Agriculture biologique

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Légumes cultivés en agriculture biologique.

L’agriculture biologique est une méthode de production agricole qui se caractérise par l'absence d'usage des produits de la chimie de synthèse. Elle se veut être le prolongement d'une agriculture extensive datant de plusieurs millénaires qui a été presque totalement exempte d'intrants chimiques, à l'opposé de leur utilisation massive par l'agriculture industrielle et intensive depuis le XXe siècle. Cette méthode a pour objectif de mieux respecter le vivant et les cycles naturels[1]. Elle vise à gérer de façon globale la production en favorisant l'agrosystème mais aussi la biodiversité, les activités biologiques des sols et les cycles biologiques[2].

Les agriculteurs qui pratiquent ce type d'agriculture misent, par exemple, sur la rotation des cultures, l'engrais vert, le compostage, la lutte biologique, l'utilisation de produits naturels comme le purin d'ortie ou la bactérie Bacillus thuringiensis, et le sarclage mécanique pour maintenir la productivité des sols et le contrôle des maladies et des parasites.

Définie depuis les années 1920, l'agriculture biologique est organisée à l'échelle mondiale depuis 1972 (International Federation of Organic Agriculture Movements - IFOAM) et reconnue depuis 1999 dans le codex Alimentarius, un programme commun de la FAO et de l'OMS. À ce titre, il s'agit de l'une des formes les plus anciennement organisées d'agriculture durable[2]. Au sein de ces dernières, l'agriculture biologique se caractérise notamment par le fait que l'épithète « biologique », ou son abréviation « bio » impliquent une certification, et que le mot est, souvent, légalement protégé. Plusieurs labels internationaux de reconnaissance de ce type d'agriculture ont été définis. Pour atteindre les objectifs du label, les agriculteurs biologiques doivent respecter des cahiers des charges et des normes qui excluent notamment l'usage d’engrais minéraux chimiques de synthèse et de pesticides de synthèse, ainsi que d'organismes génétiquement modifiés (OGM)[3].

Depuis 1990, le marché des aliments et autres produits biologiques a augmenté rapidement, atteignant 63 milliards de dollars dans le monde en 2012[4]. Cette demande a entraîné une augmentation similaire dans les terres agricoles destinées à l'agriculture biologique, celles ci se sont développées au cours des années 2001 à 2011 à un taux moyen de 8,9% par an[5]. Dans le monde, environ 37,5 millions d'hectares étaient consacrés à l'agriculture biologique en 2009[6], ce qui représente environ 0,9 pour cent des terres agricoles du monde au total.

L'opposition entre l'agriculture biologique et l'agriculture conventionnelle n'est pas aussi radicale que cela peut apparaître à première vue. L'agriculture biologique a aussi permis de maintenir ou développer de nombreuses techniques et technologies innovantes dont la plupart se diffusent aussi à l'agriculture conventionnelle et possèdent des avantages non négligeables : D'une part, le cahier des charges du label Agriculture Biologique préconise un certain nombre de mesures de gestion qui peuvent s'appliquer en agriculture classique, par exemple la rotation des cultures, ou le délai minimum d'abattage des animaux, qui s'impose aussi pour certains labels de qualité, ainsi que l'optimisation des traitements employés. De nombreuses techniques de l'agriculture biologique sont déjà utilisées en agriculture conventionnelle.

Fondements[modifier | modifier le code]

Le mouvement de l'agriculture biologique s'est constitué en réaction à l'avènement de l'agrochimie, au milieu du XXe siècle, et surtout au développement de l'usage des engrais minéraux issus de la chimiosynthèse, dans les années 1930.

On considère usuellement comme ses fondateurs Albert Howard, Rudolf Steiner, Hans Müller (de) et Maria Müller (de), Hans Peter Rusch (de), Masanobu Fukuoka, pour ne citer qu'eux.

L'apparition de l'agriculture biologique s'accompagne de nombreuses critiques sur l'évolution de la pratique agricole. Sont notamment critiqués :

  • l'abandon d'une vision holistique (ou holiste) de la nature et de la croyance en une nature bienveillante ;
  • le rejet des pratiques traditionnelles et du rôle prépondérant de l'humus (notamment chez Howard et Fukuoka) ;
  • la dégradation des liens sociaux et des libertés paysannes, à la suite des restructurations du XIXe siècle et du développement des grands groupes agro-industriels (Müller) ;
  • le développement d'une vision réductionniste du monde et l'instrumentalisation de la nature aux dépens d'une relation plus spirituelle avec celle-ci, et le désenchantement qui accompagne ce rapport au monde (Steiner, Fukuoka) ;
  • l'autorité d'une science agronomique confinée au laboratoire et détachée des réalités du terrain (Howard, Fukuoka) ;
  • la prédominance des intérêts financiers et commerciaux dans la conception des exploitations agricoles et dans les développements technologiques, généralement aux dépens de la fertilité du sol (Howard, Müller, Fukuoka).

Le rejet des produits de synthèse dans la production agricole et la volonté de produire des aliments de meilleur qualité ne constituent ainsi, historiquement, que les aspects les plus superficiels du mouvement[7].

Comme équivalent de l'expression anglaise (Organic farming), la forme française Agriculture biologique est apparue vers 1950, au sens littéral, c'est un pléonasme car il n'existe pas d'agriculture non biologique ou non-organique. Mais elle a été choisie pour différencier cette agriculture des systèmes de production agricoles ayant recours aux intrants chimiques de synthèse (engrais), aux pesticides dits « phytosanitaires » (tels que herbicides, insecticides ou fongicides, hormones de synthèses, antiparasitaires…).

Mises en œuvre des systèmes d'agriculture biologique[modifier | modifier le code]

« Une ferme biologique, à proprement parler, n'est pas celle qui utilise certaines méthodes et substances et évite d'autres, c'est une ferme dont la structure imite la structure d'un système naturel qui a l'intégrité, l'indépendance et la dépendance bénigne d'un organisme »

— Wendell Berry, The Gift of Good Land

L'agriculture labellisée biologique ne dispose légalement pas de pesticides non synthétiques.

Des techniques spécifiques, ou empruntées à l'agriculture conventionnelle, sont utilisées :

  • La lutte biologique et la confusion sexuelle protègent les cultures des parasites, et des insectes ravageurs, par exemple par l'emploi d'insectes entomophages,
  • L'utilisation de produits phytosanitaires autorisés en agriculture biologique (cuivre, soufre, pyréthrines, etc.),
  • Les cultures associées, en combinant plusieurs espèces végétales sur une même parcelle, limitent la prolifération des parasites et ravageurs, la Milpa est un exemple.
  • La permaculture est une méthode de conception qui permet de planifier les cultures, entre autres choses, de manière à exploiter au mieux les conditions climatiques et géographiques locales, et à maximiser les interactions entre les cultures,
  • L'agroforesterie intègre les arbres aux exploitations agricoles.
  • Les techniques culturales simplifiées limitent le travail du sol, cette technique est difficile en agriculture biologique car elle augmente les risques de prolifération d'adventices.
  • Le semis direct sous couvert permet de restituer au sol les nutriments prélevés, d'entretenir les bactéries permettant leur assimilation par les plantes, et de limiter le développement des adventices. Cette technique issue de l'agriculture de conservation est assez délicate en agriculture biologique à cause de la gestion des adventices, même si le risque est plus faible qu'avec les techniques culturales simplifiées (présence de paillis protecteur, mortalité plus importante des graines non désirées qui restent en surface).
  • Le compostage et le paillis permettent de restituer les nutriments prélevés au sol, de limiter les méfaits des intempéries, et d'entretenir le développement de l'humus.
  • Les purins qui sont avant tout des fertilisants, mais qui auraient aussi des effets sur les ravageurs.
  • La micro-agriculture biointensive.
  • L'agriculture biodynamique est une approche globale, avec son propre comité international.
  • La culture sans labour et l'agriculture naturelle se concentre sur un minimum ou une absence de culture mécanique et de labour pour les cultures de céréales.
  • Le Système d'Intensification du Riz (SIR)

Les méthodes d'agriculture biologique combinent la connaissance scientifique de l'écologie et de la technologie moderne avec les pratiques agricoles traditionnelles basées sur des processus biologiques naturels. Les méthodes d'agriculture biologique sont étudiées dans le domaine de l'agroécologie. Alors que l'agriculture conventionnelle utilise des pesticides de synthèse et des engrais de synthèse purifiés solubles dans l'eau, les agriculteurs biologiques sont limités par la réglementation pour l'utilisation de pesticides et d'engrais naturels. Les principales méthodes de l'agriculture biologique comprennent la rotation des cultures, les engrais verts et de compost, la lutte biologique et la culture mécanique. Ces mesures utilisent l'environnement naturel pour améliorer la productivité agricole: des légumineuses sont plantées pour fixer l'azote dans le sol, les insectes prédateurs naturels sont encouragés, la rotation des cultures permet de confondre les ravageurs et de renouveler le sol, et des matériaux naturels tels que le bicarbonate de potassium [8] et le paillis sont utilisés pour contrôler les maladies et les mauvaises herbes. Des plantes plus rustiques sont générés par la culture sélective des plantes plutôt par le génie génétique.

Alors que le bio est fondamentalement différent du conventionnel en raison de l'utilisation d'engrais à base de carbone par rapport aux engrais synthétiques très solubles et de l'utilisation de la lutte biologique au lieu de pesticides de synthèse, l'agriculture biologique et l'agriculture conventionnelle à grande échelle ne sont pas totalement incompatibles. Beaucoup des méthodes développées pour l'agriculture biologique ont été empruntés par l'agriculture plus conventionnelle. Par exemple, la lutte intégrée est une stratégie à multiples facettes qui utilise diverses méthodes biologiques de lutte contre les ravageurs autant que possible, mais dans l'agriculture conventionnelle pourrait inclure les pesticides synthétiques seulement comme dernier recours[9].

La diversité des cultures[modifier | modifier le code]

La diversité des cultures est une caractéristique distinctive de l'agriculture biologique. L'agriculture conventionnelle se concentre sur la production de masse d'une culture en un seul endroit, une pratique appelée monoculture. La science de l'agroécologie a révélé les avantages de la polyculture (plusieurs cultures dans un même espace), qui est souvent utilisé dans l'agriculture biologique[10]. Planter une variété de cultures maraîchères prend en charge un large éventail d'insectes bénéfiques, de micro-organismes du sol et d'autres facteurs qui ajoutent à la santé globale de l'exploitation. La diversité des cultures aide des environnements de prospérer et de protéger les espèces en voie d'extinction[11].

La gestion des sols[modifier | modifier le code]

L'agriculture biologique repose largement sur la décomposition naturelle de la matière organique, en utilisant des techniques comme engrais vert et compostage, pour remplacer les nutriments extraits du sol par les cultures précédentes. Ce processus biologique, grâce à des micro-organismes tels que les mycorhizes, permet la production naturelle de nutriments dans le sol tout au long de la saison de croissance, et a été désigné comme « nourrir le sol pour nourrir la plante ». L'agriculture biologique utilise une variété de méthodes pour améliorer la fertilité du sol, la rotation des cultures, les cultures de couverture, travail réduit du sol, et l'application de compost. En réduisant le travail du sol, le sol n'est pas inversée et exposé à l'air; moins de carbone est perdu dans l'atmosphère résultant en plus de carbone organique dans le sol. Cela a un avantage supplémentaire par la séquestration du carbone qui permet de réduire l'effet de serre et aide à inverser le changement climatique.

Les plantes ont besoin d'azote, de phosphore et de potassium, ainsi que des micronutriments et des relations symbiotiques avec des champignons et autres organismes pour s'épanouir. Mais obtenir suffisamment d'azote au bon moment, lorsque les plantes en ont le plus besoin, est un défi pour les agriculteurs biologiques, qui doivent qui doivent gérer cette synchronisation[12]. La rotation des cultures et l'engrais vertplantes de couverture») contribuent à fournir de l'azote grâce aux légumineuses (plus précisément, la famille des Fabacées) qui fixent l'azote de l'atmosphère par symbiose avec des bactéries rhizobium. La culture associée, qui est parfois utilisé pour le contrôle des insectes et des maladies, peut également augmenter les nutriments du sol, mais la concurrence entre les légumineuses et les cultures peut être problématique et l'espacement entre les lignes de culture est nécessaire. Les résidus de récolte peuvent être charié dans le sol, et différentes plantes laissent différentes quantités d'azote, ce qui pourrait aider la synchronisation[12]. Les agriculteurs biologiques utilisent également le fumier animal, certains engrais transformés comme la farine de graines et diverses poudres minérales telles que le phosphate de roche et sable vert , une forme naturelle de la potasse qui fournit du potassium. Ensemble, ces méthodes aident à contrôler l'érosion. Dans certains cas, le pH doit être modifié. Il existe des modificateur du pH naturel comme la chaux et et le soufre, mais aux États-Unis certains composés tels que le sulfate de fer, sulfate d'aluminium, le sulfate de magnésium, et les produits solubles de bore sont autorisés dans l'agriculture biologique[13].

Les exploitations mixtes avec bétail et cultures peuvent opérer comme des « ley farms », par lesquelles les terres accumulent de la fertilité par la croissance des graminées fourragères fixatrices d'azote comme le trèfle blanc ou la luzerne et sur lesquelles poussent des cultures de rente ou de céréales lorsque la richesse du sol est établie. Les fermes sans bétail peuvent trouver qu'il est plus difficile de maintenir la fertilité du sol, et peuvent s'appuyer davantage sur les intrants externes comme les engrais importés ainsi que les légumineuses à grains et engrais verts, bien que les légumineuses à grains peuvent fixer l'azote de façon limitée car ils sont récoltés. Les exploitations horticoles (fruits et légumes) qui opèrent dans des conditions protégées sont souvent encore plus dépendante des intrants extérieurs croissants[12].

La recherche biologique du sol et des organismes du sol s'est avérée bénéfique à l'agriculture biologique. Variétés de bactéries et de champignons décomposent les produits chimiques, les matières végétales et déchets d'animaux en éléments nutritif qui rendent le sol plus productif pour les récoltes à venir et permettent des rendements plus sains[14]. Les champs avec peu ou pas de fumier montrent une baisse considérable des rendements, due à une diminution de la faune microbienne du sol[15].

La gestion des mauvaises herbes[modifier | modifier le code]

La gestion des mauvaises herbes de façon biologique favorise la suppression des mauvaises herbes, plutôt que l'élimination, en intensifiant la concurrence des cultures et des effets phytotoxiques sur les mauvaises herbes[16]. Les agriculteurs biologiques intègrent des tactiques culturales, biologiques, mécaniques, physiques et chimiques pour combattre les mauvaises herbes sans herbicides synthétiques.

Les normes biologiques exigent la rotation des cultures annuelles[17], ce qui signifie qu'une seule culture ne peut pas être cultivé au même endroit sans une autre, la culture intermédiaire. La rotation des cultures organiques comprend souvent des cultures de couverture avec des cycles de vie différents pour décourager les mauvaises herbes associées à une culture particulière[16]. La recherche est en cours pour développer des méthodes biologiques pour promouvoir la croissance des micro-organismes naturels qui suppriment la croissance ou la germination des mauvaises herbes communes[18].

D'autres pratiques culturales utilisées pour améliorer la compétitivité des cultures et réduire la pression des mauvaises herbes comprennent la sélection de variétés de cultures compétitives, plantation à haute densité, l'espacement des rangs serrés, et les semis tardifs dans un sol chaud pour favoriser la germination rapide des cultures[16].

Les pratiques de désherbage mécaniques et physiques utilisés sur les fermes biologiques peuvent être regroupées comme suit[19]:

  • Labour - Tourner le sol entre les cultures pour incorporer les résidus de culture et additifs; enlever les mauvaises herbes existantes et préparer un lit de semence pour la plantation; tourner le sol après le semis pour tuer les mauvaises herbes, y compris l'utilisation de motoculteur;
  • La tonte et la coupe – Coupe de la partie supérieure des mauvaises herbes;
  • Le désherbage au feu et le désherbage thermique - Utilisation de la chaleur pour tuer les mauvaises herbes; et
  • Le paillage - Blocage des mauvaises herbes avec des matières organiques, films plastiques, ou tissu du paysage[20].

Certains critiques, citant les travaux publiés en 1997 par David Pimentel de l'Université Cornell[21], qui décrit une épidémie de l'érosion des sols dans le monde entier, pensent que le travail du sol contribue à l'épidémie d'érosion[22]. La FAO et d'autres organisations ont préconisé une approche "sans travail du sol" pour à la fois l'agriculture classique et biologique, et souligne en particulier que les techniques de rotation des cultures utilisées en agriculture biologique sont excellentes pour l'approche "sans travail du sol"[22][23]. Une étude publiée en 2005 par Pimentel et ses collègues[24] confirme que "La rotation des cultures et cultures de couverture (engrais vert) typique de l'agriculture biologique reduise l'érosion des sols, les problèmes de ravageurs, et l'utilisation des pesticides." Certains produits chimiques d'origine naturelle sont autorisés pour une utilisation herbicide. Il s'agit notamment de certaines formulations d'acide acétique (vinaigre concentré), gluten de maïs, et des huiles essentielles. Quelques bioherbicides sélectifs fondés sur les agents pathogènes fongiques ont également été développés. Pour le moment, cependant, les herbicides organiques et bioherbicides jouent un rôle mineur dans la boîte à outils de contrôle biologique contre les mauvaises herbes[19].

Les mauvaises herbes peuvent être contrôlés par le pâturage. Par exemple, les oies ont été utilisés avec succès pour éliminer les mauvaises herbes dans des cultures organiques de coton, des fraises, de tabac et de maïs[25], et ont relancé la pratique de garder les oies Coton Patch, qui était commune dans le sud des États-Unis avant les années 1950. De même, certains riziculteurs introduisent des canards et des poissons dans les rizières humides pour manger les mauvaises herbes et les insectes[26].

Contrôle d'autres organismes[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Lutte biologique et Lutte intégrée.

Les organismes, autres que les mauvaises herbes, qui causent des problèmes dans les fermes biologiques sont des arthropodes (insectes, acariens), des nématodes, des champignons et des bactéries. Les pratiques organiques comprennent, mais ne sont pas limités à:

Un attracteur/compteur d'insectes
Compteur d'insectes
  • encourager les insectes prédateurs bénéfiques pour lutter contre les ravageurs en installant des plants de pépinière et / ou un habitat alternatif, généralement sous la forme d'un brise-vent, haies, ou banque de coléoptères;
  • encourager les micro-organismes bénéfiques;
  • rotation des cultures à différents endroits d'une année à l'autre pour interrompre les cycles de reproduction des ravageurs;
  • semer les cultures de compagnie et les plantes repoussantes qui découragent ou détournent les ravageurs;
  • couvrir les rangées pour protéger les cultures pendant les périodes de migration de ravageurs;
  • l'utilisation de pesticides et d'herbicides biologiques
  • l'utilisation l'assainissement pour éliminer l'habitat ravageurs;
  • l'utilisation de pièges à insectes pour surveiller et contrôler les populations d'insectes.
  • L'utilisation de barrières physiques

Exemples d'insectes bénéfiques prédateurs comprennent les punaises, et dans une moindre mesure, les coccinelles (qui ont tendance à s'envoler), qui tous mangent un large éventail d'organismes nuisibles. Les chrysopes sont également efficaces, mais ont tendance à s'envoler. Mantes religieuses ont tendance à se déplacer plus lentement et manger moins fortement. Guêpes parasitoïdes ont tendance à être efficace pour leur proie choisie, mais comme tous les petits insectes peuvent être moins efficaces à l'extérieur parce que le vent perturbe leur mouvement. Les acariens prédateurs sont efficaces pour lutter contre d'autres acariens[13].

Les substances autorisées dans la lutte biologique par la réglementation du label AB sont réparties en sept catégories :

Les insecticides dérivés naturellement autorisés pour une utilisation sur les fermes biologiques comprennent Bacillus thuringiensis (une toxine bactérienne), le pyrèthre (un extrait de chrysanthème), le spinosad (un métabolite bactérien), le margousier (un extrait d'arbre) et la roténone (un extrait de racine). Moins de 10% des agriculteurs biologiques utilisent ces pesticides régulièrement; une enquête a montré que seulement 5,3% des producteurs de légumes en Californie utilisent la roténone tandis que 1,7% utilisent pyrèthre[27]. Ces pesticides ne sont pas toujours plus sûr ou respectueux de l'environnement que les pesticides synthétiques et peuvent causer des dommages[13]. Le principale critère pour les pesticides organiques, c'est qu'ils sont d'origine naturelle, et certaines substances d'origine naturelle sont controversées. Les pesticides naturels controversés comprennent la roténone[28], le cuivre, le sulfate de nicotine, et pyrèthres[29],[30]. La roténone et le pyrèthre sont particulièrement controversées parce qu'ils attaquent le système nerveux, comme la plupart des insecticides conventionnels. La roténone est extrêmement toxique pour les poissons[31] et peut induire des symptômes ressemblant à la maladie de Parkinson chez les mammifères[32],[33]. La roténone[28] était autorisée jusqu'au 10 octobre 2008[34]. Bien que le pyrèthre (pyréthrines naturelles) soit plus efficace contre les insectes lorsqu'il est utilisé avec du butoxyde de pipéronyle (qui retarde la dégradation des pyréthrines)[35], les normes biologiques ne permettent généralement pas l'utilisation de cette dernière substance[36],[37],[38].

Les fongicides dérivés naturellement autorisés pour une utilisation sur les fermes biologiques comprennent les bactéries Bacillus subtilis et Bacillus pumilus; et le champignon Trichoderma harzianum. Ils sont principalement efficaces contre les maladies affectant les racines. Le thé de compost contient un mélange de microbes bénéfiques, qui pourrait attaquer ou supplanter certaines pathogènes des plantes[39], mais la variabilité des formulations et des procédés de préparation peuvent contribuer à des résultats incohérents ou même la croissance dangereuse de microbes toxiques dans les thés de compost[40].

Certains pesticides d'origine naturelle ne sont pas autorisés pour une utilisation sur les fermes biologiques. Ceux-ci comprennent le sulfate de nicotine, l'arsenic et la strychnine[41].

Les pesticides de synthèse autorisés pour une utilisation sur les fermes biologiques comprennent les savons insecticides et les huiles horticoles pour la gestion des insectes; et bouillie bordelaise, hydroxyde de cuivre et de bicarbonate de sodium pour la gestion des champignons[41]. Le sulfate de cuivre et la bouillie bordelaise (sulfate de cuivre avec chaux), approuvés pour une utilisation biologique dans différents pays[36][37][41] peut être plus respectueux de l'environnement problématique que certains fongicides de synthèse interdit en agriculture biologique[42],[43]. La bouillie bordelaise, utilisée entre autres en viticulture et arboriculture fruitière biologiques et conventionnelles, est autorisée malgré sa toxicité pour l'environnement.

Des préoccupations similaires s'appliquent à l'hydroxyde de cuivre. L'application répétée de sulfate de cuivre ou de l'hydroxyde de cuivre comme fongicide peuvent éventuellement provoquer une accumulation de cuivre à des niveaux toxiques dans le sol[44], et des avertissements, pour éviter l'accumulation excessive de cuivre dans le sol, apparaissent dans diverses normes biologiques et ailleurs. Les préoccupations environnementales sur plusieurs types d'organismes vivants se posent à des taux moyens d'utilisation de ces substances pour certaines cultures[45]. Dans l'Union européenne, où le remplacement des fongicides à base de cuivre dans l'agriculture biologique est une priorité de la politique[46], la recherche est en quête d'alternatives pour la production biologique[47].

D'autre part, l'interdiction d'insecticides n'est pas totale dans le label AB. Le neem[48] et le tourteau de ricin sont interdits en France mais utilisés par de nombreux agriculteurs AB[49], le neem est en vente libre dans les jardineries.

Les agriculteurs biologiques préfèrent maintenir les équilibres de la faune auxiliaire (y compris les bousiers nécessaires au recyclage rapide des excréments animaux dans le sol[50]) en favorisant la faune utile et les prédateurs naturels plutôt qu'éliminer indistinctement toute activité animale, même si l'usage autorisé de roténone n'est pas très sélectif.

Ces produits ne sont pas forcément anodins. « Naturel » ne veut pas dire « sans danger ». Ces produits sont d’ailleurs utilisés pour leur efficacité. La supériorité du profil environnemental des pesticides autorisés par le label AB par rapport aux pesticides de synthèse ne fait pas l'unanimité[51]. Si certains pesticides naturels se dégradent plus rapidement que des produits de synthèse ayant le même usage, d'autres comme le soufre et le cuivre ne sont pas biodégradables. En théorie on trouverait a priori moins de déchets dans la nature en agriculture biologique, mais ceci n'est pas encore confirmé, les études prenant rarement en compte les résidus de pesticides employés dans l'agriculture biologique. Les aliments issus d'une agriculture labellisée AB contiennent moins de pesticides de synthèse[52] mais n'en sont pas toujours exempts, la présence de résidus dans cette agriculture est courante[53] à cause du non-respect de la législation.

L'utilisation de produits phytosanitaires autorisés par le label AB n'exempte pas l'applicateur, y compris le jardinier amateur, des précautions exigées pour les produits de synthèse. Dans les deux cas, il est important de lire les étiquettes de produits utilisés et d'appliquer les recommandations.

Élevage[modifier | modifier le code]

L'élevage de bétail et de volaille pour la viande, les produits laitiers et les œufs, est une autre activité agricole traditionnelle qui vise à compléter de plus en plus l'agriculture. Les fermes biologiques tentent de fournir aux animaux des conditions de vie naturelles. Aux États-Unis, il n'y a aucune exigences en termes de protection des animaux pour qu'un produit puisse être marqué comme organique, il s'agit d'un écart par rapport aux autres pratiques agricoles biologiques[54].

En outre, historiquement les chevaux et le bétail étaient utilisés comme main-d'œuvre pour le labour, pour l'enrichissement des sols grâce au recyclage du fumier, et comme carburant, sous la forme de nourriture pour les agriculteurs et les autres animaux. Alors qu'aujourd'hui, les petites fermes ne comprennent pas de bétail, les animaux domestiqués sont une partie souhaitable de l'équation de l'agriculture biologique, en particulier pour une véritable durabilité, la capacité d'une ferme de fonctionner comme une unité auto-suffisante est primordiale.

La modification génétique[modifier | modifier le code]

Une caractéristique clé de l'agriculture biologique est le rejet de plantes et d'animaux génétiquement modifiés. Le 19 octobre 1998, les participants au 12e Congrès scientifique de l'IFOAM ont publié la Déclaration de Mar del Plata, où plus de 600 délégués de plus de 60 pays ont voté à l'unanimité d'exclure l'utilisation d'organismes génétiquement modifiés dans la production alimentaire et l'agriculture.

Par contre la culture sélective des plantes et l'élevage sélectif des animaux sont autorisés, ces techniques permettent de sélectionner les plantes et les animaux les plus aptes pour l'agriculture biologique, de la même manière qu'elles ont été utilisés en agriculture conventionnelle pour optimiser les rendements. Cette sélection est primordiale pour l'agriculture biologique pour permettre de trouver les combinations de plantes les plus adaptées et pour augmenter les rendements.

Bien que l'opposition à l'utilisation de toutes les technologies transgéniques dans l'agriculture biologique est forte, les chercheurs agricoles Luis Herrera-Estrella et Ariel Alvarez-Morales continuent de préconiser l'intégration des technologies transgéniques dans l'agriculture biologique comme moyen optimal de l'agriculture durable, en particulier dans le monde en développement[55], comme le fait l'auteur et scientifique Pamela Ronald, qui considère ce genre de biotechnologie comme étant compatible avec les principes organiques[56].

Bien que les OGM soient exclus de l'agriculture biologique, il est à craindre que le pollen des plantes génétiquement modifiées se mélange de plus en plus avec les stocks de semences biologiques et patrimoniales, ce qui rend difficile, voire impossible, d'interdire à ces génomes d'entrer dans la chaîne des aliments biologiques. Différentes réglementations entre les pays limite la disponibilité des OGM dans certains pays, comme décrit dans l'article sur la régulation de la libération d'organismes vivants modifiés génétiques.

Standards et Législation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Label d'agriculture biologique.

La commercialisation des produits agricoles biologiques est réglementée par des labels de qualité publics ou privé, et définie légalement par de nombreux pays. Ces réglementations donnent des critères de certification variables, généralement basées sur les normes de la Fédération internationale des mouvements d'agriculture biologique (IFOAM)[57], association internationale coordonnant les organisations actives dans le secteur bio, en 2005 elle a créé les principes de l'agriculture biologique, une directive internationale pour les critères de certification[58]. Les cahiers des charges des labels ne portent pas sur la qualité des produits, mais sur le respect de l'environnement. On parlera aussi d'achats durables pour les clients (entreprises, entités publiques et particuliers) achetant des produits biologiques. Il existe aussi des labels autres plus stricts (Bioprogrès, …). En général, les organismes accréditent des groupes de certification plutôt que des exploitations individuelles.

En 1927, le label Demeter est le premier label certifiant les produits issus de l'agriculture biologique. Il est utilisé dans plus de 50 pays dans le monde[59].

Dès les années 1970, des associations privées certifiaient des producteurs biologiques. Dans les années 1980, les gouvernements ont commencé à élaborer des lignes directrices pour la production biologique. Dans les années 1990, une tendance vers des normes imposées par la loi a commencé, notamment avec en 1991 avec l' EU-Eco-regulation[60] développé pour l'Union européenne, qui a établi des normes pour 12 pays, et un programme de 1993 au Royaume-Uni.

Le programme de l'UE a été suivi par un programme japonais en 2001, et en 2002 les États-Unis a créé le National Organic Program (NOP)[61]. En 2007, plus de 60 pays réglementent l'agriculture biologique (IFOAM 2007: 11).

Dans l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Label bio de l'Union européenne.

Au sein de l’Union européenne, le premier règlement sur l'agriculture biologique est entré en vigueur en 1992, et a ensuite été progressivement complété et ajusté. Les règlements 834/2007 et 889/2008 et leurs annexes s'appliquent obligatoirement à tout agriculteur qui veut être reconnu comme agriculteur biologique par l'Union Européenne. Il est soumis à des contrôles de leur bonne application chaque année[62].

Ils fournissent les règles relatives à la production, l'étiquetage et l'inspection en matière d'élevage, et précisent quels sont les objectifs et les principes de l'agriculture biologique, tout en établissant les niveaux de compétences en matière de législation bio.

Les règles de base sont l'interdiction d'utiliser des engrais et pesticides ou herbicides de synthèse.

Ces règlements ne prévoient pas de seuil spécifique pour les organismes génétiquement modifiés (OGM). En conséquence, c'est le seuil applicable en agriculture conventionnelle, qui est de 0,9 %, qui reste d'application pour les produits bio. Au-delà de ce seuil, la réglementation générale oblige à mentionner la présence d'OGM sur les étiquettes, provoquant donc le déclassement automatique de produits bio qui contiendrait accidentellement des substances d'OGM. Cela signifie qu'en cas de contamination à un taux situé entre le seuil de détection (qui est de l'ordre de 0,1 %) et le taux de 0,9 %, un organisme de contrôle n'est pas dans l'obligation de retirer le certificat bio du produit[63].

Le régime particulier des importations de produits labellisés Agriculture Biologique en provenance des pays tiers fait l'objet d'un règlement séparé : la Commission européenne établit progressivement des listes d'équivalence entre le standard de l'UE et celui de pays tiers ou celui employé par des organismes de contrôle opérant en dehors de l'UE.

En France[modifier | modifier le code]

Logo français de l’agriculture biologique.

En 1964, Nature & progrès devient le premier label réglementant l'agriculture biologique en France. En 1985, le ministère de l'Agriculture définit sa propre réglementation, plus souple, avec le label AB, et conditionne l'appellation commerciale « agriculture biologique » à l'obtention de ce label[64]. Ce label devient bientôt prédominant dans l'agriculture biologique française. Depuis 2009, ses critères sont alignés sur le label bio européen.

L'agriculture biologique dans le monde[modifier | modifier le code]

Une Conférence internationale ONU/FAO de mai 2007[65] sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire a conclu qu'à l'échelle mondiale, l’agriculture biologique, si elle est soutenue par une volonté politique, peut :

  • Contribuer à la sécurité alimentaire, dont celle des pays riches également menacés par la crise des énergies fossiles, les changements climatiques et certaines faiblesses de la chaîne alimentaire ;
  • Atténuer les impacts de nouveaux problèmes, tels que les changements climatiques, grâce à une fixation améliorée du carbone du sol et une meilleure résilience ;
  • Renforcer la sécurité hydrique, par exemple la qualité de l’eau, de moindres besoins en irrigation, la restauration humique du sol, de meilleurs rendements en cas de stress hydrique dû aux aléas climatiques ;
  • Protéger l’agrobiodiversité, et en garantir un usage durable ;
  • Renforcer la suffisance nutritionnelle, par la diversification accrue des aliments biologiques ;
  • Stimuler le développement rural, notamment dans des zones où le seul choix est la main d’œuvre, grâce aux ressources et savoirs locaux.

Le Président de la Conférence a souhaité la constitution d'un réseau international de recherche et de vulgarisation en faveur de l'agriculture biologique et des sciences agroécologiques, en estimant que plus d'argent et moyens publics devraient y être consacrés. Il estime aussi que les mêmes règles devraient être appliquées à tous.

Toutefois, le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, a fait le point sur la confusion entretenue sur cette conférence et la position de la FAO. En effet, s'il constate que l'agriculture biologique peut contribuer à la lutte contre la faim dans le monde, il n'en reste pas moins que selon lui, seule l'utilisation de produits phytosanitaires chimiques ou de synthèse, de manière judicieuse, est à même de la combattre[66].

Impact économique[modifier | modifier le code]

Surface cultivée bio par continent (2000-2008)

En 2001, la valeur du marché des produits biologiques certifiés a été estimée à 20 milliards de dollars. En 2002, elle était de 23 milliards de dollars et en 2007 de plus de 46 milliards de $[67]. En 2012, le marché a atteint 63 milliards de dollars dans le monde[4].

Marché Produits Biologiques Certifiés (en milliards de dollars)
2001 2002 2007 2012
20 23 46 63

La surface cultivée mondiale était évaluée fin 2010 à 37,3 millions d'hectares, avec de fortes variations régionales.

Surface cultivée bio par continent (en millions d'hectares)[68]

Océanie

Europe

Amérique du Sud

Asie

Amérique du Nord

Afrique

12,1 10,3 8,4 2,8 2,7 1,1

Au Québec[modifier | modifier le code]

Un nombre croissant[69] d'agriculteurs au Québec se tournent vers l'agriculture biologique pour répondre à la demande des consommateurs. Plusieurs organismes de certification agissent officiellement au Québec, l'organisme Québec Vrai[70], Garantie bio/Écocert, Letis S.A., Organic Crop Improvement Association (OCIA), Pro-Cert Organic Systems Ltd et Quality Assurance International (QAI).

En Suisse[modifier | modifier le code]

Le bio a connu un bel essor[71], en grande partie grâce aux grandes surfaces. Le label le plus connu est le « Bourgeon ». Les productions sont contrôlées uniquement par Bio.inspecta (un organisme indépendant) depuis le 1er janvier 2007. Ce label est réputé pour être un des plus stricts d'Europe.

Les Suisses ont dépensé en moyenne 160 CHF en 2005[72], ce qui fait d'eux les plus gros consommateurs mondiaux de produits biologiques. En 2006, environ 11 % des exploitations agricoles sont certifiées « bio »[73]. Le marché biologique a commencé à stagner pour la première fois en 2005. On explique ce recul par un cahier des charges trop strict ou encore par les baisses de prix dans les grandes surfaces[74]. Malgré cela, les responsables du Bourgeon sont restés optimistes lors des 25 ans de Bio Suisse le 18 août 2006 et pensent que la qualité est supérieure et en rapport avec leur prix.

La Politique agricole 2011 devra permettre à une exploitation de bénéficier d'un label bio, même si les parcelles ne sont pas toutes cultivées en bio. Bio suisse, qui détient le label Bourgeon, conteste cet assouplissement[75].

Dans l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Place dans la politique agricole européenne du début du XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Surface bio et en conversion en Europe en 2010 et pourcentage (SAU bio et en conversion / SAU nationale)[76]
Pays Surface Pourcentage
Espagne 1 650 866 ha 6,7 %
Italie 1 113 742 ha 8,7 %
Allemagne 990 702 ha 5,9 %
France 845 440 ha 1,1 %
Royaume Uni 718 345 ha 2,2 %
Autriche 544 672 ha 19,4 %
République tchèque 448 202 ha 10,5 %
Suède 438 878 ha 14,2 %
Pologne 367 062 ha 2,4 %
Grèce 309 823 ha 3,7 %
Portugal 210 981 ha 5,7 %
Roumanie 182 706 ha 1,8 %
Slovaquie 178 235 ha 9,2 %
Danemark 173 513 ha 20,6 %

Les réformes de la PAC des années 1999/2000 ont profondément modifié le soutien à l'agriculture en Europe. Les agriculteurs sont désormais tenus de respecter certaines normes environnementales de base pour pouvoir bénéficier des aides publiques. Ils sont également soumis au respect du principe de pollueur-payeur. Au-delà des normes de base, ceux qui mettent en œuvre des techniques plus favorables à l'environnement et au respect de la nature —comme l'agriculture biologique— peuvent recevoir une aide supplémentaire, mais cela n'a rien d'automatique. Ce sont les mesures agri-environnementales, qui proposent de rémunérer les agriculteurs souscrivant à des engagements allant au-delà des bonnes pratiques agricoles. En particulier, la pratique de l'agriculture biologique permet de percevoir des primes à l'hectare ainsi que des aides aux investissements. Ces actions devraient tendre à favoriser l'adoption de pratiques d'agriculture biologique, mais elles relèvent de programmes de développement rural(PDR) qui sont décidés par chacun des 27 États membres, (ou des régions). L'ensemble du dispositif des aides au bio est donc très variable d'un pays à l'autre et finalement assez disparate.

Par exemple, les aides à la conversion en Autriche sont de l'ordre de 450 euros par hectare. En France, l'aide est accordée sur une période de cinq ans et varie selon les cultures :

  • 100 euros par hectare et par an pour une surface en prairie permanente ;
  • 200 euros par hectare et par an pour une surface en prairie temporaire, céréales et oléo-protéagineux ;
  • 350 euros par hectare et par an pour une surface en culture légumière ;
  • 600 euros par hectare et par an en maraîchage.

En France, les agriculteurs bio peuvent bénéficier d'une aide au maintien. Ces aides sont cumulables avec les aides accordées à l'agriculture conventionnelle. Il existe, de plus, de nombreux programmes locaux d'aides à l'agriculture biologique et un crédit d'impôt réservés aux agriculteurs « biologiques »[77].

Depuis l'adoption du règlement européen de 1992, de nombreuses exploitations se sont converties à ce nouveau type de production agricole.

Le nouveau règlement européen sur le bio est entré en vigueur en 2009 sans modifier ces dispositifs.

Production[modifier | modifier le code]

4,7 % de la superficie agricole utilisée de l'UE-27 fin 2009 (8,6 millions d'hectares, 209 111 exploitations agricoles) était consacrée à l'agriculture biologique, mais avec de fortes variations de surface selon les pays. En 2009, la consommation de produits alimentaires bio dans l'Union européenne a été estimée à 17,3 milliards d’euros, dont un tiers en Allemagne. 72 % des produits bio (en valeur) sont consommés dans quatre pays : l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie. En moyenne, les budgets alloués par les ménages pour les achats de produits bio sont les plus élevés au Danemark (139 € en 2009 et 150 € en 2010) et en Autriche (104 € en 2009). En 2009, la part des achats de produits bio dans l’ensemble des achats alimentaires était de 8 % en Autriche et de 7,2 % au Danemark (7,9 % en 2010)[78]. En France, la part du marché de l'alimentation bio dans l'alimentation totale a atteint 2 % en 2010[79].

Surface (en Bio) par pays[78] : la plus grande était en 2009 en Espagne (1,6 million d'hectares, soit 18,6 % du total de l'UE-27), devant l'Italie et l'Allemagne (respectivement 1,1 et 95 million d'hectares chacun, soit 12,8 % et 11 %).

Pourcentage de la surface agricole utilisée[78] : l'Autriche était en 2009 en tête avec 18,5 %, suivie de laSuède (12,5 %), l'Estonie avec 10,5 %. Les taux les plus faibles étaient mesurés à Malte (0,25 %), en Bulgarie (0,4 %) et en Irlande (1,2 %).

Pourcentage des exploitations en bio, dans l'UE25 : 1,6 % en 2005

Surface moyenne des exploitations bio dans l'UE-27,en 2007[80] : elle est supérieure à celle d'une exploitation moyenne conventionnelle. 38 ha par exploitation certifiée biologique, contre 13 ha par exploitation moyenne.

Évolution : la part des cultures cultivées en bio est passée de 3,2 % fin 2001 (UE-15) à 4,7 % fin 2009. La part de la surface en cours de conversion dans le total des surfaces cultivées en bio, varie fortement, de moins de 10 % au Danemark (1 %), aux Pays-Bas (4 %), en Finlande (8 %) et en Suède (9 %) à plus de 80 % à Malte (100 %), Chypre (87 %) ou en Lettonie (83 %), pays où le développement de la certification bio est plus récent.

Évolution de l'agriculture biologique en Europe
1993 2002 2005 2009
Surface (en millions d'ha)[81] 0,8 5,8 6,8 8,6
Nombre d'exploitations[82] 36 080 142 348 139 930 209 111

En Allemagne[modifier | modifier le code]

L'Allemagne est un pays leader dans le domaine de l'agriculture biologique. Fin 2007, 5,1 % des surfaces cultivés étaient consacrés à ce type de culture, et le chiffre d'affaires des produits issus de l'agriculture biologique s'élevait à presque 4 milliards d'euros[83]. Fin 2011, le cap du million d'hectares a été franchi, avec 7,5 % des exploitations agricoles allemandes et 6,1 % de la SAU certifiées bio (22 506 fermes sur 1 022 718 ha de SAU ; les 2/3 des exploitations bio sont dans le Sud du pays (Bavière et Baden-Württemberg). 33 905 producteurs, transformateurs et importateurs bénéficiaient d'une certification bio fin 2011[84].

En Belgique[modifier | modifier le code]

En 2008, la part belge de la superficie européenne cultivée en bio était de 36 000 ha, soit 0,5 % de la superficie totale consacrée à l'agriculture biologique[85]. En 2010 elle était de 41 354 ha[86].

En 2010, la taille moyenne des exploitations biologiques était de 40,5 ha/exploitation, à comparer à une taille moyenne de 30,8 ha/exploitation (bio et non-bio)[86]. En 2007, la part de la superficie en cours de conversion dans la superficie totale consacrée à l'agriculture biologique était de 14,0 %[note 1].

En France[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Agriculture biologique en France.

En France, l'Association française pour l'agriculture biologique (AFAB), est fondée en 1962. Dans les années 1970, un mouvement sociétal de retour à la nature favorise le développement de modes de productions biologiques.

Le terme agriculture biologique est légalement protégé en France depuis la loi d'orientation agricole du 4 juillet 1980 et le décret du 10 mars 1981, lesquels l'ont définie, et ont fixé les conditions d'homologation des cahiers des charges et précisé les substances pouvant être utilisées dans la production, la conservation et la transformation des produits agricoles dits biologiques.

La consommation d'aliments issus de l'agriculture biologique a progressé de près de 10 % en moyenne par an entre 1999 et 2005, puis de 30 % entre 2006 et 2010, pour représenter 3,38 milliard d'euros en 2010 selon l'Agence française pour le développement et la promotion de l'agriculture biologique (Agence bio)[87]

En 2010, le marché français des produits alimentaires biologiques s'élevait à 3,38 milliard d'euros, le poste le plus important étant celui de l'épicerie et des boissons, qui totalise 828 millions d'euros. Mais l'ensemble des produits vendus aux rayons crèmerie – produits laitiers (269 millions d'euros), lait (249 millions) et œufs (209 millions) – représentent eux-mêmes 21,5 % de la consommation des aliments bio, avec un total de 727 millions d'euros[88].

L'agriculture biologique française représente 8 % de l'agriculture biologique européenne en 2009[89].

En 2013, la surface agricole utile (SAU) exploitée selon le mode biologique rassemblait 1 031 568 ha, dont 130 000 ha en conversion ; soit 3,93 % de la SAU française.

En 2010, la surface agricole utile (SAU) exploitée selon le mode biologique rassemblait 845 440 ha, dont 273 626 ha en conversion ; soit 3,1 % de la SAU française avec de grandes disparités selon les secteurs (vignoble : 6 % , fruits: 10 %, grandes cultures : 1,5 %). Le nombre des exploitations bio a rapidement augmenté, passant de 3 602 producteurs certifiés en 1995 à 11 900 en 2007, puis 20 604 en 2010, puis 25 467 en 2013. Entre 2009 et 2010, 4 160 agriculteurs supplémentaires ont été recensés[90].

Agence Bio - Chiffres clés édition 2011

Le « fond Avenir Bio » géré par l'Agence Bio, a pour objet de financer avec un appel à projet annuel, la structuration des filières de production biologiques en France.

Un plan « Agriculture biologique : horizon 2012 », a été initié à la suite du Grenelle de l’environnement, avec un objectif de 6 % de la SAU pour la surface agricole biologique à l’horizon 2012, ce qui implique de tripler les surfaces en bio en 2009[91].

Prix[modifier | modifier le code]

Souvent cité comme l'entrave principale à son épanouissement, l'agriculture biologique augmente les prix des produits agricoles[réf. nécessaire][92]. En contrepartie, ces prix permettent d'inscrire l'agriculture biologique dans une démarche de valorisation de l'activité agricole et rurale et non plus de production alimentaire brute.

Impact social[modifier | modifier le code]

Tissu humain et rural[modifier | modifier le code]

Grâce au désherbage par main et un élevage en plein air, l'agriculture biologique augmente le nombre d'actifs par unité de surface (+ 20 à 30 % [93]) et permet de diminuer l'exode rural en améliorant la viabilité à long terme des exploitations et l'image des paysans ; elle revitaliserait le tissu socio-économique local, en contribuant au « développement rural »[94].

Un champ en agriculture biologique
Un champ « bio »

Elle améliore l'image de l'agriculture, qui dès lors n'est plus considérée comme polluante.

L'agriculture biologique serait liée à une préférence pour les productions locales et les circuits courts, soit par les normes (exemple : autoproduction obligatoire d'une part de l'alimentation des animaux), soit par conviction des producteurs. Néanmoins, elle se diffuse assez lentement dans le milieu agricole professionnel et reste marginale (1 exploitant sur 20 en 2013). Elle trouve la plupart de ses adeptes et défenseurs parmi les néo-ruraux et les mouvements écologistes des villes.

Nombreuses sont les collectivités territoriales à favoriser activement l'agriculture biologique, notamment en imposant l'utilisation de produits issus de l'agriculture biologique dans les cantines.

Nutrition et santé[modifier | modifier le code]

Perception dans la population[modifier | modifier le code]

Les usagers de l'agriculture biologique soutiennent communément que l'alimentation issue de l'agriculture biologique est plus saine au niveau nutritif. Par exemple en France un sondage de 2009 montre que 90 % de la population pensent que les produits biologiques sont « plus naturels car cultivés sans produits chimiques », 81 % pensent qu'ils sont « meilleurs pour la santé », et 74 % pensent que les « qualités nutritionnelles des aliments [sont] mieux préservées »[95].

Aspects nutritionnels[modifier | modifier le code]

Les études scientifiques les plus récentes montrent des différences significatives au niveau nutritionnel. Dans la plus grande étude en son genre[96],[97] datant du 15 juillet 2014, une équipe internationale d'experts dirigé par l'Université de Newcastle, Royaume-Uni, a montré que les cultures biologiques et les aliments à base de plantes cultivées biologiquement contiennent jusqu'à 60% d'antioxydants essentiels que pour les cultures traditionnellement cultivées. L'analyse de 343 études, sur les différences de composition entre les cultures biologiques et conventionnelles, a constaté que le passage à la consommation de fruits, légumes et céréales bio permet de fournir des antioxydants supplémentaires (équivalent à 1-2 portions supplémentaires de fruits et légumes par jour). Cette étude, publiée dans la prestigieuse revue British Journal of Nutrition, montre également des niveaux significativement plus faibles de métaux lourds toxiques dans les cultures biologiques. Le cadmium, qui est l'un des trois seuls contaminants métalliques avec plomb et le mercure pour lesquels la Commission européenne a établis des niveaux maximaux admissibles de contamination dans les aliments, a été retrouvé à des niveaux inférieurs d'environ 50% dans les cultures biologiques que dans celles classiquement cultivées.

Cependant, les études scientifiques plus anciennes ne montrent pas de différences significatives au niveau nutritionnel[98] mais les fruits et légumes biologiques tendent à porter moins de résidus de pesticides[99].

Une étude britannique commanditée par la FSA (Food Standards Agency), affirme, grâce une synthèse des données sur le sujet des 50 dernières années que d'un point de vue nutritionnel, il n'existe pas de différence notable entre l'agriculture biologique et l'agriculture conventionnelle[100].

Selon une méta-analyse (compilation critique d'études) de l'Université de Standfort regroupant 200 études sur 40 ans conclue à l'absence de différence nutritionnelle entre aliment conventionnel et issu de l'Agriculture Bio[101]. Néanmoins il remarque que les fruits et légumes conventionnels tendent à porter plus de résidus de pesticides, et que la viande conventionnelle est plus contaminée par des bactéries résistantes aux antibiotiques[99].

Parallèlement à ces études, d'autres montrent que les produits biologiques peuvent contenir certains nutriments en plus grand quantité. Par exemple, le lait biologique contient plus d'acides gras oméga 3 [102] ou ses fruits et légumes ont des teneurs en flavanoïdes (protecteur des vaisseaux sanguins) plus élevées[103].

Les études sont contradictoires : il est impossible de conclure de façon générale[104], les différences sont supposées minimes et très dépendantes des méthodes agricoles qui restent très différentes les unes des autres au-delà des labellisations. Le 11 octobre 2013 l'INRA a réalisé un rapport intitulé "Vers des agricultures à hautes performances"[105], ce rapport permet de faire le point sur les vertus supposés des produits issus de l'agriculture biologique: les auteurs concluent que les différences entre les produits issus de l'agriculture biologique et conventionnel sont "globalement peu différents"[106].

Impact sur la santé[modifier | modifier le code]

L'agriculture biologique élimine un certain nombre de risques sanitaires induits par l'usage ou l'abus de certains intrants chimiques, mais elle introduit des facteurs de risque liés à certaines pratiques. Ainsi l'absence de recours aux herbicides peut favoriser les contaminations par des plantes toxiques. En France, en septembre et octobre 2012, de la farine de sarrasin biologique est contaminée par des graines de datura[107]. 32 personnes seront intoxiquées, dont 8 hospitalisées[108]. Les graines ayant la même taille elles ne peuvent être séparées par tamisage. Sans herbicides, la contamination ne peut être évitée que par arrachage manuel et repérage visuel[109].

Les aliments biologiques sont contraints aux mêmes normes sanitaires que les autres.

Mycotoxines et pathogènes[modifier | modifier le code]

L'interdiction de certains fongicides voire certains insecticides chimiques augmenterait le risque de présence de mycotoxines dans les aliments. Cependant les pratiques culturales privilégiées par l'agriculture biologique semblent limiter ces contaminations[110].

L'emploi de fertilisants organiques, quasiment obligatoire en agriculture biologique et de moins en moins utilisé en agriculture conventionnelle, peut amener des germes pathogènes pour l'homme ; l'épidémie de gastro-entérite et de syndrome hémolytique et urémique de 2011 en Europe, qui a fait 47 morts, dont des graines germées biologiques étaient à l'origine illustre ce risque, même si l'enquête n'a pas permis de comprendre l'origine de la contamination.

Pesticides[modifier | modifier le code]

L'agriculture biologique supprime des nuisances liées aux pesticides de synthèse que ce soit pour les nappes phréatiques ou les eaux de surface, la faune et celles supposées pour l'Homme. Selon une étude de Générations Futures, une ONG fortement liée au Syndicat National des transformateurs de produits naturels et de culture biologique[111], il y a 223 fois moins de résidus de pesticides dans les aliments bio[112]. Par ailleurs, une agriculture sans l'utilisation de pesticides n'expose pas ses producteurs à des maladies[113], telles que celle de Parkinson, reconnue en 2012 comme maladie professionnelle pour les agriculteurs exposés aux pesticides [114].

Le label AB n'interdit que les produits de synthèses, les produits naturels et minéraux sont autorisés, certains sont reconnus pour leur dangerosités (roténone, cuivre, neem, pyrèthres) pour l'environnement et l'humain. Le cuivre, indispensable à un grand nombre de cultures biologiques, est un métal lourd qui stérilise les sols. L'huile de neem, utilisée malgré son interdiction, est connue pour provoquer des effets hormonaux chez les insectes[115] et les mammifères[116].

Antibiotiques[modifier | modifier le code]

Certains labels d'agriculture biologique interdisent les antibiotiques. Le label AB les autorise avec les mêmes conditions qu'en élevage conventionnel[117]. Ils doivent faire l'objet d'une prescription par un vétérinaire, qui ne l'accorde qu'en cas de maladie bactérienne. L'usage comme facteur de croissance est interdit en EU depuis 2006[118] mais cela n'empêche pas l'importation de viande ayant subi ce mode de production.

Cancers[modifier | modifier le code]

Aucune étude[119] n'a mis en évidence un taux de cancer plus faible chez les consommateurs de produits biologiques, une fois que les autres facteurs (diversité de l'alimentation, consommation d'alcool et de tabac, activités physiques) sont pris en compte. Même si les agriculteurs utilisateurs de produits phytosanitaires peuvent dans certains cas avoir plus de cancer[120], quoique cela fasse débat dans le cas des agriculteurs en France[121], l'étude AgriCan montre au contraire une incidence du cancer plus faible, sans doute attribuée à une meilleure hygiène de vie (moins de tabac, d'alcool et plus d'exercice physique). Les organismes de lutte contre le cancer conseillent une alimentation riche en fruits et légumes, quels que soient leurs modes de production[122].

Testostérone et hormones[modifier | modifier le code]

Certains pesticides imitent les hormones femelles. En plus l'agriculture bio interdit l'utilisation d'hormones artificielles utilisées pour manipuler les cycles de reproduction. Si les hormones de croissance sont interdites en UE depuis 1988, l'usage d'hormones sexuelles pour décaler des mises bas ou débloquer des cycles sexuels est d'usage courant en élevage d'ovins[123]. Aucune étude n'a montré un danger lié à la consommation d'animaux ayant reçu ces hormones.

Si les aliments bio présentent un avantage par leur plus faible teneur en antibiotiques et en pesticides, consommer des aliments conventionnels qui respectent les limites de résidus ne présente pas de danger connu. Toutes les études qui montrent l’intérêt de manger beaucoup de fruits et légumes, donc a priori de s'exposer plus fortement aux résidus, ont été faites avec des aliments conventionnels. Les aliments biologiques sont plus exposés aux risques de contenir des biotoxines et mycotoxines toxiques pour l'homme, même si ce risque est contrôlé.

Nitrates[modifier | modifier le code]

Les aliments bio ne contiennent pas forcément moins de nitrates que les aliments conventionnels[124].

Externalités[modifier | modifier le code]

L'agriculture impose des externalités négatives (coûts non compensés) sur la société à travers l'utilisation de la terre et d'autres ressources, la perte de la biodiversité, l'érosion, les pesticides, le ruissellement des nutriments, la consommation d'eau, les paiements de subventions et d'autres problèmes divers. Les externalités positives sont l'autonomie, l'esprit d'entreprise, le respect de la nature et de la qualité de l'air. Les méthodes biologiques réduisent certains de ces coûts[125]. En 2000, les coûts non compensés pour 1996 ont atteint 2 343 millions de livres sterling ou 208 livres par hectare[126]. Une étude des pratiques aux États-Unis publié en 2005 a conclu que les terres cultivées coûtent à l'économie environ 5 à 16 milliards de dollars (30 $ à 96 $ par hectare), alors que les coûts de production de l'élevage de 714 millions de dollars[127]. Les deux études ont recommandé de réduire les externalités. L'examen de 2000 inclus les intoxications déclarées dues aux pesticides, mais ne comprenait pas de speculation sur les effets chroniques des pesticides sur la santé, et l'examen de 2004 reposait sur une estimation de 1992 de l'impact total des pesticides.

Il a été proposé que l'agriculture biologique puisse réduire le niveau de certaines externalités négatives de l'agriculture (conventionnelle). Savoir si les avantages sont publics ou privés dépend de la division des droits de propriété[128].

Plusieurs enquêtes et études ont tenté d'examiner et de comparer les systèmes conventionnels et biologiques de l'agriculture et ont constaté que les techniques biologiques, tout en n'étant pas sans danger, sont moins dommageables que les conventionnelles, car ils réduisent moins les niveaux de biodiversité que les systèmes conventionnels, utilisent moins d'énergie et produisent moins de déchets lorsque calculé par unité de surface[129],[130].

Une enquête de 2003-2005 menée par l'Université de Cranfield pour le ministère de l'Environnement de l'Alimentation et des Affaires rurales du Royaume-Uni a constaté qu'il est difficile de comparer le potentiel de réchauffement global (GWP), l'acidification et les émissions d'eutrophisation, mais "la production biologique se traduit souvent par une augmentation des charges, de facteurs tels que le lessivage de l'azote et les émissions de N2O », même si la consommation d'énergie primaire est inférieure pour la plupart des produits organiques. N2O est toujours le plus grand contributeur GWP sauf pour les tomates. Cependant, "les tomates biologiques entraînent toujours plus de charges (sauf pour l'utilisation des pesticides)". Certaines émissions étaient plus faibles "par surface", mais l'agriculture biologique nécessite toujours 65-200% plus de surface que l'agriculture non biologique. Les chiffres sont les plus élevés pour le blé tendre (plus de 200% de plus) et les pommes de terre (160% de plus)[131],[132].

Il n'existe pas de données mettant en évidence un impact environnemental de cette forme d'agriculture vis-à-vis de toutes les autres, pour toutes les cultures et en tous lieux, dans certains cas c'est l'inverse[133],[134].

La situation a été démontré de façon spectaculaire dans une comparaison d'une ferme laitière moderne dans le Wisconsin avec une en Nouvelle-Zélande où les animaux paissent en profondeur[135]. Utilisant les émissions agricoles totales par kg de lait produit en tant que paramètre, les chercheurs ont montré que la production de méthane à partir des éructations était plus élevé dans la ferme en Nouvelle-Zélande, tandis que la production de dioxyde de carbone était plus élevé dans la ferme du Wisconsin. La production de l'oxyde nitreux, un gaz ayant un potentiel de réchauffement de la planète d'environ 310 fois celui du dioxyde de carbone, est également plus élevée dans la batterie de Nouvelle-Zélande. Le dégagement de méthane du fumier a été similaire dans les deux types d'exploitations. L'explication de la découverte se rapporte aux différents régimes alimentaires utilisés dans ces fermes, en se basant de façon plus complète sur le fourrage (et donc plus fibreux) en Nouvelle-Zélande et contenant moins concentré que dans le Wisconsin. Les régimes fibreux favorisent une plus grande proportion d'acétate dans l'intestin des ruminants, ce qui entraîne une augmentation de la production de méthane qui doit être libéré par éructation. Lorsque les bovins sont soumis à un régime contenant des aliments concentrés (comme le maïs et le tourteau de soja), en plus de l'herbe et d'ensilage, le modèle de la fermentation ruminale se modifie de l'acétate au propionate en grande partie. Avec comme résultat une reduction de la production de méthane . Capper et al. ont comparé l'impact environnemental de la production laitière des États-Unis en 1944 et 2007[136], ils ont calculé que l' «empreinte» de carbone par milliard de kg de lait produit en 2007 était de 37 pour cent celle de la production de lait équivalent en 1944.

Émissions de gaz à effet de serre[modifier | modifier le code]

En tant que forme d'agriculture qui doit s'occuper de la qualité du sol (au lieu de dépendre des produits de synthèse), l'agriculture biologique peut fixer plus de carbone (selon une étude, 28 %[137]) au sein du sol que la conventionnelle. Cela permettrait une réduction de la teneur de dioxyde de carbone dans l'atmosphère[138],[139].

La production d'engrais est responsable de 1,2 % d'émissions à effet de serre globales[140]. On attribue 1 % d'émissions globales de dioxyde de carbone à la production d'ammoniac, dont la plupart devient des engrais à base d'azote[141]. Une parcelle cultivée de manière biologique émet ainsi moins de gaz à effet de serre liés aux engrais.

Si le bilan par unité de surface peut faire illusion, les rendements plus faibles redonnent l'avantage au conventionnel[142].

Lessivage des éléments nutritifs[modifier | modifier le code]

Selon la méta-analyse de 71 études, le lessivage l'azote, les émissions d'oxyde nitreux, les émissions d'ammoniac, le potentiel d'eutrophisation et d'acidification ont été plus élevés pour les produits biologiques, bien que dans une étude "le lessivage des nitrates était 4,4 à 5,6 fois plus élevé dans les parcelles conventionnelles que dans les parcelles biologiques »[143].

Un excès de nutriments dans les lacs, les rivières et les eaux souterraines peuvent causer la prolifération d'algues, l'eutrophisation, et ultérieurement des zones mortes . En outre, les nitrates, par eux-mêmes, sont nocifs pour les organismes aquatiques[144].

L'utilisation des terres[modifier | modifier le code]

La méta-analyse d'Oxford de 71 études a montré que l'agriculture biologique nécessite 84% plus de terres, principalement en raison d'un manque de nutriments, mais parfois en raison des mauvaises herbes, des maladies ou des ravageurs, des animaux à rendement plus faible et des terrains nécessaires aux les cultures de construction de la fertilité. Alors que l'agriculture biologique ne sauve pas nécessairement dans tous les cas des terres pour la faune et la foresterie, les percées les plus récentes adressent ces questions avec succès[145],[146],[147],[148].

Le professeur Wolfgang Branscheid dit que la production animale biologique n'est pas bon pour l'environnement, car le poulet bio nécessite un doublement des terres par rapport a l'élevage classique et le porc biologique a besoin d'un quart de superficie en plus[149]. Selon un calcul effectué par l'Institut Hudson, le bœuf biologique nécessite un triplement des terres[150]. D'autre part certaines méthodes biologiques d'élevage ont démontré la restauration de terres désertifiées ou marginales, et les rendent disponible à la productivité agricole et à la faune[151],[152]. Ou en obtenant à la fois du fourrage et de la production de cultures de rente sur les mêmes domaines simultanément, ce qui permet de réduire l'utilisation des terres[153].

En Angleterre, l'agriculture biologique atteint 55% des rendements normaux[154],[155]. Alors que dans d'autres régions du monde, les méthodes biologiques ont commencé à produire des rendements records[156],[157].

Dans son rapport d'octobre 2013 "Vers des agricultures à hautes performances"[158] modère fortement les vertus environnementale théorique de l'AB: quand l'évaluation prend en compte la surface de culture, l'AB est plus performante, mais le rapport se réduit voir s'inverse si on les mesures par rapport aux quantités produites.

Pesticides[modifier | modifier le code]

Contrairement aux fermes conventionnelles, la plupart des fermes biologiques évitent en grande partie les pesticides de synthèse[159]. Certains pesticides nuisent à l'environnement ou, avec une exposition directe, la santé humaine. Les enfants peuvent être plus à risque que les adultes lors d'une exposition directe, car la toxicité des pesticides est souvent différente chez les enfants et les adultes[160].

Les cinq principaux pesticides utilisés dans l'agriculture biologique sont Bt (une toxine bactérienne), la pyréthrine, la roténone[161], le cuivre et le soufre[162]. "Moins de 10% des agriculteurs bio utilisent des insecticides botaniques sur une base régulière, 12% utilisent du soufre et 7% utilisent des composés à base de cuivre[163],[164]". La réduction et l'élimination de l'utilisation des pesticides chimiques est techniquement difficile. Les pesticides organiques sont souvent complémentaires d'autres stratégies de lutte contre les ravageurs.

Les préoccupations écologiques se concentrent principalement autour de l'utilisation des pesticides, car 16% des pesticides mondiaux sont utilisés pour la production de coton[165].

Le ruissellement est l'un des effets les plus néfastes de l'utilisation des pesticides. Le Service de la conservation des ressources naturelles de l'USDA assure le suivi des effets sur l'environnement de la contamination de l'eau et a conclu, «les politiques de pesticides de la nation au cours des vingt-six dernières années ont réussi à réduire le risque environnemental global, malgré une légère augmentation de la superficie plantée et le poids des pesticides appliqués. Néanmoins , il y a encore des régions du pays où il n'existe aucune preuve de progrès, et des zones où les niveaux de risque pour la protection de l'eau potable, les poissons, les algues et les crustacés restent élevés"[166],[167].

Qualité et sécurité alimentaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Aliment Biologique.

Le poids de la littérature scientifique disponible n'a pas montré une différence constante et significative entre les aliments biologiques et ceux cultivé de manière conventionnelle en termes de sécurité[168],[169][170],[171],[172], ou de valeur nutritive[168][170][172][173]. En 2009, un examen de l'ensemble des travaux de recherche pertinents comparant des aliments organiques à des aliments cultivés de manière traditionnelle a été réalisée par la Food Standards Agency du Royaume-Uni qui a conclu:

Aucune preuve d'une différence de teneur en nutriments et d'autres substances entre les cultures bio et conventionnelles pour les produits et les produits de l'élevage a été détecté pour la majorité des nutriments évalués dans cette étude. Ce qui suggère que les produits issus des cultures bio et conventionnelles sont globalement comparables dans leur teneur en éléments nutritifs[174]...

Une étudee de 2009 des effets potentiels sur la santé, réalisée pour l'Agence britannique des normes alimentaires, a analysé onze articles, et a conclu, "en raison des données limitées et très variables disponibles, et d'inquiétude sur la fiabilité de certains résultats rapportés, il n'existe actuellement aucune preuve d'un avantage pour la santé de consommer des aliments organique comparé aux denrées alimentaires produits de manière conventionnelle. Il convient de noter que cette conclusion se rapporte sur la base des données actuellement disponibles sur la teneur en nutriments des denrées alimentaires, et comporte des limitations dans la conception et la comparabilité des études"[175].

Des études individuelles ont considéré une variété d'impacts possibles, y compris les résidus de pesticides[169]. Les résidus de pesticides présentent une deuxième voie pour les effets sur la santé[176],[177]. Les commentaires incluent, "les fruits et légumes biologiques peut s'attendre à contenir moins de résidus agrochimiques que ceux cultivés de manière traditionnelle, et pourtant,« l'importance de cette différence est discutable"[169].

Les concentrations de nitrates peuvent être moindre, mais les impacts sur la santé des nitrates sont débattus[178]. Le manque de données a limité la recherche sur les effets sanitaires des pesticides naturels des plantes et des bactéries pathogènes[169].

Le coût plus élevé des aliments biologiques (allant de 45 à 200%) pourrait inhiber la consommation des 5 portions par jour de fruits et légumes, qui améliorent la santé et réduisent le cancer indépendamment de leur source[169].

La conservation des sols[modifier | modifier le code]

De nombreuses études montrent que l’érosion hydrique du sol est significativement plus faible en agriculture biologique qu’en agriculture conventionnelle. Ce résultat s'accorde avec les teneurs en matière organique plus élevées et les meilleurs paramètres physiques du sol pour l'agriculture biologique[179]. Pour autant l'INRA indique que "les pratiques de travail du sol induites par les cahiers des charges de l’AB, notamment pour gérer le problème des adventices qu’il n’est pas possible de corriger par l’emploi d’herbicides de synthèse en AB, peut avoir des effets contraires sur les propriétés physiques des sols en AB par compactage, et sensibilité au ruissellement et à l’érosion[106].

Les partisans affirment que le sol en agriculture biologique a une meilleure qualité[180] et une meilleure rétention de l'eau. Cela peut aider à augmenter les rendements pour les exploitations biologiques pendant les années de sécheresse. L'agriculture biologique peut fabriquer de la matière organique dans le sol bien mieux que l'agriculture classique de culture sans labour, ce qui suggère que les rendements à long terme avantage l'agriculture biologique[181]. Une étude de 18 ans sur les méthodes organiques sur les sol appauvri en nutriments, a conclu que les méthodes conventionnelles étaient supérieures pour la fertilité et le rendement pour les sols appauvris dans les climats froids tempéré, faisant valoir que la plupart des avantages de l'agriculture biologique sont issus de matières premières importées et donc ne pouvaient être considérés comme «autonome»[182].

Dans Dirt: L'érosion des civilisations, géomorphologue David Montgomery décrit une crise venant de l'érosion des sols. L'agriculture utilise environ un mètre de terre végétale qui est en train de s'épuiser dix fois plus rapidement qu'il est remplacé[183]. La culture sans labour, qui selon certains dépend des pesticides, est une façon de minimiser l'érosion. Toutefois, une étude récente menée par Agricultural Research Service de l'USDA a constaté que l'épandage de fumier en agriculture biologique est meilleure pour la reconstitution du sol que la culture sans labour[184][185],[186].

L'acidification, l’eutrophisation des milieux aquatiques par unité produite est identique à l'agriculture conventionnelle[187].

Le plateau de loess en Chine, une région pourtant particulièrement fertile, a été pratiquement détruit par une agriculture de subsistance pendant plusieurs milliers d'années, avant que récemment une reforestation à une échelle de plusieurs milliers de kilomètre quarrées et des changements aux techniques agricoles tentent progressivement de rétablir l'équilibre[188]. L'érosion a été réduite par un reboisement massif, à l'arrêt des cultures sur les pentes fortes des collines et à la construction, à grande échelle, de terrasses et d'installations permettant de maîtriser la sédimentation. Aujourd'hui l'érosion des sols est maîtrisée et le volume de sédiments du Fleuve jaune a diminué[189]. L'ancienneté du projet du plateau de Loess permet une étude complète, avec des retours très encourageants : 90 000 hectares de terrasses ont été construits, ainsi que 290 000 hectares d'arbres plantés. Le retour sur investissement du projet est évalué à 19% annuels sur la période, avec une multiplication par quatre des revenus des fermiers sur place, suite à une augmentation des récoltes de blé de 50% et de fruits de 300%[190].

Biodiversité[modifier | modifier le code]

De nombreux organismes bénéficient de l'agriculture biologique, mais il est difficile de savoir si les méthodes organiques confèrent des avantages plus importants que les programmes classiques agro-environnementales intégrés[191]. Presque toutes les espèces naturelles observées dans les études comparatives de la pratique des terres agricoles montrent une préférence pour l'agriculture biologique à la fois par l'abondance et la diversité[191][192]. En moyenne 30% d'espèces en plus habitent sur les fermes biologiques[193]. Les oiseaux, les papillons, les microbes du sol, les coléoptères, les vers de terre[194], les araignées, la végétation, et les mammifères sont particulièrement concernés. L'absence d'herbicide et de pesticide améliore la biodiversité et de la densité de la population[192]. De nombreuses espèces de mauvaises herbes attirent les insectes bénéfiques qui améliorent la qualité des sols et se nourrissent d'organismes nuisibles[195]. Les micro-organismes du sol bénéficient de l'augmentation des populations de bactéries du aux engrais naturels comme le fumier, et à la réduction de l'apport en herbicide et en pesticide[191]. L'augmentation de la biodiversité, en particulier des microbes bénéfiques pour le sol et des mycorhizes, a été proposée comme mécanisme pour expliquer les rendements élevés enregistrés par certaines parcelles biologiques, en particulier à la lumière des différences observées dans une comparaison de 21 ans de cultures biologiques et de contrôle[196].

La biodiversité de l'agriculture biologique fournit du capital à l'homme. Les espèces trouvées dans les fermes biologiques améliorent la durabilité en réduisant les interventions humaines (par exemple, les engrais, les pesticides)[197].

En interdisant les insecticides de synthèse, l'agriculture biologique protégerait les abeilles. Une première étude[198] a trouvé que des résidus de néonicotinoïdes réduirait la croissance et la production de reines de bourdons terrestre (moins de 85 %[199]). Une seconde étude[200],[201] simulant une contamination du nectar montrerait une réduction du taux de retour des butineuses. Ces travaux ont néanmoins été mis en doute[202],[203],[204] à cause du traitement statistique des résultats et des doses utilisés.

En 2012, une étude menée par l'ingénieur agronome Patrice Coll dans des parcelles viticoles a montré que les parcelles en agriculture biologique renfermait une population de lombrics plus faible que dans les parcelles en agriculture conventionnelle[205],[206]. Plus la conversion à l'agriculture biologique est ancienne et plus la diminution de la population de lombrics est importante : 12,5 vers de terre par mètre carré ont été prélevés sur les cultures conventionnelles, 6,9 et 6,1 par mètre carrée dans les parcelles en agriculture biologique depuis respectivement 6 et 11 ans, 4,4 par mètre carré dans les parcelles converties en agriculture biologique depuis 17 ans. La cause pourrait être un travail de la terre plus intensif en agriculture biologique qu'en agriculture conventionnelle. L'augmentation de la teneur en cuivre des sols en agriculture biologique est également évoquée. Des résultats similaires ont été observés par le Comité interprofessionnel des vins de Champagne en Champagne[207].

Énergie[modifier | modifier le code]

En agriculture biologique, la consommation d’énergie est largement inférieure par unité de surface, comparativement au conventionnel, mais peu différente par quantité produite[106]. Aux États-Unis, où les rendements en bio sont peu inférieurs voire égaux à ceux en conventionnel, l’efficience énergétique reste nettement plus élevée en agriculture biologique qu’en conventionnel, notamment pour le maïs. Par contre, la consommation énergétique est supérieure en agriculture biologique là où les rendements sont nettement plus faibles qu'en agriculture conventionnelle[106].

La raison principale à la plus faible consommation d’énergie en agriculture biologique qu’en agriculture conventionnelle est la non utilisation d’engrais azoté de synthèse à la production énergivore[106],[208].

Rendements agricoles[modifier | modifier le code]

Pour juger des rendements de l'agriculture biologique trois types de données sont disponibles :

  • Les rendements de référence au niveau national et international.
  • Les rendements en condition contrôlée, réalisés par des scientifiques. Ces chiffres sont souvent comparés au rendement de référence et annonce des résultats 20 à 30 % inférieurs. Pour autant ces performances sont très difficiles à réaliser chez les agriculteurs.
  • La production alimentaire nette, le label AB contraignant parfois à des cultures non productives pour améliorer la fertilité du sol ou désherber, et font aussi face à des pertes de culture beaucoup plus fréquentes. Il existe très peu de données de ce type.

Les études comparant les rendements ont des résultats mitigés[209].

En France le rendement du blé biologique est de 33 quintaux par hectare contre 70 pour le conventionnel[210].

Une étude réalisée par l'INRA dans le cadre du programme écophyto montre les pertes de rendements de 30 à 70% pour différentes cultures[211].

Perte de rendement en % du rendement conventionnel :
Blé tendre Blé dur Orge hiver Orge printemps Maïs grain Colza Tournesol Pois Pomme de terre Betterave
50 à 60 50 60 49 10 à 40 30 à 70 0 à 40 70 à 80 25 à 60 20

Une étude publiée en 1990 a fait «deux cent cinq comparaisons de rendement de systèmes agricoles biologiques et conventionnels ... les données de 26 cultures et deux produits d'origine animale, sous la forme du ratio des rendements organiques par rapport aux rendements conventionnels, étaient normalement distribuées avec une moyenne de 0,91, un écart-type de 0,24 et une valeur modale entre 0,8 et 0,9. Plus de la moitié des comparaisons des rendements de production de lait et de haricots ont affiché un ratio supérieur à 1, soit des rendements plus élevés à partir des systèmes organiques. Il n'y avait pas de preuves pour démontrer que les systèmes biologiques avaient un effet sur la variabilité annuelle des rendements, qu'elle soit causée par le climat ou par des effets de transition ou de conversion". L'étude a également discuté des difficultés de procédure en comparant la productivité des systèmes organiques avec d'autres systèmes d'exploitation[212].

Une étude américaine publiée en 2001 a analysé les données de 150 saisons de croissance de cultures de céréales et de soja et a conclu que les rendements biologiques étaient identiques (95-100%) aux rendements classiques[209].

Une étude qui a duré deux décennies a été publié en 2002 et a trouvé un rendement de 20% plus faible pour l'agriculture biologique, en utilisant 50% moins d'engrais, 97% moins de pesticides, et l'apport en énergie est de 34% à 53% plus faible[213].

Une étude de 2003 a constaté que pendant les périodes de sécheresse, les fermes biologiques peuvent avoir des rendements 20-40% plus élevés que les fermes conventionnelles[214]. Les fermes biologiques sont plus rentables dans les états les plus sècs des États-Unis, probablement en raison de leur performance supérieure à la sécheresse[215].

Les fermes biologiques survivent beaucoup mieux aux dégâts des ouragans en conservant 20 à 40% plus de terre végétale, et les pertes économiques sont beaucoup plus petites que pour leurs voisins[216].

Une étude publiée en 2005 a comparé agriculture conventionnelle, agriculture biologique d'origine animale, et agriculture biologique à base de légumineuses sur une ferme de test à l'Institut Rodale pendant plus de 22 ans[217]. L'étude a révélé que «les rendements des cultures de maïs et de soya étaient similaires dans le biologique animal, le biologique légumineuse, et les systèmes agricoles traditionnels ". Elle a également constaté que «beaucoup moins d'énergie fossile avait été dépensée pour produire du maïs dans les systèmes biologique légumineuse et biologique animal de l'Institut Rodale, que dans le système de production classique. Il y avait peu de différence dans l'apport d'énergie entre les différents traitements pour la production de soja. Dans les systèmes biologiques, engrais et pesticides de synthèse ne sont généralement pas utilisés ". En 2013 l'étude Rodale était toujours en cours[218] et un rapport pour l'anniversaire des trente ans a été publié par Rodale en 2012[219].

L'agriculture biologique a été comparée à l'agriculture classique dans des études portant sur les pommes en France[220].

Une étude menée sur des fermes anglaises a montré, pour l'agriculture biologique par rapport à l'agriculture traditionnelle, une réduction de 55 % des rendements et une augmentation de 12,4 % de la biodiversité[221].D'autres études mettent en avant l'importance de l'ensemble de l'environnement général (présence de cultures variées, de prairies permanente, de bordures de champs non fauchés ou désherbés, taille des parcelles)[222],[223] plutôt que l'usage de la chimie[224] surtout quand ils comparent l'agriculture biologique et l'agriculture de conservation[225].

En Afrique, des études menées dans le cadre du Programme environnemental des Nations unies ont montré que les rendements en agriculture biologique sont plus élevés que les rendements en agriculture conventionnelle. La méthodologie de ces études est contestées par les opposants à l'agriculture biologique. D'autre part, les rendements en Afrique correspondent plutôt à une agriculture de survie extensive (la terre n'est pas un facteur limitant dans beaucoup de pays africains peu densément peuplés) pré-industrielle qu'à une agriculture conventionnel classique. Les rendements y sont en moyenne inférieur à 10 quintaux par hectare.

En élevage, les différences de rendement ne sont pas significatives, la croissance des animaux n'est pas affectée par la nature « biologique » des aliments, ce sont plus les conditions du terrain et les choix des éleveurs (notamment en termes de qualité) qui conditionent les vitesses de croissance. En élevage de ruminants à l'herbe les différences de pratique entre le biologique et le conventionnel sont faibles, ce qui explique les importantes surfaces de prairie certifiées AB en France. En élevage de volaille ou de porcins, hormis l'aliment un peu plus coûteux et les durées d'élevages plus longues (mais pas forcément plus longues que certains labels de qualité), les performances pures des animaux ne sont pas affectées.

Dans les cas où l'agriculture biologique tend à fournir des rendements plus faibles, cette problématique pose deux problèmes : d'abord le risque de ne pas produire suffisamment de nourriture, et ensuite la pression sur les terres non agricoles. Dans les pays ayant des difficultés à nourrir correctement leur population, doit-on favoriser l'agriculture biologique, parfois au détriment de la fertilité des sols ? Au Mali la production de coton biologique entraîne l'exportation de fertilisants organiques, au détriment des parcelles destinées à la production alimentaire locale[226]. Cet exemple peu paraître caricatural mais il illustre bien la complexité des systèmes agricoles, qui donne parfois des résultats très différents de la théorie. Le second point est le plus critique dans le cadre du développement de l'agriculture biologique dans les pays développés : doit-on concentrer la production, quitte à prendre le risque de polluer, mais en libérant des terres à la faune et flore sauvage, ou doit-on au contraire éviter la pollution en mettant en culture des surfaces plus grandes mais sans intrants synthétiques ?

Une étude publiée en 1999 par l'Agence danoise pour la protection de l'environnement a constaté que, zone-pour-zone, les fermes biologiques de pommes de terre, de betteraves à sucre produisent aussi peu que la moitié de la production de l'agriculture conventionnelle[227]. Michael Pollan, auteur de "Le dilemme de l'omnivore", répond en soulignant que le rendement moyen de l'agriculture mondiale est nettement plus faible que les rendements modernes d'agriculture durable. Augmenter les rendements moyens mondiaux à des niveaux biologiques modernes pourrait augmenter l'approvisionnement alimentaire du monde de 50%[228].

Une autre étude de 2007[229] qui compile 293 rapports de recherche différents en une seule étude afin d'évaluer l'efficacité globale des deux systèmes agricoles a conclu que "les méthodes biologiques pourraient produire suffisamment de nourriture sur une base globale par habitant pour soutenir la population humaine actuelle, et potentiellement une population encore plus large, sans pour autant augmenter la base des terres agricoles ». Les chercheurs ont également constaté que, bien que dans les pays développés, les systèmes organiques en moyenne un rendement de 92% par rapport à l'agriculture conventionnelle, les systèmes biologiques produisent 80% de plus que les fermes conventionnelles dans les pays en développement, parce que les matériaux nécessaires à l'agriculture biologique sont plus accessibles que synthétique matériel agricole aux agriculteurs dans certains pays pauvres. Cette étude a été fortement contestée par une autre étude publiée en 2008, qui a déclaré, et a été intitulé «L'agriculture biologique ne peut pas nourrir le monde»[230] et a déclaré que 2007 est venu avec «une surestimation importante de la productivité de l'agriculture biologique "parce que les données sont mal interprétés et donc les calculs sont erronés ".

Une étude méta-analyse publiée en 2012 suggère que les agriculteurs devrait adopter une approche hybride pour produire assez de nourriture pour les humains tout en préservant l'environnement[231].

Semences pour l'Agriculture biologique[modifier | modifier le code]

Les agriculteurs labellisés AB sont tenus d'utiliser des semences issus de multiplication en mode AB (qu'elles soient de ferme ou commerciale), pour certaines espèces il existe des dérogations si des semences issues de l'agriculture biologique ne sont pas disponible (les agriculteurs restent libre de planter toutes les semences existantes ou d'acheter toutes les semences du catalogue officiel, sauf les OGM), mais les semences ne doivent pas être traitées[232]. La plupart des agriculteurs utilisent des variétés commerciales classiques, y compris les semences hybrides brevetées, en choisissant les variétés les mieux notées pour la résistance aux maladies, aux ravageurs et à la concurrence des adventices. Certains semenciers ont des programmes de sélection qui s'adressent plus particulièrement aux agriculteurs biologiques ou qui souhaitent réduire l'utilisation de produit phytosanitaire.

Un concept réactionnaire ou progressiste ?[modifier | modifier le code]

L'agriculture biologique a émergé à l'issue d'un processus en trois phases :

  • dans les années 1920-1930 ce sont d'abord des penseurs spirituels et ésotériques[233], regrettant la disparition progressive de la paysannerie (Jean Giono), et des agronomes[234] qui commencent à remettre en cause l'introduction de la science dans l'agriculture, base de la société traditionnelle ;
  • dans les années 1940-70 s'organisent des associations soutenant l'agriculture biologique : Soil Association, l'Association Française d’Agriculture Biologique, l'association Nature & Progrès. L'agriculture biologique est présente au Salon de l'agriculture pour la première fois en 1970. C'est durant cette période que le concept d'agriculture biologique est véritablement créé en synthétisant les grandes valeurs développées par les théoriciens d'avant guerre : refus de la chimie, retour à la paysannerie et aux cycles naturels. Viennent s'y greffer les préceptes de solidarité et liberté développés par les mouvements contestataires de l'époque ;
  • les grands acteurs institutionnels et économiques apparaissent à partir de la fin des années 1970 : la Fédération nationale d’agriculture biologique des régions de France en 1978, Biocoop et Ecocert en 1986, le logo officiel en 1993, un premier plan de conversion des surfaces agricole est établi par l'Agence Bio en 2001 (premier échec, l'objectif de 5 % de surface en AB en 2007 n'est toujours pas atteint), un second plan est lancé à la suite du Grenelle de l'environnement en 2007 (nouvel échec probable, seule 3,5 % de la SAU porte le label AB en 2011 contre 6 % dans l'objectif 2012).

Si l'agriculture biologique présente des aspects humanistes, certains pionniers et leaders de la pensée « biologique » sont réactionnaires, antiscientifiques et s'opposent au développement de la civilisation humaine par la technologie (Teddy Goldsmith). Le thème du retour à la terre est souvent présent[235]. Les thèmes de la décadence[236], de la fin de la civilisation ont été mis en avant par ces théoriciens[237] pour justifier la nécessité d'abandonner les techniques contemporaines. L'opposition au productivisme de ces mouvements est en rupture avec l'idéologie de progrès et de croissance prônée par les deux grandes idéologies du XXe siècle, le libéralisme et le socialisme[238]. La crainte d'une grande famine mondiale provoquée par la surpopulation est aussi un de leurs thèmes favoris. Une grande partie de ces prévisions[Lesquelles ?] se sont révélées fausses : les retours à la terre se sont traduits par des génocides[Où ?][réf. nécessaire] et les agro-systèmes considérés comme condamnés (notamment en Amérique du Sud à cause la dégradation des sols) sont aujourd'hui pleinement productifs grâce à des innovations techniques[239],[240] qui ont permis de briser le cycle de l'érosion et de la perte de fertilité des sols.

On remarque néanmoins que les critiques philosophiques de l'agriculture moderne (productivisme, recherche de la rentabilité, exploitation d'une main-d'œuvre vulnérable, émergence d'entreprises multinationales) s'appliquent aussi à l'agriculture biologique « industrielle »[241], des groupes pesant plusieurs centaines de millions d'euro étant rapidement apparus depuis les années 1980 [242],[243]. Les fabricants de cosmétiques accompagnent aussi ce mouvement en proposant des produits comportant le mot bio ou biologique dans leurs marques, et ce sans que leur filiation directe avec l'agriculture biologique soit clairement définie par la législation[244].

De même l'esprit de l'agriculture biologique est difficile à concilier avec les grandes exploitations biologiques qui fournissent une bonne part de la production, notamment les aliments importés, qui assurent le tiers de la consommation labellisée AB en France[245]. Ce conflit[246],[247],[248] entre le label AB et les valeurs de l'agriculture biologique a provoqué une multiplication des labels plus stricts[249],[250], imposant notamment le localisme dans l'approvisionnement et la vente, une production « paysanne » et des contraintes supplémentaires sur les engrais et produits de traitement autorisés.

L'utilisation massive de la chimie en agriculture n'est pas nouvelle : cuivre, arsenic, plomb, soufre, et les engrais de synthèse sont utilisés depuis la fin du XIXe siècle. Certains traitements sont connus depuis le Moyen Âge mais étaient réservés aux vergers et potagers des riches nobles.

Ainsi, des cahiers des charges intermédiaires de bonnes pratiques se sont répandus (agriculture raisonnée, production fruitière intégrée, Globalgap, Agriconfiance…) : ils rendent obsolète et simpliste le manichéisme bio contre conventionnel, notamment en Europe.

L'agriculture biologique est aujourd'hui une activité économique éloignée de ces considérations, et représente pour beaucoup de producteurs un moyen de mieux rentabiliser leur production, pour les consommateurs un moyen de protéger l'environnement, et non pas de lutte contre la société industrielle.

L'agriculture biologique après des années de croissance très rapide subit elle aussi la crise, la croissance n'est plus que de 5 % par an contre 10 à 25 % depuis le milieu des années 2000[251].

Médiathèque[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Évaluation nutritionnelle et sanitaire des aliments issus de l'agriculture biologique, Agence française de sécurité sanitaire des aliments, Maisons-Alfort, 2003
  • Claude Aubert et Blaise Leclerc, Bio, raisonnée, OGM, Quelle agriculture dans notre assiette ?, Terre vivante, 2003
  • Yvan Besson, Les fondateurs de l'agriculture biologique, Sang de la Terre,‎ 2011 (ISBN 9782869852044)
  • Jacques Caplat, L'agriculture biologique pour nourrir l'humanité, Démonstration collection Domaine du possible, Actes Sud, 2012; ISBN 978-2-330-00750-8.
  • François Desnoyers et Elise Moreau, Tout beau, tout bio ? L'envers du décor, Éditions de l'Aube, 2011
  • Brian Halweil, « « L’agriculture biologique peut-elle nous nourrir tous ? » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2014-08-17», World Watch, mai-juin, 2006
  • Guillaume Mauricourt, Agriculture et santé, l'impact des pratiques agricoles sur la qualité de vos aliments, éditions Dangles, 2005
  • Gil Rivière-Wekstein, Bio Fausses promesses et vrai marketing, éditions Le Publieur, 2011
  • Jean-Claude Rodet, L'agriculture biologique, Lyon, Camugli,‎ 1978, p. 165
  • Catherine de Silguy, L'Agriculture biologique, Que-sais-je ?, no 2632, PUF, 2000
  • Pascale Solana, La Bio, de la terre à l'assiette, Sang de la Terre, 1999
  • Pascale Solana et Nicolas Leser, Passions bio, des produits, des hommes, des savoir-faire, éditions Aubanel, 2006

Filmographie[modifier | modifier le code]

Filmographie de l'environnementalisme[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. selon les chiffres publiés par Eurostat en juin 2007, pour l'UE25

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ehrenfried Pfeiffer, 1937. Fertilité de la terre ; Sir Albert Howard, 1940, Testament agricole
  2. a et b Fao - Comité De L'Agriculture
  3. Des pesticides sont autorisés en cas de besoin technique pour préserver la récolte (voir §5 Agriculture Bio et agriculture conventionnelle)
  4. a et b Helga Willer, Julia Lernoud and Robert Home The World of Organic Agriculture: Statistics & Emerging Trends 2013 Research Institute of Organic Agriculture (FiBL) and the International Federation of Organic Agriculture Movements (IFOAM, 2013)
  5. Paull, John (2011) "The Uptake of Organic Agriculture: A Decade of Worldwide Development", Journal of Social and Development Sciences, 2 (3), p. 111-120.
  6. Agence Bio - chiffres clés
  7. Source de ce passage : Histoire de l’agriculture biologique : une introduction aux fondateurs, Sir Albert Howard, Rudolf Steiner, le couple Müller et Hans Peter Rusch, Masanobu Fukuoka, thèse d'Yvan Besson
  8. FiBL (2006) Use of potassium bicarbonate as a fungicide in organic farming.
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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