Osroène

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

37° 09′ 30″ N 38° 47′ 30″ E / 37.15833333, 38.79166667 ()

L'Osroène en tant que province de l'Empire romain.

L'Osroène est une région du sud-est de l'Asie Mineure (nord-ouest de la Mésopotamie), bornée au nord par les Monts Taurus, au sud et à l'est par le Chaboras (rivière Khabur), à l'ouest par l'Euphrate, et qui eut pour capitale Édesse (nom moderne Şanlıurfa, Turquie). Ce fut un État important dès le IIe millénaire av. J.-C. qui est appelé Hourri (« grottes ») par les Babyloniens, en raison de nombreuses grottes situées dans la chaîne du Nemrut Dag.

L'Osroène a acquis son indépendance à la suite de l'effondrement de l'Empire séleucide. Elle fut de 132 av. J.-C. à 216 apr. J.-C. un petit royaume indépendant, dont les souverains portaient le plus souvent le nom d'Abgar ou de Manu[1],[2]. Ce royaume a souvent été appelé du nom de sa capitale, « royaume d'Édesse ». La langue parlée était le syriaque[3].

Il servit de tampon entre l’Empire romain et celui des Parthes. La région fut conquise par l'empereur romain Trajan (98-117). Sous Hadrien elle retrouve une certaine autonomie, mais est à partir de ce moment un royaume client de l'Empire romain. En 163, elle s'allie avec l'Empire parthe contre les Romains. Elle devient une province romaine en 216. Plus tard, au IVe siècle, elle fut comprise dans le diocèse d'Orient.

Histoire[modifier | modifier le code]

Période hellénistique[modifier | modifier le code]

Lors de la victoire d'Alexandre le Grand (-336/-323) sur les Perses achéménides et de sa libération, la ville principale appelée Urhai est occupée par une population araméenne. En -303, les Macédoniens reconstruisent la ville et la rebaptisent Édesse, en souvenir d'une cité de leur pays (selon l'historien et le géographe grec Appien et Étienne de Byzance). La ville devient alors la capitale de la province d'Osroène et est peuplée, ainsi que plusieurs autres villes, de vétérans de l'armée.

Vers -132 (ou -136), un chef de tribu, Aryu (ou Ariou, -132/-127 ou -136/-127), s'affranchit des Séleucides qui gouvernaient la ville et fonde un royaume (ou principauté) indépendant avec Édesse pour capitale. À part quelques souverains d'origine arménienne ou parthe, la plupart étaient nabatéens. Ce royaume, qui est quelquefois appelé principauté des Abgar (onze souverains porteront ce nom), parvient à conserver son autonomie pendant près de quatre siècles, malgré les divers conquérants qui traversent son histoire.

L'Osroène au Ier siècle av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Selon Pline l'Ancien, à l’époque romaine, les habitants étaient des Arabes et leurs souverains auraient porté le titre de phylarque (chef d’une phylé) ou toparque (magistrat). Le royaume s'étendait au nord jusqu'aux Monts Taurus, à l'ouest jusqu'à l'Euphrate, qui le séparait de la Commagène, et à l'est jusqu'au Tigre. Il comprenait, à part Édesse, des villes importantes comme Carrhes, Nisibe (en Mésopotamie), Rhesaena, Saroug, Singara (Sinjar, Irak), Zeugma sur l'Euphrate, qui était la réunion des villes d'Apamée (rive gauche) et de Séleucie de l'Euphrate (rive droite) et un passage obligé pour les caravanes. Cette description correspond à l'apogée du royaume au Ier siècle av. J.-C.

Carte situant l'Osroène, l'Adiabène, la Gordyène (ou Corduène), , la Sophène, la Commagène et l'Atropatène à l'époque de l'apogée de l'Arménie sous Tigrane II.

Vassale de l'Arménie[modifier | modifier le code]

Sous Tigrane II d'Arménie (95 à 55 av. J.-C.), l'Osroène devient vassale du royaume d'Arménie.

En 85 av. J.-C., Tigrane II rejette la vassalité de l'Arménie envers les Parthes, il récupère des territoires qu'il avait dû leur céder[4], pille le pays parthe[5], et impose sa suzeraineté sur plusieurs territoires parthes, dont l'Osroène, l'Adiabène, la Gordyène et l'Atropatène, l'Arzanène (pays d'Ardzène, vers le haut du Tigre) et la Mygdonie (ou pays de Nisibe)[6]. « Les dynastes ou rois de ces provinces conservent leur couronne, mais comme vassaux du nouveau “Grand Roi”[6] ». Tigrane prend en effet le titre de « roi des rois », réservé aux souverains parthes[7].

Bataille de Carrhès[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Carrhes.

À l'époque du premier triumvirat, Édesse fut l'alliée des Romains. Le proconsul Crassus, à la tête d'une armée de 42 000 hommes, franchit l'Euphrate[8] sur les conseils d'un faux allié, le roi d'Osroène, appelé Augarus ou Acbarus[N 1],[8],[9] et attaqua la Mésopotamie dans le but de prendre Séleucie du Tigre. Mais il fut trahi par ce même Abgar qui changea de camp et se rangea du côté des Parthes au cours même de la bataille de Carrhes après avoir conduit les troupes romaines dans un piège. Crassus fut battu à la bataille de Carrhes, son fils fut tué dans la bataille et lui-même fut tué au cours de la retraite[10],[11],[12]. Cette sévère défaite des Romains obligea le roi d'Arménie Artavazde II à entrer dans l'alliance Parthe. L'Osroène et l'Adiabène repassent sous la vassalité des Parthes. De plus, les Romains conserveront depuis cette bataille une crainte respectueuse des capacités militaires des Parthes.

Pertes au profit de l'Adiabène[modifier | modifier le code]

Au premier siècle, sous Monobaze Ier d'Adiabène (v. 20 - v. 30), plusieurs territoires qui appartenaient à l'Osroène à l'époque de la bataille de Carrhes (-53) étaient passés sous le contrôle du royaume voisin d'Adiabène. C'était le cas de Singara, mais aussi de la région de la rivière Khabour qui dépendaient de l'Osroène à l'époque de Tigrane II d'Arménie, tout comme la région de la ville de Carrhes[13]. Ce mouvement est encore renforcé lorsqu'en 36, Artaban III donne le territoire de Nisibe au roi d'Adiabène Izatès II pour le remercier de son aide décisive qui lui a permis de remonter sur le trône parthe[14]. À ce moment-là, le royaume d'Osroène semble se limiter au territoire autour d'Édesse. C'est d'ailleurs à ce moment que l'appellation « roi d'Édesse » commence à être préférée à l'appellation « roi d'Osroène » pour les Abgar. Toutefois, Zeugma est toujours sous leur contrôle et avec elle le passage de l'Euphrate, stratégique tant sur le plan militaire que commercial.

Culturellement, le christianisme commence à essaimer hors de Palestine sur le Proche-Orient, l'Osroène et Edesse sont dans les premières régions touchées après Antioche[15].

Tutelle romaine[modifier | modifier le code]

Plus tard, Abgar VII Bar Ezad fut détrôné en 114 lors de l'offensive contre les Parthes dirigée par l'empereur romain Trajan[16], qui garda la ville sous sa tutelle deux ans avant de la laisser à deux princes étrangers, Yalur et Parthamaspatès. En 123, Ma'Nu VII Bar Ezad, frère d'Abgar VII, réussit à reprendre le trône[17]. À partir de cette époque, comme beaucoup de régions sous tutelle romaine, les monnaies furent frappées avec l'effigie du souverain régnant d'un côté et celle de l'empereur romain de son époque au dos.

En 163 lors d'un nouveau conflit entre Romains et Parthes, Wa'Il Bar Sahru prit les Parthes comme alliés dans sa lutte contre les Romains. Le général romain Avidius Cassius réoccupe l'Osroène en 164 et poursuit sa contre-offensive jusqu'en Mésopotamie. À la fin de cette guerre en 166, Rome maintient des garnisons stratégiques en Osroène[16]

Province romaine[modifier | modifier le code]

La province romaine d'Osroène dans le diocèse d'Orient

L'Osroène est annexé comme province romaine par Caracalla en 216[18]. L'Osroène revient peut-être en 244 sous la mouvance parthe par le traité de paix désavantageux signé par Phillipe, empereur fraîchement proclamé et pressé de regagner Rome[19]. La région est attaquée par les Parthes, malgré l'intervention de Valérien qui est battu en 259, puis passe sous contrôle de Palmyre. Après les succès de Carus puis de Galère contre les Perses à la fin du IIIe siècle, la province d'Osroène fut comprise dans le diocèse d'Orient.

Souverains de l'Osroène[modifier | modifier le code]

Le roi Abgar V recevant le Mandylion, censé être le visage de Jésus imprimé miraculeusement sur un linge (icône du Xe siècle).

La liste des souverains d'Osroène est en général reconstituée comme ci-dessous (les noms et les dates jusqu'à Abgar V doivent être regardés avec précaution)[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dion Cassius l'appelle Augarus, Appien le nomme Acbarus et Plutarque l'appelle Ariamnès tout en précisant qu'il est le chef d’un clan arabe.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Alexander Roberts et James Donaldson (dir.), The Writings of the Fathers Down to AD 325: Ante-Nicene Fathers, vol. 8, Hendrickson Publishers, Peabody, 1994, p. 657-672 [lire en ligne (page consultée le 23 janvier 2011)].
  2. (en) Adrian Fortescue, The Lesser Eastern Churches, Catholic Truth Society, 1913, p. 22 [lire en ligne].
  3. (en) Amir Harrak, « The Ancient Name of Edessa », dans Journal of Near Eastern Studies, vol. 51, no 3 (juillet 1992), p. 209-214 [lire en ligne].
  4. (en) N. Garsoian, « Tigran II », dans Encyclopædia Iranica en ligne. Consulté le 9 août 2010.
  5. Strabon, Géographie, XI, 14.16.
  6. a et b René Grousset, Histoire de l'Arménie, Payot, 1984 (ISBN 2-228-13570-4), p. 87.
  7. Gérard Dédéyan (dir.), Histoire du peuple arménien, Privat, Toulouse, 2007, p. 121.
  8. a et b Dion Cassius, livre XL, 17.
  9. Plutarque, Vie de Crassus, 25, 27.
  10. Dion Cassius, Histoire romaine livre XL, 21.
  11. Theodor Mommsen, Histoire romaine, livre V, IX.
  12. Plutarque, Vie de Crassus, 31-32.
  13. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XX II - 2.
  14. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XX II - 3.
  15. Paul Petit, Histoire générale de l’Empire romain, Seuil, 1974, (ISBN 2020026775), p. 273
  16. a et b Paul Petit, La paix romaine, PUF, collection Nouvelle Clio – l’histoire et ses problèmes, Paris, 1967, 2e édition 1971, p. 122
  17. (en) Encyclopædia Britannica, articles Osroène et Pacorus II, sur http://www.britannica.com
  18. François Zosso et Christian Zingg, Les Empereurs romains, édition Errance, 1995, (ISBN 2877722260), p. 74
  19. François Zosso et Christian Zingg, Les Empereurs romains, édition Errance, 1995, (ISBN 2877722260), p. 90
  20. (en) J. B. Segal, « ABGAR dynasty of Edessa, 2nd century B.C. to 3rd century A.D. », dans Encyclopædia Iranica en ligne. Consulté le 24 mars 2012.