Royaume de Majorque

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Royaume de Majorque
Regne de Mallorca (ca)

12291349

Drapeau Blason
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Le royaume de Majorque au début du XIVe siècle

Informations générales
Statut Monarchie conçue autonome et alliée, mais en pratique vassale de la couronne d'Aragon
Capitale Perpignan
Histoire et événements
1229-1232 Conquête de l'île par Jacques Ier d'Aragon, confiée à Pierre de Portugal
1235 Conquête d'Ibiza
1287 Conquête de Minorque
1344-1344 Pierre IV d'Aragon conquiert les Baléares, le Roussillon et la Cerdagne
1349 Jacques III vend la seigneurie de Montpellier à Philippe VI de France
25 octobre 1349 Bataille de Llucmajor : intégration définitive à la couronne d'Aragon
Rois
(1er) 1236-1256 Pierre de Portugal
(Der) 1324-1349 Jacques III

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le royaume de Majorque désigne d'abord de façon provisoire un gouvernement assez longtemps précaire créée lors de la conquête par le roi Jacques Ier d'Aragon de l'île de Majorque en 1229 dans le cadre de la Reconquista. Mais c'est le testament du souverain conquérant en 1262 qui lui donne un véritable sens politique dans la succession monarchique, en l'accordant au cadet de sa lignée l'infant Jacques ou Jaume alors que l'aîné Jacques obtient la couronne d'Aragon.

À la mort de Jacques Ier d'Aragon en 1276 naît le royaume de Majorque. Les années 1343 et 1344, dates de reconquête militaire et d'annexion aragonaise ou le traité de 1347, voire les acquisitions par le roi de France de Carlat et Montpellier en 1348-1349 atteste la réunion définitive à la couronne d'Aragon qui clôt la page de l'indépendance, souvent précaire et houleuse.

Un Royaume fruit d'années de conquête, mais aussi de terres seigneuriales lointaines[modifier | modifier le code]

Ce premier royaume de reconquête, dit "de Majorque" s'étend peu à peu sur l'ensemble des îles Baléares et Pityuses. La conquête de l'île dure de 1229 à 1232. Ibiza est conquise durant l'été 1235 alors que Minorque est déjà contrôlé en 1231 par l'obtention d'un "tribut annuel mahométan"[1].

Conquête de Majorque

En 1231, le roi Jacques ou Don Jaime confie la seigneurie de l'île de Majorque à son cousin l'infant Pedro de Portugal, grand seigneur entré au service de la couronne d'Aragon en 1228. Mais la politique du gouverneur Pedro, seigneur de Majorque ainsi que seigneur d'Ibiza un court moment au nom du roi, est plus déterminée par sa carrière d'affairiste, meneur de guerre et de mercenaires, de marchands d'esclaves, instaurant un monopole sur les salines et sur les biens qu'ils accaparent. Les plaintes répétées de nobles sujets et des dignitaires religieux, plus que de simples peones, amènent sa disgrâce temporaire. Le roi Jaime lui échange ses pouvoirs en 1244 contre des seigneuries valenciennes. Débarrassé de ce personnage grandiloquent, le roi dote l'île d'institutions spécifiques et d'espaces de tolérance religieuse, en suivant l'ancien modèle sicilien. Mais, répondant à la supplique du prince Pedro devenu courtisan et chef du parti aragonais, il lui confie la direction des îles à nouveau en 1254 sous la forme d'un mandat de gouverneur, afin de tester le contrôle des récentes institutions. À la mort de l'infant Pedro gouverneur en 1256, la seigneurie des îles est déjà une possession assurée du roi.

Les îles conquises restent toujours une plaque tournante du commerce d'esclaves. Elles sont aussi le lieux d'un commerce maritime intense, lieu d'échange de l'huile d'olive sévillane ou andalouse, des figues de Murcie ou d'Alcudia avec les vins de Grèce ou de Calabre, des minerais métalliques, en particulier de fer de la mer Méditerranée occidentale et du sel d'Ibiza.... La main d'œuvre libre est catalane, mais l'emprise politique et noble est aragonaise. Dans les villes importantes s'installent en ce siècle les ordres franciscains et dominicains.

L'expression « royaume de Majorque » désigne la construction politique née du testament en 1262 au bénéfice du second fils de Jacques Ier, le roi Jacques II de Majorque, qui rassemble :

  • l'île de Majorque "une des plus belles terres, sur laquelle repose la plus belle ville du monde (Palma)" selon les chroniqueurs italiens, associée selon les préliminaires testamentaires de 1262 aux îles Cabrera et Pityuses, Minorque...
  • les comtés de Roussillon et de Cerdagne et leurs dépendances...
  • les fiefs tenus au nom du défunt par les comtes de Foix et d'Ampurias,
  • les villes de Collioure et de Montpellier, cette dernière avec sa seigneurie,
  • la vicomté de Carlat en Basse-Auvergne.

Jacques II - le cadet se fait d'ailleurs appelé Jacques Ier de Majorque durant son long et difficile règne de 1276 à 1311[2] - règne de manière autonome et sans contrainte sur cet héritage en 1276 à la mort de son père. La cité du Roussillon, Perpignan est la capitale de ce royaume. Il y est construit un château appelé Palais des rois de Majorque, où siège le souverain. La vie de cour est d'abord luxueuse et splendide, dans un pays si merveilleux comme le suggère la chronique de Bernat Desclot au service de la couronne d'Aragon.

Le roi Jacques achève le château de Bellver et commence d'entreprendre le projet de construire une nouvelle capitale à Sineu. Il fonde les villes de Manacor, de Petra, de Llucmajor et de Felanitx. L'économie est prospère.

Mais le conflit de souveraineté est latent. Il éclate en 1279 avec la révolte de son frère aîné, Pierre III d'Aragon. Le cadet déclaré félon est soutenu par le roi de France, Philippe le Hardi, qui veut défendre ses intérêts menacés dans le vaste contrôle du transport européen et continuer la croisade occidentale en accaparant la couronne d'Aragon. Mais la résistance aragonaise et son emprise sur les îles font le reste, et Jacques doit consentir, pour rétablir une paix précaire, à un traité de vassalité en 1279, ce qui est entériné de facto une cassation du testament paternel.

Mais la couronne d'Aragon, insatisfaite, mécontente de sa mise à l'écart, envahit en 1285 les terres îliennes.

La domination aragonaise contrariée par l'influence italienne et française[modifier | modifier le code]

En 1286, le roi Alphonse III d'Aragon règle le conflit avec son oncle Jacques II, roi de Majorque déchu. Le vainqueur constatant la félonie du perdant qui s'était tourné contre lui lors de la croisade d'Aragon, lui confisque les îles de Majorque, d'Ibiza et Formentera. En définitive, Alphonse III, farouchement antisémite et ennemi déclaré des italiens, génois et pisans, fait occuper le royaume de Majorque de 1285 à 1298. Il y multiplie les mesures coercitives et vexatoires contre les Juifs et les arabo-musulmans que Jacques Ier et son fils avaient fait respectivement protégés et tolérés. Pour justifier son appétit de reconquête, il conquiert en janvier 1287 Minorque qu'il prétend redevenue musulmane alors qu'elle l'était par statut, il y fait massacrer par des troupes sans pitié une fraction des habitants qui ne veulent devenir esclaves, ce qui suscite l'indignation des dignitaires italiens et catalans modérés, respectueux des traités. L'extermination, idiote, n'a pour seul but, outre la gloire de la croisade, d'assurer une plate-forme maritime vers la Sardaigne et la Sicile.

La spoliation du royaume de Majorque, si bienveillant et ouvert, est désormais un sujet commun. Le traité d'Anagni de 1295 tranche : les îles doivent être restituées par le roi Jacques II d'Aragon à son possesseur légitime, augmentées de l'île de Minorque, pour compensation. Mais il faut attendre 1298 pour que la restitution soit effective. Le vieux roi chevaleresque retourne dans ses terres en 1299 et entame, sous l'égide de la diplomatie royale française, une réconciliation avec la dynastie d'Aragon.

Grâce à ses liens avec l'Italie pétillante de ressources, avec la catalogne de Barcelone et de Valence, mais aussi avec le Nord de l'Europe (Flandres, Angleterre par la Manche, Irlande et Écosse par la mer d'Irlande), l'Afrique (traité pacifique de 1313 avec les souverains de Tūnez (Tunis), de Bougie, d'Argel, de Bône et de Collo), le royaume de Majorque s'épanouit dans le calme et la prospérité. L'érection et la décoration définitive du château de Bellver ou de Belle-vue en témoignent, comme le meilleur de l'œuvre du docteur illuminé franciscain, Ramon Llull.

Son cadet, Sanche, époux de Marie de Naples, lui succède. Sanche Ier qui règne de 1311 à 1324 choisit de fixer une capitale-résidence au centre de Majorque à Sineu[3]. Malgré le durcissement des régimes fiscaux particuliers, qui frappent en premier lieu les riches Génois cantonné dans le barrio italiano de Palma de Majorque, payant dix fois plus d'impôts que les autres sujets sans s'offusquer pour autant car ils contrôlent l'économie de l'île, et de manière arbitraire les communautés juives des îles qui gardent néanmoins un statut privilégié, le calme politique profite à l'économie majorquine.

Le roi Sanche, de santé fragile, meurt sans héritier légitime selon Jacques II d'Aragon qui, ivre de jalousie, rêve d'accaparer les îles. La crise monarchique est évitée par le roi de France Charles IV, qui, tout en plaçant le conflit sur un plan verbal et de vocables diplomatiques, soutient le neveu de Sanche, Jacques âgé de neuf ans, mais impose d'autorité un conseil de régence. Jacques III, deuxième roi de Majorque à porter le prénom, est "héritier reconnu" comme le stipule l'accord entre les couronnes d'Aragon et Majorque[4]. Il règne de 1324 à 1344. Au début de son règne est écrite la chronique de Ramon Muntaner. L'esprit de liberté économique et d'entreprise, allié à la faiblesse relative des impôts et l'efficacité des fonctions régaliennes, font des îles des places pivots des échanges commerciaux et culturels entre monde atlantique et méditerranéen. La puissance arago-majorquine atteint un sommet dans le champ de la construction navale et un perfectionnement corrélatif des arts techniques, notamment dans le textile, l'armement (arbalète, dispositif de projection naval), la cartographie... auquel les échanges intenses avec les côtes atlantiques, notamment normandes, bretonnes, saintongeaises, aquitaines ou anglaises, ne sont pas étrangers.

Les rois d'Aragon n'ont alors de cesse à mettre les rois de Majorque sous leur vassalité, ce qui conduit à la rupture au milieu du XIVe siècle. Aussi la querelle dynastique sourde explose avec l'impétueux Pierre IV d'Aragon, pourtant beau-frère de Jacques III, qui jette son dévolu sur la Castille et les Baléares. Après avoir tenus moultes promesses aux habitants des îles, l'habile roi stratège parvient à les envahir en 1343. Cette invasion des Baléares et des Pityuses se justifie simplement pour détrôner le roi Jacques III, désormais faible roi de Sineu sans soutien du fait de l'implication progressive de la France dans un long et douloureux conflit au nord, que l'Histoire du XIXe siècle récapitule en Guerre de Cents Ans. Aussi Pierre IV ne se prive pas d'une entrée magistrale à Palma le 31 mai 1343.

Le roi Jacques se réfugie à Puigcerdà en décembre 1343. Le roi Pierre IV d'Aragon le poursuit et lui chipe en 1344 ses comtés de Roussillon et de Cerdagne. Jacques essaie de trouver des appuis occitans, il engage ses seigneuries au roi Philippe VI de France, puis lui vend en 1349 sa dernière possession, la seigneurie de Montpellier afin d'obtenir des fonds et des avances pour tenter de reconquérir son royaume perdu par le rattachement des îles à la couronne d'Aragon en 1344. Las, sa tentative échoue le 25 octobre 1349 à la bataille de Llucmajor, où il perd la vie sur la route de Campos.

Cette ultime bataille au temps de la puissante pandémie européenne de peste noire, née aussi des conséquences de désenclavement entre Méditerranée et Atlantique, ne change rien, le beau royaume de Majorque est déjà intégré avec ses particularités à la couronne d'Aragon, comme il le sera à la monarchie espagnole, née de l'union entre les couronnes d'Aragon et de Castille.

Vie de cour[modifier | modifier le code]

Jacques III élabore une étiquette de cour stricte, régie par les Lois palatines, qui font école dans d'autres cours du Bas Moyen Âge. Roi régnant de 1325 à 1343, il résida à Perpignan, mais aussi à Palma et Sineu sur l'île de Majorque.

Survie fictive du royaume et légendes[modifier | modifier le code]

La bannière du Royaume de Majorque portée lors de l'enterrement de Charles Quint en 1558.

Le royaume catalan de Majorque existe néanmoins jusqu'à son abolition par les Décrets de Nueva Planta de 1716. Mais il survit aussi longtemps dans les têtes françaises et occitanes qui s'estiment, par juste droit, humiliées, en tant que premiers protecteurs de ce royaume indépendant, par l'emprise aragonaise. Il n'est pas innocent que le royaume de Majorque survive à Montpelier, au Languedoc ou en Roussillon comme un royaume de légende médiéval, au temps d'une puissance française mythifiée d'une éternel XIIe siècle. Inversement, cette image est le plus souvent inconsciemment présente chez les modestes migrants des Pityuses et des Baléares vers les rivages français aux XIXe et XXe siècles.

Il est toujours surprenant de constater l'adhésion de la royauté capétienne au faîte de sa puissance, aux XIIe et XIIIe siècles, avec des causes paysannes et populaires, comme le monde des paysans et marins catalans des îles, face à des puissances dominatrices, hautaines et nobles. La genèse de la puissance royale française est historiquement née des droits et devoirs de justice régalienne en faveur de la protection bourgeoise et paysanne, face à l'emprise arrogante de la noblesse féodale rivale. Dans le cas catalan, la puissance française déclinante fin XIIIe a plus un rôle de force diplomatique et n'a jamais eu la vigueur de ses origines. Les légendes et histoires orales occitanes ont fait le reste[5].

En récupérant le Roussillon et la Haute Cerdagne, les militaires du Grand Roi ont réalisé en partie une première reconstitution nordique que l'incurie ou la faiblesse de la marine royale n'ont pu continuer au XVIIe siècle. Toutefois la guerre de succession d'Espagne, imposant à un coût humain et financier exorbitant la branche Bourbon sur le trône d'Espagne, a éteint cette revendication.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Elle n'est conquise de façon intégrale et cruellement violente qu'en 1287 (lire supra).
  2. Un grand nombre d'école historique le nomme ainsi, réservant sans confusion possible le titre de Jacques Ier d'Aragon. Il découle de cette divergence dénominative force difficultés et confusions car le prénom Jacques alias "Enjaime" en écriture ancienne, Jaime en aragonais ou encore Jaume en catalan est courant dans la lignée.
  3. Son successeur, le roi Jacques y fait érigé un palais.
  4. Il s'agit de Jacques II de Majorque ou Jaume II pour l'école majorquine.
  5. Les mondes occitans et provençaux expriment une sympathie et une proximité culturelle avec le monde catalan.


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]