Fortuna (mythologie)

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Fortuna
Déesse de la mythologie romaine
Tomis Fortuna, musée de Constanta
Tomis Fortuna, musée de Constanta
Caractéristiques
Fonction principale Déesse du hasard, de la chance
Équivalent(s) par syncrétisme Tyché
Symboles
Attribut(s) Roue, sphère, gouvernail, proue de navire, corne d'abondance
La statue de la Fortuna Primigenia (IIe siècle av. J.-C.) de Préneste, collections du Palais Barberini - Musée national d'archéologie prénestienne de Palestrina.

Fortuna, ou Fortune en français (Fortuna, ae en latin) est une divinité italique allégorique du hasard, de la chance. Son nom dérive du latin fors qui signifie « sort ». Elle est identifiée à la Tyché grecque.

Elle était peut-être à l'origine « porteuse » de fertilité (lat. ferre, porter).

Hésiode la fait naître d'Océan et de Téthys. Mais selon Pindare, c'est Jupiter et l'une des Parques qui lui auraient donné le jour.

Elle n'était pas une des divinités les plus anciennes, car elle n'avait pas de flamine.

Origine[modifier | modifier le code]

Fors fortuna, elle représente le destin avec toutes ces inconnues. Son nom dérive de fero (porter, apporter). Dès la plus haute antiquité, elle était vénérée dans plusieurs provinces italiques, mais son culte le plus important se célébrait à Préneste dans le Latium, où un certain Numerius Suffustus, en creusant un rocher, avait découvert des « sortes » (tablettes) en chêne, sur lesquelles se trouvaient inscrites des formules mystérieuses qui servaient à rendre des oracles.

À Préneste, Fortuna était appelée Primigenia, primordiale[1] (de Jupiter) et, par une inconséquence qui n'est point rare dans l'histoire des anciens mythes, elle était considérée tout à la fois comme la fille et la nourrice de Jupiter.

Article détaillé : Préneste.

Fortuna Primigenia fut introduite à Rome en -204, à la fin de la deuxième Guerre punique. Mais les Romains possédaient déjà une Fortuna, qu'ils disaient avoir favorisé l'étonnante ascension politique de Servius Tullius, l'esclave devenu roi. Une légende faisait de Servius Tullius le fils de Fortuna ; une autre en faisait son amant : la déesse, pour le visiter, se serait glissée, pendant la nuit, par une lucarne. La Porta Fenestella, à Rome, rappelait ce souvenir.

Fortuna était honorée sous de nombreux vocables. À Rome, elle portait le nom de Fortuna publica populi romani. Sous le nom de Fortuna Muliebris, protectrice des matrones univirae (mariées une seule fois), avait décidé Coriolan à lever le siège de Rome sur les instances de sa mère et des femmes romaines.

Les citoyens qu'une chance ou un malheur notoire illustrait possédaient une Fortuna. Jules César, surpris en mer par une tempête, dit à son pilote effrayé : « Que crains-tu ? Tu portes César et Fortuna. » Une statuette en or de Fortuna ne devait point quitter la chambre à coucher des empereurs.

Culte[modifier | modifier le code]

On prétendait que son culte avait été introduit à Rome par Servius Tullius. Les Romains s'adressaient à elle au moyen d'une grande variété d'épithètes exprimant soit des aspects de ses faveurs, soit les catégories de personnes auxquelles elle accordait celles-ci.

Temples[modifier | modifier le code]

À Rome, elle avait plusieurs temples, sur le Palatin, au Forum Boarium où l'on a découvert les vestiges d'un temple dans l'aire de Sant'Omobono et dans le Largo di Torre Argentina[2], mais son sanctuaire le plus important se trouvait à Préneste. Elle demandait aux hommes de couvrir ses statues d'un voile épais pour symboliser le hasard aveugle.

Fêtes religieuses[modifier | modifier le code]

Sa fête était célébrée le 24 juin à Rome. C'était une fête populaire à laquelle une foule nombreuse assistait, et parmi elle un grand nombre d'esclaves. L'autel était situé près du Tibre, à environ 2 km en aval de la cité.

Légende[modifier | modifier le code]

Un voyageur qui après une longue marche s'endormit près d'un puits vit apparaître Fortuna qui lui demanda de se réveiller pour ne pas tomber. En effet s'il tombait, la réputation de la déesse en souffrirait alors que dans bien des cas, comme celui-là, ce sont les hommes qui s'attirent tout seuls les ennuis.

Mais une autre fois, un vieux fermier trouve un trésor dans la terre et remercie alors la déesse de la terre. Fortuna lui apparaît alors et se plaignit de l'ingratitude du fermier envers elle.

Attributs[modifier | modifier le code]

Les représentations, innombrables, de la Fortune ont comme attributs principaux la roue, la sphère, le gouvernail, la proue de navire, la corne d'abondance. La déesse est tantôt assise, tantôt debout ; elle porte parfois des ailes.

Proverbes[modifier | modifier le code]

Plusieurs proverbes latins ou français font intervenir la Fortune :

  • latins : Audaces fortuna juvat, Fortes fortuna juvat (non littéralement : la fortune sourit aux audacieux).
  • la roue tourne, chacun est artisan de sa fortune , la fortune vient en dormant, il faut saisir la fortune aux cheveux, avoir les mains pleines des cheveux de la fortune (avoir saisi les bonnes occasions) [voir aussi Kairos].

Hommage[modifier | modifier le code]

Fortuna est une des 1 038 femmes représentées dans l'œuvre contemporaine de Judy Chicago, The Dinner Party, aujourd'hui exposée au Brooklyn Museum. Cette œuvre se présente sous la forme d'une table triangulaire de 39 convives (13 par côté). Chaque convive étant une femme, figure historique ou mythique. Les noms des 999 autres femmes figurent sur le socle de l'œuvre. Le nom de Fortuna figure sur le socle, elle y est associée à la déesse serpent, cinquième convive de l'aile I de la table[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gilles Sauron « Sanctuaire de la Fortuna Primegenia (Préneste) », Encyclopédie Universalis, Universalis.fr. Sur le sens de primigenius, « primordial, originaire », voir l'étude philologique exhaustive de Jacqueline Champeaux, « Primigenius ou de l'Originaire », Latomus, 34, 1975, pp. 909-985 (en complétant avec celle de Georges Dumézil, « Hercules Primigenius », in Mariages indo-européens, suivi de quinze questions romaines, Paris, Payot, 1979, pp. 311-325, qui essaie de montrer que le mot renvoie à un surgissement sans antécédent, mais n'implique pas en lui-même de fécondité pour l'avenir).
  2. Pierre Boyancé, « Aedes Catuli », Mélanges d'archéologie et d'histoire, T. 57, 1940. pp. 64-71, lire en ligne
  3. Musée de Brooklyn - Fortuna

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Dumézil, Déesses latines et mythes védiques, Bruxelles, coll. Latomus XXV, 1956 : chap. III « Fortuna Primigenia », pp. 71-98.
  • Robert Harari et Gilles Lambert, Dictionnaire de la mythologie grecque et latine, Grand livre du mois, 2000
  • Université d'Oxford, Dictionnaire de l'Antiquité. Mythologie, littérature, civilisation, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 1996 (ISBN 2221068009)