Ariston de Chios

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Ariston de Chios était un philosophe stoïcien, né au IVe siècle av. J.-C., originaire de Chios. Chauve, on le dit mort d'une insolation.

Très parcellaires, les informations biographiques sur Ariston de Chios proviennent, pour l'essentiel, de Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres de Diogène Laërce. Cette doxographie du IIIe siècle l'aborde à plusieurs reprises : d'abord dans une courte Vie[1] puis, par intermittence, dans la Vie de Zénon et la Vie de Cléanthe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ariston serait né à Chios d'un certain Miltiadès[2]. Il se rend à Athènes pour étudier auprès de Zénon d'Élée ; il y fréquente notamment Cléanthe[3]. Il paraît doué d'une certaine facilité d'élocution : il fait « de longs discours sans grand talent naturel, parfois même avec précipitation et témérité »[4]. Zénon critique sévèrement cette rhétorique brouillonne : « Il faut croire que ton père était ivre quand il t'a engendré »[4]. Il qualifie fréquemment son élève de « bavard », par contraste avec son propre style philosophique, plutôt concis[4].

D’après le Livre 3 des Silles, poème de Timon de Phlionte, Ariston de Chios fut flatteur du philosophe Persée[5]. On le surnommait « la Sirène » : il semble qu'il ait su persuader les foules, car Timon de Phlionte, dans Les Silles, le dit « attirant par sa séduction ». Il tint une école qui ne dura pas, il eut pour élèves Ératosthène de Cyrène, Miltiade et Diphile, dits les « Aristonéens ». Cicéron cite un livre d'Ariston sur la vieillesse, où il faisait parler Tithon.

Logique et physique[modifier | modifier le code]

D'après le témoignage de Sénèque, Ariston aurait jugé la physique et la logique non seulement comme superflues, mais encore comme contradictoires. Il juge la logique inintéressante. Diogène Laërce résume ainsi sa position : « Les arguments dialectiques ressemblent à des toiles d'araignées ; elles témoignent de beaucoup d'art, mais elles ne servent à rien. »

Éthique[modifier | modifier le code]

Avant tout intéressé par la morale, Ariston se détourne rapidement des deux autres grands lieux de recherche stoïciens : la physique et la logique. Il tire parti d'une « longue infirmité » de Zénon pour rompre avec le stoïcisme orthodoxe. Il se rapproche ainsi du platonicien Polémon qui partage ses préoccupations éthiques[6]. Polémon étant décédé en au plus tard en -269, on peut logiquement conjecturer que cette sécession a eu lieu antérieurement. Pour lui, seule compte l'éthique, et il juge que la physique nous dépasse. Ariston de Chios ne regarde comme mal que ce qui n'est pas honnête. Et encore une fois, seule compte l'éthique.

Maximes[modifier | modifier le code]

Pour Ariston, former des maximes n'est pas d'un philosophe, mais d'un précepteur. Aussi l'art de former des maximes ne relève-t-il pas pour lui de l'éthique, ni donc - non plus - de la philosophie.

Négation des préférables[modifier | modifier le code]

Il tire des conclusions strictes de l'affirmation selon laquelle il n'y a de bon que la vertu, et de mauvais que le vice. Il en déduit qu'il faut être indifférent vis-à-vis de tout ce qui n'a rapport ni au vice, ni à la vertu : richesses, honneurs, pauvreté, vindicte publique, etc. Le sage peut bien feindre extérieurement d'être affecté de joie ou de tristesse pour des choses indifférentes, mais il ne doit pas intérieurement en être affecté[7], car ces choses ne sont ni préférables, ni à éviter (contrairement à ce que prétendait Zénon de Cition) : elles n'ont aucun rapport ni avec la vertu, ni avec le vice. Plutarque, dans le Dialogue sur l'Amour issu de ses Œuvres morales, cite un extrait d'Ariston de Chios dans lequel il parle de la noblesse l'âme, utilisant l'image d'une chaussure bien faite[8]

Unité de la vertu[modifier | modifier le code]

Contrairement à Zénon de Cition, il n'admet pas la pluralité des vertus. La vertu est une, et le courage, la tempérance, etc. ne sont que des manières différentes de considérer la vertu, qui est une.

Le sage est sans représentation fausse[modifier | modifier le code]

Il combattit le scepticisme de l'Académie d'Arcésilas de Pitane. Il tenait à la thèse selon laquelle le sage est sans représentation fausse. Persée de Cition, disciple de Zénon de Cition, mit cette prétention d'Ariston à l'épreuve en lui faisant remettre un objet par un jumeau, et en le faisant reprendre par l'autre. Ariston hésita, et Persée tint cela pour une réfutation.

Ariston de Chios à propos de Démade et Démosthène[modifier | modifier le code]

Ariston de Chios rapporte un jugement de Théophraste sur Démade. On lui demandait ce qu’il pensait de Démosthène : « Il est digne de sa ville » répondit Théophraste. « Et Démade ? — Il est au-dessus de sa ville. »[9]

Représentations artistiques[modifier | modifier le code]

Il n'existe aucune iconographie certaine de Ariston. Une statue de philosophe assis du palais Spada de Rome pourrait représenter Ariston. Elle porte la mention ΑΡΙΣΤ[…]Σ qui a été restitué par Karl Schefold en Ariston de Chios[10]. Richter estime cependant que d'autres restitutions sont possibles, telles qu'Aristote ou Aristippe[11]. Une seconde représentation, toujours évoquée par Schefold s'avère encore plus douteuse : faute de mention elle pourrait illustrer n'importe quel philosophe stoïcien.

La mort d'Ariston a inspiré une épigramme satirique à Diogène Laërce :

Pourquoi Ariston, âgé et chauve
As-tu donné au soleil ton front à rôtir
Eh bien, en cherchant la chaleur plus qu'il ne fallait,
C'est le froid Hadès qu'en vérité tu as trouvé sans le vouloir

Œuvres[modifier | modifier le code]

Diogène Laërce fait état des seize ouvrages ; selon Panétios de Rhodes et Sosicrate, la quasi-totalité des œuvres attribuées à Ariston de Chios, seraient en fait de Ariston de Céos, assertion qui semble combattue par Philodème de Gadara, philosophe épicurien qui critiqua les thèses d'Ariston de Céos dans Des Poèmes. Il se pourrait sans certitude donc, que ce dernier soit l'auteur des quatorze œuvres suivantes :

  • Προτρεπτικῶν (Protreptiques, en deux livres)
  • Περὶ τῶν Ζήνωνος δογμάτων (Sur les doctrines de Zénon)
  • Διάλογοι (Dialogues)
  • Σχολῶν (Cours, en six livres)
  • Περὶ σοφίας (Entretiens sur la sagesse, en sept livres)
  • Ἐρωτιϰαὶ διατριϐαί (Entretiens sur l'amour)
  • Υ̓πομήματα ὑπερ ϰενοδοξίας (Notes sur la vaine gloire)
  • Υ̓πομήματων (Notes, en vingt-cinq livres)
  • Ἀπομνημονευμάτων (Souvenirs, en trois livres)
  • Χρειῶν (Chries, en onze livres)
  • Πρὸς τοὺς ῤήτορας (Contre les rhéteurs)
  • Πρὸς τάς Ἀλεξίνου ἀντιραφάς (Contre les réfutations d'Alexinos)
  • Πρὸς τοὺς διαλεκτικούς (Contre les dialecticiens, en trois livres)
  • Πρὸς Κλεάνθην (Contre Cléanthe)
  • Ἐπιστολῶν (Lettres, en quatre livres)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources antiques
Éditions scientifiques
Études modernes
  • Christian Guérard, « Ariston de Chios », dans Richard Goulet (dir.), Dictionnaire des philosophes antiques, t. 1, Paris, CNRS,‎ 1994, 400-404 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (de) Karl Schefold, Die Bildnisse der antiken Dichter, Redner und Denker, Basel,‎ 1943
  • (en) G. M. A. Richter, The Portraits of the Greeks, Londres,‎ 1965

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne] (VII, 160-164)
  2. Diogène Laërce 1999, p. 815 (VII, 37)
  3. Diogène Laërce 1999, p. 894 (VII, 172)
  4. a, b et c Diogène Laërce 1999, p. 802 (VII, 18)
  5. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] (Livre VI, 251)
  6. Diogène Laërce 1999, p. 885 (VII, 162)
  7. « Le sage est comme le bon acteur qui joue son rôle comme il convient, qu'il prenne le masque de Thersite ou celui d'Agamemnon » (D. L., Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres : Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne] : VII, ch. II)
  8. 766f
  9. Plutarque, Vies parallèles (Livre IV)
  10. Schefold 1943, p. 120
  11. Richter 1965, p. 194