Inule visqueuse

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'Inule visqueuse (Dittrichia viscosa (L.) Greuter 1973, syn. Inula viscosa Aït[1]) est une plante vivace de la famille des Astéracées (anciennement Composées). Le nom Inule vient de l'ancien nom de l'Aunée, probablement par déformation du grec hélénion[2]. L'Inule visqueuse est fréquente en région méditerranéenne, où elle fleurit à la fin de l'été et au début de l'automne. Elle affectionne les anciennes cultures (friches), les décombres, les bords des routes et des chemins, formant d'abondantes touffes vertes à capitules jaunes ; elle est considérée comme assez envahissante. Elle est l'un des quelques représentants du genre Dittrichia, auquel appartiennent aussi Dittrichia graveolens (l'inule fétide) et Dittrichia crithmoides (l'inule maritime). Dans les anciennes flores, elle apparaît sous le nom de genre d'Inula[3].

Description[modifier | modifier le code]

Vue de l'appareil végétatif : plante colonisant un milieu ouvert sur talus routier créé deux ans auparavant.

L'Inule visqueuse est une plante à racine pivotante, toute glanduleuse-visqueuse, à odeur agréable (selon certains, désagréable pour d'autres), ligneuse à sa base (forte racine pivotante lignifiée pouvant atteindre 30 cm de long).

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

La plante peut atteindre 15 dm (les Flores donnent 5 à 10 dm). Les tiges sont frutescentes à la base, dressées en éventail, assez ramifiées et pourvues d'un feuillage dense. Avec l'âge, elles deviennent ligneuses et foncées à la base. Les feuilles sont alternes, allongées à lancéolées, insérées directement sur la tige pour les caulinaires (sans pétiole, feuilles embrassantes). Elles sont glanduleuses sur les deux faces. La marge est lisse ou dentée et le sommet aigu.

La plante est collante et très odoriférante, à odeur de camphre, jugée par certains désagéable. Toute la plante est couverte de poils glanduleux qui libèrent une résine odoriférante et collante.

Fleurs et inflorescences[modifier | modifier le code]

Capitules de Dittrichia viscosa (Inule visqueuse) en grappes de capitules

Les fleurs sont rayonnantes, regroupées en inflorescences (capitules) formant de longues grappes de capitules, pyramidales. On les observe en septembre-octobre, parfois jusqu'en novembre. Les abeilles viennent butiner l'Inule de manière active jusqu'à l'arrêt de la floraison fin octobre ou novembre (selon les lieux). L'Inule leur apporte du nectar et du pollen pour les réserves d'hiver.

L'Inule visqueuse (Dittrichia viscosa) et l'Inule fétide (Dittrichia graveolens) peuvent être confondues à l'état végétatif mais l'inule fétide est une plante annuelle qui possède des feuilles moyennes linéaires (1-3 mm de large) et de petits capitules (< 10 mm). L'inule visqueuse est une plante vivace présentant des feuilles moyennes lancéolées (> 5 mm de large) et des capitules plus larges (> 10 mm). Lors de sa floraison, la moitié inférieure de sa tige se lignifie.

Fruits[modifier | modifier le code]

Fruits regroupés en infrutescence et capitules

Les fruits sont des akènes de un à 2 mm de long. Ils sont rassemblés sur le réceptacle du capitule. Après la fécondation, l'ovaire infère se développe pour donner une graine hirsute surmontée d'un pappus (une aigrette de poils rigides et rugueux en une seule rangée).

Nomenclature et systématique[modifier | modifier le code]

Liste des sous-espèces[modifier | modifier le code]

Selon Catalogue of Life (22 juin 2013)[4] :

  • sous-espèce Dittrichia viscosa subsp. angustifolia
  • sous-espèce Dittrichia viscosa subsp. maritima (Brullo & De Marco) Greuter
  • sous-espèce Dittrichia viscosa subsp. revoluta (Hoffmanns. & Link) P.Silva & Tutin
  • sous-espèce Dittrichia viscosa subsp. viscosa

Noms régionaux[modifier | modifier le code]

Italie[modifier | modifier le code]

  • Calabria : crìzzi
  • Sardegna : frisa, frisia
  • Sicilia : prucara, pulicara, brucara
  • Liguria : nasca

France[modifier | modifier le code]

  • Pyrénées orientales : olivarda
  • Occitanie : erba di niera
  • Corse : pecita

Utilisations[modifier | modifier le code]

Pharmacopée[modifier | modifier le code]

Le genre Inula comprend des espèces ayant des propriétés officinales. En quelques régions de la Sardaigne elle a été utilisée dans le passé comme calmant pour les douleurs rhumatismales[5]. En Sicile les feuilles sont utilisées comme hémostatique et cicatrisant. En Ligurie les feuilles desséchées étaient utilisées par les indigents comme succédané du tabac.

Selon un récent article[6], l'Inule est une plante médicinale traditionnelle majeure du bassin méditerranéen dont on retrouve la trace dans de très nombreux écrits romains (Pline), hébreux ou arabes. Les principes actifs de l'inule sont notamment le camphre, l'eucalyptol, le thymol.

Utilisation en lutte biologique[modifier | modifier le code]

Trois jeunes galles en formation, non lignifiées à l'aspect hirsute, ébouriffé.

L'inule visqueuse est réputée être un "insecticide végétal" qui combat la Mouche de l'Olive (Bactrocera oleae). C'est une plante relais dont les capitules floraux (inflorescences) sont parasitées par la larve d'une mouche (Myopites stylata) qui provoque des galles sur les inflorescences. La larve de Myopites est à son tour parasitée en automne par un parasitoïde : Eupelmus urozonus [7].
Des travaux récents tendent à prouver qu'il y a au moins quatre parasitoïdes potentiels qui surparasitent la galle de l'inule[8].

L'été et au début de l'automne, Eupelmus urozonus est plus particulièrement actif sur la Mouche de l'Olive (Bactrocera oleae), de laquelle il est un des plus importants agents biologiques de contrôle, développant 2-3 générations associées à cette espèce. En général, l'activité se développe au détriment de la larve, plus rarement au détriment de la pupe. En automne l'activité d'Eupelmus sur la mouche de l'olive diminue. La cause de ce comportement n'est pas certaine, il pourrait s'agir de l'entrée en phase d'hivernage ou plus simplement de l'apparition d'un autre hôte préféré[9].

Une galle prélevée, hirsute verte
Une galle prélevée pour dissection, en voie de lignification (aspect échevelé)

.

Parmi les hôtes alternatifs qui entrent en compétition avec Bactrocera oleae on signale un autre diptère tephritidé, Myopites stylata. Cette mouche est un phytophage galligène qui se développe dans les inflorescences (capitules) de l'Inule visqueuse, produisant une galle qui une fois desséchée va permettre l'hivernage de ses hôtes. À partir du mois de septembre et pour tout le mois d'octobre, l'eupelmidé va de la mouche de l'Olive vers la galle provoquée par Myopites sur l'inule, dans laquelle il hiverne, en général, jusqu'au printemps suivant.

Comme hyperparasite, il constitue un des antagonistes les plus actifs de Psyttalia concolor (Hymenoptera Braconidae), contribuant aux fréquents insuccès du lancement de ce parasitoïde en lutte biologique. D'autres parasitoïdes importants associés à la mouche de l'Olive et qualifiés d'hôtes secondaires sont Pnigalio mediterraneus et Eurytoma martellii, tous deux chalcidoïdes ectoparasites.

On trouvait fréquemment de l'inule visqueuse dans les oliveraies avant qu'elle ne soit arrachée comme "mauvaise herbe" envahissante et encombrante. Des observations faite en Grèce montrent que dans une oliveraie "rénovée", l'arrachage de l'Inule a été suivie d'une attaque de Mouche de l'Olive sans précédent. L'agriculture bio de l'olive peut donc faire appel à la réintroduction locale d'Inule visqueuse, afin que les galles de ses inflorescences abritent en hiver les hyménoptères parasitoïdes qui au printemps et en été pourront s'attaquer aux larves de la Mouche de l'Olive. L'Inule profite aussi au pollinisateurs, dont l'abeille domestique. Cependant, après réintroduction de l'Inule, il faut compter 4 à 5 ans pour que les équilibres agroécologiques se reconstituent, et que le cycle de la plante-relais s'amorce avec l'Olivier (et éventuellement d'autres espèces dans l'environnement proche). C'est un travail à long terme qui exclut l'emploi d'insecticides "durs".

En Catalan et en Espagnol castillan : olivarda et matamoscas (tue-mouches), ce qui indique bien la relation Inule-Olivier-Mouche de l'olive connue par la tradition. En langue corse, Pecita.

Apiculture[modifier | modifier le code]

L'importance principale de l'inule réside dans le fait qu'elle est une plante mellifère abondamment butinée des abeilles, surtout à cause de l'abondante production de pollen et pour la longue floraison. Cette plante contribue à la production tard dans l'été et en automne du miel multifleurs et en zone de forte diffusion, au miel uniflore.

Le miel de l'inule est peu apprécié sur le marché soit à cause de sa saveur soit parce que la cristallisation est irrégulière. En moyenne, il a une teneur en eau plus forte que les autres miels et cet aspect pose un problème de conservation quand la température plus élevée peut induire des fermentations. La teneur en hydroximethylfurfural est en moyenne plus élevée que dans d'autres miels, indiquant une stabilité plus faible de ce miel[10]. L'inule visqueuse possède une utilité particulière, surtout, pour la constitution de colonies fortes, en vue de la production d'essaims au printemps suivant.

Néanmoins, l'inule secrète assez de nectar seulement si la fin de l'été a enregistré une pluviométrie satisfaisante.

Les automnes chauds peuvent donner une superpositions des floraisons de l'arbousier avec celle de l'inule. Bien qu'ayant des habitats différents, l'arbousier et l'inule peuvent se trouver à des distances relativement courtes et les abeilles butineuses peuvent visiter l'inule pour prélever soit le nectar soit le pollen. En conséquence, une contamination du miel d'arbousier, plus apprécié, est possible avec le nectar et le pollen de l'inule.

Nuisances[modifier | modifier le code]

l'Inule fétide (Dittrichia graveolens) est une plante invasive. En Californie (États-Unis) et en Australie, il est interdit d'importer les graines.

Pour lutter contre ces plantes invasives, il faut les étêter avant qu'elles ne fleurissent.

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. voir Flore Abbé Coste (1990), taxon 1865, P. 314
  2. voir P. Fournier (1961) p. 953
  3. cas de la flore de P. Fournier (édition 1961)
  4. Catalogue of Life, consulté le 22 juin 2013
  5. Camarda Ignazio, Valsecchi Franca. Piccoli arbusti, liane e suffrutici spontanei della Sardegna. Carlo Delfino Editore. Sassaro, 1990. ISBN 88-7138-011-8
  6. Catherine REEB. L'inule visqueuse
  7. F. Warlop, Limitation des populations de ravageurs de l’olivier par le recours à la lutte biologique par conservation. Cahiers Agricultures vol. 15, n° 5, septembre-octobre 2006
  8. voir Francisco Sol-Mican (2008)
  9. voir photographie et articles Raymond Gimilio (2010)
  10. L'hydroxymethyfurfural (HMF) est un produit d'altération indiquant qu'il a été exposé à la pasteurisation ou qu'il a subi une fermentation.


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catherine REEB, Plantes mellifères : L'Inule visqueuse, Abeilles & Fleurs, n° 720 - octobre 2010 pp. 19-20
  • Raymond Gimilio, « L'Inule visqueuse et la lutte biologique en oléiculture », Bulletin UPPO34, vol. 9,‎ janvier 2010, p. 3-5
  • Raymond Gimilio, « L'inule visqueuse et la lutte biologique en oléiculture », Ann. Sté. Horti. et Hist. Nat. Hérault, vol. 150,‎ 2010, p. 70-76
  • Sol Franco-Mican et al. (trad. Raymond Gimilio, illustré par François Warlop (GRAB)), « Observation du complexe parasitaire de l'Inule visqueuse en Espagne et ses méthodes de propagation », Le Nouvel Olivier, vol. 66,‎ 2008, p. 4-7
  • François Warlop, « Limitation des populations de ravageurs de l'olivier par le recours à la lutte biologique par conservation », Cahiers Agricultures, vol. 5,‎ septembre-octobre 2006, p. 449-455

Flores de référence[modifier | modifier le code]

  • Herbier Coste - Flore de France, Herbier de l'Université de Montpellier II, Institut de Botanique (consultation 23/06/2008).
  • Abbé H. Coste, Flore descriptive et illustrée de la France, de la Corse et des contrées limitrophes : avec introduction sur la Flore et la végétation de la France par Charles Flahault, t. II, Paris, Librairie Scientifique et technique Albert Blanchard,‎ 1990 (ISBN 2-85367-058-9)
  • Paul Fournier, Les quatre flores de France, Paris (VIe), Paul Lechevalier,‎ 1961, 1106 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :