Hédonisme

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L’hédonisme (du grec ancien : ἡδονή / hēdonḗ, « plaisir » et du suffixe -ισμός / -ismós) est une doctrine philosophique grecque selon laquelle la recherche du plaisir et l'évitement du déplaisir constituent l'objectif de l'existence humaine.

Acceptions possibles[modifier | modifier le code]

Pensée philosophique[modifier | modifier le code]

Les plaisirs de l'existence, multiples, varient selon les individus et selon leur éducation. Les penseurs hédonistes ont orienté leur vie en fonction de leurs dispositions propres, mais on retrouve des thèmes communs : l'amitié (thème cher à Épicure), la tendresse, la sexualité, les plaisirs de la table, la conversation, une vie constituée dans la recherche constante des plaisirs (cf. Le Gorgias de Platon), un corps en bonne santé. On peut aussi trouver la noblesse d'âme, le savoir et les sciences en général, la lecture, la pratique des arts et des exercices physiques, le bien social…

Dans le même temps, les douleurs et les déplaisirs à éviter sont: les relations conflictuelles et la proximité des personnes sans capacités contractuelles (sans paroles), le rabaissement et l'humiliation, la soumission à un ordre imposé, la violence, les privations et les frustrations justifiées par des fables, etc.

Ainsi, il n'y a pas d'hédonisme sans discipline personnelle, sans ascèse, sans connaissance de soi, du monde et des autres. Les fondations directes d'une philosophie hédoniste sont la curiosité et le goût pour l'existence d'une part, et d'autre part l'autonomie de pensée (et non la croyance), le savoir et l'expérience du réel (au lieu de la foi). La pensée hédoniste a été fermement combattue par les principales religions monothéistes[1].

Beaucoup de philosophes hédonistes, ou ayant une conception qui s'en rapprochait, ont tenu des postures athées ou agnostiques (Épicure), voire anarchiste (Michel Onfray, revendiquant la société socialiste libertaire comme la modalité politique de l'hédonisme).

Il faut noter cependant l'existence d'une ligne de pensée chrétienne revendiquant la foi chrétienne comme étant l'hédonisme véritable, car menant au plaisir le plus profond et le plus durable, dans la contemplation de Dieu. Le représentant contemporain le plus notable en est John Piper[2], qui n'hésite pas à qualifier sa position d'"hédonisme chrétien", mais la même idée se retrouve chez C. S. Lewis[3], Blaise Pascal[4], Érasme de Rotterdam[5], Thomas d'Aquin[6] et Augustin d'Hippone[7].

Mais selon Nietzsche[8] la revendication de l'hédonisme chrétien n'est pas légitime. Selon lui, l'hédonisme chrétien est une totale déformation de la réalité, de ce qu'est la nature de l'hédonisme même. La religion chrétienne tend à prendre des états philosophiques existants, ou des traditions, ou encore de la vérité et à les vider de leur contenu, de leur nature afin de les refaire sous une forme chrétienne et ainsi de les intégrer sous une image vide de sens à cette religion[9]. Elle prône l'originalité, mais elle crée juste un amas d'idées qui n'a plus de lien avec la réalité, qui la déforme, et commet un contresens ou un non-sens sur la nature des mots eux-mêmes.

D'après Michel Onfray, l'hédonisme se résume par cette maxime de Chamfort : « Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi, ni à personne, voilà je crois, toute la morale ». Pour l'auteur Pierre Adonis, l'hédonisme doit être mesuré et réfléchi. Sans une certaine sagesse, il peut être galvaudé.

En ethnologie[modifier | modifier le code]

« Hédonistique » est un adjectif créé par des ethnologues pour désigner les sociétés dans lesquelles les interactions sont destinées à les prolonger ou à en établir, en contraste avec les sociétés agonistiques où les interactions sont orientées à les interrompre ou les diminuer.

Histoire[modifier | modifier le code]

La doctrine est associée notamment dans l'Antiquité à Aristippe de Cyrène et au Cyrénaïsme, mais aussi à Épicure, bien que leurs définitions du plaisir soient différentes.

Épicure rappelle qu'un plaisir excessif actuel doit être évité s'il conduit à une douleur future alors que les Cyrénaïques insistaient sur le fait que le plaisir est toujours le but présent de l'action, même si cette fin est relativisée et se modifie dans le temps.

Jeremy Bentham, le fondateur de l'utilitarisme, le comprenait comme un « calcul hédoniste », qui devait systématiser l'idée de mesure des plaisirs dans le Philèbe de Platon. Ce calcul constitue une des bases des modélisations dans la théorie de la décision.

John Stuart Mill, qui reprit la doctrine utilitariste, reprocha ensuite à Bentham de ne pas avoir donné de hiérarchisation qualitative de la nature des plaisirs. Mais une telle hiérarchisation fait sortir de l'hédonisme pour y introduire d'autres valorisations et d'autres fins (comme celle de « vie bonne pour l'homme », qui recherche une valeur du bonheur en plus des plaisirs).

Critique[modifier | modifier le code]

Le cardinal Poupard voit dans l'Occident actuel une mentalité de consommation — marquée par l'hédonisme — qui engendrerait relativisme moral et indifférence religieuse[10].

Dans les médias[modifier | modifier le code]

La série télévisée d'animation Futurama comporte un personnage récurent du nom de « robot hédoniste », caricature de la philosophie éponyme.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Traité d'athéologie, Michel Onfray, Le Livre de Poche, 2010, deuxième partie : monothéismes
  2. John Piper, Prendre plaisir en Dieu, La Clairière, 1995
  3. C. S. Lewis, The Weight of Glory
  4. Blaise Pascal, Pensées, Cerf, 1982, ed. Francis Kaplan, pensée 379 (p. 241 ss.)
  5. Érasme de Rotterdam, Coloques, l'Épicurien, Librairie des Bibliophiles, 1875 [1533] (http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/erasme_colloque63/lecture/1.htm)
  6. Thomas d'Aquin, Somme Théologique, vol. II, Cerf, 1984, la Béatitude, question II, article 8
  7. Augustin d'Hippone, Confessions, Garnier Frères, 1964, livre X, ch. XXII, p. 226
  8. Friedrich Nietzsche, L'antéchrist, éditions Gallimard, collection idées, 1974, pour la traduction française
  9. L'antéchrist, §25
  10. Lydie Garreau, Le cardinal Poupard face à l'athéisme - De crise en crise, l'effritement d'un pouvoir — Approche d'une nouvelle évangélisation, L'Harmattan, 2004, p. 242

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]