Assyriens

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne un groupe contemporain de chrétiens d'Orient. Pour les autres significations, voir Assyrien (homonymie).

Assyriens

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Drapeau assyrien moderne

Populations significatives par région
Drapeau de l’Irak Irak 1 200 000
Syrie Syrie 877 000
Drapeau des États-Unis États-Unis 400 000
Drapeau de la Suède Suède 120 000
Population totale 3-4 millions[1][2]
Autres
Religions

Christianisme syriaque

Assyrien est une dénomination ethnonationale désignant d'abord les chrétiens nestoriens, puis l'ensemble des chrétiens d'Orient parlant un dialecte néo-araméen (chaldéens, syriaques orthodoxes, syriaques catholiques, Assyriens protestants).

La question de la dénomination fait débat parmi les personnes concernées, les chercheurs et les journalistes utilisent tant Assyriens qu'Assyro-Chaldéens, voire Araméens, ou encore des termes distincts selon la communauté religieuse : Syriens/Syriaques, Jacobites, Nestoriens, Chaldéens.

Ceux qui s'étaient installés en Russie, devenue URSS, sont les seuls à avoir bénéficié d'une reconnaissance en tant que « peuple » (narod), c'est-à-dire groupe ethnique, en tant que tel, avec préservation de leur langue et de leur culture sans distinction selon leurs appartenances confessionnelles, sous la dénomination Aisor (Assyriens).

Dans les autres pays de la région, toute affirmation d'une identité ethnonationale minoritaire a été combattue par les différents gouvernements, voire réprimée dans le sang comme en Irak (voir infra), ce qui explique en partie le problème de la construction nationale et de l'autodénomination commune.

Dans les recensements en Australie, au Canada, aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande, la catégorie utilisée est Assyriens, comme en Arménie et en Géorgie. Il n'y a pas de recensements ethniques au Moyen-Orient (sauf en Israël, où la population assyrienne est minime).

Histoire[modifier | modifier le code]

Filiation avec les habitants de l'Assyrie antique[modifier | modifier le code]

Il n'y a aucune preuve d'une quelconque filiation « génétique » ou autre entre les habitants de l'Empire assyrien de l'Antiquité (dont sont probablement issus, avec de multiples mélanges, toutes les populations actuelles du Moyen-Orient, quelle que soit leur ethnicité ou leur religion actuelle) et ces Assyriens modernes, mais le mouvement nationaliste assyrien cultive ce mythe national avec, par exemple, l'utilisation de prénoms comme Nabuchodonosor et la juxtaposition dans les brochures de propagande de profils de bas-reliefs antiques et de photos d'« Assyriens » modernes. Cependant, on trouve des cas particuliers, des prénoms tels que le prénom "Achour", "Chamiram", renvoyant aux rois et reines assyriens, ont toujours été utilisé dans la région chez les populations Assyriennes. D'autre part, leur langue maternelle et liturgique, l'araméen, est une langue sémitique, qui prend source dans la langue Akkadienne, parlée auparavant en Mésopotamie. Bien qu'il n' y ait aucune preuve de cette filiation, les Assyriens d'aujourd'hui se reconnaissent comme un peuple à part entière, avec une langue et une culture distincte.

Les Assyriens à la fin de l'Empire ottoman[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle et au début du XXe, les Assyriens de toutes dénominations chrétiennes étaient répartis dans les provinces ottomanes qui constituent actuellement l'Est de la Turquie, l'Irak et la Syrie, ainsi qu'en Iran et dans le Caucase russe (Arménie, Géorgie). Leur langue véhiculaire était le néo-araméen oriental, dérivée de l'araméen. Dans le massif montagneux du Hakkiari (actuelle province de Hakkari, en Turquie), le chef religieux des Assyriens-Nestoriens, le Mar Shimoun, avait le statut d'un chef tribal à l'instar des chefs tribaux kurdes, et disposait donc d'une certaine autonomie de type féodal jusqu'en 1843–1846, quand l'Empire ottoman supprima les entités féodales de Bohtan et de Hakkiari suite à des massacres d'Assyriens-Nestoriens et de Kurdes rivaux par l'émir kurde de Bohtan.

Pendant la Première Guerre mondiale, les Arméniens, les Assyriens et les Pontiques subirent une épuration ethnico-religieuse, car ils habitaient des territoires à majorité non turco-musulmane entre l'Anatolie et l'Azerbaïdjan - dans une perspective tant pantouranienne (union politique entre les « Turcs » d'Anatolie, du Caucase et d'Asie centrale) que punitive des populations suspectes, à tort ou à raison, de pactiser avec les ennemis des Turcs musulmans : la Russie, la Grèce, la France, le Royaume-Uni, l'Italie.

Les traités de paix et les mandats[modifier | modifier le code]

Le Traité de Sèvres en 1920 prévoyait une certaine autonomie pour les « Assyro-Chaldéens » (terme usité à l'époque), dont des délégations avaient assisté aux conférences de paix avec la revendication d'un État assyrien, apparemment promis par Londres en décembre 1917, mais le Traité de Lausanne en 1923 constitua un recul tant pour eux que pour les Arméniens ou les Kurdes, tous sacrifiés au réalisme géopolitique et à la nouvelle division du Proche-Orient entre Turquie kémaliste, mandat français en Syrie, Liban) et mandats britanniques (Irak, Transjordanie, Palestine).

La diaspora assyrienne au Proche-Orient[modifier | modifier le code]

Les Assyriens en Irak[modifier | modifier le code]

Un escadron assyrien (Assyrian Levies) aida la puissance mandataire britannique à réprimer des insurrections nationalistes arabes chiites et kurdes en Irak mais à la fin du mandat, en 1932, le Royaume-Uni abandonna ses alliés. Le 20 octobre 1931, un mémorandum de notables assyriens, demandant l'établissement d'une région autonome, où auraient notamment été regroupés les Assyriens réfugiés du Hakkiari, fut adressé aux autorités, sans résultat, et l'été suivant les Assyrian Levies se révoltèrent et furent matés avec l'aide des troupes britanniques. En mai 1933, le gouvernement irakien mit le patriarche Mar Shimoun en résidence surveillée à Bagdad et les notables assyriens-nestoriens furent mis en demeure d'abandonner toute revendication d'établissement compact des réfugiés, suite à quoi, en juillet, une partie de ces réfugiés alla demander asile dans la Syrie sous mandat français. Devant le refus des autorités françaises de leur accorder un territoire autonome, ils refranchirent la frontière irakienne en août 1933 où trois mille[3] d'entre eux furent massacrés, le 13 août, dans le district de Semmel, par les troupes irakiennes, dirigées par le colonel kurde Bakir Sidqi[4].

Depuis la chute de Saddam Hussein, l'Irak est le seul pays de la région où des partis « chaldo-assyriens » ou « syriaques » sont actifs et se présentent aux élections. Cependant, même sous le régime baassiste, du moins lors de sa période plus ouverte envers les minorités, la langue néo-araméenne fut enseignée et le développement culturel de cette minorité encouragé.

Depuis août 2004, dans la plupart des grandes villes d’Irak, notamment Bagdad, Mossoul et Kirkouk, une multitude de gangs et de milices prospèrent, profitant du chaos général et de l’impuissance du gouvernement central, pour s’en prendre à la minorité chrétienne. Les actes relevés sont de tous ordres : plastiquages, mitraillages, voitures piégées, assassinats ciblés contre des chrétiens, rapts et assassinats d’ecclésiastiques [5], destruction d’églises[6]… La multiplication des exactions pousse les chrétiens à l’exode.

Alors que les Kurdes ont leur autonomie depuis la deuxième guerre du Golfe, les Assyriens et leurs partis politiques en Irak et dans la diaspora réclament une zone d'autonomie, rattachée au pouvoir central de Bagdad, dans la plaine de Ninive pour des raisons sécuritaires, historiques et culturelles. Ils voient ce projet comme une manière d'exprimer pleinement leur histoire et leur culture[7].

Les Assyriens en Turquie[modifier | modifier le code]

Les Assyriens ont presque disparu du Sud-Est turc, laissant à l'abandon de nombreux villages[8]. Les Assyriens nestoriens furent massacrés et poussés à l'exil vers l'Iran, la Russie et l'Irak durant la Première Guerre mondiale. La grande majorité des Assyriens syriaques et chaldéens survivants sont partis vers l'Europe (Suède, Allemagne, France, Pays-Bas, Belgique...) à la fin du XXe siècle.
Or, depuis les années 2000, un phénomène de resédentarisation de ces populations réfugiés en Europe a lieu dans la région du Tour Abdin et du Hakkari. Avec femmes, et enfants, certains se sont réinstallés dans leurs terres d'origine, permettant ainsi un réinvestissement de leurs économies dans ces deux régions qui bénéficient d'un réel boom économique.

Les Assyriens en Iran[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Assyriens en Iran.

Les Assyro-Chaldéens disposent d'un siège réservé au Parlement iranien.

Les Assyriens en Syrie[modifier | modifier le code]

La plupart des Assyriens sont originaires de Syrie ; mais les differents mouvements migratoires et l'annexion du Nord de la Syrie par la Turquie a fait que les Assyriens de Syrie se sont retrouvés eparpillés soit en Turquie (Midyat, Mardin) soit en Irak. C'est pendant la première moitié du XXe siècle qu'ils avaient fui les persécutions qui les frappaient en Turquie et en Irak. Ils sont surtout présents dans la Djézireh et à Alep. Ils migrent maintenant de plus en plus de la Syrie vers l'Occident. Depuis l'occupation américaine en Irak et la guerre civile qui règne dans ce pays, des dizaines de milliers d'Assyriens de ce pays se sont réfugiés en Syrie, d'où certains sont ensuite partis en Europe ou aux États-Unis.

Les Assyriens du Caucase[modifier | modifier le code]

« Les Assyriens d'Union Soviétique qui ont fui en masse de Perse et de Turquie vers le nord, au cours de la diaspora générale provoquée par les événements de la Première Guerre mondiale, ont largement bénéficié, dans le passé, de leur statut reconnu de nationalité soviétique. Dans plusieurs cas, leur voie s'est écartée de celle empruntée par le reste des Assyriens. Leur isolement a été dû en grande partie à la substitution de l'alphabet latin par l'alphabet syriaque et à l'attitude antireligieuse officielle de l'Union soviétique. Les Assyriens d'Union soviétique reflètent, à une échelle réduite, les changements que les nationalités soviétiques plus importantes ont également subis. En dépit d'une certaine tendance à se fondre dans la culture russe, la petite communauté assyrienne continue à préserver sa culture nationale[9]. »

Les Assyriens au Liban[modifier | modifier le code]

Contrairement aux autres communautés confessionnelles, celles correspondant aux Assyriens ne bénéficient que d'une représentation via un siège commun pour ces quatre églises plus les Latins, les Coptes et les Juifs.

Les Assyriens en Israël et en Palestine[modifier | modifier le code]

La grande majorité des Assyriens d’Israël et des territoires palestiniens sont originaires de Syrie. En Israël, ils sont reconnus comme une minorité chrétienne non arabe. Sur demande, on pouvait avoir la mention : Assyrien(ne) sur les cartes d’identités israéliennes. Un peu moins reconnus dans les territoires palestiniens ou ils sont assimilés à la population palestinienne arabe (qu’ils ne sont pas). Sur l’ensemble du territoire, ils sont répartis en deux Églises principales : Syriaque Orthodoxe (majorité) et Syriaque Catholique (minorité). Beaucoup vivent à Bethléem.

La diaspora assyrienne hors du Proche-Orient[modifier | modifier le code]

Le mouvement nationaliste assyrien[modifier | modifier le code]

Naum Faïk est le fondateur du nationalisme assyrien, qui a produit plusieurs mouvements :

  • Assyrian National Association, fondée en 1915 à Jersey City
  • Assyrian American Association of Chicago, fondée en 1917
  • Assyrian Universal Alliance, fondée le 10 avril 1968 à Pau (France)
  • Assyrian Democratic Organisation, fondée le 15 juillet 1957 en Djezireh (Syrie)
  • Beth Nahrin Democratic Party, fondé le 1er novembre 1976 à Chicago

Statistiques démographiques[modifier | modifier le code]

Voici des estimations concernant la présence assyrienne dans le monde[2]. La dispersion de ce peuple dans le monde rend difficile ce type de travaux[10] :

  • Total : 3 323 000

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Fiche langue sur le site Ethnologue.com
  2. a et b Association des Assyro-Chaldéens de France
  3. Henry Laurens, Le Moyen-Orient au XX°s, p. 45.
  4. Joseph Alichoran : Il y a 60 ans (août 1933), des Assyro-Chaldéens étaient massacrés en Irak, dans Historia Spécial n°24, "Mésopotamie, berceau de la civilisation", Paris, juillet-août 1993.
  5. à Mossoul : trois prêtres, un pasteur, l’archevêque chaldéen Mgr Raho.
  6. attaque de la cathédrale syriaque Notre Dame du Salut pendant la messe le 31 octobre 2010 : 58 morts dont 2 prêtes, 67 blessés.
  7. http://www.fepef.com/2011/04/28/kurdistan-d%E2%80%99irak-dernier-refuge-des-chretiens-persecutes/comment-page-1/#comment-6599
  8. Un village Chaldéen perdu dans les montagnes de Hakkari ... MEER... Les habitants de Meer comme ceux des autres villages ont commencé à fuir dans les années 80, et certains villageois même avant cette date. À la fin de l'année 90, il ne restait plus personne dans ces villages.
  9. Eden Naby, « Les Assyriens d'Union soviétique », Cahiers du monde russe, 16/3-4, 1975
  10. Unrepresented Nations and Peoples Organization

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sébastien de Courtois, Chrétiens d'Orient sur la route de la Soie, dans les pas des nestoriens, La Table Ronde, octobre 2007. (ISBN 978-2710328520)
  • Laurent et Annie Chabry, Politique et minorités au Proche-Orient, Paris Maisonneuve et Larose, 1984, (ISBN 2706808756).
  • Françoise Brié, Migrations et déplacements des Assyro-Chaldéens d’Irak, Paris-Sorbonne, Paris IV.
  • Claire Weibel Yacoub, "Le rêve brisé des Assyro-Chaldéens, l'introuvable autonomie, Paris, Ed. du Cerf, 2011.

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • Robert Alaux, Les derniers Assyriens, (Paris), 2003, film documentaire de 53 minutes.
  • Nahro Beth-Kinne et Robert Alaux, "Seyfo l'élimination", (Bruxelles), 2006, film documentaire de 52 minutes.
  • Nahro Beth-Kinne et Vincent Halleux, " Diaspora et Renaissance Assyriennes" ( Bruxelles), 2010, film documentaire de 54 minutes.

Liens externes[modifier | modifier le code]