Sculpture

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Sculpteur)
Aller à : navigation, rechercher
Sculpture en ronde-bosse : David de Michel-Ange.

La sculpture est une activité artistique qui consiste à concevoir et réaliser des formes en volume, en relief, soit en ronde-bosse (statuaire), en haut-relief, en bas-relief, par modelage, par taille directe, par soudure ou assemblage.

Le mot sculpture vient étymologiquement du latin « sculpere » qui signifie « tailler » ou « enlever des morceaux à une pierre »[1]. Cette définition, qui distingue « sculpture » et « modelage », illustre l'importance donnée à la taille de la pierre dans la civilisation romaine. Au Xe siècle, on parle d'« ymagier » et la plupart du temps, le travail du sculpteur est un travail d'équipe avec un maître et des tailleurs de pierre (Voir architecture romane et art roman). Plusieurs équipes travaillent simultanément sur les grands chantiers des cathédrales.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la sculpture.
Bas-relief en creux et incisions. Cléopâtre et son fils Césarion. Temple de Denderah.

Les plus anciennes sculptures réalisées par l'homme et ayant traversé le temps sont de petites figurines rudimentaires taillées, en pierre ou en os, qui servaient probablement à des pratiques magiques, d'ex-voto, d'échanges, de rituels qui permettaient de réaliser des transactions avec des forces surnaturelles ou sociales. La vénus de Lespugue, sur ivoire de mammouth, en est un bel exemple. Certaines sculptures de tailles plus imposantes ont survécu aux millénaires qui nous séparent de leur créateurs comme les bisons en argile crue retrouvés dans la grotte du Tuc d'Audoubert en Ariège, les bas reliefs de l’abri sous roches du Roc-aux-Sorciers dans la Vienne ou les monolithes sculptés de Göbekli Tepe en Turquie. Il est probable que des objets modelés, en terre, ont aussi existé, mais en l'absence de techniques de pérennisation (cuisson), cela reste une hypothèse.

Les premières sculptures, par exemple la Vénus de Lespugue, représentent un corps féminin. Les autres sculptures, comme celles du Roc-aux-Sorciers, représentent des animaux sauvages, base de l’alimentation des peuples de chasseurs-cueilleurs du magdalénien.

Bien que cet usage, parfois interprétable comme chamanique, ait décliné, la représentation de l'homme reste le thème favori des sculpteurs [réf. nécessaire]. Selon les époques et les civilisations, les artistes ont exécuté ces figurines de manière réaliste, ou bien, au contraire, ils ont pris la plus grande liberté pour interpréter leur sujet. Quoi qu'il en soit, ils respectèrent pendant longtemps la loi de frontalité.

La sculpture a tardivement été dissociée de la peinture, et à Paris ces deux catégories d'artistes que l'on distingue nettement aujourd'hui, appartenaient depuis le Moyen Âge à la même communauté de métier des peintres et tailleurs d'images parce qu'avant l'invention des représentations perspectives modernes, le relief d'une image de grand format ne pouvait plus être donné autrement que par un traitement en bas-relief du plan du tableau. (comme les sculptures des églises romanes et des cathédrales gothiques (comme Notre-Dame de Paris dont les couleurs disparues viennent d'être retrouvées). En France, c'est avec la création des académies de Peinture et de de sculpture que les deux métiers deviennent officiellement distincts, même si, à la Renaissance, beaucoup d'artistes restent aussi bon peintres que sculpteurs.

Au XIXe siècle, on distingue encore le « sculpteur » qui taille de la pierre, du bois ou de l'ivoire (matériaux solides) pour créer une forme unique originale et le « statuaire » qui réalise des modèles en terre (argile), en plâtre ou en cire destinés à être reproduits (technique indirecte de la « taille avec mise aux points ») ou moulés (technique de la « fonte à cire perdue » pour couler le bronze).

Techniques[modifier | modifier le code]

Taille, modelage, assemblage, stéréolithographie[modifier | modifier le code]

Pour créer une œuvre, plusieurs manières peuvent être envisagées, voire combinées entre elles.

  • Le modelage  : L'idée de modelage fait tout de suite penser à la pâte à modeler que l'on travaille si facilement avec les doigts. C'est la technique la plus primitive et la plus directe de mise en forme d'un solide plastique, en l'occurrence la terre ou argile (grès, porcelaine ou faïence). Le modelage en terre n'a cessé d'être pratiqué au fil des siècles. Dans un bon nombre de cas, il a permis au sculpteur de préciser sa pensée. Il a rarement eu un caractère définitif à cause de sa fragilité, mais à partir de la Renaissance, il se voit attribuer un caractère privilégié puisque le sculpteur exécute tous ses modèles en terre et donne à reproduire ses œuvres à des mouleurs, fondeurs ou praticiens (agrandisseurs). Beaucoup d'artistes modernes, en quête de nouveauté, emploient pour leurs créations des matériaux inattendus  : des tôles, des pièces métalliques et même des matières plastiques.
    La méthode consiste à ajouter ou retirer de la matière autour d'un ou plusieurs centres qui deviendront « l'âme » de la sculpture. Cette technique du modelage s'applique aux matériaux dits « plastiques », c'est-à-dire susceptibles de se déformer de façon réversible sous l'effet de forces minimes (l'argile, la cire, le plâtre et des pâtes à modeler diverses). À tout moment, de la matière peut être retirée ou ajoutée, les « repentirs » sont permis (jusqu'à un certain point, cependant). La souplesse du matériau permet d'enregistrer les impressions les plus fugitives avec une liberté totale. La limitation principale du matériau réside dans sa résistance souvent assez faible. Le séchage lent de la sculpture est l'étape suivante pour l'argile et le plâtre, le refroidissement pour la cire et la cuisson pour l'argile sèche.
  • La taille, dont le principe est de soustraire, à l'aide d'un outil percuté par un galet (préhistoire) ou une massette, des éclats dans une matière dure pour dégager de sa gangue une forme : il existe deux techniques fondamentales de taille pour sculpter la pierre ou le bois : la taille directe, sans croquis préalable ni modèle et qui tient compte de la forme originelle du bloc pour faire émerger une forme imaginée par le sculpteur, et la taille avec mises aux points, qui recopie fidèlement un modèle à partir de mesures exactes.
  • L'assemblage consiste à assembler des objets divers (qu'ils soient neufs, vieux ou du quotidien) ensemble pour former une sculpture unique dont la somme dépassera la valeur esthétique des éléments séparés.
  • La stéréolithographie, ou prototypage rapide, permet de créer un volume d'après des données informatiques créées ex-nihilo ou scannées d'après un modèle réel en trois dimensions[2].
  • La sculpture numérique ou virtuelle permet de sculpter un volume virtuel, sans passer par une phase "plan". Quelques logiciels libres permettent ainsi de modeler un objet virtuel par des fonctions simples permettant d'étirer, creuser, aplatir, lisser, colorer une forme tridimensionnelle, un peu comme on le ferait avec de la pâte à modeler (Sculptris[3] par exemple), sur ordinateur. Une Imprimante 3D permet éventuellement de la transformer en objet réel.

Matériaux[modifier | modifier le code]

Porte de l'Enfer, Rodin entre 1880 et 1917, haut-relief en plâtre. H. 6.35 x L. 4. x P. 0.94 m[4].
Muziri, population bembe, plateaux de la vallée du Niari. République du Congo. Matériaux : tissus, rotin, fibres végétales, laiton, poils et pigments. H. 80 cm env. Muséum d'histoire naturelle de La Rochelle[5].

Traditionnellement, en occident, les matériaux utilisés en sculpture sont généralement d'origine minérale, la pierre (marbre, granite, calcaire, jade), le ciment (qui peut être moulé) ou le béton (en taille directe dans la période de prise), l'argile (porcelaine, terre cuite, pâte Fimo qui sèchent au four ou la terre glaise qui sèche à l'air libre en 24 heures), mais peuvent également être en métal (bronze, acier, aluminium, étain) et encore d'origine animale tels que l'os[6] et l'ivoire, et végétale tel le bois, certains fruits, légumes ou cucurbitacées (la citrouille d'Halloween). La sculpture moderne et contemporaine utilise également le textile (déjà utilisé depuis le XVIe siècle, comme sur « Marietta »[réf. nécessaire]), le verre, le sel, le sable (les châteaux de sable), la glace, l'eau, les cristaux liquides et d'autres matériaux fabriqués par l'homme, tels que les matières plastiques, et en particulier les PMMA (polymétacrylate de méthyle) connus sous des noms déposés comme Plexiglas ou Altuglas, ainsi que n'importe quel objet trouvé. Le papier mâché est également un matériau extrêmement économique, et les techniques de réalisation de sculptures avec ce matériau sont simples à mettre en œuvre. Aussi, les possibilités d'associations avec d'autres matières sont quasi illimitées.

Dans ses derniers écrits, Joan Miró affirmait même qu'à l'avenir, on pourrait imaginer des sculptures utilisant les gaz comme matériaux. Lui faisant écho, Louis Leygue, dans son discours de réception de Nicolas Schöffer à l'Académie des beaux-arts, définissait ainsi la sculpture :

« La sculpture peut se réaliser selon trois procédés : celui qui consiste à prélever la matière dans un bloc compact, celui qui consiste à façonner une matière molle pour créer des formes, enfin celui qui consiste à fabriquer ce que l'on veut réaliser. »

Ainsi, d'autres sculpteurs contemporains, ont ouvert la voie à des recherches nouvelles, associant des matériaux traditionnels à la haute technologie. Dans ces réflexions sur la création contemporaine, le sculpteur Eduardo Leal de la Galla, adopte une position radicalement opposée aux dérives encouragées par d'importants mécènes, considérant comme sculpture, le fait de présenter dans une vitrine, un véritable veau sectionné et conservé dans du formol (œuvre de Damien Hirst).

Marta Pan, intéressée par les rapports de l'architecture et de la sculpture, a réalisé des sculptures monumentales intégrées dans l’architecture des espaces publics et urbains comme "La Perspective" dans le Parc des Sources de la Bièvre à Guyancourt.

Formes[modifier | modifier le code]

On distingue deux grandes catégories de sculptures : le relief et la ronde-bosse

Relief[modifier | modifier le code]

Bas-relief sculpté dans des blocs réappareillés (art Khmer)

Le relief est une sculpture qui demeure attachée à un arrière-plan, se dressant hors de cet arrière-plan. Selon le degré de projection des figures au-dessus du plan, les reliefs sont qualifiés différemment : le relief écrasé (stacciato relievo) : dont le relief est très faible. Les contours des figures sont finement incisés (ex : certains reliefs assyriens).

  • Bas-relief (basso-relievo) : l'avancée d'une figure hors du plan est inférieure à la moitié de son volume, sans contre-dépouille. Le moyen ou demi-relief (mezzo-relievo) : l'avancée de la figure hors du plan est égale ou légèrement supérieure à la moitié de son volume, avec parfois de légères contre-dépouilles.
  • Haut-relief (alto-relievo) : les formes sont quasiment complètes (en ce qui concerne leur volume), mais elles restent attachées au fond. Certaines parties (les membres, la tête) sont complètement détachées et en contre-dépouille.
  • Intaille. L'intaille est un relief où le sujet est incisé dans l'épaisseur de la surface plane. Celle-ci a été utilisée par les Égyptiens, d'où le nom de « relief égyptien ». Un autre nom de l'intaille est « relief cœlanaglyphique ». Les parties les plus hautes de la figure affleurent à la surface, tandis que leurs contours sont profondément entaillés de façon à accentuer l'impression de volume. C'est en quelque sorte un procédé de gravure.

Ronde-Bosse[modifier | modifier le code]

La ronde-bosse est une sculpture conçue de façon à pouvoir être observée de tous les côtés, ou presque tous les côtés[7]. La ronde-bosse repose souvent sur le sol ou sur un socle. Elle est parfois logée dans une niche.

On remarquera Michel-Ange jouant avec ces deux principes et exécutant des statues dont les personnages émergent du bloc (de marbre) mais pas complètement[8].

Sculpture extrême[modifier | modifier le code]

Dès le début du XXe siècle, on note chez plusieurs artistes une forte envie de se dissocier du naturalisme, réalisme et l'art figuratif : « Ce n’est pas la forme extérieure des choses qui est réelle, mais leur essence. À partir de cette vérité, personne ne peut exprimer la réalité en imitant la surface externe des choses » (Brancusi).

Si Brancusi est l’incontestable fondateur de la sculpture moderne et le maître la réduction afin de parvenir à la forme artistique pure, Marcel Duchamp est «l'inventeur» des ready-made[9].

Brancusi suit, systématiquement, l’esprit primordial et les principes fondamentaux de la forme, la dégageant des aspects éphémères, accidentels ou contingents. Le ready-made est un objet trouvé considéré pour son caractère esthétique comme une œuvre d'art. La «réalisation» d'un ready-made consiste, en effet, à choisir un objet manufacturé et le désigner, donc le définir, comme œuvre d'art[10]. La démarche initiée par Brancusi et Duchamp a donné naissance à une grande partie de pratiques artistiques modernes et contemporaines telles que le non-figuratif, l'assemblage, l'accumulation, l'installation, le in-situ, le Concept Hundertwasser, le Concept Gaudi, le Concept Botarro, et plusieurs autres.

Sculpture éphémère[modifier | modifier le code]

  • Chaque année, au début de février, se déroule à l'occasion du festival de la neige de Sapporo un grand concours de sculpture sur glace. En France, l'équivalent est le festival de Valloire, et au Québec, celui du Carnaval de Québec.
  • Sculpture de sable sur la côte belge

Citations[modifier | modifier le code]

  • « La sculpture est comme l’art dramatique, à la fois le plus difficile et le plus facile de tous les arts. Copiez un modèle, et l’œuvre est accomplie ; mais y imprimer une âme, faire un type en représentant un homme ou une femme, c’est le péché de Prométhée. On compte ce succès dans les annales de la sculpture comme on compte les poètes dans l’humanité. »[11]. (Honoré de Balzac)

Illustrations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Jack C. Rich, The materials and methods of sculpture, éd. Courier Dover Publications, 1988, p. 3
  2. Des artistes comme Bertrand Lavier ou Xavier Veilhan ont utilisé cette technique.
  3. Sculptris, logiciel gratuit de création d'objets 3D
  4. Paris, Musée d'Orsay, la collection
  5. Notice sur la population bembe
  6. Sculpture sur Os animalière,
  7. Karl Robert, Traité pratique du modelage en de la sculpture, éd. H. Laurens, 1907, p. 10
  8. Esthétique de l'Inachevé chez Michel-Ange : voir Eugène Delacroix
  9. Judith Housez, Marcel Duchamp : biographie, éd. Grasset, 2006, p. 168
  10. Mathieu Copeland et Kunsthalle Bern, Vides : Une rétrospective, éd. Centre Pompidou, 2009, p. 240
  11. Honoré de Balzac (auteur), Pierre Citron (rédacteur), La Comédie humaine, Volume 5, éd. du Seuil, Paris, 1966, p. 83

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Sculpture.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La Sculpture de l'Antiquité au XXe siècle, sous la dir. de G. Duby et J.-L. Daval, Taschen, 2005
  • L'art de la sculpture sur pierre de J.P. Grilaux Éditions Eyrolles.
  • Techniques et Pratique du staff de G.Rondeau, M.Pons, S.Rondeau Éditions Eyrolles.
  • La datation de la sculpture médiévale, de Jean Wirth, Coll. titre courant, 30, Genève, Librairie Droz, 2004.
  • Histoire de la sculpture : De l'Antiquité à nos jours, Patrick Weber, E.J.L., Coll. Librio, 2008 ISBN 978-2-290-00743-3

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Histoire de la sculpture
Exemple de sculpture sur bois : partie supérieure d'une porte finement sculptée dans la Grande Mosquée de Kairouan.
Technique
Autres

Sources[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]