Les Inrockuptibles

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Les Inrockuptibles
Image illustrative de l'article Les Inrockuptibles

Pays Drapeau de la France France
Langue Français
Périodicité Hebdomadaire
Genre Culturel généraliste
Diffusion 58 822[1] ex. (2011)
Date de fondation 1986
Ville d’édition Paris

Propriétaire Les Éditions Indépendantes
Directeur de la rédaction Frédéric Bonnaud
Rédacteur en chef Jean-Marc Lalanne Jean-Daniel Beauvallet et Pierre Siankowski
ISSN 0298-3788
Site web lesinrocks.com

Les Inrockuptibles, familièrement appelé Les Inrocks, est un magazine français initialement consacré au rock, apparu en 1986 et édité par Les Éditions Indépendantes.

Le siège des Inrockuptibles est actuellement au 24, rue Saint-Sabin, dans le 11e arrondissement de Paris.

Historique[modifier | modifier le code]

En 1986, Christian Fevret et Arnaud Deverre lancent un trimestriel rock dont la charte graphique et le traitement sont sobres, uniquement composés d'entretiens et de photos en noir et blanc. Pour ses fondateurs, l'objectif consiste à aller à la rencontre de leurs héros (Leonard Cohen, David Bowie...) et de faire découvrir certains artistes d'une scène anglaise alors méconnue du grand public.

Le titre est un néologisme tiré du terme « les Incorruptibles »[2] inventé par Jean-Marie Durand[3], qui permet de créer un mot-valise en insérant le mot « rock ».

Durant la première phase de son existence, le magazine s'appuie sur un réseau de distribution parallèle - hors NMPP -, impliquant associations culturelles et disquaires. Sa distribution s'avère toutefois très confidentielle et le reste jusqu'au numéro 12 du magazine daté de l'été 1988 qui affiche The Jesus and Mary Chain en couverture. Dès le numéro suivant (octobre-novembre 1988), le nombre de pages augmente et les sujets se diversifient. Dès lors, le périodique traite non seulement de musique mais aussi de littérature et de cinéma. Le format papier évolue également : de 21 × 27 cm à 30 × 23 cm. Parmi les rubriques apparaissent pour la première fois des brèves (« popus »), des indiscrétions puis progressivement, des chroniques de une à deux pages, rédigées entre autres par Michka Assayas, Jean-Daniel Beauvallet, Christian Fevret, Emmanuel Tellier ou ultérieurement, Arnaud Viviant. Une page satirique (« Blah blah blah ») complète la formule, signée du pseudonyme J. Robinhood. La disponibilité en kiosque du magazine devient ensuite plus régulière.

À l'été 1989, Les Inrockuptibles quittent leur siège du 6e arrondissement de Paris pour s'implanter rue d'Alésia, dans le 14e arrondissement. La publication adopte une reliure à dos carré collé (numéro 17 — Chris Isaak en couverture). En mars 1992, la parution devient mensuelle (numéro 34 — Ian McCulloch en couverture). La revue est alors reconnue pour la qualité de ses entretiens et la découverte de nouveaux artistes français totalement inconnus du grand public, tels que Dominique A ou Philippe Katerine.

En 1995, la revue change une nouvelle fois de format et de style et adopte la périodicité hebdomadaire au moment où le concurrent Technikart se positionne sur un axe éditorial comparable. Le magazine se veut alors généraliste culturel, traitant de musique, cinéma, littérature, société, télévision, etc. Régulièrement, des compilations CD sont incluses au magazine (titres représentatifs de l'actualité musicale « branchée », extraits de romans, bande annonces de films à venir).

La rédaction souhaite porter un regard critique et objectif sur les musiques rock et les arts contemporains. Cette évolution s'effectue en 1995 sous l'impulsion de Christian Fevret, Jean-Daniel Beauvallet et Emmanuel Tellier pour la musique, alors que Serge Kaganski traite de cinéma. Sylvain Bourmeau intègre la rédaction en chef tandis que l'écrivain Marc Weitzmann rejoint le journal pour s'occuper de la littérature. Le magazine aborde l'art et le fait de société par un traitement éditorial ancrée à gauche et par une approche intellectuelle se voulant très critique. Cette démarche peut alors apparaître élitiste ou snob pour certains observateurs ou lecteurs.

En février 2004, Les Inrockuptibles publient le manifeste « Appel contre la guerre à l'intelligence » sous-titré « Face à la politique du gouvernement Raffarin, enseignants, magistrats, chercheurs, artistes, avocats, psychanalystes, étudiants, etc., se mobilisent »[4]. La pétition est signée par plusieurs milliers de personnes et le journal publie ensuite de nombreux témoignages de personnalités et d'anonymes[5].

À partir du milieu des années 2000, plusieurs signatures quittent le magazine. On note ainsi le départ d'Emmanuel Tellier devenu rédacteur en chef de Télérama. Gilles Tordjman (dont les chroniques paraissent en librairie) et Marc Weitzmann se séparent du journal. Sylvain Bourmeau et Jade Lindgaard rejoignent Mediapart.

Le 14 mars 2006, le magazine inaugure une nouvelle formule qui se veut plus vivante. Un nouveau sous-titre « Le news culturel » remplace l'ancien « Culture, télé, société », le jour de parution passe du mardi au mercredi[6]. Les deux premières couvertures de cette nouvelle formule sont consacrées à la crise du CPE, qui fait alors rage en France.

En juin 2009, le banquier d'affaires, vice-président Europe de la Banque Lazard, Matthieu Pigasse rachète le magazine[7].

En février 2010, Frédéric Allary, directeur général depuis 2000, quitte la société[8].

Le 15 mars 2010, son fondateur Christian Fevret quitte Les Inrockuptibles. Il déclare[9] : « Vingt-quatre ans après avoir fondé, Les Inrockuptibles avec quelques amis, c'est avec une émotion toute particulière que j'ai décidé, en accord avec Matthieu Pigasse, de quitter le journal pour me consacrer à des projets personnels. Nous avons toujours voulu que Les Inrocks soit en mouvement permanent, réfractaire au sur-place et aux institutions, fidèle à son esprit d'insoumission, en quête de nouveauté et tourné vers l'avenir. Nous avons réussi. ».

Le 14 septembre 2010, Les Inrockuptibles lancent une nouvelle formule sensiblement nouvelle[10] à l'impulsion de Bernard Zekri, qui a quitté la chaîne i-Télé dont il dirigeait la rédaction, suite à de mauvais résultats d'audience[11]. L'ambition consiste à transformer la revue en un hebdomadaire politique, social et culturel véhiculant « l'esprit rock ». Ainsi, le magazine tente d'élargir son lectorat en s'extirpant de la niche rock, cinémas et littérature qui a pourtant toujours fait son succès et sa notoriété. La nouvelle stratégie repose sur un constat selon lequel les trentenaires ne liraient plus les magazines d'actualité hebdomadaires traditionnels (Le Point, Le Nouvel Observateur, etc.), ce qui représenterait une opportunité commerciale. Pour répondre à cette mutation, la rédaction dirigée par Bernard Zekri s'étoffe de nouveaux journalistes et collabore notamment avec Arnaud Aubron de Rue89.

En juillet 2012, à la suite du départ de David Kessler nommé conseiller chargé de la culture auprès du président de la République française et compte tenu des résultats mitigés de la nouvelle formule, le propriétaire Matthieu Pigasse nomme Audrey Pulvar comme « directrice générale chargée de l’éditorial » et Arnaud Aubron comme directeur général chargé du développement de la marque sur les nouveaux supports et hors-médias[12]. La nomination d'Audrey Pulvar, alors compagne du ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, pose la question de l'indépendance de la rédaction du magazine. À la suite de cette nomination, l'éditorialiste Thomas Legrand décide de quitter le magazine en considérant qu'il n'est pas possible de travailler de manière indépendante dans ces conditions[13]. Au début du mois de septembre, Marc Beaugé, rédacteur en chef chargé de l'actualité, démissionne à son tour du magazine, jugeant Audrey Pulvar « trop floue sur le projet éditorial et trop autoritaire dans son management »[14], suivi de Bernard Zekri.

Audrey Pulvar démissionne le vendredi 21 décembre 2012[15]. Le 18 janvier 2013 Frédéric Bonnaud est nommé directeur de la rédaction[16]. Pierre Siankowski est nommé rédacteur en chef chargé de l'actualité du magazine et rédacteur en chef du site internet.

Diversification[modifier | modifier le code]

Le magazine tente d'étendre son activité éditoriale au delà de la presse écrite hebdomadaire. Il publie régulièrement des numéros hors-série, le plus souvent consacrés à des artistes (Bob Marley, The Clash, The Cure, Placebo, Maurice Pialat, Jean-Luc Godard, Radiohead, The Beatles, The Rolling Stones, The Smithsetc.). Ces hors-séries sont généralement intitulés Les Inrocks 2. Les éditions distribuent certains films sous forme de DVD (Mulholland Drive, Monty Python : Sacré Graal !). Cette diversification permet à la société éditrice de bénéficier d'une meilleure stabilité financière[réf. nécessaire].

Les Inrockuptibles cosignent avec d'autres titres, des publications communes, avec le quotidien Le Monde notamment, pour présenter un supplément « Agenda culturel ».

En 1990, la revue littéraire L'immature, littérature est créée par deux collaborateurs du journal, Michel Jourde et l'écrivain Hadrien Laroche[17].

La société diffuse également des disques-hommage hors du circuit traditionnel de distribution. Les œuvres d'un artiste reconnu sont interprétées et ré-appropriées par des groupes et artistes actuels. Parmi ces initiatives, on remarque I'm Your Fan consacré à Leonard Cohen en 1991, The Smiths Is Dead en 1996 et Monsieur Gainsbourg revisited en 2006[réf. souhaitée].

Depuis 1990, Les Inrockuptibles organisent un festival de musique (le Festival des Inrockuptibles) centré sur Paris et délocalisé dans quelques grandes villes françaises, parmi lesquelles Clermont-Ferrand, Lille ou Nantes. La programmation de ce festival mêle découvertes, nouveautés et groupes cultes. L'événement est unanimement reconnu par la critique musicale française. Les Inrockuptibles organisent parfois d'autres concerts ou tournées spécifiques.

Depuis 2002, le magazine organise le concours CQFD (Ceux qu'il faut découvrir), pour lequel sont sélectionnés une vingtaine d'artistes non signés[18]. En 2007, ce concours se transforme en plate-forme communautaire sur Internet grâce à laquelle – à l'instar de Myspace – les musiciens peuvent déposer leurs compositions et les diffuser. Chaque trimestre, le jury décerne le « Prix CQFD » à l'artiste parmi les plus populaires de la plate-forme. En 2011, le concours est renommé « inRocKs lab »[19],[20].

En juin 2008, Les Inrockuptibles lancent un mensuel purement musical intitulé Volume[21], arrêté moins d'un an plus tard[22].

Une édition argentine du magazine, basée à Buenos Aires, est publiée en langue espagnole depuis 1996 : Los Inrockuptibles[23].

Critiques[modifier | modifier le code]

Les Inrockuptibles ont ainsi des détracteurs, parmi lesquels Emmanuel Lemieux. En 2003, il met en évidence l'influence des Inrockuptibles sur le paysage médiatique parisien et national dans l'essai Pouvoir intellectuel : Les nouveaux réseaux[24].

Sur le site Acrimed, Mathias Reymond reproche à l'hebdomadaire de s'adresser à des lecteurs ayant un niveau de vie élevé et de confondre ce qui est supposé cool et ce qui est cher. Par exemple, dans sa rubrique "Où est le cool ?", le magazine a tendance à recommander des articles particulièrement onéreux aux yeux de l'auteur[25].

Diffusion[modifier | modifier le code]

La diffusion totale des Inrockuptibles. Source : OJD, 2013[1].

Année 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
Diffusion payante - - - 39 060 38 940 44 336 57 906 59 301 45 611
Diffusion totale 39 473 41 755 41 256 40 156 40 534 46 332 58 822 60 334 46 700

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Association pour le contrôle et la diffusion des médias
  2. (en) Chris Andrews, « The social ageing of Les Inrockuptibles », French Cultural Studies, vol. 11, no 32,‎ 2000, p. 235–248 (ISSN 0957-1558, DOI 10.1177/095715580001103205).
  3. Jean-Vic Chapus et Samuel Kirszenbaum, « Christian Fevret raconte ses Inrocks », Voxpop, no 16,‎ 8 mars 2011 (lire en ligne)
  4. La provoc version Inrocks, David Bensoussan, L'Express, 24 mai 2004
  5. L’écho d’un appel, Sylvain Bourmeau, Mediapart, 18 février 2009
  6. Les Inrocks : nouvelle formule, nouveau jour de parution, Ozap, 07 mars 2006
  7. Odile Benyahia-Kouider, « Le banquier des «Inrocks» », Le Nouvel Observateur, no 2328,‎ 18 juin 2009 (lire en ligne)
  8. Tempête aux Inrocks, Marc Zisman, Qobuz, 16 mars 2010
  9. « Christian Fevret quitte les Inrockuptibles », sur le site des Inrockuptibles, 15 mars 2010.
  10. Nouvelle formule pour Les Inrockuptibles,Delphine Denuit, Le Figaro, 14 septembre 2010
  11. [1] « i télé, Valérie Lecasble remerciée », sur le site Ozap.com, le 30 mai 2008
  12. Sophie Verney-Caillat, « Mercato : Audrey Pulvar va diriger les Inrockuptibles », Rue89,‎ 13 juillet 2012 (lire en ligne)
  13. Thomas Legrand, « Mon départ des Inrocks, pas un acte de rébellion », Rue89,‎ 24 juillet 2012 (lire en ligne)
  14. Emmanuelle Anizon et Olivier Tesquet, « Ça tangue aux Inrocks », Télérama,‎ 4 septembre 2012 (lire en ligne)
  15. « Audrey Pulvar démissionne des "Inrockuptibles" », Le Monde, no 2328,‎ 21 décembre 2012 (lire en ligne)
  16. « Les "Inrockuptibles" : Frédéric Bonnaud remplace Audrey Pulvar », sur Le Point,‎ 18 janvier 2013 (consulté le 18 janvier 2013)
  17. Les Alligators souriants, 1992, Discipline in disorder, 26 novembre 2009
  18. Delphine Le Goff, « Les Inrockuptibles rejouent leur partition », sur stratégies.fr,‎ 3 mai 2007 (consulté en 22 février 2014)
  19. « CQFD laisse place aux inRocKs Lab », sur lesinrocks.com,‎ 14 février 2011 (consulté en 22 février 2014)
  20. Christian Losson, « Toujours solide comme Inrocks », sur liberation.fr,‎ 4 novembre 2012 (consulté en 22 février 2014)
  21. «Les Inrocks» prennent du «Volume», Philippe Brochen, Libération, 6 juin 2008
  22. Les Inrocks perdent du Volume, Maxence Grugier, Fluctuat, 24 avril 2009
  23. Les jeunes, latin lovers de « Los Inrockuptibles ». La version argentine des « Inrocks » vient de fêter sa première année d'existence, Mary Claude, Libération, 18 août 1997
  24. Emmanuel Lemieux, Pouvoir intellectuel : Les nouveaux réseaux, Paris, Denoël, coll. « Impacts »,‎ 2003, 756 p. (ISBN 2-207-25050-4).
  25. Mathias Reymond, « Selon Les Inrockuptibles, pour être cool, il faut avoir des euros », Acrimed,‎ 30 octobre 2012 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrick Simon, « Les Inrockuptibles, le purisme rock, la variété culturelle et l'engagement politique : entretien avec Sylvain Bourmeau et Jade Lindgaard », Mouvements, no 57,‎ 2009, p. 44-56 (lire en ligne)
    Long interview en forme de bilan de leurs expériences aux Inrockuptibles.
  • Interviews. [137] interviews d'artistes qui font la culture d'aujourd'hui : 1987-2007, dir. Christian Fevret et Pascal Bertin, Paris, nov. 2007 (Les Inrockuptibles. Hors-série collector) (ISSN 0298-3788).
  • Marc Weitzmann, 28 raisons de se faire détester, Stock, 2002.
    Recueil de chroniques littéraires parues dans Les Inrockuptibles.
  • Gilles Tordjman, C'est déjà tout de suite, préface d'Éric Holder, éditions Céra-nrs, 1998 (ISBN 2-9510395-1-4)
    Recueil de chroniques parues dans Les Inrockuptibles.
  • Les Inrockuptibles, 25 ans d'insoumission, Flammarion, coll. « Pop Culture »,‎ 2011, 496 p. (ISBN 978-2081266315)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]