Françafrique

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Le président français Nicolas Sarkozy et son homologue gabonais Omar Bongo lors d'une visite diplomatique au Gabon, en 2007.
Le président français Jacques Chirac et le Premier ministre congolais André Milongo.

L’expression « Françafrique » est utilisée de façon péjorative pour dénoncer l'action néo-coloniale prêtée à la France en Afrique fondée sur l’ensemble des relations réseaux d'influence[1] et des mécanismes politiques, économiques et militaires qui lient la France à ses anciennes colonies en Afrique, ainsi qu’à quelques autres pays africains.

Le terme « Françafrique » est utilisé régulièrement pour dénoncer la politique étrangère de la France en Afrique, que les faits soient avérés ou non : soutien supposé apporté aux Hutus responsables du génocide Tutsi au Rwanda en 1994, aide accordée au régime algérien pour lutter contre le GIA ou au Président tunisien Ben Ali, Affaire Elf, interventions militaires dans les pays en crise (Côte d'Ivoire, Mali, Centrafrique), etc.

Ce terme, consacré du fait de son utilisation régulière par les médias[2], sert plus généralement à désigner les relations spéciales entre la France et ses anciennes colonies africaines, tout en gardant une connotation péjorative.

Éléments de définition[modifier | modifier le code]

Origine de l'expression[modifier | modifier le code]

L'expression « France-Afrique » aurait été employée pour la première fois, en 1955, par le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, pour définir le souhait d'un certain nombre de dirigeants africains de conserver des relations privilégiées avec la France après l'accession de leur pays, anciennes colonies françaises, à l'indépendance[3].

Le néologisme Françafrique, qui a donc été utilisé pour la première fois avec une connotation positive, a été repris et popularisé dans son sens actuel en 1998 par le livre La Françafrique, le plus long scandale de la République de François-Xavier Verschave[4] et par l'association Survie, dont ce dernier fut l'un des présidents historiques, de 1995 jusqu'à sa mort en 2005.

Dans son ouvrage fondateur (complété par Noir silence : qui arrêtera la Françafrique ? en 2000), Verschave décrit un système caractérisé par des pratiques de soutien aux dictatures, de coups d'États et d'assassinats politiques mais aussi de détournements de fonds et de financement illégal de partis politiques (d'où l'homophonie plusieurs fois soulignée par Verschave : France-Afrique, France-à-fric).

Le "système de la Françafrique" présenterait, à des degrés divers selon les pays concernés, les caractéristiques suivantes :

  • Une politique étrangère française avec les pays africains concernés qui ne relèverait pas du ministère des Affaires étrangères mais serait une politique discrétionnaire de la Présidence, notamment à travers la cellule africaine de l’Élysée et, dans une moindre mesure, le ministère de la Coopération, aujourd'hui disparu. Cette politique serait en outre largement occulte.
  • Une présence très importante de fonctionnaires français ou plus tard d'attachés techniques (AT) dans les pays africains concernés.
  • Une ingérence dans les affaires intérieures, le cas échéant militaire (défense ou renversement d'un gouvernement)
  • Des liens financiers occultes entre le régime du pays et les partis politiques français. Ces liens financiers vont plutôt dans le sens de la corruption des élites politiques françaises par les classes dirigeantes africaines.

À ce titre, plusieurs précisions doivent être apportées :

  • La principale difficulté est de cerner la spécificité de la Françafrique par rapport à tout autre type de relations entre nations. Il semble d'abord qu'on ne peut éventuellement parler de Françafrique que lorsque tous les éléments précédents sont réunis. En effet, par exemple, les rétrocommissions les plus importantes alimentant la classe française viennent des pays du Golfe ou encore, il y a quelques années, de Taïwan. De même, le laxisme des sociétés pétrolières quant à l'usage fait des royalties par les régimes autoritaires locaux n'est malheureusement pas propre à une société comme Elf autrefois. Or, tout condamnables qu'ils soient, ces relations ne rentrent pas dans le cas d'un système, a fortiori du système que le terme Françafrique est supposé désigner.
  • Le système de la Françafrique n'est pas un simple rapport de domination de la France sur ces anciennes colonies. Il revêt des interactions plus complexes, allant dans les deux sens, faite de culture partagée, de connaissance mutuelle, parfois de connivence. Parfois, ce sont les régimes autoritaires africains qui manieront la corruption et le chantage pour parvenir à leur fin auprès des autorités françaises.

Cette politique dont il dénonce la constance depuis les indépendances africaines des années 1960, a pour but de défendre les intérêts français sur le plan stratégique (bases militaires notamment) et économique (accès des multinationales françaises aux ressources naturelles et stratégiques : pétrole, uranium etc.)[5].

Historique et évolution[modifier | modifier le code]

Après son retour au pouvoir en 1958, De Gaulle se voit contraint par les mouvements anti-colonialistes et les pressions internationales d'accorder leur indépendance aux anciennes colonies africaines de la France, qui ont jusqu'en 1960 le statut d'États membres de la Communauté française (l’Algérie, qui a jusqu'en 1962 un statut départemental, constituant un cas à part). Mais en même temps, il charge un de ses proches, Jacques Foccart (également fondateur du fameux SAC), de prendre des dispositions pour maintenir une dépendance de fait. C’est donc à De Gaulle et à Jacques Foccart - qui occupera le poste de conseiller aux affaires africaines de l'Élysée de 1960 à 1974, avant d'y être rappelé par le premier ministre Jacques Chirac en 1986, et à nouveau après son élection à la présidentielle en 1995 - que l’on doit la mise en place et la perpétuation de ce système de domination néocoloniale.

Mais la défense des intérêts français en Afrique, et notamment dans son fameux « pré-carré », est considérée par tous les présidents successifs comme un impératif absolu. En effet, la Françafrique a persisté sous François Mitterrand et s’est maintenue, sous différentes formes et malgré quelques évolutions, jusqu'à la présidence de Nicolas Sarkozy[6]. On peut même y inclure le nouveau président de la République française François Hollande, qui a notamment commandité l'intervention au Mali avec l'opération Serval ainsi que celle en Centrafrique.

À l’origine, les raisons de la mise en place de ce système sont de trois ordres :

  • Économiques : garantir l’accès aux matières premières stratégiques du continent (pétrole, uranium etc.) et essayer d'offrir des débouchés privilégiés aux multinationales françaises.
  • Diplomatiques et stratégiques : maintenir le fragile statut de puissance mondiale acquis par la France après la guerre à travers une cohorte de pays alliés, notamment pour les votes au sein des institutions internationales, mais aussi pour contenir l’expansion « communiste » sur le continent africain ou "résister" à l'influence américaine grandissante, et maintenir des bases militaires garantissant les capacités de projection internationale de l’armée française.
  • Politiques : organiser le financement occulte de partis politiques français par le détournement des rentes des matières premières.

Depuis la fin de la Guerre Froide d’une part, et la réglementation du financement des partis politiques en France d’autre part, les deux dernières dimensions de la Françafrique se sont progressivement effacées au profit de la première, la justification économique, qui reste plus que jamais une préoccupation majeure pour la France et ses multinationales (Total, Areva, Bouygues, Bolloré etc.).

L'espace « françafricain »[modifier | modifier le code]

  •      Afrique francophone. Population de 363 millions en 2013[7]. Population prévue entre 785 million[8] et 814 millions[7] en 2050.
  • [9],[10]
  •      Pays considérés comme francophones
  •      Pays non francophones mais membres ou Observateurs de l'OIF

Les pays considérés comme appartenant à des degrés très divers au système de la "Françafrique" sont les anciennes colonies françaises en Afrique sub-saharienne, à savoir :

Des pays comme la République démocratique du Congo, le Burundi et le Rwanda sont certes francophones mais sont d'anciennes colonies belges où l'influence de la France n'est pas prépondérante ou bien beaucoup plus récente.

De plus, les pays concernés le sont à des degrés très divers. Ainsi, des États considérés par certaines critiques comme des dictatures pétrolières tels que le Gabon ou le Congo-Brazzaville apparaissent comme des caricatures de la Françafrique tant les liens paraissent étroits entre leurs dirigeants et les autorités françaises et compte tenu de la place prépondérante qu'occupe Total (anciennement Elf) dans l'économie de ces pays. D'autres régimes autoritaires sont également concernés au premier chef comme le Togo, le Burkina Faso, le Cameroun, le Tchad, ou encore la Centrafrique.

En revanche, certaines anciennes colonies françaises comme les pays du Maghreb, et plus exactement l'Algérie, ou la Côte d'Ivoire ont eu dans le passé des périodes de relations difficiles voire conflictuelles avec la France. Si l'on y retrouve tout de même des phénomènes assimilables aux pratiques de la Françafrique du fait des intérêts économiques français présents dans ces pays, l'influence des réseaux y est bien moindre que dans les pays cités ci-dessus.

Cadre de la Françafrique[modifier | modifier le code]

La cellule africaine de l'Élysée[modifier | modifier le code]

Échappant largement au ministère des Affaires étrangères la politique africaine de la France est depuis toujours élaborée à l’Élysée, ou plutôt à la cellule africaine de l’Élysée (au 2 rue de l’Élysée), où le Président et ses conseillers décident notamment de l'assistance militaire à apporter aux pays africains ou aux régimes qui les gouvernent.

La cellule africaine est indissociable de son fondateur, Jacques Foccart, nommé par le Général de Gaulle puis mentor "africain" de Jacques Chirac (qui, au début de son mandat, aurait admis l’avoir eu tous les jours au téléphone).

Entre 1986 et 1992, c'est le fils aîné de François Mitterrand, Jean-Christophe Mitterrand, ancien journaliste de l'AFP en Afrique, qui occupe ce poste de conseiller aux affaires africaines à l'Élysée, au cabinet de son père, ce qui lui a valu en Afrique le surnom de « Papamadi ».

La « suppression » de cette cellule africaine par Nicolas Sarkozy (remplacée par un simple conseiller diplomatique Afrique) est toute symbolique car, sous son mandat, le principal inspirateur de la politique africaine de la France n'est autre que le secrétaire général de l'Élysée Claude Guéant, un très proche du président. La politique africaine de la France a perduré sous une « forme décomplexée »[11].

Quant à François Hollande, il ne réactive pas la cellule africaine de l'Élysée, mais il multiplie les contacts avec les chefs d'État africains[12],[13].

Diplomatie occulte et intermédiaires officieux[modifier | modifier le code]

Le réseau consulaire français est très dense en Afrique, bien qu'il soit dense dans le monde entier en général (2e réseau consulaire après les États-Unis).

Autour des représentations diplomatiques officielles de la France en Afrique, gravitent des acteurs qui se caractérisent par leur réseau de connaissances personnelles où se côtoient dirigeants politiques, hommes d'affaires, agents de renseignement, militaires ou mercenaires. Parmi ces intermédiaires qui oscillent entre officiel et officieux, on peut citer le cas d'école de Maurice Robert, ancien agent devenu directeur Afrique du SDECE (ancienne DGSE) il y organisera nombre de coups de force, installant ou renversant les chefs d'États africains en fonction des intérêts de la France (il encadrera notamment plusieurs interventions du fameux mercenaire Bob Denard), avant d'être recruté directement chez Elf lorsqu'il est mis à l'écart des services secrets en 1973. Enfin, en 1979 il est nommé, à la demande du président gabonais Omar Bongo (qu'il a contribué à installer au pouvoir), ambassadeur de France au Gabon. Il sera remercié à l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand en 1982 et terminera sa carrière chez Elf[14].

On notera également la longévité exceptionnelle, en son temps, de diplomates français qui deviennent les conseillers indéboulonnables. Ainsi, entre 1963 et 1993, la France n'envoya que deux ambassadeurs à Abidjan.[réf. nécessaire]

Parmi les intermédiaires officieux les plus actifs de la Françafrique pendant le mandat de Nicolas Sarkozy, on peut citer l'avocat franco-libanais Robert Bourgi, proche de la famille Bongo et de nombreux autres chefs d'État africains et conseiller officieux de Nicolas Sarkozy. De son propre aveu, il aurait joué le rôle d'intermédiaire dans l'éviction du secrétaire d'État à la Coopération Jean-Marie Bockel, dont la volonté affichée de rupture avec la Françafrique avait déplu à un certain nombre de dictateurs historiques du continent. Il a également reconnu à demi-mot avoir obtenu le soutien de la France pour l'élection d'Ali Bongo[réf. nécessaire], fils de l'ancien président Omar Bongo, à la tête du Gabon en 2009, permettant ainsi la continuation d'un véritable règne dynastique qui dure depuis plus de 40 ans dans ce pays[15]. On peut également citer un autre ami proche de Nicolas Sarkozy, connu notamment pour son action d'émissaire officieux en Afrique, le député-maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany.

Aide au développement[modifier | modifier le code]

L'aide au développement française en Afrique s'articule autour de deux organismes : l'AFD, qui gère les financements d'État à État, et sa filiale privée, la Proparco, qui finance le secteur privé des pays en développement.

Coopération militaire[modifier | modifier le code]

Les accords militaires français : OTAN en bleu, autres (incluant des pays africains) en olive.

Des accords de défense[16] signés au moment des indépendances donnent le cadre de la coopération militaire entre la France et divers pays africains. Ces mêmes accords empiètent parfois largement sur le terrain économique dans leurs annexes et sont souvent complétés par des accords spéciaux[17], tenus secrets.

Par exemple, l'Accord de Défense entre les Gouvernements de la République française, de la République de Côte d'Ivoire, de la République du Dahomey et de la République du Niger[18] du 24 avril 1961, établit l'installation de forces militaires françaises dans ces trois pays, leurs facilités de circulation et d'utilisation des infrastructures et évoque des « Accords spéciaux » aux termes desquels ces trois pays peuvent demander l'aide de la France en matière de défense. La deuxième annexe de cet accord de Défense, concernant les « matières premières et produits stratégiques » (hydrocarbures, uranium, lithium...), stipule que ces mêmes pays, « pour les besoins de la Défense, réservent par priorité leur vente à la République française après satisfaction des besoins de leur consommation intérieure, et s'approvisionnent par priorité auprès d'elle » et « lorsque les intérêts de la Défense l'exigent, elles limitent ou interdisent leur exportation à destination d'autres pays ».

En 2008, le président Nicolas Sarkozy décide de fermer les bases françaises situées en Afrique[19]. Le 43e BIMa, stationné à Port-Bouët, Abidjan est dissous en 2009, la base aérienne 160 Dakar-Ouakam est fermée en 2011, Les Forces françaises du Cap-Vert (FFCV) sont dissoutes et les Éléments français au Sénégal sont créés. Il reste alors deux bases militaires françaises dans des pays africains (forces prépositionnées) situées à Djibouti et Libreville en plus de celles situées sur les territoires français de Mayotte et de la Réunion. Néanmoins, la présence militaire française reste importante au Tchad (opération Épervier) et en Côte d'Ivoire (opération Licorne). La France apporte également un soutien à la FOMUC en Centrafrique (opération Boali) et maintient un contingent de 200 soldats à Bangui[20]. La fermeture des bases ne modifient donc pas l'effectif et le coût des forces présentes en Afrique[21].

De plus, en 2011, le président français Nicolas Sarkozy engage la France dans l'intervention militaire en Libye avec l'opération Harmattan. Même s'il a affirmé la volonté d'« africaniser » les règlements des conflits internes au continent, son successeur, le président François Hollande s'est impliqué à deux reprises dans des conflits africains, en janvier 2013 lors de la guerre du Mali (opération Serval) et en décembre 2013 dans la troisième guerre civile de Centrafrique (opération Sangaris) [22].

Aspects économiques[modifier | modifier le code]

La France perd du terrain sur le plan économique : entre 2000 et 2011, les parts de marché de la France dans une Afrique subsaharienne en forte croissance ont chuté de 10,1 % à 4,7 %, tandis que la Chine s'y est imposée en une vingtaine d’années comme leur principal partenaire économique avec une part de marché passée de moins de 2 % en 1990 à plus de 16 % en 2011. Néanmoins, bien que la France perde des parts de marché dans toutes les zones où elle était fortement implantée pour des raisons historiques et qu'elle n’en gagne presque pas ailleurs, cette baisse cache une très forte hausse des exportations françaises vers l’Afrique subsaharienne, ce qui signifie que la France a d’ores et déjà bénéficié de la croissance africaine, les exportations françaises vers l’Afrique subsaharienne étant passées de 6,3 milliards de dollars en 1990, à 7,7 milliards en 2000 et à 17,5 milliards en 2011[23].

L'objectif du président François Hollande est de doubler les échanges entre la France et les pays africains et il mise sur le rapport sénatorial d'Hubert Védrine, l'ancien ministre des Affaires Etrangères pour rétablir l'ordre de présence de la France en Afrique[24],[25].

Principales affaires politico-financières liées à la Françafrique[modifier | modifier le code]

L'Affaire Elf[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Elf.

L'entreprise d'extraction et de distribution pétrolière Elf-Aquitaine a été impliquée dans de nombreuses affaires médiatiques comme l'affaire des avions renifleurs au début des années 1980. Ce que l'on nomme l'« affaire Elf » est une vaste et longue affaire politico-financière qui a éclaté en 1994, à la suite d'une enquête de la commission des opérations boursières (aujourd'hui AMF) sur le financement de l'entreprise textile Bidermann par Elf entre 1989 et 1993. L'instruction du juge Eva Joly va rapidement mettre au jour un impressionnant réseau de corruption, mettant en cause politiques et grands patrons. L'entreprise, basée en France, est devenue au fil des fusions un géant du pétrole et aurait bénéficié de la bienveillance de l'exécutif français qui considère l'approvisionnement en pétrole comme un domaine stratégique.

Affaire des biens mal acquis[modifier | modifier le code]

Les « biens mal acquis » sont le produit d’activités délictuelles ou criminelles qui ont permis à des dirigeants un enrichissement que leurs revenus ne peuvent justifier. Ils sont le résultat de détournements de fonds, de vols ou de transferts illicites d’argent public entre les comptes nationaux et leurs comptes personnels, de la corruption et de l’octroi de rétrocommissions. Les auteurs des infractions utilisent souvent les mécanismes d’évaporation des capitaux opaques, garante d’impunité, grâce notamment aux paradis fiscaux et judiciaires et à la complicité de pays développés.

Une étude du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), publiée en mars 2007[26], évalue entre 100 et 180 milliards de dollars les avoirs détournés par des dirigeants au cours des dernières décennies. Ainsi Mobutu, dirigeant du Zaïre de 1965 à 1997, avait une fortune personnelle estimée à sa mort en 1997 entre 5 et 6 milliards de dollars, et a laissé à l’État une dette publique de 13 milliards.

En France, après les mobilisations des associations Survie et Sherpa soutenues par des organisations de la société civile congolaise et gabonaise, une plainte a été déposée en décembre 2008 par l’ONG Transparency International[27]. Elle visait les conditions d’acquisition d’un important patrimoine immobilier et mobilier en France par trois chefs d’État africains - Denis Sassou Nguesso du Congo, Teodoro Obiang de Guinée équatoriale et le défunt chef d’État gabonais Omar Bongo, ainsi que par certains de leurs proches. D’après l’ONG, le patrimoine immobilier des trois chefs d’État en France s’élèverait à 160 millions d’euros. Le clan Bongo possèderait à lui seul une trentaine de luxueux appartements ou maisons.

Cette plainte a été jugée irrecevable par la chambre d’instruction de la Cour d'Appel de Paris, bloquant par là l’enquête voulue par la doyenne des juges du pôle financier de Paris, Françoise Desset, estimant que le plaignant n’avait juridiquement pas d’intérêt à agir. Pour Transparence International, « il n’y a aucun doute sur le fait que ce patrimoine n’a pu être constitué grâce aux seuls salaires et émoluments de ces chefs d’État au sujet desquels il existe de sérieuses présomptions de détournements de fonds publics ».

Rivalités étrangères[modifier | modifier le code]

Les États-Unis[modifier | modifier le code]

La tournée africaine du Président Clinton en 1998 marque la volonté de la première puissance mondiale de prendre le relais de la France, «gendarme régional du continent» pendant la guerre froide[28]. Des câbles diplomatiques révélées par WikiLeaks, confirment que les États-Unis projettent d'étendre leur influence en Afrique, en prenant en quelque sorte la place privilégiée que la France avait avec ses anciennes colonies, si jamais celle-ci devait se retirer[29]. Cette volonté ne s'est toujours pas réalisée à ce jour. Mais les USA voudrait garder une coopération avec la France en Afrique, sur le terrorisme par exemple.

La Chine[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Géostratégie de la Chine et Chinafrique.

Le développement rapide de son économie oblige la Chine à sécuriser ses approvisionnement de matières premières[30]. On est donc passé d'une aide ciblée sur les « pays frères » susceptibles de passer sous le giron communiste à une aide ciblée sur les pays à sous-sol prometteur. Elle est aidée en ceci par une diaspora bien implantée dans la « petite économie » des pays africains[30]. La Chine est en 2011 le troisième plus grand partenaire économique du continent, après les États-Unis et la France[30].

L'aide chinoise au développement a également une particularité. La Chine ne débloque pas de crédits pour la construction d'un bâtiment mais le bâtit elle-même. Elle fait venir la main-d'œuvre et le matériel de Chine et ses projets ne contribuent donc pas au développement local pendant leur phase de construction par l'apport de devises.

La Françafrique contre l’État franco-africain[modifier | modifier le code]

L'anthropologue Jean-Pierre Dozon conteste l'expression Françafrique car elle réduit selon lui la relation entre la France et ses anciennes colonies africaines à « une sorte d'arrière-cour dans laquelle, certes, n'auraient cessé de tremper quantité de personnages de la Ve République, et [...] qui peut très certainement témoigner de la longue politique néo-coloniale de la France en Afrique, mais qui en étant précisément présentée ainsi, avec ses réseaux et ses hommes d'influence, ne permet pas véritablement de comprendre la place centrale qu'à occupée l'Afrique noire dans le fonctionnement de l'État français contemporain, spécialement depuis l'avènement de la Ve République »[31].

L'AfricaFrance ?[modifier | modifier le code]

Omar Bongo peut se vanter d'avoir obtenu la tête de deux ministres de la Coopération : Jean-Pierre Cot en 1982 et Jean-Marie Bockel en 2008.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ces réseaux d’influence sont particulièrement actifs dans les anciennes colonies françaises mais aussi dans d'autres pays francophones comme le Burundi, le Rwanda et la République démocratique du Congo (anciennes colonies belges).
  2. notamment Le Monde, Libération ou L'Express
  3. Cité par Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, Kamerun !, une guerre cachée aux origines de la Françafrique, 1948-1971. Éditions La Découverte, Paris, 2011 (ISBN 978-2-7071-5913-7). Note 14 de la page 133.
  4. La Françafrique, le plus long scandale de la République, de François-Xavier Verschave, 1998, 1999, Éditions Stock
  5. « Elf, une Afrique sous influence » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-12-18, Fabrizio Calvi, Jean-Michel Meurice, Laurence Dequay, 2000
  6. Samuël Foutoyet, Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée, Bruxelles, Tribord, 2009, p. 10-11
  7. a et b Population Reference Bureau, « 2013 World Population Data Sheet » [PDF] (consulté le 12 septembre 2013)
  8. United Nations, « World Population Prospects: The 2012 Revision » [xls] (consulté le 12 septembre 2013)
  9. « Agora: La francophonie de demain » (consulté le 13 juin 2011)
  10. « Bulletin de liaison du réseau démographie » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 14 juin 2011
  11. Samuël Foutoyet, Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée, Bruxelles, Tribord, 2009 (ISBN 9782930390222), p. 11
  12. [1]
  13. [2]
  14. François Soudan : Maurice Robert, Jeune Afrique, 6 décembre 2005
  15. Interview Robert Bourgi, RTL, 7 septembre 2009
  16. Les textes des accords de Défense bilatéraux : site du Ministère des Affaires étrangères, page consultée le 12 décembre 2005.
  17. Sur l'existence de clauses secrètes dans les accords de Défense : site du Ministère des Affaires étrangères, page consultée le 12 décembre 2005.
  18. L'Accord de Défense entre les Gouvernements de la République française, de la République de Côte d'Ivoire, de la République du Dahomey et de la République du Niger du 24 avril 1961 : [PDF] site de La Documentation Française, page consultée le 12 décembre 2005.
  19. [3]
  20. [4]
  21. [5]
  22. Isabelle Lasserre, « Le sommet de Paris dominé par la disparition de Mandela », in Le Figaro, samedi 7 / dimanche 8 décembre 2013, page 3.
  23. Hubert Védrine, interviewé par Anne Cheyvialle et Marie-Amélie Lombard-Latune, « Védrine : "La France a cédé trop de terrain en Afrique" », in Le Figaro, mercredi 4 décembre, page 18.
  24. [6]
  25. [7]
  26. www.ccfd.asso.
  27. Transparency International, spécialisée dans la lutte contre la corruption, voir « transparence-france.org » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-12-18
  28. Histoire de France, Larousse Paris 1998
  29. WikiLeaks: La fin de la Françafrique réjouit Washington - Le JDD.fr
  30. a, b et c Aymeric Chauprade, Chronique du choc des civilisations, Paris, 2011, p. 117
  31. Jean-Pierre Dozon, « L'état français contemporain et son double, l'état franco-africain », [[Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques|]] 30 | 2002, mis en ligne le 26 avril 2009 [lire en ligne (page consultée le 28 avril 2014)]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]