Noir

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Noir

Composante
RVB (r, v, b) (0, 0, 0)
Triplet hexa. 000000
CMJN (c, m, j, n) (0 %, 0 %, 0 %, 100 %)
TSL (t, s, l) (0°, 0 %, 0 %)

Le noir est l'aspect visuel des objets qui n'émettent ni ne reflètent aucune part du spectre de lumière visible. Même si le noir est parfois décrit comme achromatique, ou sans teinte, il peut en pratique être considéré comme une couleur, comme dans les expressions « chat noir » ou « peinture noire ».

En effet, si l'on considère la synthèse soustractive, le noir est obtenu par un mélange de pigments absorbant chacun une longueur d'onde, combinés de manière à toutes les absorber ; c'est bien une couleur obtenue par mélange. Néanmoins, si l'on considère la synthèse additive (superposition de faisceaux lumineux monochromatiques), le noir est au contraire une absence de couleur. Dans l'espace standard RVB (Rouge-Vert-Bleu), il a pour composantes (0, 0, 0).

On oppose ainsi le noir au blanc, puisque le blanc est constitué de l'ensemble des longueurs d'ondes visibles. Lorsqu'on combine les trois couleurs primaires en proportions équivalentes dans la synthèse additive, on va ainsi du noir au blanc en passant par toutes les nuances de gris. Dans le langage courant, blanc et noir sont appelés des "non-couleurs".

Symbolique[modifier | modifier le code]

Dans la symbolique occidentale, le noir est associé à :

  • la sobriété, l'élégance et le raffinement, la richesse, le luxe, la noblesse (ex : le smoking et autres tenues de cérémonie et objets de luxe ; un étalon noir est l'emblème de la marque de voiture Ferrari) ;
  • le mystère, les ténèbres, l'inconnu, ce qui est caché (par exemple le marché noir) ou ce que l'on ne voit pas (la matière noire), l'occulte ; la mort ;
  • l'autorité, la puissance, la dignité, le pouvoir, la menace, l'austérité, (par exemple la robe de l'ecclésiastique, l'uniforme du policier, du SS, du surveillant, de l'avocat, du juge) ;
  • la mort, le deuil, la tristesse, le désespoir, la peur, le mal, le néfaste. Parfois, il s'agit de l'obscurantisme comme dans l'expression Grande noirceur ;
  • la révolte, l'anarchie (le drapeau noir est le drapeau des pirates et des anarchistes) ;
  • En ésotérisme la couleur noire est associée à des éléments supposés appartenir à l'autre côté du monde, en particulier les ténèbres : la Lune noire (Lilith), l'origine de cette symbolique réside dans le fait que le noir est la couleur de la nuit, de l'obscurité, du non-visible. À l'opposé du blanc, de la lumière. Le noir représente aussi parfois le renouveau.

Dans l’Égypte antique, le noir avait une symbolique positive. En effet dans la langue des pharaons, le verbe « kem », qui est tiré du mot « noir », veut dire « mener à bien, s’élever à, accomplir, payer, compléter, servir à » mais aussi « être noir ». Le mot « kem » veut dire aussi : « complet, parfait, obligation, devoir ».

Pigments et colorants[modifier | modifier le code]

Les noirs ont été les premiers pigments préparés par l'homme : à partir de bois carbonisé (noir de charbon) puis par combustion (noir de carbone, noir de fumée). Mélangé à un liant aqueux, les noirs de carbone et de fumée ont servi à fabriquer les premières encres d'écriture.

Pline l'Ancien parle d'atramentum à propos des noirs de carbone. Il explique comment obtenir différents noirs[1] :

« On fabrique le noir de plusieurs façons, avec la fumée que donne la combustion de la résine ou de la poix ; aussi a-t-on construit pour cela des laboratoires qui ne laissent pas cette fumée s'échapper. Le noir le plus estimé se fait de cette façon, avec le pinus teda; on le falsifie avec le noir de fumée des fourneaux et des bains, et c'est de celui-là dont on se sert pour écrire les livres. Il en est qui calcinent la lie de vin dessechée ; et ils assurent que si la lie est d'un bon vin, le noir ainsi obtenu ressemble au noir indien. Polygnote et Micon, les célèbres peintres d'Athènes, en ont préparé avec du marc de raisin, le nommant tryginon (thrux = lie). Apelle a imaginé d'en préparer avec l'ivoire brûlé, et lui a donné le nom d'eléphantinum. On apporte aussi de l'Inde le noir indien (encre de Chine ?), dont jusqu'à présent la composition m'est inconnue. Les teinturiers en font avec une efflorescence noire qui s'attache aux chaudières de cuivre. On l'obtient encore en brûlant le bois du pinus teda, et en triturant les charbons dans un mortier. Les seiches, par une propriété merveilleuse, ont un noir, mais on ne s'en sert pas. La préparation de tout noir se complète au soleil : du noir à écrire, par l'addition de la gomme; du noir à enduit par l'addition de la colle

Les pigments noirs sont d'origines diverses. Chacun a une tendance plus ou moins prononcée (vers le bleu, le rouge, le jaune, etc.).

Pigments naturels (d'origine végétale et fossile) 
  • Noir de campêche (NBk3) : un colorant végétal ou pigment laqué, extrait du bois de cœur de campêche.
  • Bitume ou gilsonite (NBk6) : un noir brun et chaud tiré d'un hydrocarbure.
Pigments minéraux de synthèse 
  • Noir de fumée (carbone) (PBk6) : le noir le plus noir, opaque et froid, extrait de la suie produite par la combustion incomplète de composés organiques.
  • Noir de carbone ou Noir de lampe (PBk7) : un noir dense, légèrement bleuté, obtenu en collectant la suie issue d'un bec de gaz, d'une lampe à huile, d'une bougie, qui s'est déposée sur une surface froide.
  • Noir de charbon (PBk8) : obtenu par carbonisation de bois ou noyaux. Comprend : Noir de vigne, Noir de pêche, Noir de fusain, Noir de sarment, Noir de liège, Noir de hêtre. Il produit des noirs légèrement bleutés, moins denses que les noirs de fumée.
  • Graphite (PBk10) : un carbone cristallin pur de teinte gris foncé, utilisé dans les mines de crayon
  • Oxyde de fer noir ou Noir de Mars (PBk11) : équivalent synthétique de la magnétite, il produit des noirs fins, neutres et denses, plus intenses que les noirs de charbon.
  • Noir spinelle (PBk28) : mélange d'oxydes métalliques (cuivre, chrome, manganèse)
Pigment synthétique d'origine animale 
  • Noir d'ivoire ou noir d'os (PBk9) : obtenu par calcination d'os durs (ivoire, bois de cerf, de rhinocéros). Aussi connu sous les noms de : Noir de velours, Elephantinum, Noir animal. Un noir brunâtre, plus chaud que les noirs de carbone et très docile en mélanges car peu colorant.
Pigments organiques de synthèse 
  • Noir d'aniline (PBk1) : par oxydation d'un sel d'aniline (peu permanent).
  • Noir de pérylène (Pbk31) : un noir verdâtre.

La couleur noire étant la plus consommée par l'homme pour l'écriture (encre de Chine), l'imprimerie, les photocopieuses, les imprimantes, la peinture, c'est probablement aussi la couleur pour laquelle il existe le plus grand nombre de procédés de production.

Noir en nanotechnologie[modifier | modifier le code]

Des chercheurs de l'Université Rice, aux États-Unis, dirigés par le professeur Pulickel Ajayan ont mis au point un matériau constitué de nanotubes de carbone verticaux qui est le matériau le plus « sombre » jamais créé par l’homme ; avec un indice de réflexion de 0,045 %, il est 30 fois plus sombre que le carbone noir, ce qui lui permet d’absorber 99,9 % de la lumière qu’il reçoit. C’est une performance 3 fois plus élevée que ce que permettait l'alliage de nickel-phosphore qui était le matériau fabriqué antérieurement réputé le plus sombre (les peintures noires commercialisées renvoient 5 à 10 % de la lumière, et plus pour celles qui sont brillantes). Cette innovation pourrait intéresser les secteurs militaires, de la communication, de l’énergie, de l’observation, des colorants. Cependant, des incertitudes concernant les impacts environnementaux des nanotechnologies pourraient imposer des délais, coûts et précautions ne permettant pas de mettre à portée de tous les bénéfices que pourraient permettre ces avancées techniques[2]

Usages[modifier | modifier le code]

  • Dans le code de couleurs des résistances électriques et des condensateurs, la couleur noire correspond au chiffre 0, au multiplicateur x1 et à un coefficient de température de 200ppm. Dans la norme CEI 60757, on le nomme BK (abréviation de black) ;
  • Les panneaux solaires thermiques et de nombreux dispositifs assimilés (moquette solaire...) sont noirs sous une plaque de verre car les pigments noirs absorbent fortement l'infrarouge, et quand ils sont peu réflexifs (surface hyper-mate) une grande partie du spectre lumineux.
  • Comme la peinture noire couvrait une beaucoup plus grande surface que les autres et pour réduire les coûts en s'affranchissant de la nécessité d'avoir plusieurs bains de peinture, le constructeur de voitures à prix d'aubaine (Modèle T) Henry Ford vers 1920 est célèbre pour avoir dit : « vous pouvez choisir la couleur que vous souhaitez à condition que ce soit le noir ».
  • La couleur noire est la plus économique, la plus lisible aussi, c'est pourquoi c'est celle qui est utilisée pour les imprimantes monochromes et pour les photocopieuses et en imprimerie. Journaux, livres et tracts sont majoritairement imprimés en noir.
  • C'est la couleur principale des documents administratifs, des annonces légales, des affichages légaux. L'impression noire sur papier blanc est d'ailleurs réglementée en France, il est interdit d'apposer des affiches blanches imprimées en noir car c'est une couleur réservée aux affichages officiels de l'État et de l'administration.
  • Le roman noir, la série noire, le film noir, sont des expressions pour désigner un genre d'histoire à caractère dramatique, pessimiste, tragique associé généralement à une intrigue policière ou à un suspense.
  • Par métonymie, le "cinéma noir" désigne un genre cinématographique indépendant, né aux États-Unis, où les acteurs sont majoritairement noirs.
  • Vêtements noirs et maquillage noir sont les signes distinctifs du mouvement gothique.
  • Le ski : en Europe, les pistes les plus difficiles sont représentées par des flèches noires.
  • On entend par « viande noire » la chair des chevreuils, daims, sangliers, cerfs et ours (On a aussi la viande rouge et la viande blanche).

Expressions associées[modifier | modifier le code]

    • « Avoir des idées noires », « Broyer du noir »
    • « Humour noir »
    • « Être sur la liste noire »
    • « Être le mouton noir »
    • « Être la bête noire » (ne pas être apprécié)
    • « Jeter un regard noir »
    • « Marché noir »
    • « Humeur noire »
    • « Travail au noir », « être payé au black » (sans déclaration)

Êtres, choses et objets[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

Dans la nature[modifier | modifier le code]

Objets fabriqués[modifier | modifier le code]

Quelques drapeaux et pavillons[modifier | modifier le code]

Dans l'Histoire[modifier | modifier le code]

Pendant la Révolution française[modifier | modifier le code]

Pendant la Révolution française on appelle « Noirs » une faction peu importante de nobles intransigeants, mais non absolutistes, de l’ancien régime qui s’illustrèrent pendant la Constituante () ; qualifiés également d’ « Aristocrates », leurs chefs sont des nobles titrés, comme le vicomte de Mirabeau, mais aussi des hommes de milieux plus modestes, comme Cazalès, ou même des ecclésiastiques, comme l‘ abbé Maury ou l’abbé de Montesquiou. Ils sont, entre autres, contre la Constitution civile du clergé et opposés à la saisie de ses biens, pour le veto absolu du roi, la primauté du catholicisme, et s’opposent aussi à l’Assignat. Leurs journaux sont notamment, « L'Ami du roi » ou « Les Actes des apôtres » ; leur club est « Le Salon français ». Supplantés par la nouvelle droite feuillante, la plupart entrèrent dans la clandestinité, regagnèrent leur province d’origine, ou émigrèrent à la fin de 1791[3].

Dans l'Empire russe[modifier | modifier le code]

Dans l'Empire russe les Cent-Noirs étaient une organisation nationaliste d'extrême-droite monarchiste apparue après la révolution de 1905. Après la révolution de 1917, les bolchéviks utilisent le nom de Cent-Noirs comme un adjectif destiné à qualifier une partie de leurs opposants en tant que « réactionnaires » ou supposés tels, notamment le clergé russe dans son ensemble.

Classification ethnique[modifier | modifier le code]

Le terme de Noir désigne de manière générique les individus à la peau sombre[4], originaires d'Afrique subsaharienne, mais aussi[5] d'Océanie (Mélanésie en particulier). L'usage de cette terminologie a été particulièrement courant en Europe à partir du XIXe siècle, en fonction de la classification des peuples humains selon un des critères apparents (théorie racialiste). Une personne à la peau très foncée ou noire est désignée comme un Noir dans le langage courant. Le mot nègre, jadis courant, a pris en langue française un tour péjoratif, voire insultant.

Liste des pays portant le nom de la couleur noire en référence à la couleur de peau de leurs habitants. Ce sont bien sûr des exonymes :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, Livre XXXV, Traitant de la peinture et des couleurs, chapitre XXV
  2. Source / Nouvelles Enerzine
  3. Dictionnaire historique de la Révolution française, Albert Soboul (dir.) - « Assemblée nationale constituante » - « L’Abbé Maury », Édition « Quadrige » P.U.F. 2005 p. 48-728
  4. Atlas marenches éd 1988
  5. La géographie par l’image et la carte, pour la section préparatoire et les classes enfantines, publié par la Librairie Générale vers 1915 : « La race noire peuple le Centre et le Sud de l’Afrique ; Elle peuple aussi une partie de l’Océanie et de l’Amérique. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Annie Mollard-Desfour (préface de Pierre Soulages), Dictionnaire des mots et expressions de couleur. Le Noir, Paris, CNRS Éditions, 2005.Nouvelle édition : Le Noir. Dictionnaire de la Couleur. Mots et expressions d'aujourd'hui. XXe-XXIe s., préface de Pierre Soulages, Paris, CNRS Éditions, 2010.
  • Michel Pastoureau, Noir. Histoire d'une couleur, Éditions du Seuil, 2008.