Agriculture biologique

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Légumes cultivés en agriculture biologique.

L’agriculture biologique est une méthode de production agricole qui se caractérise par l'absence d'usage des produits de la chimie de synthèse. Elle se veut être le prolongement d'une agriculture extensive datant de plusieurs millénaires qui a été presque totalement exempte d'intrants chimiques, à l'opposé de leur utilisation massive par l'agriculture industrielle et intensive depuis le XXe siècle. Cette méthode affirme mieux respecter le vivant et les cycles naturels[1]. Elle vise à gérer de façon globale la production en favorisant l'agrosystème mais aussi la biodiversité, les activités biologiques des sols et les cycles biologiques[2]. Il n'existe pas de données mettant en évidence un impact environnemental de cette forme d'agriculture vis-à-vis de toutes les autres, pour toutes les cultures et en tous lieux, dans certains cas c'est l'inverse[3],[4].

Pour atteindre les objectifs du label, les agriculteurs biologiques doivent respecter des cahiers des charges et des normes qui excluent notamment l'usage d’engrais minéraux chimiques de synthèse et de pesticides de synthèse, ainsi que d'organismes génétiquement modifiés (OGM)[5].

Les agriculteurs qui pratiquent ce type d'agriculture misent, par exemple, sur la rotation des cultures, l'engrais vert, le compostage, la lutte biologique, l'utilisation de produits naturels comme le purin d'ortie ou la bactérie Bacillus thuringiensis, et le sarclage mécanique pour maintenir la productivité des sols et le contrôle des maladies et des parasites.

Définie depuis les années 1920, l'agriculture biologique est organisée à l'échelle mondiale depuis 1972 (International Federation of Organic Agriculture Movements - IFOAM) et reconnue depuis 1999 dans le codex Alimentarius, un programme commun de la FAO et de l'OMS. À ce titre, il s'agit de l'une des formes les plus anciennement organisées d'agriculture durable[2]. Au sein de ces dernières, l'agriculture biologique se caractérise notamment par le fait que l'épithète « biologique », ou son abréviation « bio » impliquent une certification, et que le mot est, souvent, légalement protégé. Plusieurs labels internationaux de reconnaissance de ce type d'agriculture ont été définis.

Dans le monde, environ 37,5 millions d'hectares étaient consacrés à l'agriculture biologique en 2009[6].

Fondements[modifier | modifier le code]

Le mouvement de l'agriculture biologique s'est constitué en réaction à l'avènement de l'agrochimie, au milieu du XXe siècle, et surtout au développement de l'usage des engrais minéraux issus de la chimiosynthèse, dans les années 1930.

On considère usuellement comme ses fondateurs Albert Howard, Rudolf Steiner, Hans Müller (de) et Maria Müller (de), Hans Peter Rusch (de), Masanobu Fukuoka, pour ne citer qu'eux.

L'apparition de l'agriculture biologique s'accompagne de nombreuses critiques sur l'évolution de la pratique agricole. Sont notamment critiqués :

  • l'abandon d'une vision holistique (ou holiste) de la nature et de la croyance en une nature bienveillante ;
  • le rejet des pratiques traditionnelles et du rôle prépondérant de l'humus (notamment chez Howard et Fukuoka) ;
  • la dégradation des liens sociaux et des libertés paysannes, à la suite des restructurations du XIXe siècle et du développement des grands groupes agro-industriels (Müller) ;
  • le développement d'une vision réductionniste du monde et l'instrumentalisation de la nature aux dépens d'une relation plus spirituelle avec celle-ci, et le désenchantement qui accompagne ce rapport au monde (Steiner, Fukuoka) ;
  • l'autorité d'une science agronomique confinée au laboratoire et détachée des réalités du terrain (Howard, Fukuoka) ;
  • la prédominance des intérêts financiers et commerciaux dans la conception des exploitations agricoles et dans les développements technologiques, généralement aux dépens de la fertilité du sol (Howard, Müller, Fukuoka).

Le rejet des produits de synthèse dans la production agricole et la volonté de produire des aliments de meilleur qualité ne constituent ainsi, historiquement, que les aspects les plus superficiels du mouvement[7].

Comme équivalent de l'expression anglaise (Organic farming), la forme française Agriculture biologique est apparue vers 1950, au sens littéral, c'est un pléonasme car il n'existe pas d'agriculture non biologique ou non-organique. Mais elle a été choisie pour différencier cette agriculture des systèmes de production agricoles ayant recours aux intrants chimiques de synthèse (engrais), aux pesticides dits « phytosanitaires » (tels que herbicides, insecticides ou fongicides, hormones de synthèses, antiparasitaires…).

Un concept réactionnaire ou progressiste ?[modifier | modifier le code]

L'agriculture biologique a émergé à l'issue d'un processus en trois phases :

  • dans les années 1920-1930 ce sont d'abord des penseurs spirituels et ésotériques[8], regrettant la disparition progressive de la paysannerie (Jean Giono), et des agronomes[9] qui commencent à remettre en cause l'introduction de la science dans l'agriculture, base de la société traditionnelle ;
  • dans les années 1940-70 s'organisent des associations soutenant l'agriculture biologique : Soil Association, l'Association Française d’Agriculture Biologique, l'association Nature & Progrès. L'agriculture biologique est présente au Salon de l'agriculture pour la première fois en 1970. C'est durant cette période que le concept d'agriculture biologique est véritablement créé en synthétisant les grandes valeurs développées par les théoriciens d'avant guerre : refus de la chimie, retour à la paysannerie et aux cycles naturels. Viennent s'y greffer les préceptes de solidarité et liberté développés par les mouvements contestataires de l'époque ;
  • les grands acteurs institutionnels et économiques apparaissent à partir de la fin des années 1970 : la Fédération nationale d’agriculture biologique des régions de France en 1978, Biocoop et Ecocert en 1986, le logo officiel en 1993, un premier plan de conversion des surfaces agricole est établi par l'Agence Bio en 2001 (premier échec, l'objectif de 5 % de surface en AB en 2007 n'est toujours pas atteint), un second plan est lancé à la suite du Grenelle de l'environnement en 2007 (nouvel échec probable, seule 3,5 % de la SAU porte le label AB en 2011 contre 6 % dans l'objectif 2012).

Si l'agriculture biologique présente des aspects humanistes, certains pionniers et leaders de la pensée « biologique » sont réactionnaires, antiscientifiques et s'opposent au développement de la civilisation humaine par la technologie (Teddy Goldsmith). Le thème du retour à la terre est souvent présent[10]. Les thèmes de la décadence[11], de la fin de la civilisation ont été mis en avant par ces théoriciens[12] pour justifier la nécessité d'abandonner les techniques contemporaines. L'opposition au productivisme de ces mouvements est en rupture avec l'idéologie de progrès et de croissance prônée par les deux grandes idéologies du XXe siècle, le libéralisme et le socialisme[13]. La crainte d'une grande famine mondiale provoquée par la surpopulation est aussi un de leurs thèmes favoris. Une grande partie de ces prévisions[Lesquelles ?] se sont révélées fausses : les retours à la terre se sont traduits par des génocides[Où ?][réf. nécessaire] et les agro-systèmes considérés comme condamnés (notamment en Amérique du Sud à cause la dégradation des sols) sont aujourd'hui pleinement productifs grâce à des innovations techniques[14],[15] qui ont permis de briser le cycle de l'érosion et de la perte de fertilité des sols.

On remarque néanmoins que les critiques philosophiques de l'agriculture moderne (productivisme, recherche de la rentabilité, exploitation d'une main-d'œuvre vulnérable, émergence d'entreprises multinationales) s'appliquent aussi à l'agriculture biologique « industrielle »[16], des groupes pesant plusieurs centaines de millions d'euro étant rapidement apparus depuis les années 1980 [17],[18]. Les fabricants de cosmétiques accompagnent aussi ce mouvement en proposant des produits comportant le mot bio ou biologique dans leurs marques, et ce sans que leur filiation directe avec l'agriculture biologique soit clairement définie par la législation[19].

De même l'esprit de l'agriculture biologique est difficile à concilier avec les grandes exploitations biologiques qui fournissent une bonne part de la production, notamment les aliments importés, qui assurent le tiers de la consommation labellisée AB en France[20]. Ce conflit[21],[22],[23] entre le label AB et les valeurs de l'agriculture biologique a provoqué une multiplication des labels plus stricts[24],[25], imposant notamment le localisme dans l'approvisionnement et la vente, une production « paysanne » et des contraintes supplémentaires sur les engrais et produits de traitement autorisés.

L'utilisation massive de la chimie en agriculture n'est pas nouvelle : cuivre, arsenic, plomb, soufre, et les engrais de synthèse sont utilisés depuis la fin du XIXe siècle. Certains traitements sont connus depuis le Moyen Âge mais étaient réservés aux vergers et potagers des riches nobles.

Ainsi, des cahiers des charges intermédiaires de bonnes pratiques se sont répandus (agriculture raisonnée, production fruitière intégrée, Globalgap, Agriconfiance…) : ils rendent obsolète et simpliste le manichéisme bio contre conventionnel, notamment en Europe.

L'agriculture biologique est aujourd'hui une activité économique éloignée de ces considérations, et représente pour beaucoup de producteurs un moyen de mieux rentabiliser leur production, pour les consommateurs un moyen de protéger l'environnement, et non pas de lutte contre la société industrielle.

L'agriculture biologique après des années de croissance très rapide subit elle aussi la crise, la croissance n'est plus que de 5 % par an contre 10 à 25 % depuis le milieu des années 2000[26].

Mises en œuvre[modifier | modifier le code]

L'agriculture labellisée AB ne dispose légalement pas de pesticides non synthétiques. Des techniques spécifiques ou empruntées à l'agriculture conventionnelle sont utilisées :

  • La lutte biologique et la confusion sexuelle protègent les cultures des parasites, et des insectes ravageurs, par exemple par l'emploi d'insectes entomophages,
  • L'utilisation de produits phytosanitaires autorisés en agriculture biologique (cuivre, soufre, pyréthrines, etc.),
  • Les cultures associées, en combinant plusieurs espèces végétales sur une même parcelle, limitent la prolifération des parasites et ravageurs, et permettent parfois des gains de productivité.
  • La permaculture est une méthode de conception qui permet de planifier les cultures, entre autres choses, de manière à exploiter au mieux les conditions climatiques et géographiques locales, et à maximiser les interactions entre les cultures,
  • L'agroforesterie intègre les arbres aux exploitations agricoles, il s'agit davantage d'une valorisation du travail et du terrain qu'une intervention agronomique.
  • Les techniques culturales simplifiées limitent le travail du sol, cette technique est difficile en agriculture biologique car elle augmente les risques de prolifération d'adventices.
  • Le semis direct sous couvert permet de restituer au sol les nutriments prélevés, d'entretenir les bactéries permettant leur assimilation par les plantes, et de limiter le développement des adventices. Cette technique issue de l'agriculture de conservation est assez délicate en agriculture biologique à cause de la gestion des adventices, même si le risque est plus faible qu'avec les techniques culturales simplifiées (présence de paillis protecteur, mortalité plus importante des graines non désirées qui restent en surface).
  • Le compostage et le paillis permettent de restituer les nutriments prélevés au sol, de limiter les méfaits des intempéries, et d'entretenir le développement de l'humus.
  • Les purins qui sont avant tout des fertilisants, mais qui auraient aussi des effets sur les ravageurs.
  • La micro-agriculture biointensive.

Agriculture biologique et agriculture conventionnelle[modifier | modifier le code]

L'opposition entre ces deux types d'agriculture n'est pas aussi radicale que cela peut apparaître à première vue. L'agriculture biologique a aussi permis de maintenir ou développer de nombreuses techniques et technologies innovantes dont la plupart se diffusent aussi à l'agriculture conventionnelle et possèdent des avantages non négligeables : D'une part, le cahier des charges du label Agriculture Biologique préconise un certain nombre de mesures de gestion qui peuvent s'appliquer en agriculture classique, par exemple la rotation des cultures, ou le délai minimum d'abattage des animaux, qui s'impose aussi pour certains labels de qualité, ainsi que l'optimisation des traitements employés. La plupart des techniques citées dans le paragraphe précédent sont déjà utilisées en agriculture conventionnelle.

D'autre part, l'interdiction d'insecticides n'est pas totale dans le label AB. Les pyrèthres naturels sont utilisés et la roténone[27] était autorisée jusqu'au 10 octobre 2008[28]. Le neem[29] et le tourteau de ricin sont interdits en France mais utilisés par de nombreux agriculteurs AB[30], le neem est en vente libre dans les jardineries.

Un attracteur/compteur d'insectes
Compteur d'insectes

Les agriculteurs biologiques préfèrent maintenir les équilibres de la faune auxiliaire (y compris les bousiers nécessaires au recyclage rapide des excréments animaux dans le sol[31]) en favorisant la faune utile et les prédateurs naturels plutôt qu'éliminer indistinctement toute activité animale, même si l'usage autorisé de roténone n'est pas très sélectif.

Les substances autorisées dans la lutte biologique par la réglementation du label AB sont réparties en sept catégories :

Ces produits ne sont pas forcément anodins. « Naturel » ne veut pas dire « sans danger ». Ces produits sont d’ailleurs utilisés pour leur efficacité. La supériorité du profil environnemental des pesticides autorisés par le label AB par rapport aux pesticides de synthèse ne fait pas l'unanimité[32]. Si certains pesticides naturels se dégradent plus rapidement que des produits de synthèse ayant le même usage, d'autres comme le soufre et le cuivre ne sont pas biodégradables. En théorie on trouverait a priori moins de déchets dans la nature en agriculture biologique, mais ceci n'est pas encore confirmé, les études prenant rarement en compte les résidus de pesticides employés dans l'agriculture biologique. Les aliments issus d'une agriculture labellisée AB contiennent moins de pesticides de synthèse[33] mais n'en sont pas toujours exempts, la présence de résidus dans cette agriculture est courante[34] à cause du non-respect de la législation.

L'utilisation de produits phytosanitaires autorisés par le label AB n'exempte pas l'applicateur, y compris le jardinier amateur, des précautions exigées pour les produits de synthèse. Dans les deux cas, il est important de lire les étiquettes de produits utilisés et d'appliquer les recommandations.

La bouillie bordelaise, utilisée entre autres en viticulture et arboriculture fruitière biologiques et conventionnelles, est autorisée malgré sa toxicité pour l'environnement.

Législation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Label d'agriculture biologique.

La commercialisation des produits agricoles biologiques est réglementée par des labels de qualité publics ou privé, et définie légalement par de nombreux pays. Ces réglementations donnent des critères de certification variables, généralement basées sur les normes de la Fédération internationale des mouvements d'agriculture biologique (IFOAM)[35], association internationale coordonnant les organisations actives dans le secteur bio. Les cahiers des charges des labels ne portent pas sur la qualité des produits, mais sur le respect de l'environnement. On parlera aussi d'achats durables pour les clients (entreprises, entités publiques et particuliers) achetant des produits biologiques. Il existe aussi des labels autres plus stricts (Bioprogrès, …).

En 1927, le label Demeter est le premier label certifiant les produits issus de l'agriculture biologique. Il est utilisé dans plus de 50 pays dans le monde[36].

Dans l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Label bio de l'Union européenne.
Les produits labellisés Agriculture Biologique bénéficient d'un logo protégé au niveau européen.

Au sein de l’Union européenne, le premier règlement sur l'agriculture biologique est entré en vigueur en 1992, et a ensuite été progressivement complété et ajusté. Les règlements 834/2007 et 889/2008 et leurs annexes s'appliquent obligatoirement à tout agriculteur qui veut être reconnu comme agriculteur biologique par l'Union Européenne. Il est soumis à des contrôles de leur bonne application chaque année[37].

Ils fournissent les règles relatives à la production, l'étiquetage et l'inspection en matière d'élevage, et précisent quels sont les objectifs et les principes de l'agriculture biologique, tout en établissant les niveaux de compétences en matière de législation bio.

Les règles de base sont l'interdiction d'utiliser des engrais et pesticides ou herbicides de synthèse.

Ces règlements ne prévoient pas de seuil spécifique pour les organismes génétiquement modifiés (OGM). En conséquence, c'est le seuil applicable en agriculture conventionnelle, qui est de 0,9 %, qui reste d'application pour les produits bio. Au-delà de ce seuil, la réglementation générale oblige à mentionner la présence d'OGM sur les étiquettes, provoquant donc le déclassement automatique de produits bio qui contiendrait accidentellement des substances d'OGM. Cela signifie qu'en cas de contamination à un taux situé entre le seuil de détection (qui est de l'ordre de 0,1 %) et le taux de 0,9 %, un organisme de contrôle n'est pas dans l'obligation de retirer le certificat bio du produit[38].

Le régime particulier des importations de produits labellisés Agriculture Biologique en provenance des pays tiers fait l'objet d'un règlement séparé : la Commission européenne établit progressivement des listes d'équivalence entre le standard de l'UE et celui de pays tiers ou celui employé par des organismes de contrôle opérant en dehors de l'UE.

En France[modifier | modifier le code]

Logo français de l’agriculture biologique.

En 1964, Nature & progrès devient le premier label réglementant l'agriculture biologique en France. En 1985, le ministère de l'Agriculture définit sa propre réglementation, plus souple, avec le label AB, et conditionne l'appellation commerciale « agriculture biologique » à l'obtention de ce label[39]. Ce label devient bientôt prédominant dans l'agriculture biologique française. Depuis 2009, ses critères sont alignés sur le label bio européen.

L'agriculture biologique dans le monde[modifier | modifier le code]

Une Conférence internationale ONU/FAO de mai 2007[40] sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire a conclu qu'à l'échelle mondiale, l’agriculture biologique, si elle est soutenue par une volonté politique, peut :

  • Contribuer à la sécurité alimentaire, dont celle des pays riches également menacés par la crise des énergies fossiles, les changements climatiques et certaines faiblesses de la chaîne alimentaire ;
  • Atténuer les impacts de nouveaux problèmes, tels que les changements climatiques, grâce à une fixation améliorée du carbone du sol et une meilleure résilience ;
  • Renforcer la sécurité hydrique, par exemple la qualité de l’eau, de moindres besoins en irrigation, la restauration humique du sol, de meilleurs rendements en cas de stress hydrique dû aux aléas climatiques ;
  • Protéger l’agrobiodiversité, et en garantir un usage durable ;
  • Renforcer la suffisance nutritionnelle, par la diversification accrue des aliments biologiques ;
  • Stimuler le développement rural, notamment dans des zones où le seul choix est la main d’œuvre, grâce aux ressources et savoirs locaux.

Le Président de la Conférence a souhaité la constitution d'un réseau international de recherche et de vulgarisation en faveur de l'agriculture biologique et des sciences agroécologiques, en estimant que plus d'argent et moyens publics devraient y être consacrés. Il estime aussi que les mêmes règles devraient être appliquées à tous.

Toutefois, le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, a fait le point sur la confusion entretenue sur cette conférence et la position de la FAO. En effet, s'il constate que l'agriculture biologique peut contribuer à la lutte contre la faim dans le monde, il n'en reste pas moins que selon lui, seule l'utilisation de produits phytosanitaires chimiques ou de synthèse, de manière judicieuse, est à même de la combattre[41].

Développement économique[modifier | modifier le code]

La surface cultivée mondiale était évaluée fin 2010 à 37,3 millions d'hectares, avec de fortes variations régionales.

Surface cultivée bio par continent (en millions d'hectares)[42]
Amérique du Nord Amérique du Sud Europe Afrique Asie Océanie
2,7 8,4 10,3 1,1 2,8 12,1

Au Québec[modifier | modifier le code]

Un nombre croissant[43] d'agriculteurs au Québec se tournent vers l'agriculture biologique pour répondre à la demande des consommateurs. Plusieurs organismes de certification agissent officiellement au Québec, l'organisme Québec Vrai[44], Garantie bio/Écocert, Letis S.A., Organic Crop Improvement Association (OCIA), Pro-Cert Organic Systems Ltd et Quality Assurance International (QAI).

En Suisse[modifier | modifier le code]

Le bio a connu un bel essor[45], en grande partie grâce aux grandes surfaces. Le label le plus connu est le « Bourgeon ». Les productions sont contrôlées uniquement par Bio.inspecta (un organisme indépendant) depuis le 1er janvier 2007. Ce label est réputé pour être un des plus stricts d'Europe.

Les Suisses ont dépensé en moyenne 160 CHF en 2005[46], ce qui fait d'eux les plus gros consommateurs mondiaux de produits biologiques. En 2006, environ 11 % des exploitations agricoles sont certifiées « bio »[47].

Le marché biologique a commencé à stagner pour la première fois en 2005. On explique ce recul par un cahier des charges trop strict ou encore par les baisses de prix dans les grandes surfaces[48].

Malgré cela, les responsables du Bourgeon sont restés optimistes lors des 25 ans de Bio Suisse le 18 août 2006 et pensent que la qualité est supérieure et en rapport avec leur prix.

Le 17 septembre 2009, Roland Charrière, directeur suppléant de l’Office fédéral de la santé publique a déclaré que « c'est une erreur de croire que les produits bio sont meilleurs que les produits conventionnels », selon une étude britannique récente, ainsi que sur les conclusions menées par l’OFSP et de l'OFAG[49].

La Politique agricole 2011 devra permettre à une exploitation de bénéficier d'un label bio, même si les parcelles ne sont pas toutes cultivées en bio. Bio suisse, qui détient le label Bourgeon, conteste cet assouplissement[50].

Dans l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Place dans la politique agricole européenne du début du XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Surface bio et en conversion en Europe en 2010 et pourcentage (SAU bio et en conversion / SAU nationale)[51]
Pays Surface Pourcentage
Espagne 1 650 866 ha 6,7 %
Italie 1 113 742 ha 8,7 %
Allemagne 990 702 ha 5,9 %
France 845 440 ha 1,1 %
Royaume Uni 718 345 ha 2,2 %
Autriche 544 672 ha 19,4 %
République tchèque 448 202 ha 10,5 %
Suède 438 878 ha 14,2 %
Pologne 367 062 ha 2,4 %
Grèce 309 823 ha 3,7 %
Portugal 210 981 ha 5,7 %
Roumanie 182 706 ha 1,8 %
Slovaquie 178 235 ha 9,2 %
Danemark 173 513 ha 20,6 %

Les réformes de la PAC des années 1999/2000 ont profondément modifié le soutien à l'agriculture en Europe. Les agriculteurs sont désormais tenus de respecter certaines normes environnementales de base pour pouvoir bénéficier des aides publiques. Ils sont également soumis au respect du principe de pollueur-payeur. Au-delà des normes de base, ceux qui mettent en œuvre des techniques plus favorables à l'environnement et au respect de la nature —comme l'agriculture biologique— peuvent recevoir une aide supplémentaire, mais cela n'a rien d'automatique. Ce sont les mesures agri-environnementales, qui proposent de rémunérer les agriculteurs souscrivant à des engagements allant au-delà des bonnes pratiques agricoles. En particulier, la pratique de l'agriculture biologique permet de percevoir des primes à l'hectare ainsi que des aides aux investissements. Ces actions devraient tendre à favoriser l'adoption de pratiques d'agriculture biologique, mais elles relèvent de programmes de développement rural(PDR) qui sont décidés par chacun des 27 États membres, (ou des régions). L'ensemble du dispositif des aides au bio est donc très variable d'un pays à l'autre et finalement assez disparate.

Par exemple, les aides à la conversion en Autriche sont de l'ordre de 450 euros par hectare. En France, l'aide est accordée sur une période de cinq ans et varie selon les cultures :

  • 100 euros par hectare et par an pour une surface en prairie permanente ;
  • 200 euros par hectare et par an pour une surface en prairie temporaire, céréales et oléo-protéagineux ;
  • 350 euros par hectare et par an pour une surface en culture légumière ;
  • 600 euros par hectare et par an en maraîchage.

En France, les agriculteurs bio peuvent bénéficier d'une aide au maintien. Ces aides sont cumulables avec les aides accordées à l'agriculture conventionnelle. Il existe, de plus, de nombreux programmes locaux d'aides à l'agriculture biologique et un crédit d'impôt réservés aux agriculteurs « biologiques »[52].

Depuis l'adoption du règlement européen de 1992, de nombreuses exploitations se sont converties à ce nouveau type de production agricole.

Le nouveau règlement européen sur le bio est entré en vigueur en 2009 sans modifier ces dispositifs.

Production[modifier | modifier le code]

4,7 % de la superficie agricole utilisée de l'UE-27 fin 2009 (8,6 millions d'hectares, 209 111 exploitations agricoles) était consacrée à l'agriculture biologique, mais avec de fortes variations de surface selon les pays. En 2009, la consommation de produits alimentaires bio dans l'Union européenne a été estimée à 17,3 milliards d’euros, dont un tiers en Allemagne. 72 % des produits bio (en valeur) sont consommés dans quatre pays : l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie. En moyenne, les budgets alloués par les ménages pour les achats de produits bio sont les plus élevés au Danemark (139 € en 2009 et 150 € en 2010) et en Autriche (104 € en 2009). En 2009, la part des achats de produits bio dans l’ensemble des achats alimentaires était de 8 % en Autriche et de 7,2 % au Danemark (7,9 % en 2010)[53]. En France, la part du marché de l'alimentation bio dans l'alimentation totale a atteint 2 % en 2010[54].

Surface (en Bio) par pays[53] : la plus grande était en 2009 en Espagne (1,6 million d'hectares, soit 18,6 % du total de l'UE-27), devant l'Italie et l'Allemagne (respectivement 1,1 et 95 million d'hectares chacun, soit 12,8 % et 11 %).

Pourcentage de la surface agricole utilisée[53] : l'Autriche était en 2009 en tête avec 18,5 %, suivie de laSuède (12,5 %), l'Estonie avec 10,5 %. Les taux les plus faibles étaient mesurés à Malte (0,25 %), en Bulgarie (0,4 %) et en Irlande (1,2 %).

Pourcentage des exploitations en bio, dans l'UE25 : 1,6 % en 2005

Surface moyenne des exploitations bio dans l'UE-27,en 2007[55] : elle est supérieure à celle d'une exploitation moyenne conventionnelle. 38 ha par exploitation certifiée biologique, contre 13 ha par exploitation moyenne.

Évolution : la part des cultures cultivées en bio est passée de 3,2 % fin 2001 (UE-15) à 4,7 % fin 2009. La part de la surface en cours de conversion dans le total des surfaces cultivées en bio, varie fortement, de moins de 10 % au Danemark (1 %), aux Pays-Bas (4 %), en Finlande (8 %) et en Suède (9 %) à plus de 80 % à Malte (100 %), Chypre (87 %) ou en Lettonie (83 %), pays où le développement de la certification bio est plus récent.

Évolution de l'agriculture biologique en Europe
1993 2002 2005 2009
Surface (en millions d'ha)[56] 0,8 5,8 6,8 8,6
Nombre d'exploitations[57] 36 080 142 348 139 930 209 111

En Allemagne[modifier | modifier le code]

L'Allemagne est un pays leader dans le domaine de l'agriculture biologique. Fin 2007, 5,1 % des surfaces cultivés étaient consacrés à ce type de culture, et le chiffre d'affaires des produits issus de l'agriculture biologique s'élevait à presque 4 milliards d'euros[58]. Fin 2011, le cap du million d'hectares a été franchi, avec 7,5 % des exploitations agricoles allemandes et 6,1 % de la SAU certifiées bio (22 506 fermes sur 1 022 718 ha de SAU ; les 2/3 des exploitations bio sont dans le Sud du pays (Bavière et Baden-Württemberg). 33 905 producteurs, transformateurs et importateurs bénéficiaient d'une certification bio fin 2011[59].

À la suite d'un enquête débutée en 2011, 160 exploitations agricoles allemandes dont 40 se présentant comme faisant de l'agriculture biologique[60], sont accusées d'avoir vendu pour des œufs biologiques des œufs de poules élevées en batteries, ne respectant de plus pas la limite fixée pour le nombre de poules par mètre carré[61].

En Belgique[modifier | modifier le code]

En 2008, la part belge de la superficie européenne cultivée en bio était de 36 000 ha, soit 0,5 % de la superficie totale consacrée à l'agriculture biologique[62]. En 2010 elle était de 41 354 ha[63].

En 2010, la taille moyenne des exploitations biologiques était de 40,5 ha/exploitation, à comparer à une taille moyenne de 30,8 ha/exploitation (bio et non-bio)[63]. En 2007, la part de la superficie en cours de conversion dans la superficie totale consacrée à l'agriculture biologique était de 14,0 %[note 1].

En France[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Agriculture biologique en France.

En France, l'Association française pour l'agriculture biologique (AFAB), est fondée en 1962. Dans les années 1970, un mouvement sociétal de retour à la nature favorise le développement de modes de productions biologiques.

Le terme agriculture biologique est légalement protégé en France depuis la loi d'orientation agricole du 4 juillet 1980 et le décret du 10 mars 1981, lesquels l'ont définie, et ont fixé les conditions d'homologation des cahiers des charges et précisé les substances pouvant être utilisées dans la production, la conservation et la transformation des produits agricoles dits biologiques.

La consommation d'aliments issus de l'agriculture biologique a progressé de près de 10 % en moyenne par an entre 1999 et 2005, puis de 30 % entre 2006 et 2010, pour représenter 3,38 milliard d'euros en 2010 selon l'Agence française pour le développement et la promotion de l'agriculture biologique (Agence bio)[64]

En 2010, le marché français des produits alimentaires biologiques s'élevait à 3,38 milliard d'euros, le poste le plus important étant celui de l'épicerie et des boissons, qui totalise 828 millions d'euros. Mais l'ensemble des produits vendus aux rayons crèmerie – produits laitiers (269 millions d'euros), lait (249 millions) et œufs (209 millions) – représentent eux-mêmes 21,5 % de la consommation des aliments bio, avec un total de 727 millions d'euros[65].

L'agriculture biologique française représente 8 % de l'agriculture biologique européenne en 2009[66].

En 2013, la surface agricole utile (SAU) exploitée selon le mode biologique rassemblait 1 031 568 ha, dont 130 000 ha en conversion ; soit 3,93 % de la SAU française.

En 2010, la surface agricole utile (SAU) exploitée selon le mode biologique rassemblait 845 440 ha, dont 273 626 ha en conversion ; soit 3,1 % de la SAU française avec de grandes disparités selon les secteurs (vignoble : 6 % , fruits: 10 %, grandes cultures : 1,5 %). Le nombre des exploitations bio a rapidement augmenté, passant de 3 602 producteurs certifiés en 1995 à 11 900 en 2007, puis 20 604 en 2010, puis 25 467 en 2013. Entre 2009 et 2010, 4 160 agriculteurs supplémentaires ont été recensés[67].

Agence Bio - Chiffres clés édition 2011

Le « fond Avenir Bio » géré par l'Agence Bio, a pour objet de financer avec un appel à projet annuel, la structuration des filières de production biologiques en France.

Un plan « Agriculture biologique : horizon 2012 », a été initié à la suite du Grenelle de l’environnement, avec un objectif de 6 % de la SAU pour la surface agricole biologique à l’horizon 2012, ce qui implique de tripler les surfaces en bio en 2009[68].

Impact économique et social[modifier | modifier le code]

Tissu humain et rural[modifier | modifier le code]

Grâce au désherbage par main et un élevage en plein air, l'agriculture biologique augmente le nombre d'actifs par unité de surface (+ 20 à 30 % [69]) et permet de diminuer l'exode rural en améliorant la viabilité à long terme des exploitations et l'image des paysans ; elle revitaliserait le tissu socio-économique local, en contribuant au « développement rural »[70].

Un champ en agriculture biologique
Un champ « bio »

Elle améliore l'image de l'agriculture, qui dès lors n'est plus considérée comme polluante.

L'agriculture biologique serait liée à une préférence pour les productions locales et les circuits courts, soit par les normes (exemple : autoproduction obligatoire d'une part de l'alimentation des animaux), soit par conviction des producteurs. Néanmoins, elle se diffuse assez lentement dans le milieu agricole professionnel et reste marginale (1 exploitant sur 20 en 2013). Elle trouve la plupart de ses adeptes et défenseurs parmi les néo-ruraux et les mouvements écologistes des villes.

Nombreuses sont les collectivités territoriales à favoriser activement l'agriculture biologique, notamment en imposant l'utilisation de produits issus de l'agriculture biologique dans les cantines.

Prix[modifier | modifier le code]

Souvent cité comme l'entrave principale à son épanouissement, l'agriculture biologique augmente les prix des produits agricoles[réf. nécessaire][71]. En contrepartie, ces prix permettent d'inscrire l'agriculture biologique dans une démarche de valorisation de l'activité agricole et rurale et non plus de production alimentaire brute.

Nutrition et santé[modifier | modifier le code]

Perception dans la population[modifier | modifier le code]

Les usagers de l'agriculture biologique soutiennent communément que l'alimentation issue de l'agriculture biologique est plus saine au niveau nutritif. Par exemple en France un sondage de 2009 montre que 90 % de la population pensent que les produits biologiques sont « plus naturels car cultivés sans produits chimiques », 81 % pensent qu'ils sont « meilleurs pour la santé », et 74 % pensent que les « qualités nutritionnelles des aliments [sont] mieux préservées »[72].

Aspects nutritionnels[modifier | modifier le code]

Cependant, les études scientifiques les plus récentes ne montrent pas de différences significatives au niveau nutritionnel[73].

Une étude britannique commanditée par la FSA (Food Standards Agency), affirme, grâce une synthèse des données sur le sujet des 50 dernières années que d'un point de vue nutritionnel, il n'existe pas de différence notable entre l'agriculture biologique et l'agriculture conventionnelle[74].

La dernière méta-analyse en date (compilation critique d'études) de l'Université de Standfort regroupant 200 études sur 40 ans conclue à l'absence de différence nutritionnelle entre aliment conventionnel et issu de l'Agriculture Bio[75]. Néanmoins il remarque que les fruits et légumes conventionnels tendent à porter plus de résidus de pesticides, et que la viande conventionnelle est plus contaminée par des bactéries résistantes aux antibiotiques[76].

Parallèlement à ces études, d'autres montrent que les produits biologiques peuvent contenir certains nutriments en plus grand quantité. Par exemple, le lait biologique contient plus d'acides gras oméga 3 [77] ou ses fruits et légumes ont des teneurs en flavanoïdes (protecteur des vaisseaux sanguins) plus élevées[78].

Les études sont contradictoires : il est impossible de conclure de façon générale[79], les différences sont supposées minimes et très dépendantes des méthodes agricoles qui restent très différentes les unes des autres au-delà des labellisations. Le 11 octobre 2013 l'INRA a réalisé un rapport intitulé "Vers des agricultures à hautes performances"[80], ce rapport permet de faire le point sur les vertus supposés des produits issus de l'agriculture biologique: les auteurs concluent que les différences entre les produits issus de l'agriculture biologique et conventionnel sont "globalement peu différents"[81].

Impact sur la santé[modifier | modifier le code]

L'agriculture biologique élimine un certain nombre de risques sanitaires induits par l'usage ou l'abus de certains intrants chimiques, mais elle introduit des facteurs de risque liés à certaines pratiques. Ainsi l'absence de recours aux herbicides peut favoriser les contaminations par des plantes toxiques. En France, en septembre et octobre 2012, de la farine de sarrasin biologique est contaminée par des graines de datura[82]. 32 personnes seront intoxiquées, dont 8 hospitalisées[83]. Les graines ayant la même taille elles ne peuvent être séparées par tamisage. Sans herbicides, la contamination ne peut être évitée que par arrachage manuel et repérage visuel[84].

Les aliments biologiques sont contraints aux mêmes normes sanitaires que les autres.

Mycotoxines et pathogènes[modifier | modifier le code]

L'interdiction de certains fongicides voire certains insecticides chimiques augmenterait le risque de présence de mycotoxines dans les aliments. Cependant les pratiques culturales privilégiées par l'agriculture biologique semblent limiter ces contaminations[85].

L'emploi de fertilisants organiques, quasiment obligatoire en agriculture biologique et de moins en moins utilisé en agriculture conventionnelle, peut amener des germes pathogènes pour l'homme ; l'épidémie de gastro-entérite et de syndrome hémolytique et urémique de 2011 en Europe, qui a fait 47 morts, dont des graines germées biologiques étaient à l'origine illustre ce risque, même si l'enquête n'a pas permis de comprendre l'origine de la contamination.

Pesticides[modifier | modifier le code]

L'agriculture biologique supprime des nuisances liées aux pesticides de synthèse que ce soit pour les nappes phréatiques ou les eaux de surface, la faune et celles supposées pour l'Homme. Selon une étude de Générations Futures, une ONG fortement liée au Syndicat National des transformateurs de produits naturels et de culture biologique[86], il y a 223 fois moins de résidus de pesticides dans les aliments bio[87]. Par ailleurs, une agriculture sans l'utilisation de pesticides n'expose pas ses producteurs à des maladies[88], telles que celle de Parkinson, reconnue en 2012 comme maladie professionnelle pour les agriculteurs exposés aux pesticides [89].

Le label AB n'interdit que les produits de synthèses, les produits naturels et minéraux sont autorisés, certains sont reconnus pour leur dangerosités (roténone, cuivre, neem, pyrèthres) pour l'environnement et l'humain. Le cuivre, indispensable à un grand nombre de cultures biologiques, est un métal lourd qui stérilise les sols. L'huile de neem, utilisée malgré son interdiction, est connue pour provoquer des effets hormonaux chez les insectes[90] et les mammifères[91].

Antibiotiques[modifier | modifier le code]

Certains labels d'agriculture biologique interdisent les antibiotiques. Le label AB les autorise avec les mêmes conditions qu'en élevage conventionnel[92]. Ils doivent faire l'objet d'une prescription par un vétérinaire, qui ne l'accorde qu'en cas de maladie bactérienne. L'usage comme facteur de croissance est interdit en EU depuis 2006[93] mais cela n'empêche pas l'importation de viande ayant subi ce mode de production.

Cancers[modifier | modifier le code]

Aucune étude[94] n'a mis en évidence un taux de cancer plus faible chez les consommateurs de produits biologiques, une fois que les autres facteurs (diversité de l'alimentation, consommation d'alcool et de tabac, activités physiques) sont pris en compte. Même si les agriculteurs utilisateurs de produits phytosanitaires peuvent dans certains cas avoir plus de cancer[95], quoique cela fasse débat dans le cas des agriculteurs en France[96], l'étude AgriCan montre au contraire une incidence du cancer plus faible, sans doute attribuée à une meilleure hygiène de vie (moins de tabac, d'alcool et plus d'exercice physique). Les organismes de lutte contre le cancer conseillent une alimentation riche en fruits et légumes, quels que soient leurs modes de production[97].

Testostérone et hormones[modifier | modifier le code]

Certains pesticides imitent les hormones femelles. En plus l'agriculture bio interdit l'utilisation d'hormones artificielles utilisées pour manipuler les cycles de reproduction. Si les hormones de croissance sont interdites en UE depuis 1988, l'usage d'hormones sexuelles pour décaler des mises bas ou débloquer des cycles sexuels est d'usage courant en élevage d'ovins[98]. Aucune étude n'a montré un danger lié à la consommation d'animaux ayant reçu ces hormones.

Si les aliments bio présentent un avantage par leur plus faible teneur en antibiotiques et en pesticides, consommer des aliments conventionnels qui respectent les limites de résidus ne présente pas de danger connu. Toutes les études qui montrent l’intérêt de manger beaucoup de fruits et légumes, donc a priori de s'exposer plus fortement aux résidus, ont été faites avec des aliments conventionnels. Les aliments biologiques sont plus exposés aux risques de contenir des biotoxines et mycotoxines toxiques pour l'homme, même si ce risque est contrôlé :

Nitrates[modifier | modifier le code]

Les aliments bio ne contiennent pas forcément moins de nitrates que les aliments conventionnels[99].

Impact sur l'environnement[modifier | modifier le code]

L'agriculture biologique est réputée meilleure pour l'environnement. Si le bilan par unité de surface peut faire illusion pour certains paramètres, rendu à la production réel l'avantage de l'AB n'est pas évident : l'utilisation des terres, l'acidification, l’eutrophisation des milieux aquatiques par unité produite est identique à l'agriculture conventionnelle[100]. De nombreuses études montrent que l’érosion hydrique du sol est significativement plus faible en agriculture biologique qu’en agriculture conventionnelle. Ce résultat s’accorde avec les teneurs en matière organique plus élevées et les meilleurs paramètres physiques du sol pour l’agriculture biologique[101]. Pour autant l'INRA indique que "les pratiques de travail du sol induites par les cahiers des charges de l’AB, notamment pour gérer le problème des adventices qu’il n’est pas possible de corriger par l’emploi d’herbicides de synthèse en AB, peut avoir des effets contraires sur les propriétés physiques des sols en AB par compactage, et sensibilité au ruissellement et à l’érosion[81].

En interdisant les insecticides de synthèse, l'agriculture biologique protégerait les abeilles. Une première étude[102] a trouvé que des résidus de néonicotinoïdes réduirait la croissance et la production de reines de bourdons terrestre (moins de 85 %[103]). Une seconde étude[104],[105] simulant une contamination du nectar montrerait une réduction du taux de retour des butineuses. Ces travaux ont néanmoins été mis en doute[106],[107],[108] à cause du traitement statistique des résultats et des doses utilisés.

En 2012, une étude menée par l'ingénieur agronome Patrice Coll dans des parcelles viticoles a montré que les parcelles en agriculture biologique renfermait une population de lombrics plus faible que dans les parcelles en agriculture conventionnelle[109],[110]. Plus la conversion à l'agriculture biologique est ancienne et plus la diminution de la population de lombrics est importante : 12,5 vers de terre par mètre carré ont été prélevés sur les cultures conventionnelles, 6,9 et 6,1 par mètre carrée dans les parcelles en agriculture biologique depuis respectivement 6 et 11 ans, 4,4 par mètre carré dans les parcelles converties en agriculture biologique depuis 17 ans. La cause pourrait être un travail de la terre plus intensif en agriculture biologique qu'en agriculture conventionnelle. L'augmentation de la teneur en cuivre des sols en agriculture biologique est également évoquée. Des résultats similaires ont été observés par le Comité interprofessionnel des vins de Champagne en Champagne, la diffusion des résultats de l'étude est pour le moment suspendue, les donneurs d'ordres étant surpris et gênés par les résultats[111].

Dans son rapport d'octobre 2013 "Vers des agricultures à hautes performances"[112] modère fortement les vertus environnementale théorique de l'AB: quand l'évaluation prend en compte la surface de culture, l'AB est plus performante, mais rapport se réduit voir s'inverse si on les mesures par rapport aux quantités produites.

Émissions de gaz à effet de serre[modifier | modifier le code]

En tant que forme d'agriculture qui doit s'occuper de la qualité du sol (au lieu de dépendre des produits de synthèse), l'agriculture biologique peut fixer plus de carbone (selon une étude, 28 %[113]) au sein du sol que la conventionnelle. Cela permettrait une réduction de la teneur de dioxyde de carbone dans l'atmosphère[114],[115].

La production d'engrais est responsable de 1,2 % d'émissions à effet de serre globales[116]. On attribue 1 % d'émissions globales de dioxyde de carbone à la production d'ammoniac, dont la plupart devient des engrais à base d'azote[117]. Une parcelle cultivée de manière biologique émet ainsi moins de gaz à effet de serre liés aux engrais.

Si le bilan par unité de surface peut faire illusion, les rendements plus faibles redonnent l'avantage au conventionnel[118]. De plus, en France près d'un tiers des produits labellisés AB sont importés, il n'est pas rare de trouver en magasin des produits labellisés AB importés moins coûteux que des produits conventionnels locaux (cas de l'ail d'argentine), ce qui n'est pas sans poser de questions au niveau du bilan carbone et social de ce type de produit.

Énergie[modifier | modifier le code]

En agriculture biologique, la consommation d’énergie est largement inférieure par unité de surface, comparativement au conventionnel, mais peu différente par quantité produite[81]. Aux États-Unis, où les rendements en bio sont peu inférieurs voire égaux à ceux en conventionnel, l’efficience énergétique reste nettement plus élevée en agriculture biologique qu’en conventionnel, notamment pour le maïs. Par contre, la consommation énergétique est supérieure en agriculture biologique là où les rendements sont nettement plus faibles qu'en agriculture conventionnelle[81].

La raison principale à la plus faible consommation d’énergie en agriculture biologique qu’en agriculture conventionnelle est la non utilisation d’engrais azoté de synthèse à la production énergivore[81],[119].

Rendements agricoles[modifier | modifier le code]

Pour juger des rendements de l'agriculture biologique trois types de données sont disponibles :

  • Les rendements de référence au niveau national, qui montrent, en France des rendements 30 à 70 % inférieurs en agriculture biologique, selon les cultures, certaines étant plus sensible à l'agriculture biologique que d'autre. Le colza biologique est très difficile (la culture est souvent perdue) alors que le maïs ou le tournesol sont capables d'atteindre des rendements comparables. Dans des pays moins performants l’écart est plus faible. En France le rendement du blé biologique est de 25 quintaux contre 70 en conventionnel.
  • Les rendements en condition contrôlée, réalisés par des scientifiques. Ces chiffres sont souvent comparés au rendement de référence et annonce des résultats 20 à 30 % inférieurs. Pour autant ces performances sont très difficiles à réaliser chez les agriculteurs. Il est aussi facile de manipuler les chiffres de genre de publication en dégradant le rendement des productions conventionnelles. C'est par exemple le cas de l'étude de l'Institut de Recherche de l'Agriculture Biologique, émanation des structures de promotion de l'agriculture biologique, qui annonce un rendement de 45 quintaux de blé en conventionnel contre 60 quintaux en moyenne dans le pays[120].
  • La production alimentaire nette, le label AB contraignant parfois à des cultures non productives pour améliorer la fertilité du sol ou désherber, et font aussi face à des pertes de culture beaucoup plus fréquentes. Il existe très peu de données de ce type.

Les études de performances environnementales et énergétiques sont aussi complexes à interpréter :

  • L'agriculture, biologique ou conventionnelle, n'est pas un système standardisé, les études ne font que comparer des situations particulières et ne peuvent être généralisées. Si les agriculteurs consomment 101 l de fioul par ha en moyenne[121], il est possible de consommer beaucoup moins en semis direct[122]. De même les quantités de fertilisants azotés peuvent varier d'un facteur 5, selon l'historique de la parcelle, sans forcément handicaper fortement le rendement[123].
  • L'impact environnemental des produits phytosanitaires autorisés par le label AB est peu documenté, parfois nié dans les études. Le cuivre est par exemple reconnu pour son effet négatif sur les vers de terre[109].

De fait il faut prendre avec d'infinies précautions les études annonçant des résultats positifs ou désastreux, elles ne sont que des études de cas particuliers impossibles à généraliser à l'échelle des agro-systèmes. Il est très facile d'orienter ces travaux dans un but idéologique. Un des documents les plus pertinents existant est l'étude réalisée par l'INRA dans le cadre du programme écophyto[124].

Perte de rendement en % du rendement conventionnel :
Blé tendre Blé dur Orge hiver Orge printemps Maïs grain Colza Tournesol Pois Pomme de terre Betterave
50 à 60 50 60 49 10 à 40 30 à 70 0 à 40 70 à 80 25 à 60 20

L’agriculture biologique a été comparée à l’agriculture classique dans des études portant sur les pommes en France[125].

Une étude menée sur des fermes anglaises a montré, pour l'agriculture biologique par rapport à l'agriculture traditionnelle, une réduction de 55 % des rendements et une augmentation de 12,4 % de la biodiversité[126].D'autres études mettent en avant l'importance de l'ensemble de l'environnement général (présence de cultures variées, de prairies permanente, de bordures de champs non fauchés ou désherbés, taille des parcelles)[127],[128] plutôt que l'usage de la chimie[129] surtout quand ils comparent l'agriculture biologique et l'agriculture de conservation[130].

En Afrique, des études menées dans le cadre du Programme environnemental des Nations unies ont montré que les rendements en agriculture biologique sont plus élevés que les rendements en agriculture conventionnelle. La méthodologie de ces études est contestées par les opposants à l'agriculture biologique. D'autre part, les rendements en Afrique correspondent plutôt à une agriculture de survie extensive (la terre n'est pas un facteur limitant dans beaucoup de pays africains peu densément peuplé) pré-industrielle qu'à une agriculture conventionnel classique. Les rendements y sont en moyenne inférieur à 10 quintaux par hectare.

En élevage, les différences de rendement ne sont pas significatives, la croissance des animaux n'est pas affectée par la nature « biologique » des aliments, ce sont plus les conditions du terrain et les choix des éleveurs (notamment en termes de qualité) qui conditionnent les vitesses de croissance. En élevage de ruminants à l'herbe les différences de pratique entre le biologique et le conventionnel sont faibles, ce qui explique les importantes surfaces de prairie certifiées AB en France. En élevage de volaille ou de porcins, hormis l'aliment un peu plus coûteux et les durées d'élevages plus longues (mais pas forcément plus longues que certains labels de qualité), les performances pures des animaux ne sont pas affectées.

L'agriculture biologique tend à fournir des rendements plus faibles. Cette problématique pose deux problèmes : d'abord le risque de ne pas produire suffisamment de nourriture, ensuite la pression sur les terres non agricoles. Dans les pays ayant des difficultés à nourrir correctement leur population, doit-on favoriser l'agriculture biologique, parfois au détriment de la fertilité des sols ? Au Mali la production de coton biologique entraîne l'exportation de fertilisants organiques, au détriment des parcelles destinées à la production alimentaire locale[131]. Cet exemple peu paraître caricatural mais il illustre bien la complexité des systèmes agricoles, qui donne parfois des résultats très différents de la théorie. Le second point est le plus critique dans le cadre du développement de l'agriculture biologique dans les pays développés : doit-on concentrer la production, quitte à prendre le risque de polluer, mais en libérant des terres à la faune et flore sauvage, ou doit-on au contraire éviter la pollution en mettant en culture des surfaces plus grandes mais sans intrants synthétiques ?

Organismes génétiquement modifiés[modifier | modifier le code]

L'agriculture biologique s'oppose aux modifications génétiques pour éviter les possibles risques à la santé et la dépendance des agriculteurs à des semences brevetés. Cette démarche répond aussi à une préoccupation de certains de produire ou de consommer des produits qualifiés de naturels, et issus de croisements et de mutations dits naturels.

Semences pour l'Agriculture biologique[modifier | modifier le code]

Les agriculteurs labellisés AB sont tenus d'utiliser des semences issus de multiplication en mode AB (qu'elles soient de ferme ou commerciale), pour certaines espèces il existe des dérogations si des semences issues de l'agriculture biologique ne sont pas disponible (les agriculteurs restent libre de planter toutes les semences existantes ou d'acheter toutes les semences du catalogue officiel, sauf les OGM), mais les semences ne doivent pas être traitées[132]. La plupart des agriculteurs utilisent des variétés commerciales classiques, y compris les semences hybrides brevetées, en choisissant les variétés les mieux notées pour la résistance aux maladies, aux ravageurs et à la concurrence des adventices. Certains semenciers ont des programmes de sélection qui s'adressent plus particulièrement aux agriculteurs biologiques ou qui souhaitent réduire l'utilisation de produit phytosanitaire.

Médiathèque[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Claude Aubert et Blaise Leclerc, Bio, raisonnée, OGM, Quelle agriculture dans notre assiette ?, Terre vivante, 2003
  • Yvan Besson, Les fondateurs de l'agriculture biologique, Sang de la Terre,‎ 2011 (ISBN 9782869852044)
  • Jacques Caplat, L'agriculture biologique pour nourrir l'humanité, Démonstration collection Domaine du possible, Actes Sud, 2012; ISBN 978-2-330-00750-8.
  • François Desnoyers et Elise Moreau, Tout beau, tout bio ? L'envers du décor, Éditions de l'Aube, 2011
  • Brian Halweil, « L’agriculture biologique peut-elle nous nourrir tous ? », World Watch, mai-juin, 2006
  • Guillaume Mauricourt, Agriculture et santé, l'impact des pratiques agricoles sur la qualité de vos aliments, éditions Dangles, 2005
  • Gil Rivière-Wekstein, Bio Fausses promesses et vrai marketing, éditions Le Publieur, 2011
  • Jean-Claude Rodet, L'agriculture biologique, Lyon, Camugli,‎ 1978, p. 165
  • Catherine de Silguy, L'Agriculture biologique, Que-sais-je ?, no 2632, PUF, 2000
  • Pascale Solana, La Bio, de la terre à l'assiette, Sang de la Terre, 1999
  • Pascale Solana et Nicolas Leser, Passions bio, des produits, des hommes, des savoir-faire, éditions Aubanel, 2006

Filmographie[modifier | modifier le code]

Filmographie de l'environnementalisme[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. selon les chiffres publiés par Eurostat en juin 2007, pour l'UE25

Références[modifier | modifier le code]

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  3. Sauphanor B., Simon S., Boisneau C., Capowiez Y., Rieux R., Bouvier J.C., Defrance H., Picard C, Toubon J.F., 2009. Protection phytosanitaire et biodiversité en agriculture biologique. Le cas des vergers de pommiers. Innovations Agronomiques 4, 217-228
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  5. Des pesticides sont autorisés en cas de besoin technique pour préserver la récolte (voir §5 Agriculture Bio et agriculture conventionnelle)
  6. Agence Bio - chiffres clés
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  9. http://www.bio-lelivre.com/Sir-Albert-Howard-1873-1947.html
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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