Amérique centrale : Honduras, Panama, Mexique, en Asie : Chine, Inde, Philippines, Indonésie, Thaïlande, Viêt Nam ou en Afrique : Burundi, Tanzanie.

Le commerce international de la banane a fait l'objet d'un conflit à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) entre l'Union européenne d'une part, et les pays producteurs d'Amérique et les États-Unis d'autre part, en raison des accords préférentiels (quotas et droits de douanes réduits) qui liaient cette dernière aux pays dits ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique).

Le commerce de la banane est atypique puisque près de 90 % de la production est consommé « sur place » (au sein du pays producteur). L'Inde, la Chine et le Brésil qui appartiennent au top5 des pays producteurs n'exportent quasiment pas leur production de bananes. Le commerce de la « banane d'export » est essentiellement réalisé par 3 sociétés américaines dont Chiquita Brands International (anciennement United Fruit Company). Les principales zones exportatrices sont l'Afrique, les Philippines et l'Amérique centrale et latine tandis que les zones importatrices sont principalement l'Amérique du Nord et l'Europe.

Civilisations[modifier | modifier le code]

Le bananier est la plante au cœur de la vision hindoue du paradis perdu datant au moins du sixième siècle avant notre ère. Bouddha a fait du bananier le symbole de la vanité des biens, de la fragilité et de l'instabilité des choses, parce que sa partie aérienne meurt après avoir fructifié.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Kew Garden « World Checklist », consulté le 6 février 2014
  2. Kew Garden « World Checklist », consulté le 23 juin 2012
  3. Perrier, X. et al. Multidisciplinary perspectives on banana (Musa spp.) domestication. Proc. Natl Acad. Sci. USA 108, 11311–11318 (2011)
  4. Simmonds, N. W. The Evolution of the Bananas 101–131 (Longman, 1962)
  5. Lescot, T. The genetic diversity of banana in figures. FruiTrop 189, 58–62 (2011)
  6. De Lapeyre de Bellaire, L., Fouré, E., Abadie, C. & Carlier, J. Black leaf streak disease is challenging the banana industry. Fruits 65, 327–342 (2010)
  7. Dita, M. A., Waalwijk, C., Buddenhagen, I. W., Souza, M. T. & Kema, G. H. J. A molecular diagnostic for tropical race 4 of the banana fusarium wilt pathogen. Plant Pathol. 59, 348–357 (2010)
  8. Fiche Bananier

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Bananier et sa culture, André Lassoudière, éditons Quae 2007.
  • Jenny, Ch., Carreel, F., Tomekpé, K., Perrier, X., Dubois, C., et al. (1999). « Les Bananiers ». In Diversité génétique des plantes tropicales cultivées, ed. P. Hamon, M. Seguin, X. Perrier, J. C. Glaszmann. p. 113-139. Repères. Montpellier : CIRAD
  • (en) Jenuwein, H. (1988) Avocado, Banana, Coffee. How to grow useful exotic plants for fun. British Museum Natural History.
  • (nl) Pijpers, D., Constant, J.G.& Jansen, K. (1985) Fruit uit alle windstreken. Het Spectrum.
  • (en) Purseglove, J.W. (1972) Tropical crops : Monocotyledons. Longman.
  • (en) Verheij, E.W.M., Coronel, R.E. (eds) (1991) Plant resources of South-East Asia vol. 2 Edible fruits and nuts. Pudoc Wageningen.

Liens externes[modifier | modifier le code]