Arouad

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Arouad
(ar) {{ارواد}}
Image satellite d'Arouad.
Image satellite d'Arouad.
Géographie
Pays Drapeau de la Syrie Syrie
Localisation Mer Méditerranée
Coordonnées 34° 51′ 23″ N 35° 51′ 32″ E / 34.85625, 35.8588934° 51′ 23″ N 35° 51′ 32″ E / 34.85625, 35.85889  
Superficie 0,2 km2
Administration
Gouvernorat Tartous
Démographie
Population 4 403 hab.
Densité 22 015 hab./km2
Autres informations

Géolocalisation sur la carte : Syrie

(Voir situation sur carte : Syrie)
Arouad
Arouad
Île de Syrie

Arouad (en arabe: ارواد), Arwad (en phénicien), Arados (en grec ancien: Άραδος), Arpad, Arphad, Antioche de Pieria (en grec ancien: Αντιόχεια της Πιερίας), ou Aradus est une île de la mer Méditerranée, la seule île de la Syrie.

Géographie[modifier | modifier le code]

Image satellite d'Arouad avec Tartous sur la côte syrienne à l'est.

Arouad est située dans la mer Méditerranée, à trois kilomètres au large des côtes syriennes, en face de la ville de Tartous. La ville moderne occupe toute l'île qui mesure 20 ha de superficie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Cours de la forteresse ottomane d'Arouad. Cette forteresse a un moment servi de prison pendant le mandat français.
Fragment de stèle trouvé à Arados, IVe siècle av. J.-C. Musée du Louvre

L'île est habitée dès le IIe millénaire av. J.-C. par les Phéniciens. Sous contrôle phénicien, la ville est indépendante et on l'appelle Arwad ou Jazirat (qui signifie « île »). L'île, fortifiée par d'épaisses murailles, est un important centre commercial pour la vallée de l'Oronte et le grand commerce maritime. Son riche terroir et le commerce de la pourpre font sa prospérité.

Dès la campagne du roi assyrien Téglath-Phalasar Ier, les sources cunéiformes attestent l'existence d'un territoire continental, qui devait sans doute assurer le ravitaillement de l'île et permettre l'enterrement des morts. Arwad était une cité-état phénicienne, gouvernée par des rois et possédant aussi des organismes représentatifs des citoyens. Elle paie tribut à Assurnazirpal II et, en 853 av. J.-C., son roi Mattanbaal I envoie 200 soldats à la bataille de Qarqar (853 av. J.-C.) dans une coalition contre Salmanazar III. La réduction des territoires vaincus en province assyrienne (de Sumur) sous Teglath-Phalasar III semble couper Arwad de ses dépendances continentales. En 701 av. J.-C., le roi d'Arwad Abdileti paie tribut à Sennacherib et son successeur Mattanbaal II à Assarhaddon. Le roi Yakinlu se révolte contre Assurbanipal, mais il doit se soumettre au roi assyrien qui le remplace par son fils Azibaal.

La domination babylonienne sur les cités phéniciennes a succédé à la domination assyrienne. Les charpentiers d'Arwad étaient renommés dans le domaine de la menuiserie et des constructions navales et étaient employés à la cour de Nabuchodonosor, roi de Babylone.

Cette cité passe ensuite sous la domination perse et met sa flotte de guerre à la disposition des rois des Perses. Ainsi, lorsque Xerxès Ier affronte les Grecs à la bataille navale de Salamine en 480, la flotte d'Arwad est commandée par son roi Maharbaal. La cité commence à frapper monnaie vers 440 av. J.-C.. À cette époque, Grecs et Phéniciens sont en relation, grâce aux comptoirs grecs installés sur la côte de Syrie du nord et sur la pérée d'Arados, mais aussi grâce aux voyageurs, artistes et savants[1]. Les artisans d'Arwad sont spécialisés en particulier dans les sarcophages en terre cuite, qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Son dernier roi de la période perse, Gerashtart (en grec Gérostratos), monte sur le trône en 339. En 333, à l'arrivée d'Alexandre le Grand, il est en mer avec sa flotte pour soutenir le roi des Perses Darius III, mais son fils Abdashtart (en grec Straton) offre l'île d'Arwad et tout son territoire continental au conquérant grec[2].

La cité passe alors sous domination grecque. Sous les Séleucides, la cité possède un atelier monétaire qui émet des monnaies au nom d'Alexandre jusqu'en 301. Selon certains historiens, elle serait renommée Antioche de Pieria par Antiochos Ier. Elle inaugure une nouvelle ère civique en 259, date à laquelle la royauté traditionnelle disparaît : la ville devient donc cité libre, indépendante du royaume séleucide, et adopte les institutions grecques, avec un corps civique (démos), une boulè et une gérousia. C'est une concession d'Antiochos II, accordée en échange d'une alliance politique et d'une aide[3]. L'hellénisation des Phéniciens à l'époque hellénistique est rapide, à en juger par l'onomastique et par la langue parlée, ce qui est le cas de tous les magistrats d'Arados. La ville possède d'ailleurs un gymnase, symbole même du mode de vie hellénique et du goût pour les concours athlétiques. Dans l'arrière-pays, Arados gère, à la fin de l'époque hellénistique, le sanctuaire de Zeus Baitokaikè[4].

À l'époque romaine, Arados résiste farouchement à Marc Antoine venu en Syrie pour y trouver de l'argent : la ville refuse de livrer un Ptolémée[5], met à mort les envoyés de Marc Antoine et se rallie aux Parthes[6]. Arados est assiégée en -38 par les troupes de Marc Antoine, et doit se rendre, après avoir longuement résisté à la famine et aux épidémies. Les monnaies émises en 35-34 à l'effigie de Marc Antoine et de Fulvie, sa première épouse, ou de Marc Antoine et de Cléopâtre, marquent la fin de son indépendance.

Monnaie frappée en la cité d'Arados

L'île est mentionnée deux fois dans la Bible (1Maccabées, XV, 22-24.). Elle est également mentionnée dans le Roman pseudo-clémentin, écrit judéo-chrétien qui relate les voyages de l'apôtre Pierre. Lors des Croisades, l'île est prise par les Templiers qui y construisent une forteresse. Ils y restent jusqu'en 1302, faisant de l'île le dernier territoire croisé.

Pendant la Première Guerre mondiale, l'île est occupée par les Français qui y débarquent en 1915 pour mener des actions antiturques. Lors du mandat français sur la Syrie, de 1920 à 1945, les Français émettent des timbres pour l'île Rouad : Il s'agissait en fait de timbres français surchargés « Ile Rouad », et qui étaient fantaisistes, destinés au marché des philatélistes. L'U.P.U (l'Union postale Universelle) demanda à la France en 1924 de cesser ces émissions de timbres fantaisistes, car d'autres nations pouvaient imiter ce modèle, et très peu étaient utilisés sur l'île, qui utilisait majoritairement les timbres de Syrie. Depuis 1924, Arouad, ou l'île Rouad utilise donc les timbres syriens, sans surcharge.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie, Histoire du Levant antique, IVe siècle av.J.-C. - IIIe siècle ap. J.-C., Fayard, 2003, p. 63.
  2. Arrien, II, 13, 7.
  3. Strabon, Géographie, Livre XVI, 2, 14 ; Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie, p. 174.
  4. Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie, p. 149 et 170.
  5. Appien, Bellum civile,VI, 1, 9.
  6. Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie, p. 464-465.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Rey-Coquais, Arados et sa pérée aux époques grecque, romaine et byzantine, Éditions Geuthner, Paris 1974.
  • Josette Elayi et Mohamed R. Haykal, Nouvelles découvertes sur les usages funéraires des Phéniciens d'Arwad, Éditions Gabalda, Paris 1996.
  • Josette Elayi, Histoire de la Phénicie, Éditions Perrin, Paris 2013.
  • Marie-Ange Calvet-Sebasti, " Une île romanesque : Arados ", dans Lieux, décors et paysages de l'ancien roman des origines à Byzance, éd. B. Pouderon, CMO 34, Maison de l'Orient et de la Méditerranée, Lyon, 2005, p. 87-99.

Liens externes[modifier | modifier le code]